Canette

Canette.
Nom féminin.

Bille.

Canettes variées

Le mot canettes pour parler des billes pourrait provenir d’un usage régional français. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-1873), a plusieurs entrées pour ce mot, et à la première d’entre elles il donne quatre définitions. La quatrième est la suivante :

(ka-nè-t’) substantif féminin
(…)
Nom, dans quelques provinces, de la bille dont les enfants se servent pour jouer. XVe s.

Dans Le Parler normand, mots et expressions du terroir, Patrice Brasseur a en effet une entrée pour canette signifiant bille.

Le parler normand (Seuil)      (Toutes les photos sont cliquables.)

A la page 44 on apprend que dans l’Orne, le sud-est du Calvados et le sud de l’Eure le mot canette est employé pour parler de la bille pour les jeux des enfants :

Canette -- Parler normand

Cependant, le genre donné par l’auteur est à l’opposé de celui mentionné par littré, lequel est le même que celui utilisé à Maurice (une canette) — à se demander s’il ne s’agit pas là d’une erreur typographique. Il serait sans doute nécessaire de demander à des Normands utilisant (ou ayant utilisé) ce mot pour parler de billes s’ils disent (ou ont dit) « un canette ». Je ne suis pas linguiste, mais j’imagine que si les mots peuvent se transformer au fil du temps, il leur arrive bien plus difficilement de changer de genre. (Peut-être Marie-Lucie ou quelqu’un d’autre pourrait nous en dire davantage à ce sujet.)

Littré, toujours lui, dit encore ceci :

Bourguig. caner, jouer sa bille, sa canette.

(“Bourguig. » pourrait ici être l’abréviation de « bourguignon ».) Mais cela n’explique guère comment on est passé de la canette  signifiant petite cane, ou bobine de fil d’un métier à tisser ou d’une machine à coudre, ou encore bouteille de bière, à la bille. La façon qu’a eue Littré de regrouper ses définitions suggère que le mot utilisé pour parler de la bille proviendrait de l’animal. A titre indicatif, dans d’autres parties de la Normandie on parle d’une canique (voir plus haut, photo de la page 45).

A Maurice, comme dans d’autres pays j’imagine, il existe des noms spécifiques pour parler des différentes variétés de billes. Du temps que je traînais dans la cour de récréation canette en main (ou dans la poche), nous avions les « ordinaires », transparentes avec trois couleurs torsadées à l’intérieur, les « palais ourite », en porcelaine opaque blanche et un motif torsadé tricolore en surface, les « palais dilo », entièrement transparents (sans aucun motif), colorés (vert, bleu) ou pas, les « palais de terre » qui étaient des billes en terre cuite, ou les « palais de fer » qui n’étaient que des billes de gros roulements à billes reconverties. Il est à noter que les billes de roulements à billes n’étaient jamais appelées « canettes ». Les canettes ne servaient qu’à jouer.

Des "ordinaires".

Des "ordinaires", ou "locales".

Il y a quelques temps de cela, j’ai appris de la bouche d’une fillette d’une dizaine d’années qu’aujourd’hui les enfants appelaient « locales » les canettes que nous nous appelions « ordinaires ». En pensant à « local » en tant que mauricianisme (voir la liste), j’ai été obligé de sourire.

Des "palais ourite".

Des "palais ourite", ou "perroquets".

Il paraît qu’aujourd’hui les palais ourite s’appellent des « perroquets ». O tempora…

Un "palais dilo" de nouvelle génération (plus nacré que les nôtres).

Un "palais dilo" de nouvelle génération (plus nacré que les nôtres).

Je suppose que le mot « palais » devrait lui aussi être mis dans la liste de mauricianisme, même si semble-t-il il n’est plus guère utilisé aujourd’hui. J’ai toutefois un doute quant à la graphie que j’aurais dû adopter : palais (palace en anglais) ou palet (puck ou quoit en anglais) ? Il s’agit pour une large part de ce qu’en français on appellerait un calot, si je me souviens bien de mes lectures, c’est-à-dire une bille sortant quelque peu de l’ordinaire, généralement de plus grosse taille que les autres (voir les deux plus gros palais ourite sur la première photo de cette page).

Je me rappelle deux jeux de billes, un peu trop vaguement hélas. Il y avait la « poursuite », qui comme son nom l’indique n’était qu’une poursuite, le perdant étant celui qui était touché le premier, et il y avait le « triangle ».

Le triangle, lui,  pouvait se jouer à plus de deux, si j’ai bonne mémoire, chacun mettant une ou plusieurs billes dans un triangle tracé sur le sol et lançant une autre bille vers une ligne située à une certaine distance du triangle. Celui qui arrivait le plus près de la ligne commençait. Il se mettait derrière la ligne et essayait de sortir des billes du triangle ou à s’approcher de ce dernier en lançant sa propre bille à jouer. Les autres faisaient de même. Après le premier lancer, chacun jouait à tour de rôle, au ras du sol, en poussant sa bille a jouer avec le pouce après avoir avancé d’un empan. Chaque bille qu’on avait sorti du triangle devenait la sienne. Mais je ne me souviens plus de ce qui se passait lorsque sa bille à jouer restait dans le triangle. Perdait-on son tour ? Fallait-il repartir derrière la ligne ? Une âme charitable ayant moins perdu la mémoire que moi pourrait-elle m’aider à la retrouver ?

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21 réponses à “Canette

  1. What you call ‘ordinaires’ or ‘locales’ we called ‘cat’s-eyes’ in Victoria, B, C. in the forties. I have since read and heard it more generally in North America, but not in some time (I’ve doubltless been in the wrong crowds). As far as I remember, it was the only marble distinquished by it’s own name, by my knowledge probably was and is limited.
    Just thought the name ‘cat’s-eye’ might intrigue you.

  2. Siganusk

    What I know as « cat’s-eyes » (yeux-de-chat) are the reflectors that are embedded in the asphalt along the roads and that shine when lit by the cars’ headlights. They act as a guide but they are a bit painful when you drive over them because they stick out above the surface and it then makes an unpleasant katak-katak-katak noise.

    I am quite surprised to learn that you didn’t have specific names for the different types of marbles. When I listen to children here they seem to have an extraordinary range of names for their marbles. From ‘strongest’ to ‘weakest’ you have: twister, tourbillonne, rêve, écaille, feu, diable, soleil, tomate, chewing-gum, fantôme, bille mammouth, ciel, pétrole, araignée, mousse, suisse, perroquet, locale. We didn’t have half of that, but we did have a few names. (Today they indeed have a huge variety of marbles, some of them absolutely beautiful.)

  3. By the way, the other day my wife asked me why cats’ eyes (real cats and real eyes) shined like that when facing a beam of light. I started to say something about reflection on the retina, than I stopped because I didn’t really know…

  4. A. J. P. Crown

    Cats’ eyes shine in the dark due to the presence of a light-reflecting surface called the tapetum lucidum. The tapetum lucidum, located behind the retina, is composed of fifteen layers of special glittering cells of the substance guanine.

    The tapetum lucidum reflects any light that is not absorbed as light passes through the retina of the eye. The reflection by the tapetum lucidum allows the retina to absorb extra light, which aids the cat’s night vision. Another consequence of the tapetum lucidum is that it causes the cat’s eyes to shine in dim light, when the light hits the eyes at certain angles.

    A cat’s shining eyes usually appear greenish or golden. The eyes of the Siamese cat reflect a luminous ruby red.

    Sources: « Biological Coloration: Visual Functions. » Encyclopaedia Britannica CD 97; McNulty, Faith. Wholly Cats, p. 17;

  5. A. J. P. Crown

    Guanine.

    Victoria Beckham – who is said to have struggled with acne since her teens – reportedly uses the secret ingredient (nightingale droppings containing guanine) has done the popularity of the bizarre practice no harm.

    According to Closer magazine, when Posh, 34, was in Japan recently, she admired the clarity of the women’s skin and learnt that it was thanks to the (nightingale) droppings, which contain an enzyme called guanine that leaves the skin clean, smooth and supple.

  6. We in Anglophonia certainly do have names for specific marble types: Wikipedia lists quite a few, and I dimly remember from childhood that there were others not shown there, though I can’t name any. I must say, though, that the Viagra type is new to me!

    Taw, which has many equivalents, is probably the most usual name for the large « shooter » marble, though WP says it can be applied to any large marble.

  7. Siganusk

    AJP: The tapetum lucidum, located behind the retina, is composed of fifteen layers of special glittering cells of the substance guanine.

    It looks as if the eyeshine due to hexagonal guanine crystals are found among rays and sharks. Catfishes (or rabbitfishes) aren’t mentioned in this case. But in the Wiki article about tapetum lucidum (Latin « bright tapestry »), there is the photo of a very weird cat:

    Goats’ eyeshine — probably known as “TV” — is apparently due to « an array of extracellular fibres ».

    Iakon: What you call ‘ordinaires’ or ‘locales’ we called ‘cat’s-eyes’ in Victoria, B, C. in the forties.

    I was wrong. I met an old school friend yesterday and though he didn’t remember the rules of the game he reminded me that the ‘ordinaires’ were not like the ones I showed in the post. The ‘ordinaires’ were like these ‘locales’, as they are called now, but with just one colour instead of three. (I mostly remember blue and red ones.) I can’t remember how we called those with 3 colours. « And, said my friend, nobody wanted the ordinaires. »

    John: We in Anglophonia certainly do have names for specific marble types

    Ouf ! But I’d be a bit baffled too to give any viagra to children. I know times are changing, fair enough, but still… The French version of the Wiki article you linked to says that “Les billes plates sont appelées « billes chinoises » : elles se présentent en fait comme une sorte de palet.” And indeed some children showed me “Chinese” marbles during the weekend (they called them chinoises), and they were flat. I don’t know what they are good for.

    Taw, which has many equivalents, is probably the most usual name for the large “shooter” marble, though WP says it can be applied to any large marble.

    I suppose that’s what the French would call un calot and what I think we used to call un palet (if my memory serves me right, because most people I asked couldn’t remember, and the word doesn’t seem to be used by children any more). In fact I am wondering whether these names are not very short-lived and localised.

  8. A. J. P. Crown

    Thanks, I’ve sent that cat picture to my daughter. I’m collecting nightingale droppings so I can glow in the dark.

  9. Siganusk

    Mais, cher Arthur, vous brillez toujours, de jour comme de nuit.*

    Quant à moi, je vous souhaite une bonne nuit… sans avoir à compter les cabris.

    – – – – – – – – –

    * In English I could have said that you were always bright, day and night, but briller is litterally « to shine », also with the meaning « to be outstanding ». Crazy diamond.

  10. A Bruxelles, on parle de cartache ou d’araignée…

    D’ailleurs un cartache, c’est aussi un très gros bijou blinquant.

    P.S. Dites, Siganus, si je veux comparer vos mauricianismes à des belgicismes, sous quelle rubrique dois-je commenter ?

    (Dites, Siganus, où doit-on ranger

  11. Siganusk

    Aquinze, à terme il devrait y avoir une note par mot. Chaque mot devrait donc être l’objet d’une discussion au cours de laquelle tous les aspects de la chose pourront être abordés, y compris les équivalents dans d’autres langues ou dans d’autres variétés de français. Cependant, il est manifeste que ce n’est pas demain la veille que j’aurai fini tout cela, surtout en ce moment.

    En attendant je pense qu’il est possible de le mettre dans la page des belgicismes, là :
    https://mauricianismes.wordpress.com/autres-ismes/belgicismes/
    Comme il est possible de donner un lien directement vers un commentaire donné, il sera possible de rediriger la discussion vers tel ou tel post le temps venu. Cela pourrait même être à l’origine d’une note, alors ne vous retenez pas.

    Sinon, pour en revenir aux billes, aux billes belges, elles sont comment, les cartaches et les araignées ?

  12. Un cartache, c’est incontestablement un calot. Une araignée, je ne sais pas exactement.

  13. marie-lucie

    « le canette »:

    à se demander s’il ne s’agit pas là d’une erreur typographique.

    – Je crois que oui. Si le mot venait de la rive Sud de la Loire, où la prononciations rurale conserve le « t » à la fin des mots, ce mot pourrais être « le canet », pronouncé comme « le canette », mais il paraît être trop au Nord pour cette prononciation (à moins bien sûr que je ne me trompe).

    Je ne suis pas linguiste, mais j’imagine que si les mots peuvent se transformer au fil du temps, il leur arrive bien plus difficilement de changer de genre.

    – Vous avez raison, à moins que la forme ou le son du mot ne suggère le genre opposé, ou au moins ne rende le genre difficile à identifier, comme pour l’exemple ci-dessus.

    Littré, toujours lui, dit encore ceci :

    Bourguig. caner, jouer sa bille, sa canette.

    (“Bourguig.” pourrait ici être l’abréviation de “bourguignon”.)

    – Oui.

    Mais cela n’explique guère comment on est passé de la canette signifiant petite cane, ou bobine de fil d’un métier à tisser ou d’une machine à coudre, ou encore bouteille de bière, à la bille.

    Cette évolution n’a pas forcément été linéaire comme vous semblez le suggérer. D’autre part, il semble y avoir (eu) confusion entre la cane = ‘canard femelle’ et la canne, qui a (eu) deux significations irréductibles l’une à l’autre, ‘grande tige’, et ‘récipient’ (d’où cannette de bière – orthographe traditionnelle). Il se peut que la canette ‘bille pour jouer’ ait encore une autre origine, étant donner que le mot et le verb apparenté caner » ne sont attestés avec ce contexte de signification que dans une seule région de France.

    palais ou palet

    Bien qu’un palet soit en général quelque chose de plat, il me semble que ce mot convient mieux à une sorte de bille que palais, à cause de l’usage qui en est fait dans tous ces jeux.

    Je ne connais pas de mots particuliers aux types de billes (sauf une agate) ou aux jeux de billes: dans mon enfance, les billes étaient strictement l’apanage des garçons.

  14. De mon temps aussi les filles ne jouaient guère aux billes, du moins pour autant que je m’en souvienne. Mais depuis la rédaction de cette note la personne qui a le mieux su me parler des canettes et du jeu de triangle est une « fille » (elle a maintenant des cheveux gris, qui lui vont assez bien ma foi). De ce que je comprends, c’était une joueuse passionnée, et cela lui est resté.

    Pour ce qui est du palais vs palet, le palet qu’on lance collerait probablement mieux avec l’usage que l’on peut faire d’une bille, mais quelque chose en moi me dit que ça pourrait aussi être palais, c’est-à-dire quelque chose qui brille, là où le rutilement est de rigueur, là où les perles se succèdent les unes les autres. Quelque part j’imagine cela comme un palais de Chine… (Peut-être tout simplement parce qu’il existe un bonbon chinois appelé « bonbon canette », le cerveau faisant certaines associations dont nous sommes parfois les innocentes victimes.)

  15. Notre mot «canica» (bille) est tiré, selon le dico de l’Académie, du mot du français dialectal «canique». Ce dernier je viens de le trouver dans ce lien, avec la même signification :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ais_Cadien_de_la_Paroisse_Terrebonne
    Rien à voir?

  16. Jesús, dans un livre intitulé Le parler Dolois, étude et glossaire des patois comparés de l’arrondissement de Saint-Malo on trouve un parallèle intéressant entre canette et canique, deux termes donnés comme équivalents à bille, à quelques nuances près. Je sais qu’on dit « Las Malvinas » plutôt que « Falklands » en espagnol, mais vous avez eu des Malouins chez vous aussi, en « métropole » ?

  17. Après avoir écrit mon dernier com, j’ai lu « canique » dans la p. 45 de la photo du livre «Le Parler Normand…». Sur l’étymologie de notre dico, c’est vrai qu’elle est très bizarre : du fr. dial. canique, et celui du neerl. « knikker », derivé du verbe « knikkerr  » cf. al. « knicken », casser, écraser.
    Sur les Malouins, aucune idée, mais il me semble qu’il n’y avait personne pendant notre domination jusqu’à 1811. Après, les Argentins ont envoyé leurs prisonniers. Les habitants sont nommés « malvinenses » et « malvineros ».

  18. Je ne connais pas le mot canique, mais c’est un mot possible en dialecte normand. Passer de « knikke » à canique, c’est tout à fait naturel pour une langue qui n’a pas kn- en début de mot (en faisant attention au son, non à l’orthographe). Il y a un autre exemple en français: canif, qui correspond à l’anglais « knife » (le « i » anglais se prononçait autrefois comme en français). Et en anglais même, il y a le personnage historique « King Canute« , qui était en fait un Danois nommé « Knut ».

    Sans consulter de sources, je dirais que les deux mots français viennent peut-être des ancêtres scandinaves des Normands actuels, puisqu’il n’y a guère de raison que des Français, même Normands, aient emprunté des mots à un anglais très ancien. (Mais l’anglais, le néerlandais et les langues scandinaves viennent, ainsi que l’allemand, d’un ancêtre commun).

  19. Sig : Je sais qu’on dit “Las Malvinas” plutôt que “Falklands” en espagnol, mais vous avez eu des Malouins chez vous aussi, en “métropole” ?

    Sans l’ombre d’un doute, les habitants de Saint-Malo sont Malouins – il y avait une grand-mère malouine dans la famille !

  20. Selon Wiki, L. A. de Bougainville a colonisé les îles et leur a donné ce nom parce que les premiers colons sont partis de Saint-Malo.

  21. C’est bien avant Bougainville que les premiers malouins abordèrent aux îles Malouines. En 1700, Jacques Gouin de Beauchêne, à bord du Saint-Louis, mouilla sur la côte d’ une île qui porte encore aujourd’hui son nom .
    Par la suite, les baleiniers, phoquiers et commerçants de Saint-Malo vinrent souvent mouiller au large de ces îles qui prirent alors naturellement le nom de Malouines.
    Près de soixante ans plus tard, Bougainville y fonda une colonie et ne fit que reprendre et officialiser un nom déjà répandu.

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