Carabi

Carabi(s).
Nom masculin, souvent pluriel.

Favori(s), patte(s), rouflaquette(s).

Eh toi mon garçon, tu as un carabi plus long que l’autre !

Louis se concentre sur le cou du chauffeur, ses carabis, puis jette un regard sur le coaltar qui défile.” (L’Express, 9 février 2009.)

Il y aussi quelques nouveautés chez les hommes et toujours la coiffure vintage est également présente. “Chez les hommes, c’est le grand retour des couteaux mastiques, c’est à dire, les grands carabis”, affirme le coiffeur de St Georges Coiffure.” (Week-End/Scope, 12 novembre 2008.)

En patois de la Saintonge (région de la côte ouest de la France), il existerait des carabis correspondant à la définition mauricienne de ces péninsules pileuses. Dictionnaire du patois saintongeais : “Carabis — Favoris, la barbe des joues. Du grec Kara, tête (??) ou peut-être de sarrasin, comme le mot suivant” [carabin]. Compte tenu de la nature maritime de la province en question, il est tout à fait possible que le terme mauricien soit originaire de cet endroit particulier.

Dans un de ses ségas les plus fameux, Cyril Ramdoo évoquait un resquilleur qui s’introduisait dans les réceptions de mariage sans y avoir été invité. Dans la description qu’il faisait du personnage, il parlait de ses carabis qui ressemblaient à des couteaux mastic :

Avek so moustass kouma enn také boit siraz
Sévé ouadir fouzèr plim, karabi kouto mastik
Manyèr fringan li vini ou pa kapav douté !

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22 réponses à “Carabi

  1. LOrraine Lagesse née Desmarais

    Comme c est amusant de voir les liens entre noitre patois et celui de Saintonge…OUI je me souviens de fraudére mariaze…et les carabis a la Elvis Presley…qui faisait fureur..
    Karabi a mi joue…qu on dit ici karabi squamijoue…

  2. Voilà un mot, même saintongeais, qui m’était inconnu jusqu’ici.
    Pour moi, « carabi » n’existait que dans le refrain de la comptine Compère Guilleri:
    Carabi, Titi, Carabi, Toto,
    Carabo, Compère Guilleri

    Mais je n’en connais ni le sens ni l’origine…

  3. Je ne sais pas s’il est possible d’être certain que le carabi(s) mauricien vient bien du saintongeais, mais l’étymologie que proposait Monsieur Jonain vers le milieu du XIXe siècle — “du grec kara, tête” — me paraît hautement fantaisite. Il est vrai toutefois que le mot caracoler veut dire “coller par la tête” et que karatéka se réfère à une personne têtue portant le nom de Tekha.

  4. Je vois que le mot apparaît sous la forme « karabi » avec comme définition : « Favoris – Fr. dial. carabis « favoris »» dans le Dictionnaire Créole Seychellois-Français
    Il figure aussi, daté de 1880, dans le Dictionnaire étymologique des créoles français de l’Océan Indien d’ Annegret Bollée avec une étymologie inconnue mais une référence à Musset! Ce Musset-là n’est pas le poète mais Georges Musset, auteur en 1977 du « Glossaire des patois et des parlers de l’Aunis et de la Saintonge ».

  5. Georges Musset, auteur en 1977 du « Glossaire des patois et des parlers de l’Aunis et de la Saintonge ».

    Leveto, j’ai l’impression que ce Musset-là a difficilement pu publier un livre en 1977. Né en 1844, il serait mort en 1927 ou 1928, et aurait de ce fait été en partie le contemporain du Pierre Jonain mentionné plus haut (1799-1884). Tous deux ont écrit un livre sur le parler de la Saintonge et tous deux semblent avoir mentionné le mot carabis. Si dans le DECOI on cite la date de 1880 pour l’attestation du mot à Maurice, je pense que cela est dû à sa mention dans l’Étude sur le patois créole de Charles Baissac, publiée cette année-là. (Il faudra que je vérifie à l’occasion, quand Saturne sera un peu plus clément à mon égard.) Cependant, ce qu’il serait plus amusant de savoir, c’est si le mot carabis est toujours utilisé de nos jours au nord de l’embouchure de la Gironde. Si ce n’est pas le cas, on aurait pu le leur renvoyer !

  6. Autant pour moi, j’ai écrit trop vite. 1977 est la date de la réimpression de l’ouvrage de G. Musset chez Laffite Reprints !

  7. Compère Guilleri

    Leveto, j’ai regardé le site et je m’étonne de voir Compère Guilleri donné comme comptine et non comme chanson. C’est comme chanson que je l’ai apprise, et on la trouve dans plusieurs recueils de chansons populaires. Une comptine, c’est toujours parlé, même s’il y a un rythme, ce n’est pas chanté. De plus, pour jouer son rôle il faut qu’une comptine soit courte, et pour servir de comptine, le texte de la chanson avec tous ses couplets serait beaucoup trop long: dans la transcription que donne le site on voit bien qu’il y a plusieurs couplets, même si le texte est donné sans séparations. Non seulement cela, mais les vers ne sont pas transcrits correctement pour préserver à la fois la rime et le rythme de la chanson: dans la chanson, on entend bien que le mot carabi est placé exactement au même endroit dans les deux vers de chaque couplet, pour rimer avec le mot précédent:

    Il était un p’tit homme, qui s’app’lait Guilleri, carabi
    Il s’en fut à la chasse, à la chasse aux perdrix, carabi

    Titi, carabi, toto, carabo, compère Guilleri:
    Te lairras-tu, te lairras-tu, te lairras-tu mouri?

    (etc)

    Notes linguistiques: les verbes avec passé simple en « i » sont typiques du dialecte saintongeais (la version française ne les garde que pour la rime, mais « monta » devait sans doute être « montit » dans le dialecte local). « Lairras » n’est pas une simplification récente de « laisseras » mais une forme ancienne. « Mouri » est la vieille prononciation de « mourir » – en français moderne on a restitué la prononciation du r final sous l’influence de l’orthographe, mais il avait disparu du français standard, aussi bien que du dialecte de la chanson.

  8. Vous avez raison, Marie-Lucie. Il s’agit d’une chanson. Mais le site donne le texte de chansons aussi bien que de comptines, d’où sans doute la confusion.

    Votre précision sur les passés simples saintongeais me remet en mémoire la fameuse planche de la Rubrique-A-Brac de Gotlib où le petit garçon qu’il était chante sans en comprendre les paroles ce refrain appris de la bouche de son grand père :
    Leblésmouti labiscouti
    ouileblésmou ouilabiscou

    Il perd son innocence et rentre dans le monde des grands le jour où il en comprend les paroles :
    Le blé s’moud-il ? L’habit se coud-il ?
    Oui, le blé s’moud ! Oui, l’habit se coud!

    Ce ne sont pas des participes passés, mais la sonorité m’a fait faire le rapprochement.

  9. Merci, leveto! dommage de ne pas avoir le texte de la chanson aux mots mystérieux.

  10. Siganus Sutor

    Des trois mots cités dans la définition du billet, lequel a la faveur des Français ? Dans le Petit Robert le mot côtelette est aussi mentionné, avec la mention “familier”. Les rouflaquettes sont d’origine inconnue, le mot ayant pu apparaître par génération spontanée dans les années 1870 (première attestation en 1876). Par ailleurs, les pattes, elles, peuvent apparemment être “de lapin”.

    Je crois que je vais bientôt me laisser pousser des pattes de poisson-lapin

  11. I remember reading somewhere (perhaps in the Opies) that the « choosing a person by counting » children’s game in at least some parts of Italy uses the words Inimini maini mo, chissania baisto, which is just the English Eeny-meeny-miny-mo, catch a n—- by his toe (tiger in more modern versions), and continues If he holler(s), let him go, Eeny-meeny-miny-mo.

  12. En portugais on dit “costeleta” et pour nous est “patilla”, un diminutif de “pata” (patte).

  13. Siganus K. Sutor

    Ce sont surtout des côtelettes de mouton au Portugal ? Quant à l’Espagne, de quelles petites pattes s’agit-il ? De celles des myriapodes par hasard ? (Des carabis qui doivent chatouiller…)

  14. >Siganus K.
    Oui, « costeleta » a ces deux significations et la « pata » est chez l’animal. Il semble que ces deux mots sont usités par leur similitude avec les carabis ; cela n’est pas un mouton à cinq pattes.
    Aussi, « patilla » est la branche des lunettes.

  15. Je réponds avec un peu de retard à votre question.
    Je pense qu’en français on utilise plus volontiers le mot « patte » (c’est du moins ce que me dit mon coiffeur*) que le mot « favori » (bien qu’il soit compris et utilisé par tout le monde, mais dans un langage un peu plus soutenu, peut-être). Les « rouflaquettes » — mot qui s’employait beaucoup du temps de ma grand-mère — sont plutôt aujourd’hui du registre de la plaisanterie ou de la moquerie.

    *dont le comble est de couper les pattes d’un cul-de-jatte, ah!ah!ah!

  16. marie-lucie

    Les pattes qui continuent les cheveux devant les oreilles ne sont pas rasées mais ells ne sont pas touffues non plus (comme le montre la photo), ni très longues, au contraire des favoris qui sont plus longs (ils atteignent souvent le niveau du menton) et plus fournis. Les favoris ont été à la mode pendant le dix-neuvième siècle, peut-être parce qu’ile encadraient le bas du visage comme la barbe, mais sans les inconvénients que peut présenter la barbe pour les mangeurs. Je crois que les rouflaquettes étaient intermédiaires entre les pattes et les favoris: des pattes moins soignées, peut-être. (Voir le TLFI pour une origine possible du mot).

    Le mot patte ne s’applique pas seulement aux membres des animaux, il veut dire aussi une bande étroite ou une languette de tissu qui est cousue sur un vêtement, par exemple pour tenir retroussé le bas d’une manche de chemise (la patte comportant une boutonnière et la manche un bouton intérieur), ou sur les épaules, pour y attacher des épaulettes, ou le long du bord d’une chemise (au centre du torse), pour renforcer ce bord et aussi servir de support aux boutonnières ou aux boutons.

  17. Siganus K.

    Jesús, Leveto & Marie-Lucie, merci pour vos lumières.

    M.-L., le TLFi aussi mentionne une “origine obscure” à propos du mot rouflaquette(s). (Il me semble par ailleurs avoir déjà entendu ma mère employer le mot “patte” pour parler de la ceinture de sécurité dans une voiture…)

  18. In English, rouflaquettes are called sideburns, a mixture of side and the name of the 19th-century U.S. general and politician Ambrose Burnside, who set the fashion for wearing them. His were so lengthy as to be continuous with his mustache, though his chin and the rest of his face were clean-shaven. It’s more typical nowadays to speak of sideburns when the rest of the beard has been shaved off.

  19. marie-lucie

    “patte” pour parler de la ceinture de sécurité dans une voiture…

    Pour moi, cette ceinture est un peu longue pour qu’on l’appelle patte, mais par exemple, les attaches de valises qui ressemblent aux deux bouts d’une ceinture sont aussi des pattes.

    JC, I think the Ambrose-type sideburns are one of the most unflattering facial fashions ever invented. Long favoris are bad enough, but those others cut the face in two. Perhaps they were intended to give the impression of enormous turned-up moustaches?

  20. That seems likely, yes. The more modest Isaac Asimov style, though, is another matter.

  21. marie-lucie

    The picture of Isaac Asimoc on a kind of throne, in the Wikipedia article, shows him with favoris, not quite as full as in many 19th century faces.

  22. Note that that image is a painting: a color photograph may be found here.

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