Meule

Meule (de roches).
Nom féminin.

Pile de rochers et de pierres constituée lors de l’épierrage d’un champ.

Meule_1
(La meule est le tas noirâtre émergeant du champ de cannes. — Ph. cliquable.)

Mot construit par analogie avec la meule de foin. Bien que « meule » puisse avoir comme acception « amas de matériaux, d’objets, de morceaux de formes et de consistances diverses » (TLF), en dehors d’un contexte mauricien je n’ai jamais rencontré ce mot utilisé pour parler d’un tas de pierres. Ce qui ne veut pas dire que cela ne puisse pas être le cas. Je garderais néanmoins, quoi qu’il en soit, cette meule-là, enn mèl ross, dans ma liste de mauricianismes, ma liste personnelle, pour l’image qu’elle suscite dans mon esprit — ainsi que dans celui de nombre de Mauriciens, j’en suis sûr.

« Deux jeunes, âgés tous deux de 23 ans, habitant Montagne Blanche, ont été grièvement blessés dans un accident de la route, survenu aux alentours de 15h, hier. L’accident a eu lieu à la hauteur de Melrose, en direction de Montagne Blanche. Les deux jeunes, qui se trouvaient dans une voiture de maître, ont percuté une meule. » (Week-end du dimanche 28 novembre 2004.)

« Depuis que les producteurs de macadams cherchent des roches pour alimenter leurs moulins, les meules ont presque complètement disparu des champs de cannes. »

Des gens se retrouvant hors du pays natal peuvent, à la lecture d’un texte les renvoyant vers des paysages familiers, avoir à l’esprit une image très vive, une image dont ils se souviennent encore après des lustres et des lustres, quand bien même les mots eux-mêmes se sont effacés de la mémoire. Ainsi, ce passage de Le Clézio :

     Devant moi, au milieu des cannes, il y a une meule de pierres de lave noires. C’est là-dessus que j’aime grimper, pour regarder l’étendue verte des champs (…).
     C’est cela que j’aime. Je crois que je pourrais rester en haut de cette meule pendant des heures, des jours, sans rien faire d’autre que regarder.
     Aouha ! Aouha ! Denis m’appelle, à l’autre bout du champ. Il est lui aussi au sommet d’une meule de pierres noires, naufragé sur un îlot au milieu de la mer. Il est si loin que je ne distingue rien de lui. Je ne vois pas que sa longue silhouette d’insecte, au sommet de la meule.

(Le Chercheur d’or, page 14.)

Près de Plaine Magnien, certaines meules datant des années 40 (1940) ont été faites selon une forme régulière, avec des degrés et des côtés rectilignes.

Meule_Plaine_Magnien_1

Il s’est trouvé des gens pour leur donner des origines pour le moins surprenantes, le dernier illuminé en date à venir faire part de ses impressions sur les « pyramides de Plaine Magnien » étant une sorte d’Indiana Jones d’origine bosniaque, Semir Sam Osmanagic.

Ce chercheur a cherché, à l’Est, des pyramides martiennes. Peut-être n’a-t-il pas trouvé, faute d’avoir suffisamment cherché, ce qu’il y avait à l’Ouest, près de Petite Rivière, à savoir une ziggourat martienne :

Ziggourat_martienne

 

Ѩ

 

Février 2011.

La plupart des meules ont été enlevées des champs au fil des années et envoyées à l’abattoir au concasseur (plutôt appelé “concasseuse” à Maurice) mais, outre celles de Plaine Magnien qui sont dorénavant protégées — en principe —, on en trouve encore pas mal près de Montagne Blanche :

Aux deux photos ci-dessus (cliquables) correspond une vue de Google Maps permettant de constater que les meules en question, vues de dessus, produisent un paysage moucheté du plus bel effet :

24 réponses à “Meule

  1. J’aurais une question pour l’assemblée nordique. Au début de la note, j’ai écrit qu’une meule était une « pile de rochers et de pierres ». Bon, laissons « pile » de côté pour l’instant, mais j’aurais aimé avoir l’avis des uns et des autres sur la taille à partir de laquelle une pierre devient un rocher. Dans notre langage martien, nous utilisons surtout un mot, un terme générique qui est un mauricianisme in its own right : une roche. Une roche peut être un énorme rocher (“la roche qui est sur le Pieter Both était supposée tomber après le départ du dernier Anglais”) ou un petit caillou (“zut, il y a une roche dans mon soulier”). Qu’en est-il donc pour les uns et les autres, dans le sens peut-être empirique utilisé par chacun, de la distinction entre rocher et pierre ?

  2. Ma première idée est de dire qu’une pierre peut se saisir pour être portée, déplacée ou lancée, à la différence du rocher bien trop grand , trop lourd ou trop ancré dans la terre, pour être ne serait-ce que bougé par la seule force d’un homme seul.
    Le mot « roche » désignerait plutôt la matière (roche volcanique, sédimentaire, etc.), sauf en toponymie où il peut désigner (comme son dérivé Roque) un rocher, un monticule, une colline voire un mont rocailleux, et, par métonymie, la forteresse ou le château construits en son sommet (cf. La Roche sur Yon, par exemple)

  3. Nous avons «muela» (meule) tiré du latin «mola» ; une de ses acceptions est : colline escarpée avec la cime plate.
    C’est clair qu’elle est plus grande et naturelle.
    Il y a plusieurs toponymes avec ce mot.

  4. Le tas de pierres de l’épierrage est nommé «majano» :

  5. In English, we have a similar double vocabulary, having borrowed roche as rock, a very commonplace word no longer felt as « foreign » in any way. It has supplemented, but not supplanted, the native word stone. No descendant of Norman pere remains in English except, doubtfully, pier. (There are of course many derivatives of petrus, from Peter to petroleum, a substance once quaintly known as oil of the rock.)

    Originally rock was applied in English to very large masses only, a cliff or crag or overhang formed from a single piece of stone (cf. The Rock ‘Gibraltar’, and its figurative application to the Deity). Later it became applicable also to detached masses, but still of substantial size, more or less synonymous with boulder. Stone remained applicable solely to the smaller masses in British English, whereas in American English rock may be used interchangeably with stone down to the smallest size. As a mass noun, stone and rock are more or less interchangeable.

    There are also various technical and semi-technical terms such as pebble, gravel, and riprap for different sizes used for particular purposes. Gravel in particular is used for the whole range from coarse sand to pieces a centimeter or so across, which seemed polysemous to me as a child when I first heard it applied to what seemed to me to be sand, having previously heard the second usage only.

    However, even in BrE, the OED assures me, a mass of whatever size may nowadays be called a rock when considered as a projectile. It quotes New Society as saying in 1968: « It is now frequent for British newspapers to record that during some riot or disturbance the crowd has thrown ‘rocks’ (= ‘stones’) », showing the transferred meaning.

  6. Oui, je rejoins leveto, une roche c’est un truc imposant qui n’a rien à voir avec le caillou qui s’est logé dans la chaussure…

    Je profite de l’occasion pour rappeler l’histoire éculée du prof qui remplit un bocal de gros cailloux, puis de gravier, puis de sable, et quand il semble tout à fait plein, parvient encore à y verser une canette (!) de bière… histoire de démontrer que dans la vie, il faut donner la priorité aux gros morceaux (les choses importantes) avant de penser à boire un coup (le superflu).

    Personnellement, je ne trouve pas cette parabole très convaincante : si on remplit d’abord le bocal de liquide (au choix bière, vin ou eau bénite), je ne vois ce qui empêche qu’on y jette ensuite les éléments solides : tout au plus le liquide débordera, et l’on pourra en conclure que ce qui déborde était en trop. Mais de là à en déduire qu’il ne faudrait verser le liquide qu’à la fin pour en connaître la juste mesure…

  7. Moi aussi, je suis d’accord avec Leveto sur l’emploi des différents mots. Il y a aussi le roc qui me semble plus littéraire. Par exemple on pourrait dire des portraits des présidents sculptés sur les falaises du Mont Rushmore qu’ils sont , et l’emploi de ce mot semble renforcer leur solidité et leur durée.

  8. on pourrait dire des portraits des présidents sculptés sur les falaises du Mont Rushmore qu’ils sont (…),

    Qu’ils se sont taillés ? (J’ai l’impression qu’il manque quelque chose.)

  9. John Cowan: In English, we have a similar double vocabulary, having borrowed « roche » as « rock »

    From the Online Etymological Dictionary, which I find a generally reliable source:

    rock (n.): « stone, » O.E. rocc (in stanrocc « stone rock or obelisk »), also from O.N.Fr. roque, from M.L. rocca (767), from V.L. *rocca, of uncertain origin, sometimes said to be from Celtic (cf. Bret. roch).

    If the English word was already used in Old English as rocc (same pronunciation), it is unlikely that it came from French, but a Celtic origin is more probable in both languages.

    There were quite a few Celtic borrowings into Latin, many of which remained in French, and the mass of later French borrowings into English tend to deal with cultural rather than vocabulary. But OE rocc and Old Northern French (meaning here Norman French) roque would have reinforced each other. More general French roche could not have been borrowed as rock, but as « rotch » (since Old French ch was pronounced like current English ch, not sh). Latin rocca became ONF roque, just as Latin vacca became ONF vaque ‘cow’, while more general French had roche and vache which are still in the standard language.

  10. correction: « … deal with cultural rather than natural vocabulary ».

  11. pardon, encore une correction:
    « on pourrait dire des portraits des présidents sculptés sur les falaises du Mont Rushmore qu’ils sont taillés dans le roc … « 

  12. A la Réunion, dans le cirque de Mafate, un lieu étonnant porte le nom de Trois Roches. On y trouve un gouffre vertigineux, dans lequel se jette la Rivière des Galets, mais surtout des « roches », au sens local, lesquelles sont d’énormes blocs ayant roulé jusqu’à l’endroit où on les trouve aujourd’hui, sans que personne n’y soit pour rien.

    A l’instar des 3 mousquetaires, on voit sur cette photo qu’en réalité les 3 roches ne sont pas 3.

  13. A propos de rochers intéressants, une visite en Espagne, à Setenil de las Bodegas, près de Malaga, s’impose.
    La ville est imbriquée dans les rochers et c’est très impressionnant!
    Pour une visite complète, c’est ici :
    http://almunecar.blog4ever.com/blog/lire-article-130111-1311199-setenil_de_las_bodegas__une_ville_etonnante_.html

  14. Merci, leveto, c’est spectaculaire en effet! Il y a des endroits du même genre en France, dans le Sud-Ouest, mais, je crois, pas aussi étendus.

  15. Marie-Lucie: I was oversimplifying in deriving rock directly from roche; as you say, if it is of French origin at all it must be from Norman roque. But that OE word stanrocc appears only as a gloss for scopulus ‘crag’ and obeliscus, and is furthermore a mixed-language compound (‘stone-rock’). Nobody knows whether it is an early outcropping of French or a direct Celtic borrowing, so I disregarded it.

    But there are many French borrowings that are not really « cultural » and are no longer felt as foreign. Brush < OFr broisse and puppy < poupée come to mind, as against native broom and whelp, originally synonymous but now partly differentiated in meaning. (I speak of the plant, Cytisus scoparius, and only secondarily of the household implement(s) formerly made from it, now the most familiar sense.)

  16. Leveto, les pompiers espagnols, ou une commission de sécurité quelconque, passent vérifier parfois que tout ceci est bien aux normes ? Tout ceci qui n’est bien évidemment pas sans faire songer à cela : http://images.google.mu/images?hl=en&source=hp&q=cliff+dwelling
    Mais aussi à ça : https://mauricianismes.wordpress.com/2009/10/23/mesa-verde/

  17. JC: But there are many French borrowings that are not really “cultural” and are no longer felt as foreign.

    This is true, which is why I did not disregard the possibility of (Norman) French origin.

  18. >Siganus K.
    Les pompiers ?, je ne sais pas, mais les médecins de plus en plus parlent du problème du cancer à cause des émisions de gaz Radon où il y a des masses de granite sous terre ; l’aération quotidienne des maisons là-dessus construites est fondamentale.

  19. C’est confirmé, cette histoire de radon ou bien n’est-ce qu’une hypothèse ? Ça me semble assez extraordinaire que des roches, au sens mauricien et standard, surtout des roches aussi anciennes que des granits, exhalent un gaz délétère.

  20. No, no, quite well confirmed since the late 1980s.

    Uranium is everywhere present as a trace element in the granite and other rocks of the earth’s crust. It is distributed fairly uniformly, with the statistically unimportant exceptino of uranium mines. In itself it is not very radioactive: life has evolved to live with a certain level of background radiation from uranium, radioactive forms of potassium and carbon, and so on.

    However, among the radioactive breakdown products of uranium is radon, which is considerably more radioactive. On average, half the radon breaks down every four days, emitting an alpha particle as it does so. The supply does not disappear, however, because it is constantly being renewed at a low level by the slow breakdown of uranium.

    Radon itself is not toxic, and alpha radiation by nature is very weak: skin, or a piece of paper, forms an insuperable barrier to it. Unfortunately, radon is also a gas, and thus it mixes with the air and is inhaled, reaching the body tissues from the inside, where there are no defenses against it. As a result, people living in radon-contaminated houses have perhaps 50% more lung cancer than those who do not, all other things being equal.

    The risk is highest in houses made of stone, but even wooden houses with basements expose the inhabitants to radon generated in the walls of the basement. Climate is also a factor, because the more tightly a house is sealed against a hostile climate, the more radon can build up in it.

    As stated, the problem is solved by improving the ventilation rate of the house.

  21. >John Cowan
    Merci de la réponse.

  22. Radon : j’avais même entendu une émission là-dessus où l’on disait qu’une aération par les fenêtres n’était pas suffisante car le radon étant plus lourd que l’air, il se déposait dans les parties basses des habitations. Il faut donc des systèmes de ventilation dans les parties basses ou bien ouvrir grand les portes !

  23. Le radon a fait beaucoup parler de lui en Limousin il y une douzaine d’années, où des habitations et des écoles maternelles ont dû être fermées …
    http://www.dissident-media.org/infonucleaire/ecole_radon_stop.html

  24. >Zerbinette
    La diffusion des gaz fait que le mélange soit parfait donc la ventilation par les fenêtres est suffisante.

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