Archives mensuelles : mars 2010

Pipette

Pipette.
Nom féminin.

1. Paille.

« Vous voulez une pipette pour boire votre jus de tamarin ? »

« Alors, en buvant péniblement de l’eau à travers une pipette, il raconte les mille et un combats de l’association dont il est le secrétaire général. » (L’Express du 1er février 2010.)

« Alors que Miss Mauritius est censé être le summum de la qualité et de l’élégance mauriciennes, le public a été accueilli, jeudi soir, avec une chopine de Coca-cola déjà débouchée avec sa “pipette”. » (Week-End du 20 août 2006 — lequel, pour l’occasion et à la différence de son confrère, met des guillemets à “pipette”.)
 
 
2. Tuba (de plongée).

« Moi je préfère nager avec un masque, mais sans pipette. »
 
 
Des deux acceptions mauriciennes, c’est la première qui serait la plus proche de la définition du dictionnaire français : “Petit tube de laboratoire en verre, le plus souvent jaugé ou gradué, servant à prélever un petit échantillon de liquide.” En effet, la pipette-tuba sert non pas à prélever un liquide mais de l’air — tout en empêchant le liquide d’entrer, dans la bouche et dans la gorge.

Il est à noter que le pipeau n’est pas une pipette masculinisée. Il s’agit avant tout d’une flûte, instrument à vent qui, en ancien français, s’appelait aussi… pipet, ce qui ne manque pas d’air quand on sait qu’autrefois en français les lettres aujourd’hui muette se prononçaient, la terminaison -et donnant [ɛʈ] à l’oral, comme on l’entend toujours dans certains patronymes mauriciens ou réunionnais.

[Giscard] d’Estaing Street

En France, la famille Giscard est devenue d’Estaing en 1922. À Maurice la rue d’Estaing est d’Estaing depuis au moins le XIXe siècle, en hommage à Charles Henri Théodat, comte d’Estaing, né en 1729 en Auvergne, au château de Ravel.

Après avoir été capturé par les Anglais au siège de Madras en 1758, puis libéré sur parole, c’est à ses frais qu’à l’Isle de France, en octobre 1759, il arma deux corsaires, le Condé (évoqué ici comme origine possible du nom de la rue Condé) et l’Expédition, avec lesquels pendant quatre mois il ravagea les comptoirs anglais dans le golfe Persique et les Indes Orientales. C’est ainsi qu’il obtint le grade de maréchal de camp en 1761.

Rentrant en France il fut capturé par les Anglais au large de la Bretagne. Libéré en 1762, il fut nommé lieutenant-général des armées navales, puis vice-roi du Brésil, dont il était chargé de faire la conquête — projet qui fut abandonné à la suite de la paix de 1763. Le 1er janvier 1764 il fut nommé gouverneur de Saint-Domingue (l’actuelle Haïti), qu’il administra jusqu’en 1766.

En 1777 il fut envoyé avec une escadre en Amérique pour reconnaître et assurer au nom de la France l’indépendance des États-Unis. Pendant cette campagne mitigée, qui dura de 1778 à 1781, il s’empara de St Vincent et de la Grenade et défit complètement l’amiral anglais Byron.

Au début de la Révolution française il fut envoyé à l’Assemblée des Notables, puis fut élu général de la garde nationale de Brest, puis de celle de Toulon. Le 1er janvier 1792 il fut nommé amiral par l’Assemblée Nationale, ce qui ne devait pas l’empêcher d’être arrêté bientôt comme suspect. Jugé et condamné, il fut décapité le 28 avril 1794.

(Notice largement inspirée d’A. Toussaint.)
 
 

 
 

Bosser

Bosser.
Verbe transitif.

Saisir fermement ; tenir quelqu’un, un animal ou un objet sans lui laisser la possibilité de bouger librement.

« Il a alors dit à Kapor : “Bosse-le, je vais lui foutre une raclée pour lui donner une leçon”. »

« Attention, bosse bien cette caisse-là sinon elle va glisser pendant le voyage. »

L’expression vient vraisemblablement du vocabulaire de la marine, là où “bosser” signifie “fixer avec des bosses”, les bosses en questions étant des bouts de cordage courts.

Cf. le Petit dictionnaire de marine (R. Gruss, 1945) :
Bosse. — Bout de filin épissé sur une boucle, à l’avant d’un canot et au moyen duquel on amarre ou on remorque celui-ci. Bout de cordage court servant à faire une manœuvre.
Bosse-debout : Chaîne employée à tenir une ancre suspendue au bossoir par son organeau [fig. 91].
Bosser. — Fixer avec des bosses. Lorsqu’on a exercé un effort sur une manœuvre et que celle-ci est suffisamment tendue, il faut l’amarrer sans la lâcher. A cet effet, on la fixe avec une bosse en avant des mains des hommes qui font effort. La manœuvre n’exerce plus alors d’action en arrière de la bosse, et on peut l’amarrer ou la tourner facilement ; la bosse est ensuite larguée.
Bossoir. — Grosse pièce de bois saillante de chaque côté du beaupré et servant à la manœuvre de l’ancre.

L’Inventaire de Robillard ne mentionne pas le verbe bosser dans cette acception-là. Le français à l’île Maurice de N. Desmarais non plus. En revanche le dictionnaire créole-anglais de Ledikasyon Pu Travayer a l’entrée suivante : bos (var. bose) 1. To hold down.

Il arrive que le verbe bosser dans son acception quasi-standard (“travailler”) soit aussi utilisé, y compris en créole (bien que plus rarement qu’en français selon moi), mais du fait de la différence de sens la confusion entre les deux termes est en général évitée. Le bossu ne peut être confondu avec un beau chevalier.

The Power and the Glory

« Car c’est à toi qu’appartiennent, le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles. »

SS Doctors

“Dr. SS · · ·”, that’s rather unfortunate when written by communists who fought nazism. Didn’t they think of Mengele and his likes when carving this gift to be sent far away and laid under the palm trees?
 
 

List of statues of Lenin (Wikipedia)

Former Soviet republics

Estonia
Johvi: 1953-1991, sculptors E.Ross, A. and S. Molder.
Kohtla-Jarve: 1950-1992.
Kallaste.
Narva: 1957-1993, sculptor O.Manni.
Parnu: 1950s-1981.
Parnu: 1981-1990, sculptor M.Varik – a replica of a monument built in Kotka in 1979.
Tallinn: 1950-1991, sculptor N.Tomsky.
Tartu: 1952-1990, sculptors A.Vomm, G.Pommer, F.Sannamaes, e.Taniloo.

Russia
Dubna (25 m, the second tallest; 15 m statue on a 10 m pedestal)
Volgograd (27 m, the tallest)

Ukraine
Kiev (capital), located in front of Besarabsky Market, erected in the 1950s. The statue was damaged June 30, 2009 the nose of the statue and part of the left hand where broken).The statue was resorted (at the expense of the Communist Party of Ukraine) and re-unveiled on November 27, 2009. It was re-unveiled by Petro Symonenko (leader of the Communist Party of Ukraine; during this ceremony two representatives of Svoboda threw a bottle of red paint at the monument (who where then attacked by attending Communists).

Belarus
Minsk (capital)

Moldova
Chisinau: date unknown – at the Moldexpo site.
Tiraspol: date unknown – outside Government building.
Rybnitsa : date unknown – main square.

Lithuania
Druskininkai: 1981-, sculptor N.Petrulis.
Jonava: 1984-, sculptor K.Bogdanas.
Kaunas: 1970-, sculptor N.Petrulis.
Klaipeda: 1976-1991, sculptor G.Jokubonis.
Palanga: 1977-, sculptor Ye.Vuchetich.
Panevezys: 1983-, sculptor G.Jokubonis.
Siauliai: 1970-, sculptors A.Toleikis and D.Lukosevicius.
Vilnius: 1952-1991, sculptor N.Tomsky.
Vilnius: 1979-, « Lenin and Kapsukas in Poronino », sculptor K.Bogdanas.
All statues were taken down after 1991, most eventually winding up in Grutas Park; they were all erected during the Soviet period and stood, among other places, in Vilnius (capital, at least two statues, one of them together with Lithuanian communist leader Kapsukas), Kaunas, Klaipėda, Šiauliai, Jonava, Druskininkai, Jurbarkas (the Jurbarkas Lenin is now part of an installation in Europos Parkas park in Vilnius).

Latvia
Cēsis, unveiled on November 7, 1959. Made by the sculptor Karlis Jansons (1896-1986). The statue was removed October 17, 1990.

Tajikistan
Dushanbe (capital, the monument in central Freedom Square was replaced by a monument of Ismoil Somoni, the second in Central Park was also removed and replace by a statue of Rudaki) , Khojand, Nurek, Faizabad

Other Communist and post-communist states

East Germany
Berlin 1970 by Nikolai Tomski granite, 19m, Leninplatz, removed in 1992 and buried outside Berlin (there are plans to re-erect it); a bust of Lenin can still be seen on the wall of the former swimming pool of the Russian Embassy on Behrenstrasse and there is a stained glass window of Lenin in the Old Library on Bebelplatz. One statue of Lenin approx size 2:1 is still standing in Brommystrasse (corner Köpenickerstrasse) in the yard of a removal company.

Ethiopia
Meskel Square, Addis Ababa (capital, formerly called Lenin Square, erected in 1984 on the 10th anniversary of the Ethiopian Revolution and toppled with the fall of the Marxist government in 1991).

Hungary
Érd (Statue Park)

Poland
Kraków (in Nowa Huta district, pulled down in December 1989), Poronin (removed in 1990)

Romania
Bucharest (built in front of Casa Presei Libere in April 1960, pulled down in March 1990)

Other places

United Kingdom
London Islington Museum, St Johns Street, Islington. Bust by Lubetkin commissioned by the UK Government during the war in tribute to the efforts of the Soviet Union. It was placed in Holford Square (briefly Lenin’s home when he lived in London) and unveiled in 1942. It was to have been the focal point of a new housing development to be named ‘Lenin Court’ but the bust became a target of facist sympathisers and was frequently daubed with anti-communist and anti-semetic messages, even in the months after the liberation of Belsen and Auschwitz. Lubetkin had the bust removed and when the housing development was completed in the late 1940’s, it was renamed ‘Bevin Court’. The bust was displayed in Islington Town Hall for many years and is now in the Islington Museum.

Denmark
Hørsholm (1986 – 1996: today located at the Worker’s Museum, Copenhagen.)

Finland
Kotka, at Lenin park
Turku, near the art museum

Italy
Cavriago, at Piazza Lenin (Italian for Lenin Square) (near Reggio Emilia)
Capri, in the Gardens of Augustus

India
Kolkata
Vijayawada
Nehru Park, New delhi

Netherlands
Enschede, in front of the TwentseWelle Museum. It was placed in the context of an exhibition about the GDR.

United States
Las Vegas – Outside Red Square Restaurant, Mandalay Bay Hotel – Headless
Seattle – Fremont neighborhood
Atlantic City, New Jersey – in the Tropicana Casino
 
 
Nothing regarding Les Salines, Cassis, Mauritius? Maybe it’s some body else who is also called Lenin then.

Concombre verruqueux

Concombre verruqueux ou saucisson fossilisé ?

Paquet

Un paquet (de).

Beaucoup, plein, une quantité, une flop(p)ée, un tas.

« Ayo, allons passer par ici plutôt. Il y a un paquet de crétins qui sont assis là-bas et qui risquent de nous embêter. »

« Dans le port il y avait un paquet de pigeons sur les fils électriques près des hangars, attendant tous qu’un peu de grain s’échappe des balles pour s’en repaître goulument. »

« C’est impressionnant le paquet de monde qui va faire ses courses le dimanche à Jumbo ! »

« Non, mais tu sais cette affaire d’attacher-là, ça coûte un paquet d’argent. Le longaniste m’a dit que je pouvais payer bout par bout… comme chez Mamouth. » (Jean-Claude Antoine, Week-End du dimanche 1er novembre 2009.)

Le Trésor de la langue française donne un certain nombre d’expressions contenant le mot paquet, dont :

Paquet de + subst. désignant des valeurs. Quantité plus ou moins importante de; liasse imposante de. Paquets de billets de banque, d’actions, de valeurs.

C. −1. [À propos d’inanimés]
a) [Inanimés concr.] Masse importante, quantité plus ou moins importante de quelque chose. À gauche, un paquet de maisons riant dans la pleine lumière (Fabre, Oncle Célestin, 1881, p.229). Voilà, j’espère, mon Adèle, un gros paquet de griffonnages. Je me dépêche de le finir en embrassant Didine (…) et toi (Hugo, Fr. et Belg., 1885, p.69)

b) [Inanimés abstr.] Jeter au public de tels paquets de confidences avant que le temps ait tout refroidi, c’est, en quelque sorte, se rendre soi-même responsable de ce qu’ils contiennent (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t.1, 1861, p.190).

Ces sens sont très voisins des exemples donnés plus haut, en particulier du passage tiré de Week-End. Mais si on considère que “un paquet de” ne peut être utilisé que pour des inanimés, comme mentionné par le TLF, alors nous avons probablement là une particularité mauricienne. En outre, la fréquence d’utilisation de cette expression serait probablement plus élevée à Maurice, par effet de proximité avec le créole, lequel utilise fréquemment “enn paké” (enn paké dimounn, enn paké zenfan, enn paké lisien, etc.) pour dire “beaucoup”, expression à placer sur un pied d’égalité avec “enn ta” (un tas).

D’ailleurs ce tas-là se retrouve lui aussi en français mauricien :
— Il y avait quelle quantité d’autos sur le chemin ce matin ?
— Un tas !

Ce qui, en français peut-être moins mauricien, aurait donné “beaucoup”, “une tripotée”, “une flopée”. (Encore que l’expression un tas de figure bien dans le TLF avec un sens assez large.)

D’autres expressions mauriciennes utilisent le mot paquet. Quelque chose de “casse-paquet” est quelque chose de super, d’extra, de génial. « Comment tu trouves cette musique-là ? — Casse-paquet ! »

Mais “casser un paquet” est essayer de faire de l’effet, en jeter plein la vue, s’efforcer d’assurer un max. « Madame Bappoo serait elle en manque de publicité pour que soudainement elle vienne ‘casse ene grand paquet’ et faire dominere avec Jayen qui touzours ine faire so travail dans l’interet banne consommateres. » (Commentaire d’article dans L’Express du 29 janvier 2010.) « Il a lâché ça pendant la réunion en croyant qu’il avait cassé un grand paquet… »

Au sujet de cette expression, Robillard donne un sens légèrement différent : « Casser un (grand) paquet – v. intr. cour. gén. fam. || Réussir quelque chose, être au sommet de sa forme, réaliser un exploit, par conséquent, éblouir, susciter l’admiration. Il a battu tous les records, en ce moment il casse un grand paquet. » Il me semble qu’aujourd’hui, près de vingt ans après la parution de ce livre-là, “casser un (grand) paquet” possède un sens surtout péjoratif, servant avant tout à ironiser à propos de celui qui, justement, cherche à éblouir et à susciter l’admiration. Mais ce n’est sans doute pas systématique (je pense entre autres à ce collègue qui, ayant effectué une mise au point sur le travail à faire, dispense souvent ses encouragements en disant “allez, astère casse paquet do matlo”).

On trouve aussi le “baiseur (de) paquet”, le salaud, l’enfoiré, le connard. « Ça t’étonne de la part d’un baiseur paquet comme ça, hein ? » (A ce sujet Robillard parle d’un “intensif de baiseur”.)

Souvent dans les milieux politiques et dans leurs alentours, mais aussi dans la vie courante, une expression supplémentaire a fait florès : “lève paquet aller”, autrement dit “prendre ses cliques et ses claques”. Exemples :
• « And we have a second letter on 07 February 2007, saying to Mrs Ramgoolam that this has been revised downwards to Rs2,000 and it will take effect as from the 03 July 2007, and then we have a third letter dated 07 March 2007, to which the hon. Minister has referred, where she is called to lève paquet aller, to quit, leave and vacate the land. Is this the way they are honouring the rights of the planters, Mr Speaker, Sir? » (Séance parlementaire du 8 mai 2007, page 7.)
• « À travers les amendements prévus dans le Labour Law, Nando Bodha dit craindre que le gouvernement ne rende possible le « hire and fire. » Il reproche aussi au gouvernement de ne pas savoir dialoguer et d’appliquer un système de répression à travers des opérations lève paquet aller. » (Week-End du dimanche 13 août 2006.)
• « In any case Mr Letimier denied that he told the plaintiff “leve paquet aller”. » (Jugement au tribunal, février 2010.)
 
 
 
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Mise à jour du 8 mai 2010

Dans L’Express Weekly du 7 mai 2010, un billet illustré à propos de l’expression “Lève paquet allé”, qui signifie à peu près “prendre ses cliques et ses claques”, “décamper” :