Lalo

Lalo.
Nom masculin.

Abelmoschus esculentus. Légume de forme pointue et allongée appartenant à la grande famille des Malvacées, laquelle regroupe entre autres les lalos, les hibiscus et les cotonniers. En français « standard » ce légume est surtout connu sous le nom de gombo, alors qu’on le nomme bhindi en hindi et qu’en anglais les appellations okra ou lady’s finger prédominent.

Lalo_sur_pied

Le mot lalo — utilisé à la Réunion aussi — viendrait du portugais calalu selon le Dictionnaire étymologique des créoles de l’océan Indien. Le calalou (calalu, calaloo, kalalou) est un mets se retrouvant dans la Caraïbe (et peut-être en Louisiane) consistant en une soupe, ou un bouillon, contenant notamment des « herbes » (brèdes) et des gombos (lalos) accompagnés de crabe ou de poisson. Il existe de surcroît un plat béninois appelé calalou composé de viande, de brèdes, de crevettes et de lalos. Il peut être tentant de penser que tous les calalous (portugais, caribéen, guyanais, haïtien, antillais, cajun s’il y en a) dérivent du calalou africain.

Lalo_cueilli

Les lalos bouillis font probablement partie de mes plus mauvais souvenirs d’enfance. Cette affaire gluante qui vous glissait dans la gorge… Beurk !”

Rajesh cultive la pomme d’amour, le lalo, le melon d’eau, la calebasse, entre autres, sur une superficie totale de dix arpents.”
(Des tourterelles voraces, L’Express du 1er mars 2005.)

Plus fragiles, les brinzel (aubergines) et lalo (gombos) ont eu plus de mal résister à l’accumulation d’eau. Sur l’étal d’à côté, le maraîcher explique que «la récolte de bringel et de lalo ayant été affectée, ces légumes sont un peu chers».”
(L’Express, 11 octobre 2008.)

Si les grandes plantes comme le lalo et la bringelle ou les lianes filantes telles le chou-chou, le concombre ou le giraumon sont parvenues à résister au déferlement de ces eaux de pluie, par contre les légumes fins – laitue, cotomili, queue d’ail et d’oignon, thym etc… – de même que des produits sensibles telle la pomme d’amour ont le plus souffert.”
(Week-End, 5 avril 2009.)

Allez, tous derrière le pupitre. Quelles sont les vertus médicinales du lalo ?
(L’Express, 1er juillet 2007.)

 
L’Encyclopédie Online de la flore à la Réunion précise que le lalo a été « introduit des Antilles à La Réunion en 1826 et 1880 par MM. Plagne et Crémazy. Cet hibiscus contient un mucilage visqueux et abondant, des feuilles lobées, dentelées, pétiolées, des fleurs axillaires, isolées, jaunes à centre rouge-grenat en forme de cœur. » On peut se demander pourquoi il a fallu l’introduire deux fois, à plus de 50 ans d’intervalle, ce foutu lalo. Quant au mucilage (mot emprunté au bas latin mucilago, « substance visqueuse »), il s’agit — selon le Trésor de la langue française — d’un « liquide visqueux formé par la dissolution d’une gomme d’origine végétale dans l’eau et entrant dans la confection de différents produits épaississants ou adhésifs. » Oui, le lalo peut être mari visqueux, comme évoqué dans l’exemple d’utilisation ci-dessus — un souvenir pénible comme il a déjà été dit.

A l’entrée de la Vallée-des-Prêtres, tout près de Port-Louis, il existe un lieu-dit portant le nom de Carreau Lalo. Le nom « carreau » (champ, plantation, étendue), lorsque utilisé dans la toponymie, ne donne en général pas une image valorisante du lieu ainsi nommé (cf. les divers Karo Kalyptis, Carreau Laliane, Carreau Accacia, etc.). Qu’il s’agisse en outre d’un carreau de lalos n’améliore pas les choses.

18 réponses à “Lalo

  1. Je ne sais pas si ce sont les mêmes, mais en Guadeloupe j’ai mangé des kalalous au poulet et lardons . C’était plutôt filandreux et assez fastidieux à mastiquer, mais peut-être la cuisinière, qui avait d’autres qualités, n’était-elle pas un cordon bleu. Accompagné d’une huile pimentée, ce n’était malgré tout pas mauvais.

  2. Accompagné d’une huile pimentée, ce n’était malgré tout pas mauvais.

    Voilà, vous avez tout compris à une certaine cuisine des tropiques : masquer le goût de ce qui n’est pas très bon avec des épices.

    Il semblerait que du côté de l’Amérique calalou soit un terme assez polysémique, sans doute comme rougaille ou cari vers chez nous. Quelques exemples glanés çà et là sur la toile :

    Sur le site de Marc Laura, agrégé de mathémathiques et écrivain d’origine pilotine (de Case-Pilote, en Martinique) :
    Le calalou
    Le mot calalou a été importé d’Afrique par les Portugais. C’est une soupe un peu visqueuse contenant une herbe nommée herbage et aussi des gombos.
    http://pagesperso-orange.fr/case.pilote/VOCABULAIRE/calalou.htm

    Sur le site du Groupe Européen de Recherches en Langues Créoles :
    kalalou : = calalou (plat créole). « Ce mot viendrait du terme caraïbe « calao », dit-on parfois et désigne une préparation culinaire typiquement antillaise à base de feuilles de calalou (dont le nom scientifique est « Arum costeatum » ou « Colocasia macrorrhiza »), végétal originaire de l’Inde mais également très répandu en Océanie. À cet arum, on ajoute des feuilles d’agoman, de moussanbé ou de siguine, parfois des gombos, divers aromates et du lard maigre. Après cuisson, on brasse le tout et on obtient une purée assez liquide servie soit avec de la morue, soit avec des crabes. » (Dict. Encyc. Désormeaux)
    Notons toutefois qu’il existe une préparation dahoméenne qui s’appelle le « calalou » !
    http://creoles.free.fr/Cours/glossai2.htm#kalalou

    Mais le plus intéressant à mes yeux est ce que j’ai pu trouver grâce à Google Books, à la page 186 du sixième tome (1817) du monumental Dictionnaire des Sciences Naturelles en 61 volumes publiés entre 1816 et 1845 et portant la signature de quelques naturalistes célèbres de cette époque. Me voilà parti pour un peu de recopiage :

    Calalou. (Botanique.) On donne également ce nom, à Saint-Domingue, à un ragoût fait avec différentes herbes, et aux herbes mêmes dont il est composé. Ces herbes sont une variété du solanum nigrum, dont il nous semble qu’on pourrait faire une espèce. Toutes les espèces d’amarante croissent dans ce pays, et notamment les amaranthus albus et viridis. Mais le solanum nigrum est la plante qui porte particulièrement le nom de calalou. On y mêle aussi plusieurs autres plantes, suivant le goût des personnes. Le calalou est en général un ragoût d’herbes, arrangé comme les épinards, avec du piment et de la graisse de porc, et que chacun assaisonne à sa manière, avec une seule ou plusieurs plantes et toutes sortes d’ingrédiens. Les nègres en font beaucoup d’usage. Lorsque dans le cours de leurs travaux, soit en allant à l’ouvrage, soit en nettoyant les cannes et les caf[é]iers, ils trouvent du solanum nigrum ou des amarantes, ils ont grand soin de les cueillir, pour faire, à leur retour, ce qu’ils appellent un calalou. Aublet dit que dans la Guiane on fait le calalou ou caralou avec le fruit du gombo, hibiscus esculentus. A Saint-Domingue on le fait avec la même plante, et cette préparation y porte le nom de gombo. A l’Isle-de-France on lui a donné celui de lalo, qui paraît être son vrai nom africain. Voyez aussi CALLALLUH, BREDES. (P. B.)

    Lalo, « son vrai nom africain » dit l’auteur. Le problème est qu’on ne sait pas bien de quelle partie de l’Afrique on parle. Une visiteuse malienne, qui s’amusait un jour de voir des lalos dans un champ, n’utilisait manifestement pas ce mot-là. Mais ce qui me semble le plus incroyable, c’est que ce solanum nigrum — qui, selon l’auteur, est appelé calalou — est très connu à Maurice. Il ne s’agit pas du tout de lalos, mais de… brèdes martin.

  3. It seems that the leafy part of callaloo can be quite variable and dependent on what grows locally: the en.wikipedia article speaks of taro (Colocasia esculenta) and various species of Amaranthus, Xanthosoma, Phytolacca, Ipomoea, and even Solanum (Ghu help them if they make a mistake!) all being used. Most of these are New World plants, though okra itself is African.

    As far as I can determine, callaloo as such is not eaten in Cajunland, though okra is often used in gumbo, the signature dish of the region, which is essentially a hispanified bouillabaisse with some local ingredients. (Some gumbos use sassafras instead of okra, which doubtless looks very paradoxical to the French.)

  4. okra is often used in gumbo

    Given that gombo looks very similar to gumbo, one would expect that it is the case. But I’m still wondering whether the word lalo really comes from calalu, as said in the Etymological Dictionary of Indian Ocean Creoles. It might be related, but that the Mauritian and Reunionese word for lady’s finger actually stemmed from calalu is not entirely certain in my mind.

    (Ghu help them if they make a mistake!)

    What kind* (of) divinity is Ghu? As a matter of fact, some time ago a couple died after eating the brèdes martin they had picked. (However, it was found later that herbicide had been used in the area where these solanum nigrum plants were growing.)
     
     
    * benevolent, if you wish

  5. Most of these are New World plants, though okra itself is African.

    In the link I have added in the post (referring to the Encyclopédie Online de la flore à la Réunion), it is said that it comes from the Nile valley in Egypt, but other authors suggest Ethiopia (Abyssinia) as the place where it originated.

  6. « Ghu » is a fictional god (or ghod) associated with science fiction fandom. Like most gods, he’s sometimes helpful, as when xerox machines unjam by themselves; sometimes malevolent and hostile. Swearing by Ghu rather than by God or Jesus Christ has the advantage of offending fewer people; it’s become a habit of mine online.

  7. En Afrique le lalo est aussi la poudre de feuilles de baobab qui sert en cuisine pour épaissir certaines préparations. Peut-être par similitude d’usage a-t-on donné le même nom à la farine de gombo puis au gombo entier ?

  8. Françoise, que faire quand votre baobab n’a plus de feuilles ?
    https://mauricianismes.wordpress.com/2009/08/27/baobab/

    Lalo serait donc bien un mot africain, à en croire la page assez complète que vous avez proposée : « Les feuilles jeunes [de baobab] sont consommées parfois crues ou bouillies, mais le plus souvent, elles sont séchées pour être réduites en poudre. Cette poudre, appelée lalo au Sénégal (…)”. Mais je ne sache pas qu’on fasse de la farine de gombos (lalos). En afrique continentale peut-être ? Mais que ce soit le cas ou pas, j’aurais un peu de mal à comprendre comment on serait passé du baobab à l’okra.

  9. Quel arbre exceptionnel, ce baobab! Somme toute, avec les trois baobabs de sa planète, le Petit Prince pouvait subvenir à tous ses besoins.

  10. Peut-être, Marie-Lucie, mais pour son besoin de compagnie il lui fallait une rose.

    Au fait, la linguiste n’aurait pas moyen de vérifier, d’un coup de baguette magique ou par l’intermédiaire d’une ou deux connexions entre quelques synapses, l’origine de ce lalo-là ? Viendrait-il bien de calalou, comme l’avance l’ouvrage cité dans le billet (ce qui ne me convainc pas entièrement), ou aurait-il une origine autre ? La question me turlupine. Si j’étais comme ma jeune nièce, laquelle est comme sa grand-mère (toutes deux raffolant des lalos, bouillis ou frits), eh bien ça aurait pu me couper l’appétit pour ces petits appendices.

  11. A propos du Petit Prince, j’aurais dû préciser « ses besoins matériels”.

    En ce qui concerne lalo et autres termes, si j’avais eu quelque chose à dire, je l’aurais déjà fait, mais presque tous ces mots sont nouveaux pour moi, et je suis dans l’ignorance pour ce qui concerne ce sujet.

  12. Dommage, dommage. Les lalos vont donc continuer à pousser dans l’incertitude…

  13. A propos des lalos, je me souviens d’une chanson de ? Max Moutia, aussi appétissante:

    « Li manze les os, li guette la viane ! Carri lalo!
    Oui, bon matélot, mauvais capitaine. Carri lalo !

    Mon orthographe kréol est sans doute fautive.

    Gérard Leduc.

  14. Repartie sur une autre piste à la recherche du lalo, je suis arrivée ici (cliquer sur common names in French). Cette plante nommée aussi wild okra selon d’autres sources s’utilise à peu près comme le gombo commun.

  15. Gérard, ne vous en faites donc pas pour l’orthographe créole, le parti qui a promu « Grafi Larmoni » n’a même pas été capable de la mettre lui-même en application. Pour ma part je pars du principe que si c’est lisible par tout un chacun, s’il n’y a pas d’ambiguïté, si lire un texte ne vous donne pas de crampes au cerveau, alors c’est okay. Certes, ça serait mieux si tout le monde pouvait écrire de la même manière, même avec des Dev Virasawmy et des LPT dans les environs, il y aura toujours des jusqu’au-boutistes. En attendant, les gens se fichent royalement de tout cela et écrivent comme ils le sentent. On voit de tout pour ce qui est de la graphie. Moi-même je varie, dépendant à qui j’écris, dépendant de l’humeur du moment. Un vrai briyani !

    Pour ce qui est du séga que vous mentionnez, je ne m’en souviens pas. Par contre je me rappelle celui où quelqu’un avait dû manger des patoles crues…
     
     
    Françoise, il est intéressant de noter que la plante Corchorus olitorius, aussi connue sous le nom de chanvre, répond au nom de lalo ou lalou en créole haïtien, même si cette plante ne ressemble pas du tout au lalo. (Elles appartiennent toutes deux à la même faille cependant, celle des malvacées.)

    Cette plante (…) s’utilise à peu près comme le gombo commun.
    De quelle manière ? Il ne faut pas perdre de vue, sans doute, que le calalou évoqué plus haut est un plat dans dans la composition duquel les feuilles entrent pour une large part, comme un plat de brèdes (disons « brèdes songe et chevrettes »). Peut-être ces feuilles-là sont-elles avant tout utilisées pour ce plat-là ?

  16. pour la discussion sur la saveur et le goût des préparations culinaires et au-delà, l’essai de F.Jullien a donné lieu à des débats reprenant la question de la traduction,et avec des contributions sur internet nourries de références précises et notamment des liens:
    Dàn 淡 (prononcer tan) signifie tout à la fois fadeur (du goût dans les aliments), détachement (intimité de la personne), réserve (attitude envers les autres et le monde). Parmi ces diverses traduction, François Jullien a choisi celui qui se rapporte au sens gustatif : l’art de vivre chinois accorde beaucoup d’importance à la cuisine (un poème chinois « se déguste »).
    http://www.volle.com/lectures/fadeur.htm
    qui donne donc le sinogramme et sa prononciation:
    en reportant ce sinogramme dans le dictionnaire
    http://www.chine-nouvelle.com/outils/dictionnaire.html
    toutes les traductions proposées!
    par ailleurs sur le site :
    http://liqueur-de-the.blogspot.com/2008/06/eloge-de-la-fadeur.html
    une discussion très nourrie sur la question, (les herbes aussi !), et une bibliographie sur internet

  17. aucune donnée sur le lalo artibonitien consommé en haïtien.

  18. Oui, mais quelles propriété, quelles vertus ?

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