Demander pour

Aujourd’hui L’Express.mu titre “Air Mauritius : le directeur à Madagascar demande pour quatre gros appareils”.

En septembre 2009 nous avions vu de quelle façon particulière les Mauriciens pouvaient utiliser la préposition par. Faudrait-il consacrer une entrée à pour aussi ?

Mais c’est bien la première fois que j’entends “demander pour”. A se demander s’il ne s’agit pas là d’une traduction mot à mot de “ask for”…

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11 réponses à “Demander pour

  1. Je dirais même plus que c’est une formulation qui vient directement du Kreol : « monn dimann pou 5 zour conzer ».

    Pour aller plus loin on pourrait aussi voir cette manie qu’ont les journalistes Mauriciens de mettre des « à aujourd’hui » dans leurs articles. Une forme venant des deux manières de dire « zordi » et « azordi »?

  2. Est-ce que le Kreol lui-même aurait pu emprunter cette tournure à l’anglais?

  3. Pépé, vous êtes sûr de votre coup là ? Il ne me semble pas avoir vraiment entendu “monn dimann pour…”. “Monn dimann enn minn frir” plutôt que “monn dimann pou enn minn frir”, non ? Pour ma part j’entends surtout (et je dis) “linn dimann sink zour konzé”.

    L’impression que j’ai c’est que la journaliste de L’Express a directement emprunté ce tour-là à l’anglais, et il semble extraordinaire que personne au journal n’ait tiqué devant un tel titre (mis en une de leur site web qui plus est).

    Quant à azordi, pour moi cela provient directement de l’expression française “au jour d’hui” (qui entre parenthèses est un pléonasme en soi, ce qui rend encore plus pléonastique cette expression souvent utilisée par les Français, journalistes compris, “au jour d’aujourd’hui” — expression ayant un mauricianissime pendant : “valeur du jour”). Pour dire “à ce jour” (“à aujourd’hui” ?), je pense surtout à l’expression “zourdizour” (je ne sais s’il convient de l’écrire en plusieurs mots ou pas, mais M. Carpooran l’a peut-être noté).

  4. Ironically, the mysterious hui of aujourd’hui is from Latin HODIE ‘today’, which in turn is a shortening of HOC DIES ‘this day’. So au jour d’aujourd’hui is literally ‘on the day of the day of this day’.

    French often needs to lengthen or even replace a word because it would in the course of nature have become too short to understand. Thus Latin APIS ‘bee’ would have become simply è in spoken French, and so was replaced by abeille < Occitan abelha < Latin APICULU ‘little bee’.

  5. Thus Latin APIS ‘bee’ would have become simply è in spoken French

    I think that ève would have been more likely, since Latin -p- usually ended up as French -v- (eg lupa > louve, ripa > rive, etc). I am not sure if that word is attested in some dialect, but I have read about ée in at least one dialect (sorry, I don’t remember the reference).

    The diminutive form of APIS, a feminine word, was APICULA ‘little bee’, hence the endings -a in Occitan and -e in French. (Compare SOLIS ‘sun’, a masculine word, hence SOLICULU ‘little sun’ > Oc solelh, Fr soleil). (Oc lh = Fr -ill-).

  6. Siganus K. Sutor

    Pépé, en y resongeant il me semble qu’on pourra dire “dimann pour” dans le cas où cette expression est suivie d’un verbe plutôt que d’un nom. Par exemple : “monn dimann pou gaign 3 zour konzé” ou “linn dimann pou amenn so 35 kot so matant”. Qu’en pensez-vous ?

    (Entre parenthèses, L’Express.mu a changé le titre de son article, qui dit maintenant que “le directeur à Madagascar demande quatre gros appareils”. Mais l’URL, lui, garde la trace du passé : http://lexpress.mu/story/17767-air-mauritius-le-directeur-a-madagascar-demande-pour-quatre-gros-appareils.html )

  7. m-l, I can’t remember where I saw this point about APIS becoming a single vowel (and I may have the wrong vowel). I thought it was Peter Rickard’s A History of the French Language, but Google Books says not.

  8. I don’t remember my reference either, but it was in a much older book, in French.

  9. Si mes souvenirs sont exacts il existait en ancien français aussi bien le mot avelhe ou aveille (du diminutif apicula par le provençal abelha ) que l’avette , avec le -p- devenu -v- comme déjà dit par Marie-Lucie.
    Selon le Littré, il a existé en ancien français la forme ée, ainsi que eps en picard. On trouve par ailleurs dans le Godefroy l’entrée é, ée, ei, ey, ef, eep, ex, he, abe, ape pour « mouche à miel, abeille ».
    À consulter ici .

  10. Ils ne manquent pourtant pas de gens capables d’employer des mots savants tels que « diglossie »: http://lexpress.mu/story/17914-de-l-usage-du-francais-au-sein-de-la-presse-mauricienne.html
    Alors, la faute à qui le correcteur?

  11. Torpedo: I love the word « francopolyphonie » in the article that you linked to. It suggests the image of a Renaissance choir singing in multiple languages at the same time.

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