Gros-feuille

Gros-feuille.
Nom et adjectif.

Rustre, ours mal léché, pas raffiné, épais, sans manières.

« C’est quelqu’un d’intéressant, mais il est un peu gros-feuille quand même… »

« Des amis m’avaient demandé de répliquer à cette campagne dans les mêmes termes en utilisant les surnoms Picolo, Pinochio ou Tintin. J’ai refusé parce que, même si j’ai dû couper la canne ou le cresson dans ma jeunesse pour vivre, il y a un niveau auquel je ne peux m’abaisser. Je lui ai rendu son bonjour comme le fait un homme bien élevé, en oubliant qu’il a fait des déclarations selon lesquelles je suis un “gros feuille”, que je ne suis pas digne de manger à table avec lui et autres remarques de même acabit. » (Week-End du 4 février 2007.)

Le secrétaire général du MSM rappelle aussi que le leader de l’opposition avait fait des commentaires sur la chevelure de Rama Sithanen et avait déclaré au Parlement que Nita Deerpalsingh devrait chercher un mari. Il n’a pas manqué de dire que Paul Bérenger avait traité Ashock Jugnauth de “gros feuille” et Harish Boodhoo de “Maha zougadère”.” (Le Matinal du 4 février 2010.)

« Sur le dossier de la Property Tax , je vous signale qu’Anil Gayan du parti « gros feuille » a déjà entamé une action conséquente. » (Site internet du MSM.)

« Alala kot liberte d’expression ete? GROS FEUILLE V/S GRO FEY !!! » (Commentaire du 5 février 2010 12:57 sur le site du journal Le Défi Plus.)

L’origine de l’expression m’est inconnue. « Gros-feuille » (grosse feuille) suggère à la fois quelque chose d’épais et de peu de valeur, mais il n’est pas certain qu’il faille chercher dans cette direction-là.

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24 réponses à “Gros-feuille

  1. Un correspondant suggère que l’expression “gros-feuille” proviendrait des lèvres épaisses des gens dont l’ascendance africaine est plus marquée, donc des gens moins bien placés sur l’échelle sociale que les bourgeois plus raffinés et plus occidentalisés. Quelqu’un ici a-t-il déjà entendu parler d’une telle explication ?

  2. marie-lucie

    Est-ce qu’on emploie « feuille » comme synonyme de lèvre ou de bouche? Est-ce qu’il est avéré que « gros-feuille » est ou a été employé pour faire référence aux personnes d’origine africaine? Si les réponses sont négatives, il s’agit sans doute d’une « étymologie populaire » (anglais folk etymology) comme dans beaucoup de cas: on s’attend à ce que les mots ou expressions aient un sens, et on s’évertue à en trouver un sans qu’il y ait aucune raison vérifiable pour le justifier.

    Dans le cas présent, si le deuxième mot était bien « feuille » comme dans « feuille de chou » ou « feuille de papier », on s’attendrait à ce que l’adjectif soit au féminin, donc « grosse feuille ». Et s’il s’agit d’un mot créole, on s’attendrait à une prononciation « feille ». Sauf démonstration du contraire, je pencherais plutôt pour une adaptation d’un mot d’une autre langue, commençant par des sons qui ressemblent à la syllabe « gro », réinterprétée comme l’adjectif masculin « gros ».

  3. marie-lucie

    Rustre, ours mal léché, pas raffiné, épais, sans manières.

    Je crois que « sans manières » ici est une traduction littérale de l’anglais « without manners », c’est-à-dire sans obéir aux règles communes de la politesse.

    En France, il y a « les bonnes manières » qu’on attend de toute personne « bien élevée », mais si on « fait des manières » ça veut dire qu’on se comporte en société de façon artificielle (par exemple en opposant un refus exagéré à l’offre d’une boisson fraîche quand il fait chaud). On apprécie que quelqu’un appartenant à une classe sociale supérieure « ne fasse pas de manières », en ne donnant pas l’impression qu’il « se croit » (supérieur aux autres) et qu’il s’attend à un traitement de faveur.

  4. Siganus Sutor

    Marie-Lucie : Est-ce qu’on emploie “feuille” comme synonyme de lèvre ou de bouche?

    Non, pas à ma connaissance, et c’est bien ce qui pose problème à mon sens. (Ce n’est pas très usité à Maurice, mais en français la feuille est plutôt l’oreille, comme dans l’expression “être dur de la feuille”.)
     
     
    M.-L. : Est-ce qu’il est avéré que “gros-feuille” est ou a été employé pour faire référence aux personnes d’origine africaine?

    Peut-être, mais je n’en ai personnellement jamais été témoin, et hormis ce qui m’a été suggéré hier je n’en ai jamais entendu parler.
     
     
    M.-L. : Et s’il s’agit d’un mot créole, on s’attendrait à une prononciation “feille”.

    L’expression existe en créole (voir le dernier exemple), et le dernier mot est effectivement prononcé “feille” (rimant avec oreille ou abeille). Le créole n’a pas de genre, et on dira par exemple “enn gro madam” pour “une grosse dame”. Il est fort possible que l’expression “gros-feuille” ne soit qu’une francisation de l’expression créole “gro fey”, laquelle, en effet, aurait elle-même pu n’être que la déformation d’une autre expression empruntée à une troisième langue. A titre d’exemple (je dis n’importe quoi), si en malgache ou en swahili il existe/existait une expression prononcée à peu près “grofey”, éventuellement en un seul mot, et ayant à peu près le sens qui nous intéresse, alors il aurait été possible qu’elle ait été adoptée en créole, pour par la suite être assimilée aux grosses feuilles à cause d’une similitude phonétique.

    Mais je vois que dans le Diksyoner LPT il est fait mention d’une plante servant de fourrage qu’on appelle “gro feille” : « grofey (n) – kind of bush used as fodder. » Si cela est le cas, il est possible aussi que les gens aux mœurs par trop campagnardes aient été assimilés au “gro feille” qu’ils étaient censés transporter afin de nourrir leur bétail.
     
     
    Je crois que “sans manières” ici est une traduction littérale de l’anglais “without manners”, c’est-à-dire sans obéir aux règles communes de la politesse.

    Ça ne se dit pas, en France, qu’une personne “n’a pas de manières”, sous-entendu : elle n’a pas de bonnes manières ? Si c’est le cas, alors on aurait probablement là un mauricianisme de plus, car “untel n’a pas de manières” (li pena manyer en créole) est une expression fréquemment utilisée ici. L’autre jour je me suis même rappelé une expression apparentée : “pas du monde ça”, issue certainement du créole pa dimounn sa signifiant que les manières de la personne en question la rapprochent davantage de la bête (bébet sa) que de l’humain, donc d’une personne (enn dimounn). Il était question d’un jeune chien qui faisait beaucoup de bêtises et qui, petit à petit, commençait à “comprendre” les règles de la vie en société. Le commentaire avait alors été : “Enfin ça commence à devenir du monde.”

  5. Je lis aussi dans ce « dictionnaire » que grofey peut signifier de mauvaise qualité , notamment à propos de marijuana.
    Un rapport ? Ou bien ce sens n’est peut-être apparu qu’ après ?
    ____________
    A propos des manières, l’expression  » il n’a pas de manières  » ou « il manque de manières  » pour dire qu’il manque de tenue ou d’éducation me semble tout à fait française, même si peu usitée.

  6. Si cela est le cas, il est possible aussi que les gens aux mœurs par trop campagnardes aient été assimilées au “gro feille” qu’ils étaient censés transporter afin de nourir leur bétail.

    Un peu comme les Bretons ont été appelés « paille-foin », parce que, dit-on, du temps de la conscription (et spécialement pendant la Première Guerre mondiale) il aurait été nécessaire de leur mettre de la paille dans le sabot gauche, et du foin dans le sabot droit, pour qu’ils comprennent l’ordre « gauche-droite » alors qu’ils ne parlaient que breton… A l’évidence, il s’agit d’une étymologie fantaisiste, car si vraiment les conscrits bretons ne parlaient pas un mot de français, pourquoi leur apprendre les mots « paille » et « foin », plutôt que « gauche » et « droite » ? Et, à titre subsidiaire, d’où peut bien sortir cette idée qu’on aurait entraîné les soldats de l’armée française à défiler en sabots ?

  7. >Aquinze:
    m’étant un jour penché sur l’origine de la légende que vous racontez à propos de paille-foin, j’avais trouvé ce texte de Charles Péguy commentant Descartes :
    «Quand j’étais enfant, dans les provinces du Centre, toutes les fois qu’il y avait dans les jeux à mesurer une distance sur le terrain, par exemple pour les « prisonniers » aux « barres », on se gardait bien de mesurer par enjambées, parce qu’on pensait que même involontairement des enjambées pouvaient être inégales. On mesurait (et on comptait) pied à pied, c’est-à-dire le derrière du talon du pied droit modérément appuyé à la pointe de la semelle du pied gauche. Et ainsi de suite alternativement. C’était l’ancien paille, foin des régimes déchus, devenu sous la République et depuis le gouvernement de la raison, le gauche, droite. Et c’était paille qui était devenu le pied gauche, et foin qui était devenu le pied droit. Mais autrefois on comptait et on mesurait par paille, foin et non par gauche, droite. »

    L’expression, même si son origine reste un peu mystérieuse, semble toutefois avoir été vivante à une certaine époque et s’appuyer sur un fond de vérité.

  8. zerbinette

    Au lieu de mettre de la paille dans leurs sabots, ils auraient mieux fait de mettre du foin dans leurs bottes :

    Mettre du foin dans ses bottes : amasser de l’argent.
    Avoir du foin dans ses bottes : avoir des ressources, de la fortune.

    Par expérience, je confirme que le foin est beaucoup plus doux et agréable que la paille !

    Quant à l’expression « ne pas avoir de manières », même si son emploi n’est pas courant, il se comprend très bien en France.

  9. zerbinette

    Aquinze pourquoi leur apprendre les mots “paille” et “foin”, plutôt que “gauche” et “droite”

    Peut-être parce que c’était plus facile à fourrer dans les sabots ? Evidemment, il valait mieux ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot !

    Trouvé sur yahoo la même histoire pour la Prusse.

  10. Peut-être sans rien à voir, mais ce dico dit :
    « Prov. et fig. Il a du foin dans ses sabots […] se dit d’un paysan riche ou enrichi. »
    http://books.google.fr/books?id=9mAyAAAAIAAJ&pg=PA838&dq=sabot&cd=1#v=onepage&q=sabot&f=false
    Chez nous on dit aussi : « tener buenas/malas » « maneras/modos/modales » et même « no tener maneras/modales » pour les expressions citées.

  11. zerbinette

    Jesús, à la campagne on met du foin dans ses sabots, à la ville on en met dans ses bottes !

    Rien à voir non plus, mais vous qui êtes « biblophile » 😉 , vous devez connaître « le sabot de la Vierge » !

    ou de Vénus, mais ça c’est pour les mécréants !

  12. marie-lucie

    Je constate que tout le monde (y compris moi-même) comprend « il n’a pas de manières » mais dit que cette expression ne s’emploie guère. Je pense donc que c’est un emprunt à la syntaxe anglaise (« he has no manners »), passé à peu près inaperçu tant il ressemble aux expressions françaises correspondantes (ce qui se passe dans bien des cas).

    Entre autres synonymes de « gros-feuille » on pourrait peut-être avoir « mal embouché ».

    Quant à « gros-feuille » lui-même, je pense que Siganus a raison:

    il est possible aussi que les gens aux mœurs par trop campagnardes aient été assimilés au “gro feille” qu’ils étaient censés transporter afin de nourrir leur bétail.

  13. zerbinette

    Marie-Lucie, un emprunt à la syntaxe anglaise (“he has no manners”), vous croyez vraiment ?

    N’avoir pas de manières, manquer de manières : être gauche dans la société, dans le monde (Littré)

    Quoique j’eusse l’esprit assez orné, n’ayant jamais vu le monde, je manquais totalement de manières

    J. J. ROUSS. Confess. II.

    Je ne crois pas que Rousseau ait été perverti par la langue anglaise ! Je penche donc pour une expression bien française mais vieillie, comme finalement pas mal de mauricianismes.

  14. zerbinette

    PS : d’ailleurs, comme à l’époque de Rousseau, le français était parlé dans de nombreux pays étrangers, peut-être est-ce l’anglais qui a imité le français ? 😉

  15. >Zerbinette
    La plante que vous avez citée est appelée chez nous d’une façon semblable : « zapatitos (petites chaussures) de la Virgen », « sandalias (sandales) de la Virgen », « zueco (sabot) de Venus », « zapato de Venus », etc. Le nom scientifique, « Kipria »= Aphrodite + « Pedilon » = chaussure, nous en parle. Mais n’oublions pas que c’est une orchidée, de « orchis » = testicule si bien cela est une question d’autre part[ie] LOL.
    D’ailleurs, j’ai trouvé la calcéolaire appelée de la même manière dans un lien. Le « calceolus » est le diminutif en latin de « calceus » = chaussure, comme on peut lire ici :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Calceolaria

    Pour rigoler, voilà ce design très cucul de chausson avec la Vierge :
    http://www.zazzle.es/gloriosa_virgen_madre_de_zapatos-167191887264247836

  16. Selon le Dictionnaire historique de la langue française, les manières au pluriel, recouvrant l’ensemble des gestes et procédés de quelqu’un en société, se dit depuis 1170. En 1662, apparaissent les bonnes manières . Ensuite, « manières oscille entre une valeur positive d’« usage du monde » (manquer de manières) et, depuis le XIXè siècle une valeur dépréciative de « cérémonie », plus familière, par exemple dans faire des manières».

  17. zerbinette

    Jesús,

    Pauvre Vierge ! Quand je pense que sur les iconostases de certaines églises orthodoxes, son image est cachée….

    J’ai suivi aussi votre lien sur les calcéolaires, et là plus question de testicules, puisque l’on parle bien de bourses, mais de « bourses de dames » !

    Donc, si j’ai tout compris, il y a la fleur pour les dames et la fleur pour les messieurs…..

    Par ailleurs, pour en revenir à Vénus et à ses sabots, mieux valait qu’elle ne donne pas de coups de pied* comme le chante Brassens :

    Vénus parfois vous donne
    De méchants coups de pied qu’un bon chrétien pardonne,
    Car, s’ils causent du tort aux attributs virils,
    Ils mettent rarement l’existence en péril.

    * coup de pied de Vénus : accident syphilitique

    Et Siganus et Arcadius vont encore penser que j’ai mauvais esprit !!!

  18. The point of the hay-straw story, surely, is that while new recruits might not know their right from their left, they could most certainly (being peasants) tell hay from straw. Therefore, by placing hay in one shoe and straw in the other, they could be induced to march in step. This presumes understanding of the language, and therefore cannot be originally connected with Breton-speakers: the extension to them must indeed be fanciful.

    This same story is told of the American militia during the War for Independence, and comes with a marching cadence allegedly used at the time: « Hay-foot straw-foot, hay-foot straw-foot, hay-foot straw-foot, belly full of bean soup! » — the last being, of course, what the soldiers were to get when the march was over. All the OED’s quotations for hay-foot, straw-foot are American; the first is only from 1851, but uses it as a phrase clearly traditional at the time.

    The whole story also reminds me of the American English word hayseed, meaning a rustic, notionally someone who has hay seed (that is, small pieces of hay and chaff from a barn) in his hair.

  19. >Zerbinette
    « Quand je pense que […]s on image est cachée »
    Et même dans les e. catholiques tous les images depuis le jeudi saint jusqu’à le dimanche, au moins lorsque j’étais un peu plus jeune.
    Pour la syphilis, il me semble qu’elle met rarement l’existence en péril après Fleming. Avant il y avait un traitement avec mercure ; je viens de lire, à ce sujet, le proverbe : « Una noche con Venus, una vida con Mercurio ».

  20. zerbinette

    Jesús, je vais finir par croire que les Espagnols ont plus d’humour que les Français ! 😉

  21. >Zerbinette
    Au moins, les deux sommes dévotes de Vénus ; nos deux langues ont dédié un jour à cette déesse. Bon, tout le monde sait que le latin en est derrière. Pourtant, par exemple, les Portugais appellent ce jour « sexta-feira ».
    P.S.
    Je viens de lire qu’autre plante, la dionée, est aussi appelée « Venus atrapamoscas ». J’ai une dans mon balcon et fleurie !
    http://www.infoscarnivores.com/dionee.htm

  22. In English, the Dionaea muscipula is called the « Venus fly-trap ». Dione is the mother of Aphrodite in Homer, cognate to, but not equivalent to, Diana, both being simply the feminine of deus). But it is unclear why goddesses of love should be associated with this plant.

  23. marie-lucie

    JC, by « goddesses of love », understand « symbols of female sexuality ».

  24. Siganus K.

    John: The whole story also reminds me of the American English word hayseed, meaning a rustic, notionally someone who has hay seed (that is, small pieces of hay and chaff from a barn) in his hair.

    Hey! that could very well be similar to this “gros-feuille” we are talking about. In the US, is hayseed used as an adjective, a noun or both? To some extent it resembles the word hillbilly, i.e. a country man, a red neck — also un cul-terreux in French. (Thefreedicionary.com, which says that hayseed is a noun, has a series of similar words: bumpkin, chawbacon, hick, rube, yahoo, yokel. “Chawbacon – a person who is not very intelligent or interested in culture”: that could fit fairly well with the expression “gros-feuille”. Since it is not mentioned, I wonder where the word comes from. They also have a “boor – a crude uncouth ill-bred person lacking culture or refinement”, which seems even a better match.)

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