Grabeaux

Grabeaux.
Nom masculin, généralement pluriel.

Pierres de taille moyenne (d’un diamètre à peu près compris entre 5 et 15 cm) enlevées des champs et utilisées pour empierrer les chemins ou pour réaliser des remblais rocheux.


Tas de grabeaux constitués lors de l’épierrage d’un champ.
 
 

Remblai pierreux constitué de grabeaux, et panier traditionnel utilisé pour déplacer de la terre, du sable, des roches ou des matériaux de construction.
 
 
« Alors que le camion à bord duquel il travaillait, déversait des ‘grabeaux’ là où sera aménagée la nouvelle gare routière de Centre de Flacq, Sanjay Golap, un aide-chauffeur de 33 ans habitant Nouvelle-France, a été électrocuté après que le caisson du camion eut touché une ligne de haute tension. » (5-Plus Dimanche, 26 janvier 2003.)

« Quant à Balchand il se souvient encore de cette voiture qui a chaviré sur les «grabeaux» avant de renverser dans un champs de canne qui se trouve à proximité. » (L’Express, 28 février 2008.)

Le mot grabeau figure dans le dictionnaire de Littré, mais avant tout en tant que terme de pharmacie :

GRABEAU
(gra-bô) s. m.
1° Terme de pharmacie. Morceau rompu des drogues ; les plus petits fragments des substances ; ceux dont on ne peut tirer parti. Il y avait dans cette fourniture une grande quantité de grabeaux. Grabeaux de girofles rompus, le cent pesant 100 livres, Décl. du roi, nov. 1640, tarif.
Particules ligneuses trouvées en mondant le séné avec soin ; douées aussi de propriétés purgatives, elles sont employées pour faire le miel de mercuriale composé et d’autres préparations officinales.
2° À Genève, scrutin. Les membres du conseil d’État qui ne sont point sujets au grabeau, n’y assisteront pas, Constitution de 1814, HUMBERT.

Dans le Trésor de la langue française on trouve une occurrence du mot grabeau, en remarque de l’entrée grabeler, verbe transitif : « Grabeau, substantif masculin. Fragment d’une substance qui reste après être passée au crible. »

Cette dernière définition pourrait avoir quelque rapport avec les grabeaux mauriciens si on considère que ceux-ci sont le reliquat d’un criblage destiné à séparer la (bonne) terre des fragments rocheux contenus dans le sol. En admettant qu’autrefois une telle opération ait pu avoir été effectuée à la main, on peut imaginer que des personnes un tant soit peu accoutumées au criblage des poudres pharmaceutiques aient adapté le terme au tamisage du sol, lorsque pour ainsi dire on « grabelait » ce dernier. (Dans ce sens on trouve ceci dans le supplément au Littré : « M. Devic, Diction. étym., remarque que le bas-lat. garbellare, passer au crible, l’esp. garbillar, cribler, garbillo, crible, se rattachent facilement à grabeau, puisque grabeau représente des choses criblées.”) Toutefois, l’hypothèse de grabeau-pierre en tant que dérivé d’un criblage pharmaceutique me semblerait un peu tirée par les cheveux. Il serait plus satisfaisant de faire dériver et le grabeau pharmaceutique et le grabeau rocheux d’un ancêtre commun plutôt que le second du premier.

Le Dictionnaire étymologique des créoles de l’Océan Indien (Première partie – Mots d’origine française) pourrait donner une indication précieuse sur l’origine du mot mauricien, mais l’entrée grabeau se trouve malheureusement dans un volume qui ne semble pas pouvoir être consulté par le commun des mortels n’ayant accès qu’à Google Books. On retrouve le mot dans une expression rodriguaise, « banc grabeau » — sans doute une sorte de banquette faite de grabeaux empilés les uns sur les autres —, mais elle se trouve à l’entrée banc, située dans la partie A-D, et renvoie à l’entrée grabeau, située dans la ou les parties suivantes, lesquelles ne paraissent pas pouvoir être lues en ligne. Peut-être qu’une âme charitable, évoluant par exemple en milieu universitaire et ayant accès à un fonds étendu, pourrait éclairer ma lanterne à ce sujet…

A Aldabra, atoll rattaché aux Seychelles — elles-mêmes rattachées à Maurice jusqu’au début du XXe siècle —, on trouve une Anse Grabeau ainsi qu’une passe Grabeau (à l’extrémité occidentale du lagon). Mais ce toponyme pourrait aussi bien être dû au nom d’une personne qu’au nom d’une chose, car il a existé et il existe encore des gens portant le nom de Grabeau. De nos jours les Grabeau ont l’air de se rencontrer surtout sur le continent américain, et la personne la plus connue ayant porté ce nom semble être un chanteur américain appelé Bob Grabeau. Cependant, dans le cas où les lieux-dits d’Aldabra ne sont pas dus au nom d’une personne, on aurait un peu de mal à comprendre le lien qui pourrait exister entre le grabeau au sens mauricien contemporain (une pierre de taille moyenne) et l’anse ou la passe d’un atoll corallien.

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12 réponses à “Grabeaux

  1. De mémoire — je vérifierai plus tard — il existait un mot pré-latin grava, « pierre » qui a donné son nom au village de Grabels, dans l’Hérault. Un grabel, des grabeaux ?
    Grava a donné en français le mot grève, lui même à l’origine de gravier.

  2. Leveto : Un grabel, des grabeaux ?

    Ma foi, cela serait du domaine du possible. Les grabeaux, pour autant que je puisse me souvenir de toutes les fois où j’en ai entendu parler (assez souvent quand même ces vingt dernières années), viennent toujours au pluriel, même s’il reste concevable que l’on puisse parler d’un seul élément d’un tas de grabeaux, élément qu’on appellera « un grabeau » (je n’ai jamais entendu « un grabel »).

    Le verbe anglais « to grab » aurait pour lointaine origine le mot proto-indoeuropéen (mot reconstitué) *gherebh, saisir. Etymonline : Grab — from PIE *gherebh– « to seize » (cf. Skt. grbhnati « seizes, » O.Pers. grab- « seize » as possession or prisoner, O.C.S. grabiti « to seize, rob, » Lith. grebiu « to rake »). S’il y a là l’idée de saisir, ou de ratisser, cela pourrait éventuellement correspondre aux grabeaux que l’on ramasse (ramassait) de façon quasi manuelle, même de nos jours. Mais avant d’aller jusqu’au proto-indoeuropéen, il me semble qu’il faudrait d’abord chercher du côté du français. Allez savoir si toutefois le mot “grabeau” — tel qu’il est souvent écrit aujourd’hui (parfois “grabo”) — ne provient pas d’une autre langue que le français.

  3. Notre dico dit, à propos du mot «grava» (gravier), ce que leveto a remarqué : une origine préromaine. En ce qui concerne le mot «garbillo» (crible), cité dans le billet, il est tiré de l’arabe «girbal», aussi un crible.

  4. Hainaut, grabuche ; bourguig. graibuge. Le provençal a dans le même sens grahusa, en ancien français greüse, dans le Jura greuse.
    ce que j’ai trouvé dans Littré pour ce fil!

    L’italien a garbuglio, qui avait donné au français du XVIe s. garbouil, et qui paraît aussi avoir donné par altération grabuge, à en juger par les anciennes formes garburge, galburge. Scheler pense que le radical de ce mot est le même que dans grabeau, et représente soit l’allemand graben, creuser, soit le hollandais krabbelen, gratter

  5. C’est en lançant des grabeaux qu’on fait du grabuge et qu’on risque de devenir grabataire.

  6. force est de reconnaître que la fatigue a été la plus forte et que j’ai inséré l’évocation :


    à « morcellement  »
    Ce n’était pas pour « vous faire voir les pierres »!
    avec mes excuses, donc.

  7. A côté de et de il y a aussi gravois> qui correspondent mieux au sens de , voir le TLFI. Il est fort douteux que ces mots aient une origine germanique, et plus probable qu’ils sont d’origine pré-romaine comme le suggère Jesùs. L’alternation entre b et v peut s’expliquer par une évolution dialectale différente.

  8. Pardon! je suis actuellement en France où j’utilise l’ordinateur de ma soeur. Je n’ai pas l’habitude du clavier français et je ne savais pas que les guillemets, ou plutôt les flèches, au moyen de quoi je voulais individualiser les mots, les feraient disparaître! Je voulais dire:

    A côté de GRAVIER et de GREVE il y a aussi GRAVAT(S) et GRAVOIS qui correspondent mieux au sens de GRABEAU(X) …

  9. Et je suis donc aussi d »accord avec la suggestion de Leveto.

  10. Siganus K.

    Marie-Lucie : A côté de gravier et de grève il y a aussi gravat(s) et gravois qui correspondent mieux au sens de grabeau(x)…

    Certes, tout cela se tient. Ce que je ne comprends pas toutefois, c’est d’où sort le grabeau(x) mauricien. Soit il s’agit d’un terme qui existait déjà en français dans cette acception-là (ce qui ne me semble guère attesté pour l’instant), soit il s’agit d’une création « locale ». Dans cette deuxième hypothèse, on ne peut que se demander comment on est arrivé à ce mot-là. Gravier est un mot connu ici de longue date puisqu’il se retrouve dans la toponymie : Mare Gravier, près de Beau Bassin, et Graviers, à Rodrigues.

  11. Une curieuse trouvaille :
    Grabeau était le nom d’un des esclaves révoltés de l’Amistad ( 1839 ). Il s’appelait en réalité Gi La Ba Ru ( have a mercy on me ) mais son nom était écrit Grabeau sur ses papiers.

    J’ai trouvé aussi en Gironde, sur la commune de Montagoudin, un lieu-dit appelé Grabeau. Mais je n’en sais pas plus à ce sujet.

  12. Les grabeaux continuent de garder une part de leur mystère…

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