Tresse

Tresse.
Nom féminin.

Mètre.

« Ne laisse pas la tresse dehors, on va la voler. »

5-metre tape.

5-metre tape.

En français standard, l’instrument sous forme de ruban qui sert à mesurer des longueurs s’appelle un « mètre » (à ne pas confondre avec un maître, voire une maîtresse). Le mot « tresse » suggère un objet tressé, ce qui n’est pas le cas ici. L’analogie que l’on peut faire est celle de la « tresse collante » (voir la liste, à la lettre t-), autrement dit le ruban adhésif, aussi connu sous le nom de « scotch » en France (je ne sais pas de quoi il retourne pour les autres pays francophones). Mais le fait qu’on appelle le ruban adhésif « tresse » (collante), loin d’être une explication, est une autre source d’étonnement. L’influence de l’anglais paraît peu évidente vu que le mot correspondant est tape. Il existe en anglais le mot trace dont on pourrait imaginer qu’il aurait donné ce tresse-là, mais le sens est à peu près celui d’une « trace » en français, ce qui ne colle pas. Peut-être s’agirait-il tout simplement d’une analogie de forme, une tresse (de cheveux ou d’autres fibres tressables) étant généralement longue et plate. Ou parce qu’on peut se [mεtr] des rubans dans les cheveux pour attacher ses tresses ?

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6 réponses à “Tresse

  1. Avant les « mètres » fabriqués dans l’industrie pour mesurer la longueur de différents objets, on devait utiliser des espèces de rubans tressés (comme pour les ceintures tressées par exemple), d’où le nom qui a dû être tranféré aux « mètres » actuels. L’inconvénient d’un objet tressé est qu’il a tendance à s’allonger, donc à fausser les mesures.

    Dans ma famille (où les femmes faisaient beaucoup de couture), on me disait jamais un « mètre » (de couturière) mais un « centimètre » étant donné que ce ruban spécialisé est marqué en centimètres. Je ne sais pas si cet usage était plus répandu, par exemple régional.

  2. Marie-Lucie, pour mesurer des distances plus importantes il existe aussi des rubans en matériaux synthétiques. C’est ce qu’en français on appelle un décamètre. Certes cette bande-là contient des fibres destinées à lui conférer une certaine résistance à l’allongement — en effet, un mètre qui serait élastique ne servirait pas à grand-chose —, mais quand on regarde le ruban en question on ne voit qu’une surface lisse. (Cela ressemble beaucoup au centimètre de couturière, en un peu plus gros.) De plus, les fibres internes en question ne sont pas tressées. Le mystère demeure : pourquoi « tresse » ?

    Ma mère aussi cousait beaucoup et elle aussi disait « centimètre », un mot que j’ai entendu employer par ma femme pour parler de son ruban vert.

  3. Mme Sutor est donc d’accord avec moi, c’est un grand soulagement.

    Je crois que le mot « tresse » a pu acquérir dans certaines régions un sens plus large, pour une bande de textile étroite, bien que pas forcément « tressée ». (Voir les différents sens de « tresse » dans le TLFI, en particulier B1).

    Prononciation: dans mon français devenu maintenant un peu archaïque, le mètre se pronounce comme mettre, avec une voyelle brève, mais le maître a une voyelle beaucoup plus longue (au moins si on le prononce seul ou à la fin d’un groupe de mots, c’est pourquoi cette prononciation ne s’applique pas à maîtresse). Même chose pour faite d’un côté, et faîte ou fête de l’autre, ou bien bette (un légume vert) et bête. Je n’ai pas besoin de consulter un dictionnaire pour savoir s’il faut ou non mettre un accent circonflexe. Mais cette distinction se perd en France: par exemple j’ai entendu à la radio quelqu’un parler de kilomaîtres (c’est ce qu’il m’a semblé entendre), bien qu’elle soit encore très marquée au Canada.

  4. Mesdames Sutor(s) — et ma sœur.

    TLF, à tresse :

    B. − P. anal.
    1. Tissage plat et étroit confectionné avec des fils, des brins des rubans entrelacés de manière à former un galon, une cordelette, une lanière.

    Certes, mais un mot me semble important ici : entrelacés. Dans le cas du mètre à ruban, je ne vois rien d’entrelacé et j’imagine mal qu’il y ait pu en avoir à quelque époque que ce soit, laquelle époque ne peut pas être très reculée compte tenu du fait que les « tresses » (à mesurer) ne doivent pas exister sur Mars depuis une époque antédiluvienne.

    dans mon français devenu maintenant un peu archaïque, le mètre se prononce comme mettre, avec une voyelle brève, mais le maître a une voyelle beaucoup plus longue
    Voilà qui est intéressant. J’ai dit les deux mots à haute voix, pour voir comment je tendais à les prononcer moi, et je dois reconètre que je ne fais aucune différence entre les deux. Si je disais « maaaîîître », en allongeant la voyelle, ç’aurait été probablement pour taquiner un notaire ou un instituteur de mes amis. En réalité, du fait de mon accent, je ne dis que [mεt].
     
     
    Sinon, Marie-Lucie, comment appelle-t-on la « tresse collante » au Canada ?

  5. Siganus: La tresse: oui, dans le sens qui est le plus répandu, les fils sont entrelacés, comme les mèches de cheveux pour faire des nattes, mais si on suppose que le mot est bien français, pour passer de cette définition originelle au sens mauricien (qui n’est peut- être pas exclusivement mauricien), il a dû y avoir un élargissement du sens du mot pour qu’il s’applique à un objet similaire en apparence et par sa fonction. Je n’en ai pas de preuve, sauf que l’élargissement est un procédé fort commun de changement sémantique.

    D’autre part, à bien y penser il est peut-être plus vraisemblable que l’emprunt soit allé en sens inverse et que le mot mauricien vienne de l’anglais: en anglais, trace n’a pas seulement le sens du français trace (p.ex. traces de pas), il a aussi un sens assez vieux au pluriel, pour désigner des sortes de laisses (comme pour les chiens), pour l’espèce de petit harnais que certaines personnes mettent à leurs enfants en bas âge qui marchent déjà, pour les emmener promener sans qu’ils s’éloignent. Ce n’est pas quelque chose de nouveau: dans la littérature du XIXème siècle on fait référence à des enfants still in traces, les traces en question étant probablement des cordons tissés plutôt que nattés ou tordus. Il se peut que la tresse mauricienne vienne de ce mot anglais, étant donné la ressemblance phonétique et le fait qu’il s’agit d’un textile mince et plat.

    Il faudrait consulter un dictionnaire étymologique de l’anglais pour savoir l’origine du second mot trace, le premier venant sûrement du français d’il y a plusieurs siècles.

    la tresse collante: en France on dit (ou disait) du papier collant (au moins avant la suprématie du « scotch »), mais je ne sais pas s’il y a un autre mot typiquement canadien (je ne vis pas dans une région francophone).

  6. Marie-Lucie, votre indication à propos du sens moins fréquent du mot anglais trace m’a fait jeter un œil dans le SOED, chose que j’aurais dû avoir faite depuis longtemps.

    Trace, sb.2 [Middle English trays, adoption of Old French traiz, trais, plural of trait; Italian tratto, Latin tractus draught, formed on trahere to draw. Originally treated as collective plural and at length as a singular, with a new plural trasys, traces.] 1. as plural. The pair of ropes, chains or (now usually leather straps) by which the collar of a draught-animal is connected with the splinter-bar or swingletree. (Usually collective.) – 1807. 2. as singular. Each of the individual ropes or leather strap mentioned above; in plural = sense 1.

    Sur etymonline.com on retrouve à peu près la même chose :

    trace (n.2)
    « straps or chains by which an animal pulls a vehicle, » c.1300, from earlier collective plural trays, from O.Fr. traiz, pl. of trait « strap for harnessing, act of drawing, » from L. tractus « a drawing, track, » from stem of trahere « to pull, draw » (see tract (1)).
    http://www.etymonline.com/index.php?term=trace

    Nous nous retrouverions ainsi avec les traits d’un cheval de trait par exemple. Cela pourrait faire l’affaire, quand bien même la filiation me semblerait malgré tout un peu tirée par les cheveux, ne voyant pas bien comment un mot somme toute peu utilisé en anglais a pu passer en créole/français. Mais peut-être à l’époque où les transports motorisés n’existaient pas encore le mot anglais trace, dans cette acception, était-il relativement fréquemment utilisé à Maurice et peut-être la tresse (à mesurer) a-t-elle reçu son nom en ce temps-là.

    Par ailleurs, en créole on utilise le mot « tresse » — sous la forme latresse — pour parler des cassettes audio (magnétiques). Ou plutôt on utilisait, à l’imparfait, ces tresses-là ayant disparu, remplacées par les CD et les lecteurs mp3.

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