S ou Z ?

En créole, prononce-t-on “issrael” ou “izrael” ?

Lalit et plusieurs représentants d’organisations de la société civile ont manifesté pacifiquement le jeudi 3 juin, pour exprimer leur révolte par rapport à l’assaut israélien, il y a trois jours, contre une flottille de navires à destination de la bande de Gaza. (L’Express du 3 juin 2010.)

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32 réponses à “S ou Z ?

  1. Siganus K.

    La prononciation “issraelle” peut s’entendre en créole, même si elle me semble moins fréquente qu’“izraelle” (celle que j’utilise pour ma part). Je pensais que la prononciation “issraelle” pouvait être due à une influence de l’anglais, mais les différents dictionnaires consultés (Collins Unabridged, SOED, Harrap’s) donnent tous [ɪzreɪəl], avec le son -z. Dans ce cas peut-être faudrait-il voir là une influence purement créole, qui pousserait à prononcer [s] la lettre -s. Dans ce cas, il aurait été plus logique pour Lalit d’écrire “IZOL IZRAEL”, “isolez Israël”. Sauf que, la plupart du temps, les noms propres conservent leur graphie française ou anglaise en créole. (Je pense par contre à Ananda Devi qui du prénom “Jules” a fait “Zil”, étant en cela plus proche de la prononciation habituelle.)

    Autre idée fausse sur laquelle j’ai dû revenir à l’occasion de ce billet : croire que ce ne sont que les Américains qui mettent des -z aux mots comme colonization, organize, realize, authorize, symbolize, analyze ou paralyze (plus fréquemment écrits colonisation, organise, realise, authorise, symbolise, analyse ou paralyse en anglais anglais.) Certains érudits britanniques, suivant en cela le Oxford English Dictionary, écrivent ces mots-là avec un -z : “The Oxford English Dictionary favoured -ize, partly on the linguistic basis that the suffix derives from the Greek suffix -izo, and this was also the style of Encyclopaedia Britannica (even before it was American-owned) and formerly of the Times newspaper” (AskOxford.com). Il existe cependant là une difficulté consistant à reconnaître les mots issus du suffixe grec mentionné ci-dessus (aussi -izein) de ceux qui n’en sont pas issus et qui s’écrivent toujours en -ise (y compris aux États-Unis), tels que advise, disguise, revise, advertise, arise, comprise, exercise, excise, incise, despise, etc. Quant aux Français ayant influencé les Anglais avec leurs verbes en -iser, ils se seraient éloignés de leurs racines grecques et latines en optant pour le -s.

    Pour ce qui est du verbe écrit “izol” par les manifestants, on pourra noter à ce sujet qu’il existe une ville de Slovénie, proche de la frontière avec l’Italie, dont le nom slovène est Izola alors qu’en italien elle est connue en tant qu’Isola — mot signifiant “île”. Pour les Italiens nous devons être bien isolés sur nos 720 milles carrés surnageant à grand-peine au-dessus de la surface de l’océan Indien. Et si Israël avait été une île —, une île sur laquelle on ne se rendait qu’en bateau, que ce dernier soit turc ou irlandais — il aurait été plus facile de l’isoler.

  2. Et si Israël avait été une île —, une île sur laquelle on ne se rendait qu’en bateau, que ce dernier soit turc ou irlandais — il aurait été plus facile de l’isoler.

    Une île… Madagascar, par exemple ?

    Parfois, Sig, il me semble que vous aimez jouer avec le feu.

  3. Siganus K.

    Aquinze, auriez-vous la mémoire trop longue (ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose en soi) ou bien seriez-vous victime d’une sorte de surmoi collectif voyant de l’antisémitisme dans toutes sortes de propos ? Si je suis un tant soit peu ce que vous dites, on aurait aussi pu évoquer, dans cet ordre d’idée, le projet de créer un foyer juif en Ouganda.

    Existe-t-il beaucoup de gens en Europe aujourd’hui pour crier à l’antisémitisme lorsqu’on critique beaucoup l’État d’Israël ? Il me semble que certaines réactions de ce genre se rencontrent en France, chez des gens qui ont une certaine visibilité médiatique, mais je n’ai aucune idée quant à l’existence de ce type d’opinion chez des gens disons plus ‘ordinaires’. Ici l’antisémitisme (pourtant parfois odieusement flagrant) est loin de faire des vagues. (Cela fait largement plus d’un an que le graffiti visible sur le lien ci-dessus se trouve là, sans que qui que ce soit ne songe à l’effacer.) Mais l’État d’Israël — un pays fort, fort lointain pourtant — est manifestement loin d’y laisser les gens parfaitement indifférents, comme aurait pu les laisser indifférents des contrées telles que la Biélorussie, la Thaïlande, Cuba, le Soudan, le Venezuela ou le Niger pour n’en citer que quelques-unes.

  4. auriez-vous la mémoire trop longue (ce qui n’est pas toujours une mauvaise chose en soi) ou bien seriez-vous victime d’une sorte de surmoi collectif voyant de l’antisémitisme dans toutes sortes de propos ?

    Non, Sig, je me demandais juste pourquoi ce long détour linguistique pour en arriver à rapprocher les mots « île » et « Israël ».

    Vous m’avez donné l’impression d’un petit garçon qui s’approche en douce derrière les « grands » avec une question innocente, en anticipant le plaisir de l’empoignade qui va suivre…

    Mais cette perception est sûrement dûe à mon surmoi personnel 😉

  5. Siganus K.

    Non, détrompez-vous, il n’y avait là aucun détour, aucune préméditation. Comme souvent j’ai allongé mon commentaire au fur et à mesure, et ce n’est qu’au bout du compte, en revenant au mot “izol” tel qu’écrit par les manifestants du parti Lalit, que j’ai pensé à un toponyme s’écrivant “Izola”. Un souvenir des plus vagues dans mon esprit*, et un lieu que je ne savais pas du tout être lié à la notion d“île”, ce que je trouve d’ailleurs assez surprenant : je n’imaginais pas que les mots île (du latin i(n)sula) et isoler puissent avoir quelque lien de parenté que ce soit. C’est pourtant le cas, je le découvre à l’instant, car isolé signifie “façonné comme une île” (1575, Paradin, in Dictionnaire étymologique, Dauzat et al.).
     
     
     
    * Souvenir d’autant plus vague qu’il tend à se confondre avec d’autres “isola de Ceci” ou “isola de Cela”, qui me semblent être les îles sur lesquelles sont situées le Stromboli ou ce Vulcain (ou Vulcano ?) qui a donné le nom commun volcan. Il pourrait s’agir de ce qu’en français on appelle “îles Lippariennes”, dénomination dont je suis loin d’être sûr. Mais bien qu’il ne fasse plus particulièrement chaud maintenant que le soleil s’est couché, j’ai la cagne de chercher dans un dictionnaire ou sur internet. J’ai une cagne encore plus grande pour ce qui est d’avancer un peu dans mon travail en cette fin de dimanche, mais je crois que je devrais quand même m’y mettre un chouïa, histoire de prendre un peu d’avance pour lundi — lequel n’est plus qu’à quelques heures de vol maintenant.

  6. Si Isola ( en italien) ou Izola (en slovène) doit bien son nom au latin insula qui, dans ce cas précis, désignait bien une terre entourée d’eau, curieusement il n’en est pas de même pour la commune française homonyme des Alpes-Maritimes qui s’appelait Leudola en 1067, Leusola vers 1200, Lisola au XVIIè siècle et enfin Isola dès 1679. Ce nom viendrait d’un thème préceltique lev , « pente ». En revanche, Isolaccio en Haute Corse, village perché, doit son nom à son isolement.

    A propos de Lipari et des îles Éoliennes, j’avais écrit ce billet .

  7. Ce billet-là:
    http://vousvoyezletopo.blog.lemonde.fr/2010/04/25/un-volcan-au-nom-facilement-prononcable/

    (à force d’ouvrir et de fermer des balises, il fallait bien que je me plante…).

  8. marie-lucie

    Fort intéressant, leveto!

  9. Siganus K.

    Leveto, il semblerait que ma tête ait concocté un mélange entre “îles Lipari” (un seul -p) et “îles Éoliennes”. Îles Lipari, sans -s final, puisque comme dans le cas des graffiti elles semblent être déjà au pluriel si l’on en croit ce qui est écrit sur votre page.

  10. Siganus K.

    Ce matin, sur Radio France Internationale, la speakerine disait “Issraël” et “issraélien” plutôt qu’“Izraël” et “izraélien”.

  11. En Hébreu ( voir Weingreen) Israel se prononce Yizra-el.

  12. Siganus K.

    Ou “yizroel” me semble-t-il, comme dans Eretz Yisroel. (Mais l’hébreu, comme l’arabe, n’écrit pas les voyelles, n’est-ce pas ?)

  13. Exact. Les langues sémitiques ont des vowel-signs (diacritiques ou nikkudot)- des points qui s’écrivent en dessous, en dessus, entre les lettres proprement dites.

  14. marie-lucie

    la speakerine disait “Issraël” et “issraélien” plutôt qu’“Izraël” et “izraélien”

    J’ai toujours prononcé (et entendu prononcer) comme cette speakerine.

    nikkudot

    Ces points et autres petits signes sont facultatifs. Dans l’écriture ordinaire on ne les met pas, parce que quelqu’un qui parle bien la langue devine souvent automatiquement quelle est la bonne forme du mot (du verbe, par exemple) dans le contexte de la phrase. Il faut dire aussi que les lettres qui représentent les consonnes y et w font double emploi pour les voyelles i et ou, ce qui facilite aussi la lecture.

  15. Indispensables pour les débutants néanmoins. Et utiles dans les textes kabbalistiques.

  16. Siganus K.

    Marie-Lucie : J’ai toujours prononcé (et entendu prononcer) comme cette speakerine.

    En ce faisant le Petit Robert vous donne raison : il ne donne que la prononciation en [s], pas en [z], ce qui ne manque pas de me surprendre, moi qui pensais que la façon académique de prononcer le mot comportait le son [z]*.

    En revanche le Trésor de la langue française donne les deux prononciations (celle en [z] en second) : [isʀaeljε̃], [izʀa-], fém. [-jεn].

    Les dictionnaires anglais Oxford, Collins et Harrap’s donnent tous trois la prononciation avec [z], étant en cela plus proches de l’hébreu. Toutefois Merriam-Webster donne accessoirement la prononciation en [s].
     
     
     
    * Peut-être avons-nous là un mauricianisme supplémentaire dans la façon de prononcer le nom de “l’État hébreu” (comme le dit la presse française) : il me semble qu’à Maurice, lorsque les gens s’expriment tant en français qu’en créole, c’est avant tout la prononciation en [z] qui s’entend.

  17. (Mais l’hébreu, comme l’arabe, n’écrit pas les voyelles, n’est-ce pas ?)

    The « long vowels » like aleph are written, but the « short vowels » are written as diacritics above or below the consonants. A text like the Koran would be « fully voweled », that is, have every consonant marked with a vowel sign (fatha, kasra, or damma) or a « sikoon » to indicate no vowel. In ordinary handwriting, the vowel markings disappear.

  18. Oh, in Arabic, « Israel » is pronounced « isss ra el » but it is very impolite to say the word in public. If you do so, conversation around you will stop, and everyone will stare at you, so English speakers say « the other side ».

    So at Christmas, the hymn we sing in English, « O come, O come Emmanuel, and ransom captive Israel », at one Baptist church in Jordan they sing as « O come, O come Emmanuel, O come, O come Emmanuel ». The Christians there seem a bit nervous to me.

  19. Que oui ! A quinze n’a pas tort, Siganus vous jouez à vous faire peur ? Cela vous dirait de partager une île avec ce genre de zigotos ? :
    http://www.liberation.fr/monde/0101641985-80-000-juifs-ultra-orthodoxes-manifestent-a-jerusalem

  20. @Nijma

    Interesting-Jordanian Baptists giving in to politico-liturgical paranoia. The English hymn for Advent O Come Emmanuel is derived from the antiphons sung at Magnificat during Vespers in the week before Christmas. They are known as the O antiphons or anthems because they all begin by ‘O’. The English hymn (derived from a German adaptation of the original antiphons) is at best a graceful. The antiphons in latin are superb examples of ancient Christian poetry. But even in Latin, the problem would remain :).

  21. >Linus
    As you know, in the latin mass a prayer is: “Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth”. Now it’s “God of Universe”.

  22. @Jesus

    Unless i’m mistaken the older translations render it as ‘Lord God of Hosts’ (the 1662 Prayer Book) while a very modern English missal has ‘God of power and might’.

    I think, under the correction of more learned readers, that the word ‘Sabaoth’ is pronounced something like ‘Tzevaoth’ in the original Hebrew language.

    I think i encountered both ‘Dieu des Armees’ and ‘Dieu de l’Univers’ in some french text. If Jerome thought it fit to retain Sabaoth in the Vulgate and the compilers of the Roman liturgy thereafter, i do not see why modern translators should presume to replace it by such vacuous renditions as ‘God of Universe’ or ‘God of Power and Might’. An example of how the so called ‘dynamic equivalence’ can be incorrect.

  23. >Linus
    With respect to « Sabaoth », and related with what you say, I found that :
    http://www.newadvent.org/cathen/13286a.htm

  24. zerbinette

    Jesús et Linus,

    Sabaoth : Pluriel du mot hébreu sâbâ’ : « armée ». Le titre de « Yahvé Sabaoth », que l’Écriture donne souvent à Dieu, signifie « Seigneur des Armées » ; il s’agit des armées célestes, c’est-à-dire des anges* et des astres. Le titre est repris par la liturgie dans le Sanctus* : Dominus Deus Sabaoth ; la traduction française le rend par « Sei­gneur, Dieu de l’univers ».
    (Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie)

    Glissement de sens politicatholi-quement correct ?

  25. Merci beaucoup Zerbinette pour la citation de Robert Le Gall. L’autorite de cet episcopal benedictin dans les choses liturgiques et ascetiques est precieuse. Il est souvent venu a Maurice et, ensemble avec le feu Cardinal Margeot, a collabore a un livre sur la vie contemplative.

  26. Siganus K.

    Zerbinette : Sabaoth : Pluriel du mot hébreu sâbâ’ : « armée ». Le titre de « Yahvé Sabaoth », que l’Écriture donne souvent à Dieu, signifie « Seigneur des Armées »

    Je m’apprêtais à dire qu’à ma connaissance en hébreu les pluriel se construisaient avec le suffixe -im comme dans yom (jour) / yamim (jours) ou apikoros (mécréant, épicurien) / apikorsim. Et je m’apprêtais à faire un petit laïus sur cet Elohim, ce dieu unique dont le nom est pluriel.

    Ignorant que j’étais… Si au pluriel certains mots hébreux prennent le suffixe -im, il s’agit des mots masculins. Les mots féminins, eux, ont un pluriel régulier en -ot, comme dans le fameux mitsva/misvot (commandement(s), puisqu’on dit “une commandement” en hébreu), ou yedia (connaissance)/yediot, comme dans le nom du quotidien Yedioth Ahronoth (Les Dernières Nouvelles).

    Faut-il donc croire que le Seigneur des armées est (au) féminin ?

  27. >Zerbinette
    Oui, mais il y a une certaine controverse, comme on dit dans le lien que j’ai trouvé. Mon « Now it’s… » était relié avec cette « cathocorrection » dont vous parlez. Je crois que cela a changé après le Concile Vatican II lorsque le latin est sorti de la messe, si bien B16…
    >Siganus K.
    La traduction en espagnol était “Señor de los Ejércitos”, tout masculin. Dedans notre « ejército », « la Armada » (fém.) est la seule qui est mouillée.

  28. Siganus K.

    Ah, Jesús, la Bible, vous avez l’air de vous y connaître… 🙂

  29. marie-lucie

    C’est la même chose en hébreu, ce n’est pas le Seigneur qui est au féminin pluriel, ce sont les armées.

    Zerbinette, vous dites qu’en hébreu c’est « Yahvé Sabaoth », mais selon ce que j’ai pu lire sur ce sujet, « Yahvé » n’est pas pas un titre mais l’une des versions possibles du nom de Dieu, écrit avec les consonnes YHWH mais qui ne doit jamais être prononcé (« Jéhovah » est une autre version du même nom).

  30. >Siganus K.
    Oui, bien sûr. Un Jesús connaît la Bible aussi bien qu’un Siganus l’Ychtyologie.

  31. zerbinette

    Et le petit Jésus en culotte de velours connaît bien d’autres choses encore….

  32. There are certain irregular nouns in Hebrew which are masculine but end in -ot or feminine but end in -im. In this case, however, tseva ‘army’ is feminine and regular.

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