Dévider

Dévider.
Verbe transitif.

Vider (rendre vide un contenant en enlevant ce qui était dedans).

Devider_un_seau_92Hé toi, ne dévide pas ce seau-là ici ! Fais-le plutôt sur une plante, pour qu’elle profite de l’eau.”

Je n’ai pas dévidé le drom depuis deux mois, mais ça n’a pas trop fait la gomme.”

L’eau était boueuse. On a eu à dévider les tanks et faire venir des bowsers.”
(Entendu en novembre 2012.)

Le cargo qui transporte 32 tonnes de riz [sic] faisait route vers la Côte d’Ivoire quand il a été stoppé de son trajet après une avarie de moteur. Les courants l’ont alors poussé sur les récifs du nord de l’île. Après les réparations nécessaires, le commandant s’est rendu compte que l’eau inondait la salle des machines. La Mauritius Port Authority (MPA) a alors décidé de dévider les 1 000 tonnes de fiouls se trouvant dans les cuves du bateau avant de le faire remorquer jusqu’à Port-Louis.”
(Le Matinal, 21 août 2011.)

Devanand Ramkhelawon a de l’émotion dans la voix lorsqu’il évoque le mardi 25 septembre. Un peu après 18h ce jour-là, alors que son ami Sunilduth Bungshee l’aide à ramasser les sacs poubelle, ce dernier entend un bruit provenant des ordures à quelques pas d’eux. Sunilduth Bungshee a alors la réaction suivante : « Devanand, mo krwar ena enn sat ou enn lisyin ki pe plore, » mais refuse de s’y aventurer. Devanand Ramkhelawon se dirige vers le petit carré en béton réservé aux ordures et dévide un à un les sacs poubelle. Stupeur… il découvre à l’intérieur de l’un des sacs un nouveau-né de sexe féminin ayant encore son cordon ombilical.”
(Week-End/Scope, 11 novembre 2005.)

Dans une cuve, les pulpes sont mélangées aux sucres et aux pectines de fruits. La cuisson prendra 2h à 2h30, « il faut noter que des contrôles sont effectués à différentes étapes. Le taux de sucre, d’acidité, de cuisson sont vérifié avec un facto mètre et un ph metre. Tous les paramètres doivent être atteint », explique Reaz Gunga. Une fois la pâte prête, c’est le travail d’un petit groupe de 4 femmes qui commence. À chacune sa fonction. L’une à l’aide d’un broc prend la pâte d’un sceau [sic] pour le disposer sur un plateau. Une autre égalise la pâte et enlève le surplus. Une troisième femme tient adroitement une plaque sur laquelle retombe l’excédent. La quatrième prend ensuite le plateau pour le disposer sur des étagères. Les mêmes gestes sont répétés jusqu’à ce que le sceau se dévide.”
(Week-End/Scope, 24 septembre 2008.)

Grand-Baie est l’illustre exemple d’une de nos plus belles plages métamorphosée en eye-sore et qu’aucun de nos lointains visiteurs qui auraient fait les 20,000 km ne voudrait voir.
Parallèlement, Trou-aux-Biches, qui a été sacrée la plus belle plage mondiale en 2011, se voit petit à petit mais sûrement dévider de son sable
.”
(Week-End, 23 janvier 2012.)

L’Ile Maurice c’est vraiment un plaisir pour certains. On nous dévide les poches, devient propriétaire des plages et on s’en fiche de notre vie.”
(L’Express.mu, commentaire d’article, 19 janvier 2012.)

Le leader du Parti Mauricien Social Démocrate, Xavier-Luc Duval annonce un budget responsable. Celui-ci sera présenté le 4 novembre prochain à l’Assemblée Nationale. « Ce n’est pas un budget électoraliste. Lorsqu’il sera présenté, vous serez alors convaincus que les législatives ne sont pas derrière la porte », a déclaré le vice-Premier ministre et ministre des Finances lors d’un congrès du PMSD, à Terre-Rouge, ce dimanche 23 octobre.
« Nous ne pouvons pas dévider la caisse, puis subir la famine trois mois plus tard », a-t-il ajouté
.”
(L’Express, 23 octobre 2011.)

Hans Nayna, 24 ans, a été appréhendé à sa descente d’avion le 24 mai dernier par les hommes de l’Anti Drug & Smuggling Unit (ADSU) avec 408 g de gandia, dont la valeur marchande est estimée à Rs 183 000. À sa descente d’avion, lors d’une fouille, les douaniers avaient remarqué que son sac à dos était anormalement gros après avoir été dévidé.”
(Le Mauricien, 3 septembre 2014.)

‘Bassin Cahin’ a aussi été dévidé de son eau dans le but de trouver des indices pouvant mener au meurtrier. Des indices ont été relevés.”
(Le Matinal, 27 février 2014.)

“Merci de vous assurer que votre "shopping bag" est bien dévidé afin d'éviter un contrôle de routine.” – Photo prise au Super U de Grand Baie – Copyright : Christopher.

Merci de vous assurer que votre « shopping bag »
est bien dévidé afin d’éviter un contrôle de routine
.”
– Photo prise au Super U de Grand Baie –
Copyright : Christopher.

Le Petit Robert (2006) parle du verbe dévider dans les termes suivants : « 1. Mettre en écheveau (le fil qui est sur le fuseau ou sur les bobines d’un métier à filer). » Il s’agit dans ce cas de dérouler le fil pour le replier sur lui-même d’une manière telle qu’il ne s’emmêle pas. D’une façon plus générale, il est là question de dérouler le fil enroulé sur une bobine (cf débobiner) ou un autre objet. Sur un bateau on peut aussi laisser filer une ligne, une corde préalablement lovée, et on parlera dans ce cas de “dévider un cordage”. La deuxième acception du dictionnaire a trait au fait de manipuler certains objets filiformes, notamment ceux liés à une pratique religieuse : « 2. Faire passer entre ses doigts. – Dévider son chapelet, son rosaire. »

Il n’est donc pas possible, selon les définitions du dictionnaire ci-dessus, de dévider un seau d’eau, la caisse d’une boutique, un réservoir ou un sac, qu’il soit “poubelle” ou pas, tel qu’on le voit dans les exemples et les citations figurant plus haut. Cet usage, celui qui consiste à se servir de “dévider” à la place de “vider”, constitue une particularité mauricienne. Cette façon de parler se retrouve chez les Bourbonnais aussi, régionalisme mentionné dans le Dictionnaire historique de la langue française (2010, page 2454) : « ▪ Le verbe s’emploie pour “vider” en français de la Réunion (dévider ses poches ; aussi au figuré, dévider son cœur). »

En français dévider est attesté depuis le XIe siècle au sens de « mettre en écheveau (le fil qui est sur le fuseau que l’on vide ainsi) » (DHLF), sens toujours en vigueur, ce qui a donné naissance à des termes tels que “dévidoir” (nom d’appareil de tissage, XIIIe s.), “dévidement” (action de mettre le fil en peloton, XVIIe s., fait de se dérouler, XIXe s.), “dévideur” (personne qui dévide le fil, XIXe s.) ou “dévidage” (action de dévider, XVIIIe s.). L’usage mauricien pour des choses qui n’ont rien à voir avec le fait de dérouler un objet filiforme est influencé par le créole, langue dans laquelle n’existe que le verbe dévider (dévid enn tank, enn drom, enn séo, enn karay, enn caisse camion, enn boite ; dévid so pos, so sac, so lakaz). Ce mot créole est l’équivalent exact du verbe français vider, auquel il ressemble tant qu’il s’est parfois substitué à lui en français “local”.

Dictionnaire historique de la langue française, p. 2454.

Dictionnaire historique de la langue française, p. 2454.

Maf

Maf.
Adjectif.

“Mou”, “spongieux”, en parlant d’un aliment qui, à cause de l’humidité ou d’une mauvaise cuisson, n’a pas la consistance croustillante attendue. “Ah l’horreur ! mon pain est maf net.”

“Flasque”, “sans énergie”, “mou”, en parlant de quelqu’un sans entrain et ayant en général une certaine corpulence (cf. “patate”). “Fouf, il est maf même ce boug-là !!

L’expression mauricienne est issue du mot malgache maf, mafy (“mou”, “gluant”, sens attestés aux XVIe et XVIIe siècles au sud et à l’est de Madagascar), mot qui, aujourd’hui, d’une façon paradoxale, signifie “dur” en malgache standard. En dialecte betsileo toutefois, mafe est utilisé pour parler d’aliments “mal cuits, devenus fades, aqueux”, ce qui rejoint le sens local. En outre, l’expression mauricienne a vraisemblablement été influencée par des mots français (parfois dialectaux) tels que mafflu, maflé, mafle, etc., lesquels contiennent l’idée de bouffissure ou de flaccidité.

Les Seychellois et les Réunionnais utilisent eux aussi le mot maf, dans des sens voisins, l’adjectif pouvant par ailleurs servir à parler d’un fruit ou d’un légume dont la maturité est passée et qui s’est ainsi ramolli. Le fait d’être maf est donc un problème qui ne touche pas que les Mauriciens. Une consolation.

Kozé # 4 – Décembre 2014.

Kozé # 4 – Décembre 2014.

Degré

Degré.
Nom masculin.

Diplôme universitaire ayant au moins le rang de “bachelor” (licence).

Curio: Diplomas

Chez Rushmore Business school par exemple, pour faire ‘le Master in Business Administration’, un HSC n’est pas suffisant car à défaut d’un degré et un minimum de trois ans d’expérience, le candidat doit posséder au moins un diplôme, qui est inférieur, et plusieurs années d’expérience.”
(5-Plus Dimanche, 8 juin 2003.)

Le gouvernement se penchera sur la publication d’un Employment Trends Survey qui servira à informer les jeunes diplômés sur leurs opportunités de carrière. Il mettra en place un Dual-Apprenticeship Scheme qui consistera à mélanger la pratique et la théorie en classe. Ce programme couvrira aussi les cours pour l’obtention du diplôme et du degré.”
(Le Mauricien, 9 novembre 2013.)

«Le council reconnaît uniquement les degrés qui sont reconnus dans le pays d’origine», explique Kiran Bhunjun. Les étudiants et diplômés de la JSS Academy ne seront pas reconnus comme ingénieurs tant que l’UGC ne confirmera pas la validité de leur diplôme.”
(L’Express, 17 février 2014.)

Admission à l’UTM ouverte pour ceux qui veulent faire un degré en Divinity
(Site du diocèse de Port-Louis, 23 mai 2013.)

La majorité ont été jugés sous-employés, leurs emplois exigeant moins d’un degré. Le secteur privé reste le plus grand pourvoyeur d’emplois pour les diplômés, qui ont de plus en plus de difficultés à trouver un poste dans une institution publique.”
(Le Mauricien, 20 avril 2012.)

La matière doit être enseignée par un enseignant de Physical Education possédant un degré/diplôme.”
(Le Défi, 31 mars 2012.)

À la fin de votre programme et quand l’ensemble de vos obligations financières sont remplies, votre certificat, diplôme ou degré vous sera accordé.”
(Site de l’Impact School of Christian Ministries.)

L’utilisation du mot “degré” à Maurice — alors même que le mot diplôme existe en français — est liée à la distinction qui existe en anglais entre un “degree” et un “diploma”.

En toute rigueur, le diploma devrait simplement être la feuille de papier, le document lui-même, attestant qu’une personne a suivi un cursus donné, qu’elle possède un certain nombre de connaissances et qu’elle a été reconnue apte à recevoir un titre délivré par un organisme de formation (université, école, institut, chambre consulaire, etc.). Tout comme le mot diplôme, diploma vient du grec diplôma, “feuille pliée en double”, lui-même issu de diplous, “double”. L’étymologie même du mot indique qu’il s’agit du document en tant que tel, c’est-à-dire du morceau de papier ou de parchemin sur lequel est inscrit quelque chose. Toutefois, au fil du temps, par métonymie un mot a été utilisé pour exprimer une notion voisine et l’attestation est devenue la chose elle-même : le diplôme n’est plus le document seul, mais ce qu’il atteste, c’est-à-dire le titre, le grade.

En français il n’existe qu’un seul mot pour le titre : diplôme, que celui-ci soit du brevet, du baccalauréat, de licence, de maîtrise, d’ingénieur, d’architecte, de médecin, d’expert-comptable, de vétérinaire ou de docteur en littérature française — voire de relaxologue. En allemand idem (ou presque) : Diplom. Mais en anglais contemporain il en existe plusieurs : certificate (cf. nos CPE, SC ou HSC), diploma ou degree, et ces mots, ainsi que la réalité qu’ils recouvrent, n’ont pas la même valeur.

Le moins prestigieux d’entre eux est le certificate (certificat). C’est celui qu’on a lorsqu’on a été à l’école ou qu’on a suivi un stage ou une formation technique. Le CPE (Certificate of Primary Education) est l’examen de la fin du primaire. La “senior”, année d’école équivalente à la seconde dans le système français (élèves âgés de 15 à 16 ans), donne lieu à la SC, ou “school certificate”. Deux ans après, les élèves du secondaire passent la HSC, ou “Higher School Certificate”, marquant la fin de leur études scolaires.

Le diploma, pour sa part, sanctionne une formation relativement courte , souvent assez technique, suivie par des gens qui ne sont plus à l’école. Elle n’a généralement pas lieu dans une université attitrée, et de ce fait ne se déroule pas dans un cadre académique. Il s’agit généralement de formations professionnalisantes, axées sur une activité bien précise, sur un métier particulier. Elles sont moins générales que les études universitaires et possèdent un prestige moindre.

Le degree, comme on l’a dit plus haut, est un diplôme octroyé par une université à l’issue d’études d’au moins trois ou quatre ans (bachelor). Dans la plupart des esprits, ce sont là les “vraies” études, les études académiques.

Tout ceci fait que quelqu’un ayant suivi des études universitaires débouchant sur l’obtention d’un degree pourra éprouver une certaine réticence à parler du diplôme qu’il possède en utilisant le mot “diplôme”, de peur que, dans la grande pagaille de la diplomatie mondiale, son interlocuteur pense qu’il n’a “qu’un diploma”. C’est ainsi que nous nous retrouvons à entendre des barbarismes du genre “j’ai fait un degré en psychologie” ou de ceux qui figurent en exemple au début de ce billet.

Toutes ces entorses à la langue ne sont-elles toutefois pas justifiées lorsqu’il s’agit de s’élever sur les degrés de l’échelle sociale ?

Diplome_hautes_etudes_martiennes

Zangarna

Zangarna.
Nom masculin.

Païen, mécréant. (Bon à rien.)

Ƶ

L’appellation chrétienne est encore plus gênante. Qui est chrétien, aux yeux de Dieu, et qui ne l’est pas ? Qui est plus aimé de Dieu du zangarna baptisé en bonne et due forme, avec parrain, marraine, dragées, brioches et robe blanche, ou les plus sincères des adorateurs de Ram, de Shiva, de Vishnu, qui connaissent autant les Evangiles que les Upanishads et le Mahabharata, des croyants clamant plusieurs fois par jour et de toute la force de leurs haut-parleurs la grandeur du Dieu Unique, le Dieu d’Ibrahim, de Yacoob et d’Issac, et qui se souhaitent : Salaam alaikhoum ! comme le Christ nous dit : «[La] Paix soit avec vous» ?
(Yvan Martial, La Vie catholique, 4 au 10 mai 2007.)

Mais gare aux zangarnas comme toi, Quincois ! Si tu as un grigri sur toi, jette le vite à la mer, dès que tu as aperçu une baleine ; sans ça, elle te poursuivra jusqu’à ce qu’elle ait coulé ton bateau !
ZANGARNA. – (Corruption de Jaggernaut): boudhiste, adepte des rites de Jaggernaut et, par extension, païen, non-chrétien – voire, mauvais chrétien
(Savinien Mérédac, Polyte (page 99), 1926.)

J’ajouterai, mieux les préparer pour mieux les contrôler. Pour soi-disant ne pas laisser les gens — perçus comme des zangarna — qui se séparent de leur confession sans spiritualité.”
zangarna : personne ou gens vivant sans foi religieuse
.”
(Christian Némorin, Une Île inachevée, 2008.)

ZANGARNA. Païen, homme sans religion, impie ; par extension, hérétique. ETYM : Jaggurnaut, ville de l’Inde […].”
(Robert Furlong et Vicram Ramharai, Panorama de la littérature mauricienne: la production créolophone. Des origines à l’indépendance, 2007.)

Wi, mo dakor; akoz bannla nou dan pens.
Bann sal Zangarna! Payen! Zanfan Satan!

(Dev Virahsawmy, Karay So (pou Gérard Sullivan), 9 long poem, 2006.)

Parski mo lapo maron,
Parski mo seve nwar-drwat,
Parski mo al sivala
To dir mo enn zangarna.
Parski nou pa koz parey,
Parski mo met langouti,
Parski mo manz farata
To dir mo enn bachara
.”
(Dev Virahsawmy, novembre 2007.)

When some Mauritians choose to call their Hindu neighbour Zangarna, they unconsciously pronounce the name Jugannath, the Lord of the Universe.
(Sookdeo Bissoondoyal, A Concise History of Mauritius, 1965.)

Anou ekout enn parol dan segon liv Martir Izrael (7,1-2.9-14)
[…]
9   Zis avan li rann so dernie soupir, deziem frer- la dir lerwa: «To enn zangarna, to pe tir nou lavi lor later azordi, me akoz nou fidel ar lalwa, lerwa liniver pou resisit nou, pou donn nou lavi eternel.»
(La Vie catholique, 05 au 11 novembre 2010.)

Ƶ

L’expression est relativement rare (elle ne figure d’ailleurs pas dans le Diksioner morisien de Carpooran), ce qui expliquerait sans doute pourquoi le sens qui s’y attache peut varier d’un locuteur à un autre. Pour une partie des gens, le terme zangarna est lié à la religion et s’utilise pour parler de celui qui ne croit pas en Dieu, ou dont la pratique religieuse laisse à désirer — autrement dit un mécréant (un mauvais croyant), un misbeliever, un apikoros. Pour une autre partie, un zangarna est “un bougre qui ne fait rien de sa vie”, un type qui se laisse aller et qui se moque de ce que la société peut penser de lui — autrement dit un traîne-savate, un jean-foutre, un bon-à-rien. Cette deuxième acception dérive certainement de la première. Le fait d’être un mécréant étant moralement condamnable, le terme possède une connotation suffisamment péjorative pour être employé en tant que terme de reproche dans d’autres contextes, d’où l’extension ou le changement de sens. On remarquera toutefois que dans le 8e et dernier exemple d’utilisation ci-dessus, le passage biblique en créole “to enn zangarna” provient du texte suivant (cité plus bas dans l’article de La Vie catholique) : “tu es un scélérat” — scélératesse se rattachant sans nul doute au fait d’être un bon-à-rien.

Baker & Hookoomsing, Dictionnaire du créole mauricien, page 341.

Baker & Hookoomsing, Dictionnaire du créole mauricien, page 341.

Selon MM. Baker et Hookoomsing, l’expression vient du nom d’une divinité hindoue dont le temple principal se trouve dans la ville de Puri en Orissa, sur la côte est de la péninsule indienne, au bord du golfe du Bengale. Dans cette ville est vénéré Jagannath, lequel est une manifestation de Krishna, donc de Vishnou. La statue du dieu, peinte en noir, est dotée de grands yeux, d’une grande bouche et de bras courts. Au cours de la grande fête annuelle qui a lieu au mois de juin ou juillet — le Ratha Yatra —, trois énormes chariots (ratha) sont construits pour abriter et transporter Jagannath, son frère et sa sœur. Cette fête a lieu dans une atmosphère de grand enthousiasme, de nombreux pélerins venant à Puri afin d’avoir la bénédiction de la vue du dieu (son darshan). La foule en liesse et la vénération prodiguée à la trinité composée de Jagannath, de Balarama et de Subhadra ont suffisamment frappé les Européens — surtout les plus puritains et les plus empreints de préjugés — pour que ceux-ci associent le culte de Jagannath à la plus condamnable des formes d’idolâtrie.

Procession de Jagannath à Puri.

Procession de Jagannath à Puri.

En 1806, un missionnaire écossais, Claudius Buchanan, a assisté au festival des chariots et en a donné un compte rendu empreint de critique. Ce “reportage” figure sous forme de journal dans ses Christian Researches in Asia, publiées en 1811, la condamnation morale du puritain clergyman Britannique envers ces rituels qu’il réprouve apparaissant à chacune de ses phrases ou presque :

I have seen Juggernaut. […] The idol called Juggernaut has been considered as the Moloch of the present age; and he is justly so named, for the sacrifices offered up to him by self-devotment, are not less criminal, perhaps not less numerous, than those recorded of the Moloch of Canaan.

The idol is a block of wood, having a frightful visage painted black, with a distended mouth of a bloody colour.

Le mépris des Anglais pour les croyances et les coutumes indiennes se sont exprimées — y compris par écrit — tout au long du XIXe siècle, et même au-delà (cf. les commentaires de Winston Churchill sur Gandhi en 1930 ou sur ce qu’il aurait qualifié de “beastly religion”). Il n’est donc pas particulièrement étonnant de voir que, impressionnés par des rites qu’ils ne comprenaient pas et qu’ils désapprouvaient, les Européens aient utilisés les mots indiens attachés à ces cultes pour en faire des expressions connotées négativement, d’où “juggernaut” en Grande-Bretagne ou “zangarna” à Maurice.

Oxford English Dictionary (Shorter), third edition.

Oxford English Dictionary (Shorter), third edition.

Longtemps avant le peintre Xavier Le Juge (1939, 1952), François Chrestien a traduit des fables de La Fontaine en créole. C’est ainsi que dans ses Essais d’un bobre africain (1822 1ère édition, 1831 2e édition, 1869 3e édition), en traduisant Le Rat qui s’est retiré du monde, pour faire plus “couleur locale” il transforme l’exotique mot “derviche” en “prêtre zanguerna” :

Pretre_zanguerna--Francois_Chrestien--Les-Essais_d'un_bobre_africain_(1831)--page_146

À Maurice on trouve un certain nombre de patronymes dérivés du nom de Jagannath, le Seigneur de l’Univers. Au cours du XIXe siècle, probablement à l’arrivée des immigrants indiens à Port-Louis, ces noms, transcrits en alphabet latin, ont reçu des graphies diverses, comme on s’en rend compte aujourd’hui encore.

Extraits de l'annuaire téléphonique (2014).

Extraits de l’annuaire téléphonique (2014).

Il ne nous a pas semblé, cependant, que ces noms aient jamais été associés au mot mauricien zangarna, ni même au mot anglais juggernaut. S’il existe une parenté étymologique entre eux, cela ne s’est jamais concrétisé ni dans les esprits ni dans le langage. À tout seigneur, tout honneur.

Jagarnath Lane

Jagarnath Lane

Baise

Baise.
Nom féminin.

Pas de sexe ici. La baise, en français de Maurice, ne relève normalement pas de la copulation : une baise, c’est un problème, une situation difficile, ou c’est une réprimande, une engueulade. L’expression est perçue comme familière, voire un peu rough en certaine compagnie, mais elle ne possède pas de connotation sexuelle explicite.

Hier on a pris une mauvaise baise avec la pluie.”

Dépêche-toi de rentrer, sinon tu vas ramasser une baise avec ta manman.”

Quand les ennuis s’accumulent, l’expression de découragement qui vous vient à la bouche peut être “quelle baise…” Et lorsque cette dernière dépasse les limites du supportable, il lui arrive d’être qualifiée de “macabre”, la “baise macabre” étant une sale baise, de celles qui laissent des traces.

Cette absence d’attribut sexuel en ce qui concerne la baise mauricienne fait que l’interjection baisé ! (merde !) et le verbe baiser (donner, prendre, avoir, rester, etc.) engendrent parfois d’amusants quiproquos, comme dans le cas de ces voyageurs mauriciens qui, montés dans un train bondé, s’entendent dire par un contrôleur qu’ils n’auront pas de places assises et rétorquent, énervés : “Alors quoi ! on va baiser debout jusqu’à Paris ?

Kozé # 3 – Octobre 2014.

Kozé # 3 – Octobre 2014.

 

 

_______

Mise à jour du 23 novembre 2014.

En français standard l’expression a de longue date été associée au fait d’embrasser, c’est-à-dire de presser ses lèvres sur la peau d’une personne ou sur la surface d’un objet (kiss en anglais). Baiser, c’était avant tout embrasser, parfois avec respect et chasteté, parfois avec amour et transport. C’est à partir du XVIe siècle que le verbe a acquis le sens sexuel de “posséder charnellement”, sens qui s’est tellement généralisé que de nos jours, sous peine de faire rire — voire d’inquiéter —, on ne peut plus guère parler de “baiser” quand on veut dire “embrasser”.

Le substantif lié au verbe était avant tout masculin : en français on parle d’“un baiser” depuis le XIe siècle, notamment à propos d’un passage biblique dans lequel Judas, le traître, embrasse Jésus pour le désigner aux Romains venus l’arrêter. Dans une certaine mesure, et à la différence du verbe, le substantif masculin a gardé une certaine neutralité de registre et ne prête pas systématiquement le flanc aux idées grivoises. Parler du baiser d’une mère ou d’un père à son enfant continue de suggérer un tendre tableau.

Par contre les choses se sont corsées lorsque le substantif dérivé de baiser s’est mis à être employé au féminin : en français standard, “une baise” — “la baise” — n’a pas grand-chose à voir avec “un baiser”. Aussi extraordinaire que cela paraisse, ce nom féminin synonyme d’“acte sexuel”, d’“action de baiser”, n’existerait en français de France que depuis 1973 (Petit Robert). La baise n’existerait donc dans l’Hexagone que depuis le dernier quart du XXe siècle. Voilà qui a de quoi laisser songeur.

Ceci expliquerait peut-être en partie pourquoi à Maurice “une baise” — expression employée bien avant 1973 — n’a pas, et n’avait pas, ce sens éminemment sexuel que possède l’expression en France aujourd’hui. Quelque part dans le subconscient du locuteur mauricien lambda doit exister un lien, aussi ténu soit-il, entre le mot baise et la copulation — autrement il n’y aurait pas de gêne à l’utiliser pour converser par exemple avec la tante de votre épouse —, mais le mot, appartenant quand même au registre familier, est largement dépourvu de caractère sexuel dans une grande majorité de cas.

Baggioni & Robillard – Ile Maurice, une francophonie paradoxale (1990), page 103.

Baggioni & Robillard – Ile Maurice,
une francophonie paradoxale (1990), page 103.

Ayo, personne n’est venu, grande baise…
Elle lui a fichu une baise.
On a pris une baise terrible pour changer la roue de la voiture.
Tu n’as pas fait ce que tu devais faire, et maintenant la baise est mûre.
J’ai perdu mon portefeuille et mes clefs de voiture, je suis dans une mauvaise baise là.
Ces phrases sont toutes dépourvues de sexualité. Tout au plus suggèrent-elles que la personne qui s’exprime ainsi jouit d’une certaine familiarité dans ses relations avec la personne à qui elle s’adresse, ou qu’elle est passablement énervée.

Il peut être noté que nos voisins réunionnais ont une expression similaire possédant des sens et des registres similaires. Mais pour une fois le mot bourbonnais est un peu différent : là où à Maurice on parle d’“une baise”, à la Réunion on parle d’“un baisement”. — “Ce même jour, dans cette même lettre, il annonce à F. qu’elle va prendre ‘un baisement’.” (Le Quotidien de la Réunion, 18 janvier 1992.)

Le comportement de Bérenger est absolument lamentable. C’est un autocrate vieillissant qui n’a pas su préparer la relève. Il n’a plus aucune conviction ni aucune fierté. En face de lui Ramgoolam est un excellent manipulateur dont la seule ambition est de rester au pouvoir. Les Mauriciens sont vraiment dans une grande baise
(Forum de L’Express.mu, commentaire du 27 avril 2014.)

L’importateur me dira : « Ce n’est plus rentable, j’arrête de faire venir ce produit. » Vous imaginez la suite: Soodhun a foutu une baise… Ne rien faire n’était pas non plus la solution, on me serait tombé dessus. J’ai trouvé une solution intermédiaire qui n’est pas si mauvaise que ça.”
(Interview du ministre Showkutally Soodhun, L’Express, 28 mars 2011.)

- Et alors, moi je mets de force la télé sur la MBC, après avoir attrapé une baise avec les enfants qui voulait voir je ne sais quel clip sur une autre chaîne.”
(Forum Radio Moris, 31 août 2008, probable retranscription d’une chronique de Jean-Claude Antoine.)

Le chanteur ajoute qu’« Exiler dan l’enfer » est un clin d’œil pour ces Mauriciens qui « pe ramasse baise dehors ».”
(Le Défi, 19 octobre 2014.)

Le Président du MTC a exhorté ses invités à «aider» une nouvelle publication «dans bez»
(Week-End, 24 août 2014.)

Transport

Transport.
Nom masculin.

Engin, en principe motorisé, destiné à transporter des gens ou des choses ; véhicule ; moyen de transport.

National_Transport_Corporation_buses_68Il va falloir trouver un transport corec pour eux, quelque chose d’assez propre, sinon ils risquent de ne pas être contents.”

Ton transport n’est pas encore arrivé ? On m’avait dit neuf heures et il n’est toujours pas là.”

Les élèves et étudiants, âgés de cinq à trente ans, participent à des ateliers de peinture, de danse, de lecture et d’éducation physique, entre autres. Un transport les récupère chez eux le matin et les ramène dans l’après-midi.”
(Magazine de la compagnie Omnicane, juillet 2011, page 17.)

À peine la victime embarquée dans un transport de la police en direction de l’hôpital, les policiers affectés au poste d’Abercrombie ont été informés de graves incidents se déroulant sur la voie publique le long de la rue Ducray.”
(Le Mauricien, 8 février 2013.)

« Merci de nous aider à trouver un transport qui pourra la déposer à l’école à 9 heures et la récupérer à 14h30 », implore la mère.”
(Le Défi, 20 septembre 2012.)

Transport_(van)_880Une invitation à assister à cette conférence de presse a été envoyée à tous les médias et un transport mis à leur disposition.”
(Site de la propriété sucrière Terra, juillet 2013.)

2. Avant de monter dans votre transport, pendant que vous montez, prenez une minute pour prêter attention à votre respiration.
3. Dans le transport, prenez conscience de vos tensions corporelles – dos, yeux, pieds… – et faites de votre mieux pour relâcher toutes ces tensions… Est-ce qu’elles vous aident à vous sentir mieux ?

(Brochure de DRR Consulting Mauritius.)

J’ai pas de transport mais je vais m’organiser avec Saleema”.
(Facebook, 30 septembre 2014.)

Le personnel de Link to Life au bureau de Vacoas est extra gentil, quand on les appelle pour réserver un transport, ils ont toujours de la joie dans la voix. L’équipe des chauffeurs, c’est pareil. Ils sont très ponctuels et me portent pour monter dans la voiture.”
(Site ACTogether.mu, 8 novembre 2012.)

Ils viennent des quatre coins de l’île. Pour plusieurs, le rendez-vous du 2e dimanche du mois d’octobre est sacré. Parmi, il y a ceux qui viennent des hospices, couvents ou autres maisons de retraite. Tout est programmé d’avance pour qu’ils aient un transport adéquat pour le déplacement – bus spécial route […].”
(La Vie catholique, 19-25 octobre 2007.)

Transport_(coccinelle_VW)_496Salut je cherche une maison a louer dans les environs de Vacoas / Curepipe ou a Flic-en-Flac. Type de maison:-maison individuelle avec au minimum deux chambres a coucher et une cour/ un garage pour garer deux transports.”
(Site petites-z-annonces-maurice.com, 20 mai 2011.)

En français standard, le transport est principalement l’action consistant à déplacer des choses ou des gens d’un lieu à un autre, le fait de transporter. Il ne s’agit pas du véhicule lui-même. Dans ce cas on parlera éventuellement d’engin de transport, de matériel de transport ou de moyen de transport, pas de “transport” tout court. Uniquement dans le domaine particulier de la marine, notamment de la marine militaire, pourra-t-on entendre parler d’un transport (de troupes, de matériel).

Le mot transport étant néanmoins d’un usage courant en français, on pourrait penser que c’est de cette langue que nous vient ce mot. Oui et non : la prononciation (mauricianisée), [trɑ̃spoː], est d’origine française, mais l’utilisation du nom de cette façon a vraisemblablement été influencée par la langue des Britanniques. Pour contribuer à s’en convaincre, un extrait du freedictionary.com :

In British English, vehicles that you travel in are referred to generally as transport.
It’s easier to travel if you have your own transport.
You can get to the museum by public transport.

Cependant, l’habitude mauricienne consistant à parler d’un transport, voire de deux transports, ne provient pas de l’anglais :

Transport is an uncountable noun. Don’t refer to a single vehicle as ‘a transport’.

Pour revenir au français, et même au français grivois, il est possible, et même licite, de remarquer qu’un transport peut aussi être un voyage vers le septième ciel : dans des circonstances favorables, le “transport amoureux” est en mesure de vous faire passer dans une autre dimension, de sortir de vous-même, de monter plus haut que les nuages. Ce genre de transport correspond à une vive émotion, une passion, une exaltation, un ravissement. A rapture, an ecstasy pour les Anglais, lesquels — qui l’eût cru ? — connaissent paraît-il aussi l’“amorous transport”.

Amorous transport ? Ah ! voilà un nom réjouissant lorsqu’il s’agit de baptiser un bus privé ou un camion martiens.

Tambalacoque

Tambalacoque.
Nom masculin.

Grand arbre endémique (Sideroxylon grandiflorum), aujourd’hui très rare, que l’on trouve encore dans certaines forêts des hauts plateaux.

Le cheval repart au lancé. Mais en chemin son pied heurte un chicot de tambalacoque. Le pied en est tout blessé, et le cheval ne peut s’empêcher d’injurier le tambalacoque.
(Charles Baissac, Le Folklore de l’île Maurice, 1888.)

Environ mille pieds de tambalacoques prospèrent à Maurice notamment à Brise-Fer, Mare-Longue, Macchabée, Ferney, Bassin-Blanc, Bel-Ombre, au Pouce et même pour l’un d’entre eux dans un parc privé de Curepipe. De la famille des sapotaceae, cet arbre se distingue par une longévité exceptionnelle qui peut avoisiner les mille ans et sa hauteur dominante dans la canopée des forêts hautes de Maurice.”
(Le Mauricien, 21 janvier 2012.)

Plus que centenaire, le “tambalacoque”, est unique dans le village de Petit-Raffray, voire de la région, expliquent des habitants du village.”
(L’Express, 5 janvier 2004.)

Symbole de résistance et de longévité, le tambalacoque, arbre endémique unique à Maurice peut atteindre jusqu’à 400 ans, voire plus.”
(Week-End, 20 novembre 2011.)

Sur le sentier plus étroit que nous prenons entre les arbres indigènes, nous ne tardons pas à découvrir un Tambalacoque, arbre que le scientifique américain Stanley Temple avait postulé ne plus pouvoir se régénérer depuis la disparition du dodo… Il avançait qu’une digestion partielle des graines par notre Raphus cucullatus était indispensable à leur germination, ce qui s’est par la suite avéré inexact. Celui que nous découvrons est dans un état pitoyable, avec une partie du tronc pourrie et des marques de machette à environ cinquante centimètres du sol. Un repère a permis aux botanistes de constater que le diamètre de son tronc ne prend en moyenne que 0,2 mm par an, ce qui le classe parmi les arbres à croissance très lente.”
(Le Mauricien, 7 janvier 2012.)

Appartenant à la famille des Sapotacées (au même titre que le bois de natte, le makak et le pomme jaco), il s’agit d’un arbre endémique à Maurice, pouvant atteindre une vingtaine de mètres de hauteur, au tronc bien droit. Il était un bois apprécié en construction.

L’origine du mot tambalacoque est inconnue — une forme “tamanicoque”, aujourd’hui disparue, aurait existé —, le nom écrit de la sorte étant attesté depuis 1888 (voir plus haut l’extrait du livre de Charles Baissac).

L’arbre a donné lieu à un certain nombre de théories fantaisistes, parfois prises sans sourciller par les uns et les autres (cf. l’article de L’Express du 5 janvier 2004 ainsi que les extraits ci-dessus et ci-dessous).

Le dodo avalait la graine de l’arbre tambalacoque et pour mastiquer cette graine dans son estomac, il avalait une pierre grosse comme un œuf de poule, qui lui servait de dents intérieures.”
(Bernard Violet, L’ombre d’une île, entretiens avec Malcolm de Chazal, 1994.)

Au début des années 1970, Stanley Temple, un chercheur américain, ornithologiste de son état, donc un spécialiste des oiseaux plutôt que des plantes, a émis l’hypothèse que pour germer les graines de tambalacoque avaient besoin de passer par le système digestif d’un dodo. Les dodos ayant disparu, les tambalacoques ne pouvaient plus se reproduire, et se trouvaient donc condamnés à plus ou moins brève échéance si un substitut au gésier de dronte n’était pas trouvé. Des dindons furent utilisés comme cobayes, sans résultat concluant. On se mit à parler de “dodo tree”, ce qui ne pouvait qu’attirer l’attention du public sur les tambalacoques et leur raréfaction. (L’association dodo / tambalacoque perdure à ce jour, notamment sur internet.)

En 1977, dans son livre Golden Bats and Pink Pigeons, l’écrivain et naturaliste britannique Gerald Durrell a mentionné la chose en citant ce qu’on lui avait raconté lors d’une de ses visites à Maurice : “le tambalacoque était commun à l’époque du dodo et, selon la théorie, le dodo aimait manger le fruit de l’arbre. Lorsque la partie charnue était digérée, les sucs gastriques pouvaient agir sur la graine dure et le passage de celle-ci à travers le corps du dodo la ramollissait suffisamment pour lui permettre de germer”. Mais de l’aveu de Durrell lui-même, plutôt sceptique, cela était avant tout une belle histoire : “‘It’s a lovely story,’ I said, fascinated at the thought of such a link between a bird and a tree, and now the extermination of one was causing the disappearance of the other, ‘but I’m afraid it’s got more holes in it than a colander.’” Passons, donc. Mais pour en avoir le cœur net il faudrait sans doute demander son avis au Lonely Dodo pendant qu’il est encore là.