Archives quotidiennes : 3 mai 2009

Mauricien ou morisyen ?

Dans le billet précédent je parlais de celui qui fut le premier correspondant du siganidé, et pendant longtemps le seul. C’est lui qui, à la suite d’un séjour aux Caraïbes, m’avait parlé du « goat’s mouth » des West Indies, lequel était l’exact pendant de notre « bouche cabri » à nous.

Son épouse, pour sa part, a été à l’origine d’un nombre appréciable de mots figurant dans cette collection de mauricianismes. Lors d’un échange d’e-mails, elle a souligné qu’il faudrait séparer les mots créoles des « mauricianismes » que je voulais inclure dans ma liste : « en fait il y a une frontière à trouver pour savoir quand c’est du créole ou du français mauricien. »

Je lui ai répondu ceci : « Non, non, nous parlons là de mots et expressions utilisées lors de conversations tenues en français, pas en créole. Mon frère rigole, et me dit que ce n’est pas du français, mais du « mauricien ». Ben voilà, c’est exactement ce que je cherche.
Il est indéniable qu’il y a un chassé-croisé entre ce « mauricien »-là et le morisyen. La frontière entre les deux n’est pas comme entre les Corées ou entre l’Arménie et la Turquie : elle se franchit facilement. »

En effet, les emprunts du créole au français ne se sont pas arrêtés un beau jour du XVIIIe siècle. Le mot le plus utilisé aujourd’hui pour parler du mobile phone en créole est portab. (“Praveend, to portab fek soné la.”) Par ailleurs, ceux à qui il arrive de parler français à Maurice parlent presque toujours créole aussi, parfois lors de la même conversation — et vice versa. Le journal télévisé principal de la télévision nationale est en français, de même que les principaux journaux de l’île. En outre, le morisyen est et reste un créole à base lexicale française. Tout ceci fait que le va-et-vient entre une langue et l’autre est permanent, et la frontière entre les deux parfois un peu floue. Il n’empêche qu’il est possible de recenser les mots couramment employés dans une conversation se passant en français, même si ces mots peuvent être vus comme appartenant avant tout à une autre langue.

Bon, ceci étant dit il va bien falloir se mettre au travail. Prochain billet sur le verbe « sailler » évoqué par A.J.P. pas plus tard qu’aujourd’hui ? Il va falloir faire son homework*…

 

* en mauricien dans le texte

Publicités

Les mots de Zozo

For several years, I, Siganus K., have had only one friend. That was before I started blogging and having all sorts of imaginary friends. Once upon a time, this sole friend gave a book to our youngest child: Les Mots de Zaza. He also used to give bedtime readings every now and then, while visiting us. Everyone in the family started to love Zaza.

zaza-couverture1

Zaza is a little mouse who loves to collect things, any things. But the things she loves collecting most are words, words, words. She keeps them under three bells: a small bell for cute little words, a medium bell for plain ordinary words, and a big bell for all the gros mots.

zaza-4e-couverture

In the beginning she likes to hear the delicate sounds of the little bell. Then she is interested in the medium bell, which sings with a monotonous voice: “Papa, Maman, écriture, jambon, tricot, hiver, téléphone, phone, phone…”

But very soon she becomes a real Steve Dodson and she starts to love all the swear words.

zaza-pp16-17

Her parents are not always pleased with the passion their daughter is developing, but it’ll save their life.

zaza-pp18-19
(Excuse the walking stick busy walking over the page while I took the picture.)

It looks as if I have become a Zaza too. I have started collecting words. Today I found at least three of them: “sailler”, “platin” and “gratelle”. My wife and I were busy moving something that was partly under another thing and I said to her: “Il faut le sailler.” (This has nothing to do with any horse breeding whatsoever. It is just the word we sometimes use for “slide”, or “skid”.) We had to slide the first thing horizontally to be able to remove it. I just stopped and said to her: “Sailler, voilà encore un mot pour ma liste !”

So, like Zaza I now collect words. And like Zaza, I might like the gros mots too. Actually, I believe these are the words that have the strongest self-preservation instinct. Even if they are not used that often, they just don’t want to disappear. And since they are not written most of the time, they have very good reasons to be different from those used by faraway (French) people. So don’t be afraid if you see a lot of swear words. I am not (too) obsessed with them [à voir, à voir…]. It is just that, for the reasons mentioned above added to the fact that they were also borrowed from other languages sometimes, they are relatively well represented in the list of words differing from standard French.