Net

Net.
Adverbe.

Complètement.

Ayo, je ne peux pas faire un pas de plus. Je suis mort net.”

Tu as entendu ce qu’il a dit ? Il est fou net !

Une manif’ monstre devrait marcher dans les rues de Peur-Lui. Remarque, ça peut être rigolo, ce genre d’événement ! Me souviens que pour la première édition, en 2007, des copines et l’animatrice de cette rubrique (autrement dit, moi-même) avaient participé à cette manifestation estudiantine. On suivait un grand troupeau de zétudiants sous la pluie. Mon uniforme était trempé net. Et on criait ‘seul solution révolution’.
(Week-End/Scope, 1er février 2008.)

‘Nou finn fini net. Seki finn fer ek mo madam, li pir ki seki trouve dan film…’ Ces mots proviennent de la bouche d’un homme écrasé, les larmes aux yeux, qui se demande toujours comment une telle horreur a pu être commise envers son épouse.”
(Week-End, 4 mai 2008.)

Tou gouvernma ki vini, zot pou continuer marche lor nou ek fini nou net…”
(Forum, L’express, 30 décembre 2010.)

Depi jeudi, mo ventre pa bon. Mo pe faib net are sa.”
(Week-End, 10 avril 2011.)

Les exemples en créole ci-dessus correspondent exactement au sens que peut avoir le mot en français local :
– “Nou finn fini net” : nous sommes complètement finis.
– “Zot pou fini nou net” : ils vont nous finir complètement (i.e. “nous achever”).
– “Mo pé feb net ar sa” : je suis complètement affaibli à cause de ça.

Cela rejoint en outre la définition que donne Carpooran dans son Diksioner Morisien :

Net (2) adv. Dan enn fason konple, total ouswa extrem. Ou plin drom-la net, apre ou ferm robine-la. ◙ Fr. complètement ; Ang. completely.

Ɲ

En français standard d’aujourd’hui, l’adverbe net possède les sens suivants (Le Petit Robert) :

Net
Adverbe. (milieu XVe ; a net XIIe) D’une façon nette.
1. D’une manière précise, brutale ; tout d’un coup. Cela s’est cassé net. S’arrêter net. La balle l’a tué net.
2. (Vieilli) D’une manière claire, franche ; carrément. Je lui ai dit tout net ce que j’en pensais. => crûment. « On refusait net de pareilles mises » (Céline). => catégoriquement.

L’usage mauricien de net correspondrait à une acception ancienne. Baggioni et Robillard (Île Maurice : Une francophonie paradoxale) évoquent la « conservation d’un usage ancien de “net” (par exemple dans Rabelais) ». Toutefois, une consultation rapide des quatre livres de maître François sur Google Livres ne permet de trouver aucun exemple de “net” utilisé dans le sens de “complètement”. Ce qu’écrivent ces auteurs ne semble donc ni clair ni net.

Il se pourrait par ailleurs que ce mot soit utilisé dans ce sens au Canada aussi. Par exemple (forum Dépotoir.ca, commentaire du 25 novembre 2008, 08:15 PM) :

Les expressions de l’Outaouais sont les meilleures selon moi:
– C’est fou net ! (C’est génial !)

Ce “c’est fou net” ressemble bien trop furieusement à l’expression française “c’est complètement fou” pour que, d’une façon ou d’une autre, net ne soit pas vu là comme équivalent à complètement.

14 réponses à “Net

  1. Le DHLF donne cette précision :
    Net est employé adverbialement (déb. XIIIè s.) avec une valeur intensive, d’abord dans le sens de « tout à fait, complètement », sorti d’usage, puis avec la valeur moderne de « tout à coup, brusquement »( 1530), parfois renforcé en tout net .

    Le DHLF ne cite pas d’exemples qu’il faut aller chercher sur le DMF:
    « Entièrement, complètement »
    – Plus net. « Plus entièrement, plus parfaitement » : Ilz sont (…) Treize portans chappeaulx rouges Qui tiennent l’estat, sans mensonges, Plus curieux que roys du monde, Plus net servy (BOUVET, Appar. Meun A., 1398, 39).
    – Si net que… « Si complètement que » : …car sy net estoit le noble sang destruit que… (Percef. IV, R., c.1450 [c.1340],

  2. Siganus Sutor

    Leveto, encore une fois merci pour vos appréciables (et appréciées) recherches. Il semblerait donc qu’il y a plusieurs siècles de cela net pouvait effectivement avoir le sens d’entièrement, de complètement. Toutefois, je ne peux m’empêcher de trouver un peu tiré par les cheveux d’aller chercher dans le français médiéval les origines d’une des acceptions mauriciennes*. Il ne faut pas oublier que les premiers colons français sont arrivés à l’Ile de France au cours des années 1720/1730. Je n’imagine pas qu’on parlait encore le moyen français en France à cette époque-là. Mais peut-être ce sens-là s’était-il conservé dans une région particulière, une région loin de l’influence de la capitale et de ses usages mais qui a indirectement pu influencer le parler d’une île lointaine ?

    * A Maurice net ne veut pas toujours dire complètement. En tant qu’adjectif il peut signifier clair, sans flou, sans ambiguïté et en tant qu’adverbe il peut éventuellement signifier brusquement, soudainement, bien qu’à mon avis le sens de complètement l’emporte de façon assez nette.

  3. The adjective net, originally ‘clean, pure’, is used in most of the languages of Europe, it seems. Its origin is Latin nitidus ‘bright, shining, polished, glossy’, and it appears in Italian as netto and in Spanish as both nidio (native) and netto (from French or Italian). The word was also borrowed from French by English, Dutch, German, Danish, and Swedish.

    Its most common meaning in English today is « exclusive of deductions », as in net profit, net wages. However, it can also mean « final, conclusive », as in net effect, net result. The American slang adverb net-net means something like ‘Taking all factors into account, the final result is …’.

  4. Siganus Sutor

    John, with the meaning of ‘clean, pure’, don’t you have the adjective neat in English? This one might have the same origin as net, which would mean that French adjective net was borrowed at least twice in English.

    I have also seen the English word spelt nett, with two tees, which to my eyes looks somewhat awkward. Not as neat as net, it can be seen as being a bit gross — or gros maybe, almost like in a gros mot.

  5. Une expression que j’ai apprise ici est « pas net » au sujet d’une personne. Le sens peut être que la personne est louche, mais aussi qu’elle n’est pas bien suite à l’ingestion de quelque boisson ou fumée, ou encore de certains champignons. Dans certains cas la personne est faite net.

  6. Siganus, vous avez tout à fait raison en ce qui concerne neat (de « net » = ‘propre, etc’, probablement sout la forme féminine ancienne « nete ») et net ‘sans rien de superflu’ comme dans ‘poids net’ (= sans compter le poids du contenant). Les deux sens ont évolué séparément en anglais.

    Je ne me rappelle pas avoir vu « nett » en anglais – en allemand, oui.

  7. >John Cowan
    A slight correction: in Spanish there are “nidio”, that thanks to you I’ve known (it’s a regionalism), and “neto”, with only a “t”.

  8. English neat and net were already distinct in (Anglo-)Normand from which they were borrowed, the one being spelled neet, neit and the other net. The OED shows a truly vast number of senses and subsenses for neat. Excluding the obsolete, the archaic, the rare, and the regional, we find: (of buildings) ‘elegant, well-proportioned’, (of people) ‘attractive’, (of people) ‘finely dressed’, (of people or their clothing) ‘smart, unadorned’, (of language) ‘brief and to the point’, (of actions) ‘skillfully executed’, (of persons) ‘clean, tidy’, (of things) ‘in working order, in repair’, (of situations) ‘excellent’, (of things) ‘clean’, (of alcohol or liquids generally) ‘undiluted, unadulterated’, (of mortar) ‘free of sand’.

  9. Siganus Sutor

    A neat mortar would be a mortar free of sand? I wonder how can anybody make mortar without sand as mortar is generally a mixture of sand and bonding agent (cement, lime, etc.) and water.

  10. Allez, je vous le donne tout net et de bon cœur ce lien , avec des exemples nets et sans bavures :
    http://francois.gannaz.free.fr/Littre/xmlittre.php?requete=net&submit=Rechercher

  11. The OED was a little misleading: apparently the term is neat cement, meaning a mixture of cement (either Portland or otherwise) with water but without sand or other binders. It is stronger in tension than either ordinary mortar or unreinforced concrete, but also more brittle and so more likely to crack if the ground shifts.

  12. Vivant tout près de l’Outaouais je confirme l’existence d’expressions de type « fou net » ici: toutefois ailleurs au Québec ce sens de « net » semble être en train de se perdre. Il existe par contre une expression adverbiale, « net, fret, sec », (le ‘t’ de « fret », une variante de « froid », se prononce) qui signifie « d’un coup, de façon abrupte » et qui, elle, est bien vivante.

  13. Siganus Sutor

    Étienne, il est étonnant de voir à quel point il peut exister des expressions communes entre deux lieux aussi éloignés que le Canada et Maurice. (Cela m’a beaucoup amusé, au Québec, alors qu’on jouait au bowling (quilles), d’entendre parler de dalot pour mentionner le canal bordant chaque côté de la piste.) Si net vous semble en train de se perdre chez vous, ici il est toujours bien vivant. Quant à ce sec que vous mentionnez, nous l’avons ici aussi, mais il sert plutôt à marquer le moment où un but a été atteint (“Sec !” ou “il l’a baisé* un seul coup sec”). Il me revient en tête qu’il y aurait aussi l’expression “mort sec”, qui serait d’ailleurs à rapprocher de “mort net”, ou de “fini net” mentionné dans le billet lui-même, qui signifie que soit on est totalement épuisé soit qu’on s’est fait battre (par exemple à un jeu, aux échecs, aux cartes, etc.)

    * mot n’ayant pas de connotation sexuelle à Maurice, sauf si on tend à le rapprocher du sens français

    Ϣ

    John, that “neat cement” looks fairly similar to “lakrem siman” that was mentioned in July, i.e. to grout.

  14. Siganus: ce sont ces ressemblances qui m’ont poussé à laisser mon premier commentaire ici. C’est un cas classique de ce qu’on appelle le conservatisme des aires latérales: Mars et le Canada ayant été colonisés de la France à la même époque, pour ensuite tous les deux se voir coupés de la France (merci, messieurs les britanniques), nombre de mots et formes qui par la suite se sont perdus en France se sont conservés sur Mars comme au Canada francophone.

    Il va sans dire que les deux sociétés ont bien sûr chacune innové de son côté (tout ce qui porte sur la faune et la flore, par exemple, qui pour d’évidentes raisons géographiques n’auront rien en commun): mais le point essentiel c’est que le point de départ linguistique, dans les deux cas, était en gros le même: d’où les ressemblances encore visibles aujourd’hui. Le fait que les deux sociétés se situent presque littéralement aux antipodes l’une de l’autre exclut une influence directe entre elles, de sorte que les ressemblances (« net », « sec », « soulier »…) sont nécessairement des survivances d’un état ancien: le français du dix-septième siècle.

    Un mot sur « dalot »: le suffixe « ot » étant, en français, une forme empruntée de l’est de la France, alors que « dalle », mot d’origine scandinave, provient de l’ouest, il est tout à fait certain que la forme « dalot » n’a pu se créer que suite à la diffusion du mot « dalle » de l’ouest au centre de la France.

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