Goni

Goni.
Nom masculin.

Grand sac de facture grossière confectionné à l’aide de fibres d’agavacées (“aloès”) ou de jute. Parfois la toile elle-même.

Le cyclone de 1829 ayant endommagé les feuilles de vacoas qui servaient à faire des sacs d’emballage, il fut recommandé d’emballer le sucre dans un ‘goni’ (sac de jute) enveloppé dans un seul sac de vacoas, deux sacs étaient généralement employés auparavant.”
(Rouillard & Guého, Les Plantes et leur histoire à l’île Maurice, page 634.)

Les sacs de jute dit ‘gunny’ ou ‘gouni’ étaient reçus de l’Inde mais, à la suite de troubles dans ce pays, l’approvisionnement était devenu difficile et la quantité de sacs produits localement avec la fibre d’aloès était insuffisante.”
(Op. cit., page 119.)

Judex Félicité coupe environ 500 feuilles de vacoas pour le travail de la journée. Les feuilles sont récoltées vertes, fendues et raclées puis mises à tremper dans un « goni » pour les assouplir.”
(Week-End, 16 novembre 2008.)

Des centaines d’images qui témoignent de notre passé, une locomotive qui se met en route, un vrai chaland avec ses goni de sucre et même un dessin animé pour les enfants !
(L’Express, 16 juillet 2005.)

A ce jour, seulement deux personnes condamnées à mort depuis 1968, ont été exécutées. Le premier est Louis Leopold Myrtille. Il avait assassiné Julien Sarah le 2 décembre 1979 à Camp de Masque Pavé avec une arme blanche. Sous la menace d’un sabre, il avait contraint un dénommé François Brulecoeur à dissimuler le corps dans un sac dit goni. Il fut traduit en Cour d’assisses sous une accusation d’assassinat. Il fut exécuté par pendaison.”
(Le Matinal, 1er mars 2010.)

Notre interlocuteur nous raconte qu’il avait dû mettre fin à ses études au collège Stratford de Port-Louis après la Form III. Suite aux conseils de son père qui achetait des sacs en jute (goni) et les revendait à la compagnie Siesta Mattress, de la rue Volcy Pougnet à Port-Louis, il allait faire ses premières armes dans le monde du travail.”
(Star du dimanche 12 Juin 2011.)

Marchands goni (collectors of gunny sacks) have disappeared from the Mauritian folklore.”
(Le Mauricien, 22 juillet 2011.)

En usage, le moulin était disposé sur un « goni » en sisal pour récolter la farine de maïs. On imprimait une rotation régulière au disque supérieure en introduisant les grains de maïs par la « gueule ».”
(Site SOS Patrimoine en péril, 12 octobre 2010.)

Comparaison certes, mais la couleur reste bien locale : retranscription des dialogues dans la langue originale qu’est le créole mauricien, utilisation des termes propres à la culture d’ici, comme goni, pagla, sirdar…
(L’Express, 14 février 2005.)

Tout ce dont dispose l’éleveur du dimanche est un «drum rouillé rempli d’eau bouillante» dans lequel il plongera les volatiles tués un à un avant de les déplumer. Ils seront ensuite coupés en morceaux pour être vendus. «La couleur de cette eau est indescriptible. Souvent les poulets découpés sont transportés dans un sac en goni», affirme M. Naseeven.”
(L’Express, 11 avril 2004.)

Dans les familles vivant dans des maisons précaires, sans aménités et électricité, enfants et adultes doivent faire face au froid avec peu de moyens, parfois des plus basiques. Faute de couverture, Marie-Claire, mère qui élève seule ses deux enfants, a cousu du goni entre deux draps pour que ces derniers puissent se couvrir le soir quand ils dorment sur leur lit de fortune.”
(Le Mauricien, 21 août 2011.)

Γ

Le mot goni vient du hindi, qui l’a lui-même emprunté au sanskrit, langue dans laquelle il signifiait “sac”.

Par ailleurs, un informateur bien intentionné nous a récemment envoyé un sms de Madagascar, là où, venait-il de découvrir, il existe le mot gony, prononcé “goun”, pour parler d’un sac fait de fibre grossière.

 

 
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Mai 2012.

Au Soudan du Sud, au camp de réfugiés de Yida… (BBC) :

Goni_au_Soudan_du_Sud

 

 

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Mise à jour du 28 juillet 2013.

Sur la page Facebook « Vintage Mauritius« , partagé par Michel Langlois :

"Quatre Bornes - L'Usine a Sac - also known as 'L'Izine Gouni' - 1950s"

« Quatre Bornes – L’Usine a Sac – also known as ‘L’Izine Gouni’ – 1950s »

 

 

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Mise à jour du 31 mai 2014.

Une photo de Sophie Cayeux montrant la fibre d’agave en train de sécher au soleil des années 60, fibre devant être ultérieurement utilisée pour fabriquer des gonis :

Post by Sophie Cayeux writes.

15 réponses à “Goni

  1. Ah, la bonne vieille toile de jute.

  2. marie-lucie

    C’est donc du même mot hindi que vient l’anglais gunny sack. Je n’ai jamais su exactement ce que c’était, mais il ne m’est jamais venu à l’idée que gunny désignait la fibre. Par exemple, ici on vend des sacs de riz venant de l’Inde, de tailles diverses mais faits en tissus grossiers de fibres que je ne connais pas, avec justement un autre sac (en coton) à l’intérieur. Certains de ces sacs sont de couleur brune, à peu près comme vos deux dernières photos, d’autres sont en une autre sorte de fibre, plus fine (et plate), presque blanche et un peu brillante.

  3. Siganus Sutor

    Pépé, les gonis purement mauriciens ne sont (n’étaient) pas en jute, mais en fibre d’“aloès” (en réalité des agaves, les plantes du genre Aloe ne comportant guère de fibres susceptibles d’être filées). Le jute — du bengali jhuto, lui-même du sanskrit juta, tresse de cheveux, natte — provient de l’écorce d’une plante essentiellement cultivée en Inde et au Bangladesh, le corchorus. Mais il est vrai que, d’une façon générique, on tend à utiliser le mot jute pour toute toile faite de grosses fibres végétales brunâtres.

    Marie-Lucie, étymologiquement gunny sack serait un pléonasme, le mot gunny comportant déjà l’idée de sac. (Mais je pinaille là…) Pour ce qui est de vos sacs de riz indien vendus au Canada, il est probable qu’ils ne sont pas vendus en gros (disons en balles* de 25 ou 50 kg) et que pour leur donner un aspect moins grossier on ait introduit un sac en coton plus fin à l’intérieur du sac de jute. Par ailleurs, si la facture du sac extérieur est par trop grossière, on risque de perdre des grains de riz entre les fibres, notamment dans les coins, ou le long des coutures, d’où l’utilité du sac intérieur. Emballer des produits granulaires fins dans deux sacs est courant (voir le premier exemple d’utilisation dans le billet, où il est question d’un sac de vacoas (pandanus) enveloppant un sac de jute).

     

    * Je ne suis pas certain que le mot balle soit couramment utilisé en France pour parler de gros sacs servant à emballer des marchandises. Ici on entend fréquemment parler d’une “balle de riz”, d’une “balle de sucre” ou d’une “balle de lentilles”.

  4. Ma grd mère disait GOONEE…Il y avait l usine a sac a 4 Bornes…
    Ces sacs étaient si beaux comparés a ceux qui sont en plastique de nos jours…
    Il faudra faire un musée du sac de gony…matière noble .IL reste a la grd Rivière des vestiges de l endroit ou l on faisait sécher les lignes de feuilles d aloés…

  5. Siganus Sutor

    Ma grand-mère disait GOONEE…

    Alsace, il est possible qu’il s’agisse là d’une prononciation ancienne (cf. le gouni du 2e exemple dans le billet), ce qui pourrait expliquer pourquoi à Madagascar on dit “goon”, le mot ayant possiblement été emprunté au parler mauricien ou réunionnais. (Vers quelle année votre grand-mère disait-elle goonee ?)

    A partir de là, je me prends à me demander si le mot goon utilisé parfois pour parler de quelqu’un habillé n’importe comment ne pourrait pas provenir de ces goun(i)-là. Qu’en pensez-vous ?

  6. Quand je disais « gouni », on me reprenait: « parle bien, dis goni ». Comme j’étais un peu félonn, je m’amusais parfois à dire exprès « bwar dilo » ou « bal douri ». Avant d’hériter de ce magnifique surnom, j’en ai eu un autre qui était « gro bal douri ». Je pense que c’était du riz ration et non pas du basmati, car celui-ci caractériserait plutôt quelqu’un de grand, mince et élancé.

    A propos de rationnement, mon père m’avait expliqué qu’au sortir de la guerre, bien des choses étaient rationnées sur Mars et que pour pouvoir en acheter il fallait avoir des « bons de rationnement », ou des rasions tout court, tout comme ça s’était passé dans les années 70. Il me racontait ensuite cette blague du responsable politique qui, après des doléances du public qui réclamaient plus de bons, leur avait dit à un meeting: « zott ti anvi gagn bon, mo pou fer zott gagn bon ». C’était pas DSK du FMI. Blague ou pas ? pa konné.

  7. J’allais y venir mais Zippo m’a devancé. Pour moi, la prononciation aurait plus été « gouni », tout comme l’utilisation de « baldouri » pour dire « sac gouni ». Pour la petite histoire, ma femme adorant manger des avocats (le fruit bien sûr) a découvert avec stupéfaction notre recette Martienne de mettre quelques avocats verts dans un « baldouri » (de préférence pleine de riz) et d’attendre quelques jours pour les déguster mûrs.

  8. Ha ha la fameuse recette du riz pour les avocats (le fruit bien sûr :-)). Pépé, je crois que j’ai compris la vraie raison de pourquoi ça marche. Certains fruits comme la banane ou l’avocat se mettent à mûrir en présence de l’acetylène (produit par le fruit lui-même). Ce serait pour cette raison que les producteurs de bananes les font transporter dans des sacs perforés, et non pas fermés, sinon les bananes mûriraient avant d’arriver à destination. Comment faire mûrir les avocats alors ? En les mettant dans un endroit clos. Or à l’époque quand on achetait du riz en quantité, on le mettait dans un endroit clos (à cause des bestioles), un drum recouvert chez moi, un baldouri chez toi. En fait c’est pas le riz qui ferait mûrir les avocats, mais le fait qu’ils soient dans cet endroit clos où s’accumule l’acéthylène. Qu’en penses-tu ? Je t’avoue que je n’ai pas essayé de prouver cela en mettant les avocats ailleurs que dans le drum. Je me rappelle qu’une année on a eu un cyclone et une centaine d’avocats étaient tombés de notre avocatier. J’ai récupéré ceux qui n’avaient pas éclaté pour pouvoir en profiter et les ai entassés au garage mais pas dans le drum de riz. En 3 jours ils ont été mûrs (l’entassement, le garage clos, la chaleur et l’humidité y ont proablement contribué); il a fallu tout jeter car c’est difficile de manger une quinzaine d’avocats en ce temps record, memm fors forsé.

  9. marie-lucie

    Siganus, c’est bien du riz basmati indien que j’achète dans ces sacs.

    Personnellement, je ne dirais pas « balle » pour une sorte de sac contenant des grains ou autres objets très petits. J’associe « balle » avec le coton, qui (à ma connaissance) est enveloppé dans un grand morceau de tissu attaché avec des ficelles, plutôt que mis dans un sac. On ne pourrait pas envelopper le riz car les grains s’échapperaient, il faut un sac entièrement fermé.

    À propos des avocats (fruits):
    Merci, Gro Zippo, pour votre truc pour faire mûrir les avocats. Mon problème est l’inverse: j’aime beaucoup les avocats, mais ils ne poussent évidemment pas au Canada. On en trouve quand même dans la plupart des magasins d’alimentation, mais j’ai l’impression qu’en général la direction de ces magasins ne sait pas comment traiter les avocats pour qu’ils ne mûrissent pas trop vite. Je veux bien acheter des avocats encore durs et les laisser mûrir chez moi pendant quelques jours, mais je trouve lamentable de trouver parfois des étalages d’avocats parmi lesquels la moitié ou même plus sont beaucoup trop mûrs pour être mangeables – tout juste bons à mettre en pot pour en faire des plantes vertes. On ne verrait jamais dans ces magasins des étalages de pommes ou de poires pourries, pourquoi donc des avocats pourris, cependant vendus au prix fort?

  10. Peut-être que le bal martien vient d’une contraction du mot « ballot » et non pas de « balle » ? Mais ça doit pas changer grand-chose puisque mon dico donne « paquet de marchandises » dans les 2 cas.

    Pour les avocats, il se peut que les transporteurs n’aient pas compris le « truc » qu’utilisent les producteurs de bananes, à savoir des emballages aérés, et emballent trop les avocats pendant le transport ?

    Ce qui m’avait étonné ici, c’est que les Français (du moins ceux que j’ai connus dans cette région) mangent les avocats en entrée avec une vinaigrette. Je les étonne aussi quand je dis que je les mange « nature » ou avec du sucre. Il est vrai que pour les manger « nature », il faut qu’il soit à point; presque cueilli de l’arbre. Je les étonne encore plus quand je leur dis que les Martiens (je peux m’avancer pour tous?) mangent de l’ananas avec du piment. J’arrête, je salive trop🙂

  11. marie-lucie

    Merci pour le truc, j’essaierai de me renseigner sur les conditions de transport des avocats (dont la plupart, ici, viennent du Mexique). Etant donné le prix, qui m’empêche d’en acheter plus souvent, ce serait à l’avantage de tout le monde d’éviter le gaspillage actuel.

    En France, on considère l’avocat comme légume-salade, comme par exemple les radis ou les tomates. Personnellement, je mange l’avocat tel quel, à la cuillère, une moitié d’avocat servant à la fois de contenant et de contenu. Il ne me serait pas venu à l’esprit d’y mettre du sucre, mais il a sans doute un autre goût lorsqu’il a mûri sur l’arbre. Le piment sur l’ananas, ça me paraît moins bizarre que le sucre sur l’avocat!.

  12. Oh, GT had a good old time trashing this conversation for me. Of course I knew exactly what was going on, but it’s still funny:

    « I love lawyers, but they do not naturally grow in Canada. We find nevertheless in most grocery stores, but I feel that in general the direction of these stores do not know how to deal with lawyers so that they do not ripen too fast. I am willing to buy lawyers still hard and allowed to ripen at home for a few days, but I find it appalling to find lawyers sometimes stalls including half or more are too ripe to be edible – fit only to be potted into green plants. We would never see in stores these displays of rotten apples or pears, why lawyers could, however, sold at full price? »

  13. marie-lucie

    Priceless, JC!

    I remember a translator being interviewed on Canadian radio about the perils and pirfalls of translation: she mentioned having run into « lawyer cream » (a facial cream made in France).

  14. In Dutch there is a triple pun: advokaat is the fruit, the lawyer, and the liqueur made from brandy, eggs, and cream. It can also be spelled advocaat in this third meaning.

    « In Flanders, they spell the word for ‘culture’ kultuur so as not to be too French, whereas in the Netherlands they spell it cultuur so as not to be too German. »

  15. marie-lucie

    brandy, eggs and cream

    JC, is this egg nog?

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