Archives mensuelles : janvier 2010

Tapage

Tapage.

Bruit.

Entendu aujourd’hui, dans la bouche de quelqu’un qui faisait la vaisselle, « Sorry pour tout le tapage. » En effet, les casseroles et autres ustensiles faisaient un joyeux vacarme en s’entrechoquant et en cognant contre l’évier. A la réflexion, nous nous sommes dits qu’un Français aurait parlé de “bruit” plutôt que de “tapage”. Mais nous sommes tombés d’accord que l’usage du mot tapage avait un avantage : il suggérait obligatoirement qu’il s’agissait d’un bruit déplaisant, d’une nuisance, sens que ne possède pas nécessairement le mot bruit, plus neutre, lequel peut même avoir une nuance plaisante, par exemple lorsqu’on parle du “bruit du vent dans les filaos”. Le tapage, lui, n’est jamais neutre. Il ne s’agit pas d’un “bruit rose”.

A noter que le mot “bruit” n’a pas eu de descendance créole, le créole ayant tapaz ou son mais pas “bri”.

Peau de fesse

Je ne suis pas certain qu’il s’agisse là d’une particularité mauricienne, mais plusieurs fois j’ai entendu employer l’expression “peau de fesse” pour parler d’une personne désargentée. « Sa famille est peut-être well off, mais lui c’est une peau de fesse. » « Au début de mon mariage j’étais peau de fesse net. » Cela se dit-il dans ce sens en français standard ?

Certes, on emploie “peau des fesses” dans l’expression “Ça m’a coûté la peau des fesses” — « quelque chose qui vaut très cher, à laquelle on tient beaucoup » (Wiktionnaire), mais cela ne veut pas dire la même chose. Ici cela suggère que l’on tient à la peau de ses fesses autant qu’à la prunelle de ses yeux, ou presque — c’est une question de point de vue.

Plastic paradise

L’autre soir j’ai regardé la télévision. Thalassa, le « magazine de la mer ». Après un reportage sur le tournage du film « Océans », il y en a eu un autre sur la contamination des océans — de tous les océans — par le plastique. Ce matériau synthétique se retrouve partout, en morceaux plus ou moins gros. A voir ce qui jonche certaines plages du sud et de l’est de Maurice, celles faisant face au vent et aux courants, on se rend compte que cette île n’ayant pourtant pas grand monde du côté d’où vient cette pollution (si tant est que tout cela vienne “d’ailleurs”) n’échappe pas à ce mal globalisé.

L’impact de cette contamination sur la faune marine et sur l’environnement en général est loin d’être négligeable. En cette année 2010 voyant la fin de la présente législature, on peut d’ores et déjà parier que le plastique va jouer un grand rôle, un rôle très voyant, dans la campagne électorale qui nous attend. Nous pouvons garder l’espoir que les uns et les autres auront à cœur de ne pas saloper tout le paysage de “Paradise Island” avec leur foutu plastique coloré, coloré et contaminant — sans trop y croire hélas.

À_Quinze

Après le XVI, voici le XV. De XIII (BD), des soixante, de la rose, du chardon, de (Vieille-)France ? Non, de Quartier Militaire. C’est le long de la route entre ce village et celui de Saint-Julien qu’on trouve ces hautes bornes en pierre comportant pour toute inscription un chiffre romain. Il se trouve que ces bornes sont espacées de 1.6 km, autrement dit un mille*. Les chiffres augmentent lorsqu’on s’éloigne de Quartier Militaire en direction de Riche-Fonds et Saint-Julien : XIV, XV… jusqu’à XX sur le pont en pierre à l’entrée de Saint-Julien-Village. Il s’agit vraisemblablement de la distance jusqu’à Port-Louis, en passant par Saint-Pierre et Moka.

En rouge, Higginson Road (B27) entre Quartier Militaire et Saint-Julien-d'Hotman.


 
 
* en mauricien dans le texte (graphie avec deux -l)

Abreuvoir

Dans une petite rue de Port-Louis, un abreuvoir — taillé dans du basalte — qui n’a pas encore été démoli. Démoli ou volé.

Un bien plus grand abreuvoir se trouve au bout de la rue Kennedy, du côté de la Place d’Armes, contre ce qui était l’imprimerie du gouvernement jusqu’aux années 90, laquelle fut démolie (de nuit) pour ériger le “gratte-ciel” de la State Commercial Bank. Seul l’abreuvoir fut épargné et se trouve aujourd’hui au pied de la tour.

Stool

Stool.
Nom masculin.

Tabouret.

« Emmène ce stool-là sous la varangue, que je coupe une fois tes cheveux. »

Emprunt direct de l’anglais. Pourquoi les Mauriciens disent plus facilement « stool » que « tabouret » quand ils parlent français est un mystère. Car si les expressions « bus stop », « filling », « refill, « ball-cock » ou « standing order » peuvent s’expliquer par le fait qu’ils ont pour ainsi dire été introduits à Maurice par les Anglais, ou sous les Anglais, il est plus difficile de trouver une raison à l’emploi du mot anglais aux dépends du mot français. Peut-être la longueur du second par rapport au premier ? (J’avoue que pour ma part je préfère dire stool que tabouret.) A moins que ce soit parce que, originellement, un stool était un trône…

Au Canada, un stool pourrait être ce qu’en Mauricien on appelle un rapporteur (“cafteur” en français français), ou un indicateur de police :
French
stool m. and f. (plural stools)
(Canadian, slang, derogatory) A denouncer or whistleblower; a stoolie.
1999, Chrystine Brouillet, Les Fiancées de l’Enfer, page 199:
« Grégoire protesta; il n’était pas un stool. » — Gregory protested; he was no stoolie.
http://en.wiktionary.org/wiki/stool#Noun_2

Bus stop

Bus stop.
Nom masculin.

Arrêt d’autobus.

« Okay, demain matin je t’attends sur le bus stop. »

Je n’ai jamais entendu un Mauricien employer l’expression « arrêt d’autobus ». Cela devrait pouvoir s’expliquer par le fait que les bus sont arrivés à Maurice longtemps après le départ des Français, et qu’il ne restait que l’anglais pour parler de ces arrêts-là. Toutefois, dans des publications écrites en français, une certaine francitude peut être de rigueur : « L’initiative du conseil de village d’Albion est fort louable. Il a fait installer des arrêts d’autobus dans des morcellements* de la localité. Ces arrêts, peints en bleu, se démarquent des bus stop traditionnels. En effet, ils indiquent les numéros des bus qui desservent les villages ainsi que leurs destinations. » (De jolis « bus stop », L’Express du 6 juin 2008.)
 
 
* https://mauricianismes.wordpress.com/2009/12/20/morcellement/

 

 

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Mise à jour du 4 août 2013.

Un bus stop en pleine montée et en plein virage près de Pont Praslin (à gauche du taxi) :

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(Photo tirée d’un album consacré aux Toyota Crown.)