Babel électorale

A l’entrée des centres de vote on trouve des affiches rédigées en 9 langues : anglais et français (sans précision quant à la langue dont il s’agit), hindi, tamoul, télégou, urdu, gujarati, marathi et chinois (la langue étant alors précisée en anglais).

On ne peut se demander à quoi cela rime en fin de compte, car combien d’électeurs sont-ils capables de lire le texte en télégou ou en gujarati, pour ne citer que ces deux langues-là ?

(Il est possible de cliquer sur les photos pour les voir en plus grand.)

Cela ressemble fort à un archaïsme — archaïsme, un mot pouvant rimer avec mauricianisme —, une survivance du passé à laquelle personne n’a osé toucher de peur de provoquer une levée de boucliers, la question des langues étant un sujet sensible, ici comme ailleurs.

Mais une question me turlupine : quand la Commission électorale écrit “Chinese”, s’agit-il du hakka, du cantonnais ou du mandarin ?

 

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Mise à jour du mercredi 10 décembre 2014.

À l'entrée du bureau de vote...

À l’entrée du bureau de vote…

Le créole aussi — enfin !

19 réponses à “Babel électorale

  1. Siganus K.

    On peut aussi se demander pourquoi la langue la plus parlée à Maurice n’a pas sa place parmi les 9, alors même qu’il arrive aux autorités de faire des annonces en créole.

  2. marie-lucie

    Je crois qu’en chinois on peut en général utiliser la même écriture pour les différentes langues chinoises, même si elles sont assez différentes à l’oral (on parle en général de « dialectes chinois », mais il paraît qu’elles ne sont pas compréhensibles les unes avec les autres sans étude, comme par exemple le français et l’espagnol ou l’italien). C’est-à-dire que quelqu’un qui a appris à lire et à écrire les principaux caractères peut déchiffrer plus ou moins un texte écrit dans l’une des autres langues chinoises, mëme s’il ne comprendrait pas le même texte lu à haute voix par quelqu’un parlant une autre de ces langues. Tous les mots ne seraient pas écrits de la même façon, mais il y en aurait suffisamment de semblables pour la compréhension générale du texte. (Comme, par exemple, un francophone peut se débrouiller plus ou moins pour comprendre un texte écrit en italien ou en espagnol, sans pouvoir comprendre un traître mot du même texte à l’oral).

  3. The Chinese text is beyond all doubt Mandarin. With specialized exceptions, like writing down the lyrics of Cantonese pop songs, for the last century Mandarin has been the only Sinitic language written in Han characters. Before about 1912, the dominant written language was Classical Chinese, a variety of the language that had not been spoken for more than two thousand years.

    It is possible to read modern written Mandarin aloud with the pronunciations of another Sinitic language, as Cantonese-speaking Hong Kong children do in the lower grades of school, but the result is anything from very misleading to impossibly artificial, like a Spanish-speaker seeing je t’aime on the page and pronouncing it as « *yo t’amo », which is neither Spanish nor French. Such readings only work at all because there are few syntactic differences between the Sinitic languages.

    That said, Mandarin is not normally explicitly taught in the schools in China: children are expected to pick it up by immersion, as anglophone kids are expected to do with standard English syntax and vocabulary. To teach Mandarin as a second language would be to concede that the Sinitic varieties are truly distinct languages, which for political reasons no Chinese government is willing to do.

  4. Damn I did not know this was still in practice. C’etait surement important dans les annees 50 quand une grande partie de la population parlait ces langues COURAMMENT … mais maintenant?

  5. The Mauritian system need to be crashed .. and the latest Mauritian Version 7 ! lolz.. should be installed.. or atleast a Mauritian XP version ! lolz..
    A moins d’etre vraiment de mauvaise foi .. on ne peut plus dire qu’il y a des gens qui ne comprennent pas la langue creole ou ne le parle pas. Toulemonde parle creole aujourdhui et il n’y a pas de doute possible la dessus ..

  6. Siganus K.

    Ashfaq : on ne peut plus dire qu’il y a des gens qui ne comprennent pas la langue creole

    A part Gowressoo peut-être ?

    Tout le monde parle créole aujourd’hui ? Sans doute, mais allez savoir s’il n’existe pas quelques citoyens mauriciens particuliers qui ne le comprennent que très mal et le parlent encore moins. On peut penser à des gens qui ont été naturalisés par exemple, ou ceux qui ont grandi dans des cercles très fermés d’où le créole était absent — bien que cela soit difficile à imaginer — ou dans des cercles étrangers. Et puis je pense que dans certains milieux on doit trouver des filles qui, faute de pratique, parlent mal le créole vu comme une langue un peu vulgaire, celle que les garçons utilisent pour parler gras, et notamment pour jurer, comme le disait assez justement Paula Lew-Fai dans Le Mauricien du 3 mai dernier. (“Nous jurons tous en créole et cela, même si la pratique linguistique quotidienne est autre que le créole.”)
     
     
    Bruno : mais maintenant?

    Maintenant cela fait partie du folklore. Cependant, je ne trouve pas que ça soit gênant, au contraire : cela donne un petit charme supplémentaire aux élections. A sa manière la chose raconte notre histoire. Par contre je pense que tôt ou tard le créole sera inclu parmi ces langues-là (d’où, au fait, le bengali est absent, de même que le bhojpuri).
     
     
    John: the result is anything from very misleading to impossibly artificial, like a Spanish-speaker seeing je t’aime on the page and pronouncing it as “*yo t’amo”, which is neither Spanish nor French

    Except that these Romance languages use an alphabetic script. Chinese is written with signs that are commonly referred to as “ideograms” or “ideographs” and, to some extent, one who would have learned the signs in his own language — say Creole — could theoretically read in Creole the message written in Chinese. (This is not quite the case, of course, since Chinese characters do bear phonetic information, but to some extent it is “possible”, be it in a dream.) I must find a little book by Belgian China specialist Simon Leys in which he said, as far as I remember, that Chinese (spoken) language was derived from Chinese writing. It sounds too incredible to be true, so I would need to quote the author properly.

    To teach Mandarin as a second language would be to concede that the Sinitic varieties are truly distinct languages, which for political reasons no Chinese government is willing to do.

    The thing is, not all Chinese speakers live in the People’s Republic of China. And in Mauritius there are the Cantonese (“Nam Shun”) and Hakka speakers, who used to entertain a certain rivalry between themselves. As far as I know, the languages of China are as differenciated as the Romance languages mentioned above. You wouldn’t expect Italian, French and Spanish to be called “dialects” of the same language, would you?

  7. Off topic, but I have just discovered that Mars is famous for having the last two Bois Dentelle trees in the world.
    http://atlasobscura.com/place/the-last-two-bois-dentelle-trees

    As far as the Chinese « dialects », Arabic does this too. It is very frustrating for me to see so many publications that teach « Modern Standard Arabic », when no one actually speaks it.

  8. marie-lucie

    le créole vu comme une langue un peu vulgaire, celle que les garçons utilisent pour parler gras

    Je crois que votre « parler gras » serait en France « dire des gros mots » (il y a peut-être un équivalent plus moderne).

    As far as I know, the languages of China are as differenciated as the Romance languages mentioned above.

    I used this example to make my point, but I have been told that the Chinese languages are even more different from each other.

    You wouldn’t expect Italian, French and Spanish to be called “dialects” of the same language, would you?’

    If the Roman Empire had persisted to this day, perhaps they would, while all children were instructed in Classical Latin.

  9. Siganus K.

    Je crois que votre “parler gras” serait en France “dire des gros mots”

    Sur Wikipédia (Expressions marseillaises) :
    Le parler gras est l’équivalent, pour l’argot marseillais, de la langue verte pour l’argot parisien. Le parler gras comme son homologue parisien use largement de grossièretés mais pas systématiquement, préférant, chaque fois que c’est possible, l’antiphrase, le synonyme ou la métonymie et surtout l’ironie, son origine méridionale préfèrera aussi les longues phrases imagées plutôt que la concision percutante.

    Word Reference :
    You’re right Valy, Parler gras means « avoir un langage grossier, vulgaire ».
    to speak in coarse language

    Pour ma part je le comprends tout à fait comme « to speak in coarse language ».

  10. marie-lucie

    Si « parler gras » se rapporte à l’argot marseillais, il n’est pas étonnant que je ne connaisse pas cette expression avec ce sens-là. Jusqu’à une certaine époque elle désignait la façon de prononcer le *r* avec un râclement assez fort du fond de la gorge (c’est ce qu’on appelait aussi le « r grasseyé », qui est encore typique de « l’accent parisien » de la rive droite, accent qui n’est pas très apprécié par les gens qui ne l’utilisent pas, et dont le *r* est beaucoup plus faible).

    Mais « la langue verte » n’est pas particulièrement parisienne. Elle désigne elle aussi un vocabulaire haut en couleurs, un style qui ne mâche pas ses mots, mais qui est compatible avec d’autres parlers que l’argot parisien. On peu utiliser des mots de la langue verte sans employer beaucoup d’autres mots d’argot. Par exemple, dans le roman de Marcel Aymé La jument verte, qui se passe dans une région rurale, les chapitres ordinaires alternent avec « les propos de la jument », qui sont assez scabreux (c’est en ce sens que la jument est verte) et font justement usage d’un vocabulaire franc (ou gaulois, si l’on préfère, et sans doute considéré comme plus franc à l’époque qu’à l’heure actuelle).

    J’ai l’impression que l’auteur du texte sur les expressions marseillaises est lui-même marseillais, et que pour lui « parisien » veut dire à peu près « Français de la moitié Nord du pays », dont la façon de parler, bien sûr, n’est pas aussi subtile que celle des Marseillais (que les Français de la moitié Nord confondent avec les autres « gens du Midi »).

    « dire des gros mots » : cette expression s’emploie plus souvent à propos des enfants que des adultes: un enfant pourrait dire qu’un autre enfant ou un adulte a « dit un gros mot », ce qui est défendu aux enfants, alors qu’un adulte pourrait dire de la même personne qu’elle « emploie des mots grossiers ».

    « to speak in coarse language »: il me semble qu’en anglais on dirait plutôt « to use coarse language ».

  11. Siganus K.

    Marie-Lucie, je ne connais pour ainsi dire rien au parler de Marseille. Il appert simplement que j’ai trouvé cela sur Wikipédia. Mais il est possible que l’expression telle qu’utilisée à Maurice provienne au bout du compte du sud de la France.

    Pour certaines personnes (mais pas pour tout le monde), « li koz gra » (« il parle gras », en créole) veut dire qu’il parle en se vantant. « Li déklar mari », il se déclare un grand boug’, il parle de lui-même de façon élogieuse. Mais dans l’ensemble, il me semble, « li koz gra » veut plutôt dire qu’il parle de façon abrupte, brutale même parfois, en utilisant des mots dont on ne se servirait pas devant sa grand-mère. (L’avis des uns et des autres sur ce point est le bienvenu.)

    D’accord pour « to use coarse language » (même si « to speak in coarse language » ne me paraît pas très éloigné). Vous devriez ajouter un commentaire sur ce fil de Word Reference.😉

  12. Siganus K.

    Nijma, I didn’t know about this « bois dentelle ». The flower is absolutely beautiful.

    Regarding this « Modern Standard Arabic » that no-one speaks, who decides what it is supposed to be?

  13. Le Robert donne pour « propos gras » (dès 1401):
    Graveleux, licencieux, obscène (par allus. à la licence de langage des jours gras, où se jugeaient les causes grasses, de sujet grivois).
    et, pour « parler gras » ( XVIè siècle)
    dire des mots « gras », des grossièretés .

    C’est vrai qu’à Marseille, et un peu partout en Provence, il nous arrive de parler gras et souvent on emploie cette expression pour déprécier quelqu’un, pour dire qu’il est vulgaire au point d’en être infréquentable. Quand une fille dit d’un gars qu’il parle gras, ça veut dire que s’il parlait mieux, ma foi, peut-être que… mais là, non, il est trop vulgaire!

  14. Siganus K.

    Quand une fille dit d’un gars qu’il parle gras, ça veut dire que s’il parlait mieux, ma foi, peut-être que… mais là, non

    Pas plus de 12% de matière grasse pour une fille qui se respecte ? Sans doute préfèrerait-elle des italiques, ou du romain, que du gras.

  15. marie-lucie

    D’après ce que vous dites, « parler gras » semble être une expression qui est toujours vivante dans certaines régions, mais pas partout.

  16. The term « ideograph » is still widely used for Chinese characters, but it is very misleading. In truth, each Chinese character corresponds not to a unit of abstract meaning (if there exists any such thing at all) but to a single morpheme, or word-forming element, of Mandarin (or Classical) Chinese. It is not possible to learn to read Chinese characters without in fact learning Chinese. (Failure to grasp this point delayed the decipherment of Classic Maya writing for more than a century and of Egyptian writing for many centuries.)

    The Mandarin-Only attitude of the PRC is shared entirely by the Taiwan and Singapore governments; indeed, Singapore has basically the same policy in all four official languages, denigrating the local English-based creole in favor of standard British English, and upholding the diglossia characteristic of Tamil. Only where Chinese people are a minority do non-Mandarin languages get any recognition at all. (Similarly, Occitan is legally protected only in parts of Spain and Italy and nowhere in France, though the great majority of the speakers are French citizens.)

    Overall I think the comparison between the Romance and the Sinitic languages is a fair one, and it is indeed as if everyone in all of the Romanie learned to read and write exclusively in Latin, until the 20th century when they switched to writing in French written as if it were Latin. Because linguistically and politically, Mandarin is the French of the Sinitic languages, the one that is most different from the common source and the one with the most international prestige. (I discount here the use of the Romance languages outside Europe, something which has no real parallel for Chinese). Mandarin is also already the native language of some 70% of Chinese-speakers, encompassing the whole of the north and most of the southwest, where the local Sinitic languages were lost in the 16th century due to a plague with massive resettlement from the north.

    As for Modern Standard Arabic, it is basically Koranic Arabic with neologisms for things unknown to the sixth-century Arabs, analogous to the Latin used by the Vatican for official purposes. It is defined by grammar books and dictionaries, and points that are not prescribed (such as where the stress accent is placed in a word) are generally filled in from the speaker’s native variety of Arabic.

  17. Siganus K.

    It is not possible to learn to read Chinese characters without in fact learning Chinese.

    I remember reading a book by navigator Bernard Moitessier (born and bred in Vietnam) in which he was advocating for everyone to learn to read and write in Chinese script as a universal means of communication. It seems that a lot of people had funny ideas about everything Chinese — and about Basque, which, as one Emerson would put it, is famously part of the Dravidian diaspora.

    Now, I don’t know what to do with what Simon Leys — someone described as a sinologist on Wikipedia — wrote. I managed to find the book and the passage I mentioned above, and it reads thus:

              La Chine nous oblige constamment à remettre en question des notions dont nous croyions naïvement qu’elles avaient une validité universelle, alors qu’il s’avère en fait que la sphère de leur application se limitait à notre seul univers culturel. Ainsi par exemple, en linguistique, il y a un axiome selon lequel la parole précède nécessairement l’écriture ; ce principe semble du reste conforme au bon sens et à l’expérience. Allez en Chine, toutefois, et vos confortables certitudes auront tôt fait de s’évaporer. Vous vous apercevrez en l’occurrence que cette antériorité de la parole sur l’écrit – qui a commandé toute notre culture depuis l’Antiquité – pourrait bien n’avoir été qu’une simple idiosyncrasie indo-européenne.

              (…) La toute première phrase de l’Évangile selon saint Jean, « Au commencement était le verbe », résume bien cet héritage de l’Antiquité et définit une situation dont l’empreinte demeure toujours au cœur de notre culture. On pourrait proposer une définition symétrique de la culture chinoise en énonçant simplement la phrase inverse : « Au commencement était l’Écrit. »

              Les plus anciens témoignages de l’écriture chinoise datent d’il y a quelques trois mille sept cent ans. (Comme la graphie de ces inscriptions archaïques est loin d’être primitive, on doit supposer que l’écriture chinoise avait préalablement connu une longue évolution, et il est fort possible que, dans l’avenir, des fouilles archéologiques mettront à jour des inscriptions encore plus anciennes.) Bien que les caractères aient considérablement évolué au cours des âges, l’écriture chinoise moderne est un prolongement naturel de ces premiers modèles : le lien de filiation est direct. La plus ancienne forme d’écriture qu’ait connu la Chine est celle des inscriptions divinatoires dont le souverain se servait pour consulter les Esprits sur toutes les grandes décisions de l’État : chasses et moissons, guerre et paix. Ainsi en Chine, dès les origines, l’écrit a eu une fonction oraculaire : investi d’une vertu magique, il était intimement associé au pouvoir politique. Il faut remarquer également que ces premières inscriptions ne consignaient pas des paroles, mais des concepts : elles transcendaient partiellement le langage. D’une certaine façon, on pourrait les ramener à ces indications pictographiques – de plus en plus complexes et nuancées – qui sont utilisées aujourd’hui dans les aéroports internationaux où elles fournissent des indications muettes que tous les voyageurs comprennent d’emblée, sans même avoir à les traduire dans leur langue respective.

              Les anciens Chinois développèrent ainsi un métalangage emblématique, indépendamment de leur langue parlée de l’époque. Pour la commodité, toutefois, ils attribuèrent progressivement des sons conventionnels aux caractères d’écriture ; ainsi, finalement, les inscriptions ne transmirent plus seulement des informations muettes, elles devinrent également prononçables. Et au terme de cette évolution, elles engendrèrent elles-mêmes un nouveau langage, monosyllabique et dénué d’inflexions (deux caractéristiques qui continuent aujourd’hui encore à définir la langue chinoise, rappelant la nature artificielle de ses origines), et comme cette langue nouvelle était parée de tous les prestiges de la magie et du pouvoir politique, elle supplanta progressivement l’ancienne langue parlée.

              Inutile de le dire, cette description simpliste et schématique de la naissance de la langue chinoise demeure partiellement hypothétique. Une chose paraît cependant certaine – et elle est d’une importance capitale : en chinois c’est l’écrit qui a précédé la parole.

    (L’Ange et le cachalot, 1998, pp. 40 à 42.)
     
     
    In Chinese writing predates speech?

  18. Okay, time to fisk Simon Leys:

    Les plus anciens témoignages de l’écriture chinoise datent d’il y a quelques trois mille sept cent ans.

    More like 3100-3400 years, but that’s a minor point.

    (Comme la graphie de ces inscriptions archaïques est loin d’être primitive, on doit supposer que l’écriture chinoise avait préalablement connu une longue évolution, et il est fort possible que, dans l’avenir, des fouilles archéologiques mettront à jour des inscriptions encore plus anciennes.) Bien que les caractères aient considérablement évolué au cours des âges, l’écriture chinoise moderne est un prolongement naturel de ces premiers modèles : le lien de filiation est direct. La plus ancienne forme d’écriture qu’ait connu la Chine est celle des inscriptions divinatoires dont le souverain se servait pour consulter les Esprits sur toutes les grandes décisions de l’État : chasses et moissons, guerre et paix. Ainsi en Chine, dès les origines, l’écrit a eu une fonction oraculaire : investi d’une vertu magique, il était intimement associé au pouvoir politique.

    The above is correct enough, but unfortunately…

    Il faut remarquer également que ces premières inscriptions ne consignaient pas des paroles, mais des concepts : elles transcendaient partiellement le langage.

    …the above sentence is complete nonsense. Our earliest records of Chinese writing, the oracle bone script, already exhibit the full complexities of the Chinese writing system, and is capable of representing the entirety of the Old Chinese language, not just the concepts that can easily be depicted. It is true that oracle bone characters are less stylized and more pictographic in appearance than modern Chinese writing (itself about 1500 years old), but that does not affect the character of the script.

    D’une certaine façon, on pourrait les ramener à ces indications pictographiques – de plus en plus complexes et nuancées – qui sont utilisées aujourd’hui dans les aéroports internationaux où elles fournissent des indications muettes que tous les voyageurs comprennent d’emblée, sans même avoir à les traduire dans leur langue respective.

    An entirely false and erroneous comparison!

    Les anciens Chinois développèrent ainsi un métalangage emblématique, indépendamment de leur langue parlée de l’époque.

    Only in the sense (as I explained before) that the written language continued to be based on Classical Chinese, the spoken standard of 2400-2600 years ago. It is true that as time went on the written language departed from its original spoken model for the sake of concision in writing, as if in English one wrote merely « lang » for « language », there being only a few other words in English beginning with that syllable. But that did not make Chinese writing « emblematic » or a « metalanguage ».

    Pour la commodité, toutefois, ils attribuèrent progressivement des sons conventionnels aux caractères d’écriture ; ainsi, finalement, les inscriptions ne transmirent plus seulement des informations muettes, elles devinrent également prononçables.

    If there was such a transition, it came before the first known inscriptions, so there is no evidence for it.

    Et au terme de cette évolution, elles engendrèrent elles-mêmes un nouveau langage, monosyllabique et dénué d’inflexions (deux caractéristiques qui continuent aujourd’hui encore à définir la langue chinoise, rappelant la nature artificielle de ses origines),

    This is preposterous. Chinese evolved naturally, like every other language. It was neither monosyllabic nor uninflected in the Old Chinese period nor today. Indeed, modern Mandarin has more inflections than modern English does.

    et comme cette langue nouvelle était parée de tous les prestiges de la magie et du pouvoir politique, elle supplanta progressivement l’ancienne langue parlée.

    We don’t know exactly why languages change, but that is certainly not the reason.

    Inutile de le dire, cette description simpliste et schématique de la naissance de la langue chinoise demeure partiellement hypothétique.

    Such a feeble disclaimer will not suffice to justify the perpetration of such absurdities.

    Une chose paraît cependant certaine – et elle est d’une importance capitale : en chinois c’est l’écrit qui a précédé la parole.

    What this tissue of absurdities shows is that one can make a living teaching Chinese (or English or French) literature without knowing the first thing about the history of the language.

  19. Siganus Sutor

    Okay, time to fisk Simon Leys

    John, I hope you haven’t been too harsh on him, because the poor man died:
    Mort de Simon Leys, le sinologue qui a vu la Chine sombrer dans la barbarie
    http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20140811.OBS6054/mort-de-simon-leys-le-sinologue-qui-a-vu-la-chine-sombrer.html

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