Archives mensuelles : mai 2011

Mazette

Mazette.
Adjectif ou nom féminin ou masculin.

Maladroit au lancer. “Maladroit en ce qui concerne les jeux où il convient de viser une cible” (Didier de Robillard, Contribution à un inventaire des particularités lexicales du français de l’île Maurice, page 116).

Mazette, tu m’as encore raté !

Même pas la peine qu’il essaye, il est trop mazette.

Manman ! ça qui est une mazette ce boug-là !!

Dans le Wiktionnaire on trouve à propos de ce mot une liste de sens qualifiés de “désuets”. Le troisième d’entre eux est le suivant :

3. (Désuet) Personne inhabile à quelque jeu qui demande de la combinaison ou de l’adresse.
• Il ne sait pas jouer, c’est une mazette.

Le Petit Robert (édition 2006) parle pour sa part de “personne maladroite au jeu”, précisant que ce sens, qualifié de “vieilli”, est attesté en français depuis 1640.

Dans son usage le plus courant en français standard d’aujourd’hui — bien que le Petit Robert parle d’usage “régional” à ce sujet —, le mot est une interjection qui exprime l’admiration ou l’étonnement, comme dans l’exemple suivant : “Mazette ! je ne savais pas que tu savais si bien jouer au ping-pong !” En ce sens, il serait un équivalent de “wow !” ou de “ça alors !” Le mot n’est jamais employé de cette façon par les Martiens, lesquels ont en l’occurrence gardé vivant le sens désuet évoqué plus haut. Seraient-ils les seuls dans l’univers visible ?

 

 

 

 

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Fouiller

Fouiller.
Verbe transitif.

1. Fouiller un trou : creuser un trou ; percer un trou.

Allez, amène la machine à percer un p’tit coup, on va fouiller un trou dans le mur pour suspendre ce tableau-là.”

Deux enfants s’amusaient à ‘fouiller’ des trous dans le sable; ils étaient bruns avec, sur la tête, une vraie paillasse de cheveux crépus; ils manoeuvraient une pelle et une pioche qui faisaient merveille dans le sable mou.” (Savinien Mérédac, Pauvres bougres (1930), page 33.)

L’enfant fouille des trous dans le sable, — l’enfant creuse des trous… Le sens du mot fouiller est creuser pour chercher, pour explorer : fouiller un terrain à la recherche d’un trésor..” (Nadia Desmarais, Dictionnaire des termes mauriciens (1969), pages 43 et 44.)

Elle ira, elle-même, à l’emplacement où elle avait vu sa belle-fille fouiller un trou, profitant de l’absence du couple, qui s’est rendu au dispensaire.” (Week-End, 22 mars 2009.)

Les espèces d’igname que l’on trouve à Maurice sont récoltées en été, entre octobre et novembre. Leur cycle dure environ une année. La culture de ce légume ne requiert pas de gros moyens et d’énergie. Il suffit de fouiller un trou et d’y insérer les petit[e]s tubercules.” (Week-End/Scope, 31 décembre 2008.)

 

2. Fouiller son nez : se curer le nez.

Arrête de fouiller ton nez devant tout le monde !

 

En français du dictionnaire, on peut fouiller quelqu’un quand on le soupçonne de cacher sur lui des choses qu’on veut trouver. De la même façon, on peut fouiller ses bagages. On peut aussi fouiller dans son propre sac à main pour retrouver son portable ou ses clefs.

Un sens se rapprochant davantage du “fouiller un trou” mauricien est probablement celui des fouilles archéologiques, ou bien des fouilles que l’on fait pour retrouver un trésor. Par exemple, un archéologue pourra dire que l’été prochain il va aller fouiller en Turquie (verbe intransitif). Mais comme précédemment, l’expression contient l’idée de recherche. On ne fouille pas simplement pour planter des choux, mais bien avec l’espoir de tomber sur quelque chose d’intéressant.

Plus proches encore de l’expression mauricienne sont les travaux d’excavation exécutés lors de la construction d’un bâtiment. Il est alors question de fouilles lorsqu’on creuse le sol pour réaliser les fondations d’un ouvrage, ou pour toute autre partie enterrée. En français tout à fait standard on pourra par exemple mentionner “l’ouverture des fouilles”, la “profondeur des fouilles” ou le “fond de fouille”. Le Petit Robert parle à ce sujet de “toute action de creusement faite dans la terre (pour les constructions, travaux publics, etc.)”.

Nous trouvons par ailleurs des verbes voisins qui eux aussi renvoient à l’idée de chercher, d’explorer, voire de triturer : farfouiller et trifouiller. Trifouiller n’est pas, comme on pourrait être porté à le croire, l’action de fouiller trois fois, mais celle de remuer de façon incohérente, de tripoter. En bon français on pourrait donc, en théorie, trifouiller son nez — sans nécessairement tomber dans la rhinotillexomanie.