Grecque

Grecque.
Nom féminin.

Dispositif pour faire couler du café.

Dans sa version la plus simple, une grecque est un petit sac de toile écrue fixé sur un manche métallique — correspondant en gros à l’arceau circulaire prolongé d’un manche qu’on trouve dans un passe-thé — dans lequel on met le café moulu avant de verser l’eau bouillante par dessus.

Dans sa version un peu plus élaborée, une grecque est un récipient cylindrique dont le fond est percé de petits trous. Comme précédemment, le café moulu est placé dans ce réceptacle lui-même posé sur la cafetière, ou sur n’importe quel pot faisant office de cafetière. Traditionnellement, ce genre de grecque était fabriqué par les ferblantiers, et s’apparentait en quelque sorte à une moque trouée, mais il existe aussi des versions en céramique, comme on peut le voir sur les photos suivantes :

Grecque_ceramiche

Grecque_M

Certaines personnes se souviennent encore de l’expression « en pandan couma la grek café » (“pendant comme une grecque à café”) employée pour parler d’une culotte (d’enfant) qui, ayant perdu de son élasticité, pend comme un sac, autrement dit comme la grecque en tissu.

Pour parler des grecques nos voisins réunionnais utilisent un mot voisin : grègue. (Il a aussi existé des hauts-de-chausses appelés grègues, mot emprunté au provençal grego, “grec”, et qu’on retrouve dans l’espagnol gregüescos, “sorte de culotte large (à la mode aux XVIe et XVIIe s.)” — TLF.) Les Bourbonnais ont même donné ce nom à un lieu-dit du sud-ouest de la Réunion : la Plaine des Grègues, là où, paraît-il, des bassins naturels laissent percoler l’eau, laquelle ressurgit en contrebas, un peu à la manière d’une « grègue » à café. Quelques photos de « grègues » sont visibles sur internet, d’où est issue l’image suivante, une « grègue » en fer-blanc qui aurait presque pu être une grecque mauricienne :

<i>Grègue</i> bourbonnaise.

Grègue bourbonnaise.

Mais il existe aussi des grecques limousines, beaucoup plus luxueuses. (Qui sait si elles ne sont pas en porcelaine de Limoges.)

Grecque limousine.

Grecque limousine.

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Il semblerait que l’appellation « grecque » vienne de ce que ce genre de cafetière ait été connue sous le nom de « cafetière grecque », ou « cafetière du Levant ». On peut le voir mentionné de la sorte sur le site d’un antiquaire français proposant une « grande cafetière émaillée dite grecque », pour plus de six mille roupies :

Grande_cafetière_émaillée_dite_grecque

Dans le registre inépuisable des tribulations des Mauriciens s’efforçant de se faire comprendre à l’étranger, Yvan Lagesse, humoriste, chroniqueur et écrivain (banquier aussi), raconte d’ailleurs une anecdote assez drôle au sujet de la grecque :

Un monsieur entre dans un magasin pour acheter une cafetière à filtre et utilise, bien entendu, le mot dont on se sert couramment à Maurice...

Un monsieur entre dans un magasin pour acheter une cafetière à filtre et utilise, bien entendu, le mot dont on se sert couramment à Maurice pour la nommer...


— Vous avez des grecques ? (Comment vivre à l'île Maurice en 25 leçons. Page 55.)

— Vous avez des grecques ?
(Comment vivre à l'île Maurice en 25 leçons. Page 55.)
Photos cliquables.

Grecque improvisée.

Grecque improvisée.

29 réponses à “Grecque

  1. A. J. P. Crown

    A friend of mine used to use le petit sac de toile écrue fixé sur un manche métallique to make his coffee in New York. I often wondered about its origin. It made bloody good coffee.

  2. Was your friend Greek? (Or Martian by any chance?) And how did he call this object?

    This way of making coffee reminds me of the way we also make tea sometimes: you put la paille de thé dans le passe-thé (the tea leaves — « powder » I’d rather say — in a tea strainer), you place it above your cup and you pour boiling water on top.

  3. A. J. P. Crown

    He was German and his wife was Swiss/Arab. I don’t know where they obtained it; perhaps in New York, where we were all living. I think we called it ‘the coffee filter sock thingy’.

    Unless you’re using a samovar, there is only one successful way to make tea, in my opinion: pour boiling water on one-teaspoonful-per-cup of tea into a pre-warmed teapot. Let it stand for three minutes, stir the pot and pour your tea. It’s so simple and easy that you would think it’s idiot proof, but Americans (and others) mess about with teabags that they dunk for a second or two in warmish water. Then they wonder why they don’t like it as much as coffee.

  4. It’s true Americans can’t make tea.

    Your tea strainer with the handle is like one I got in Jordan, with holes instead of wire mesh. I first saw the type in a coffeeshop when I had a respiratory affliction and the manager had some yansoon يانسون tea brewed for me. It’s made with anise seeds which are somewhat heavier than tea leaves. I don’t know of a special word for the strainer, but I was able to find one in the suq. The round thing in the photo we call a « tea ball », and is filled with loose tea for brewing tea in a teapot. Usually they are plainer–this one is antique and came from my grandmother.

    What is this « pre-warming » of which you speak?

  5. What gives? My link works on my blog but not here. This should do it:

    Tea strainers.

  6. Nijma: It’s true Americans can’t make tea.

    I can’t really say anything about Americans (from the USA) and tea, but in Canada I drank some « coffee » that, to me, was barely coffee at all. I understand that some people don’t like it too strong, but such a jus de chaussette was quite amazing for somebody more used to « normal » black coffee, i.e. a liquid that isn’t translucent in normal circumstances and that tastes something, whatever, even if sour.

  7. A. J. P. Crown

    You warm the pot by pouring boiling water into it for a few seconds. Then you can pour it away (as my wife does) or back into the kettle (me). Then it is REALLY boiling water that lands on the tea, and not water that has cooled off on the sides of a cold teapot.

    in Canada I drank some “coffee” that, to me, was barely coffee at all
    Was this in the days before Starbucks & similar coffee shops popped up all over (all over the Northern Hemisphere, anyway)? We’ve all got a lot more sophisticated in our coffee drinking in the past fifteen years, I’d say.

  8. Suite à l’envoi de quelques images de grecque par une correspondante bien intentionnée, la note ci-dessus a été enrichie de nouvelles photos et d’une couche supplémentaire de bla-bla.

    Ceci m’a par ailleurs permis de me rendre compte que le verbe percoler — employé dans la note — ne semble pas exister en français, ce qui constitue certainement une erreur. N’existe-t-il pas des percolateurs, lesquels doivent bien en l’occurrence laisser percoler l’eau afin qu’elle devienne du café ?
    http://www.cnrtl.fr/definition/percolateur

  9. Dans ma famille il y avait aussi une cafetière (en fer émaillé) du genre de celles que vous nous montrez, mais je n’ai jamais entendu le mot la grecque

    « du provençal grego ‘grec' »: ce mot semble être écrit en provençal (l’un des dialects occitans) avec une orthographe francisante et non pas avec la « graphie occitane » standardisée, qui donnerait grega (puisque dans presque toutes les variétés d’occitan l’ancien « a » final féminin est devenu « o » dans la prononciation). Le mot provençal est donc l’équivalent exact du mot féminin grecque.

  10. ce genre de grecque … s’apparentait en quelque sorte à une moque trouée

    Je vois avec plaisir que vous utilisez le mot moque qui n’est pas du vocabulaire de tout le monde. Je ne l’ai jamais entendu, mais je l’ai appris il y a quelques années en visitant le Musée de la Pomme et du Cidre dans un village normand dont je ne me rappelle plus le nom. Il y avait toute une collection de moques, c’est-à-dire de grosses tasses en poterie grossière apparemment faite à la main (et non au tour). J’ai même adopté le mot pour traduire l’anglais mug.

    Le TLF donne ce mot (« moque 2 ») comme régional, en particulier dans l’Ouest de la France, y compris le dialecte rochelais (région de La Rochelle) mais aussi dans les créoles de l’Océan Indien. Voici donc encore un lien entre les dialectes de l’Ouest et les créoles de votre région. Bien que le TLF ne mentionne pas l’anglais mug, il cite des mots similaires en néerlandais et dans les langues scandinaves. Le mot français vient donc des premiers « Normands », les hommes du Nord.

  11. Marie-Lucie,

    Dans ma famille il y avait aussi une cafetière (en fer émaillé) du genre de celles que vous nous montrez, mais je n’ai jamais entendu le mot la grecque

    Et pour cause : cela ne se passait pas à l’île Maorice. Lisez le texte figurant sur les deux dernières photos du billet (extrait d’un livre humoristique sur Maurice) et voyez l’incompréhension — véritable — qui peut apparaître lorsque des Mauriciens se rendent en France. Le mot grecque dans cette acception est un mauricianisme, même s’il a pu être utilisé dans ce sens en France à une certaine époque.
     
     
    “du provençal grego ‘grec’”: ce mot semble être écrit en provençal (l’un des dialects occitans) avec une orthographe francisante et non pas avec la “graphie occitane” standardisée, qui donnerait grega

    Je me suis contenté de copier ce qui figurait sur l’entrée du TLF consacrée aux grègues (chausses) :

    Empr. au prov. mod. grégo, -a (Mistral) « grec » (v. ce mot); ce pantalon large a été ainsi appelé, à tort ou à raison, d’après les Grecs, et a disparu au xviie s.; cf. chausses à la gregesque (1578, H. Estienne, Deux dialogues…, éd. P. Ristelhuber, t. 1, p. 281) et l’esp. gregüescos « sorte de culotte large (à la mode aux xvie et xviie s.) »
    http://www.cnrtl.fr/definition/gregues

    Vous semblez confirmer ce qui est dit là, puisqu’il me semble que l’abréviation « prov. mod. » doit signifier « provençal moderne ». On peut par ailleurs penser au grégeois du « feu grégeois », qui ne signifie rien d’autre que le « feu grec ».
     
     
    Je vois avec plaisir que vous utilisez le mot moque qui n’est pas du vocabulaire de tout le monde.

    Il s’agit là d’un mot très courant à Maurice, où il signifie avant tout « boîte de conserve » (vide). Voyez la collection de mauricianismes en tête de page.

    Mais il peut aussi servir pour mentionner la contenance de la boîte. Ma grand-mère disait paraît-il (dixit ma tante) qu’il fallait par exemple « ajouter une moque de riz » dans la casserole destinée à être posée sur le feu. Je ne l’ai jamais entendu employé dans le sens donné par le TLF — « Région. (littoral de la Manche et de l’Atlantique). Petit pot de terre en forme de tasse avec anse, servant à boire, ou gobelet en fer-blanc servant à mesurer des denrées » —, même si au cours de mes lectures il me semble avoir croisé le sillage de marins qui buvait « une moque de café ». Je peut concevoir qu’un gobelet en acier émaillé pourvu d’une anse puisse à la rigueur porter le nom de « moque », mais il m’est plus difficile de l’imaginer pour une tasse en céramique. En outre je n’ai jamais approché « moque » et « mug », ce dernier mot constituant d’ailleurs lui-même un autre mauricianisme (voir la liste) recouvrant le sens de la tasse en terre.

  12. Les moques que j’ai vues au musée n’étaient pas ces tasses en céramique (qui est assez fine et a un fini très lisse) mais comme le dit le TLF, des petits pots en terre (c’est à dire en poterie grossière, assez irrégulière de forme et de fini). Le sens a dû s’étendre naturellement aux objets de même forme en métal, les moques en poterie ayant sans doute été abandonnées vu leur tendance à se casser.

  13. grego, -a: Je crois qu’il y a une faute ici et que la personne qui a fait la rubrique ne s’y connaissait pas en occitan.

    En provençal, comme dans la grande majorité des dialectes occitans, il n’y a pas d’alternance -o, -a pour masculin et féminin comme en italien ou espagnol; au contraire, le suffixe féminin se prononce o et le masculin n’a pas de voyelle: par exemple pour les participes passés comme en italien amato, amata en espagnol amado, amada il y a en occitan standardisé amat, amada, mais la forme féminine se prononce généralement [amado].

    Le grand poète Mistral, qui fit connaître le provençal moderne comme langue littéraire avec son long poème Mirèio (en français Mireille), utilisait une orthographe francisante reflétant clairement la prononciation, au contraire de la graphie occitane standardisée Mirelha: les deux graphies ont exactement la même prononciation en dépit du a final de la deuxième et du lh, qui s’emploie aussi dans l’orthographe portugaise.

    Par exemple, l’oeuvre de Mistral comprend une chanson très connue dans la région: O Magali, ma tant amado (O Magali, ma tant aimée)(c’est bien le mot tant et non pas tante!).

  14. Thanks for the pre-warming tips. I have now tested them with both fresh mint and dried sage, and I would say the technique does not improve the tea itself so much as it improves the herbs. The mint tea, which I make with a teabag, was still weak enough I had to pour it back and forth several times, bedouin style, to get it brewed properly. The mint though had such a bright flavor I have decided to continue this technique, although it means I cannot set up the teapot and all the accouterments in advance.

    I think Sig’s North American experience with the weak coffee was atypical. Sometimes you find bad coffee in an institutional setting–I shudder to remember the coffee we had on the psych ward all those years ago. We in the night shift would come in, making $2.02 per hour with the shift differential, and take the old grounds from the last shift to boil up for our own coffee. We did have fresh milk for it every day, since there was a dairy on the premises for occupational therapy, but the coffee itself was horrible, it was only good for keeping awake all night.

  15. Nijma, If you made coffee with the old grounds, no wonder the result was horrible, especially since the coffee was probably not the best quality to begin with, and perhaps they skimped on the quantity too. But coffee that is too weak is typical of institutions where they make coffee in large urns, using coarsely ground coffee which I think the steam does not penetrate as fast or as well as with the fine grind used for filters).

    I use the « warm the pot first » method for tea of any description (real tea, or herbal) and it also keeps the pot hot longer as the boiling tea water is not cooled by the cold teapot, so your second cup is still hot. If you make only one cup of tea with a teabag, it is a good ideat to warm the cup first too. (There is an equation about what happens when two substances of unequal temperature come in contact: the drop in temperature is faster the greater the difference).

  16. Lives of the rich and famous: a teabag anecdote I may have mentioned before. A few years ago Prince Charles came to Canada for an official visit, and among other places he visited the capital of Prince Edward Island, the smallest province (which is truly tiny). During a reception the prince was given a cup of tea, but someone noticed that he was not drinking the tea but looking into the cup with a puzzled look: that person glanced at the cup and saw that there was a teabag in it! They apologized profusely and gave him another cup of tea, and the prince said something like « Never mind, but I had never seen one before and I was wondering what I was supposed to do with it. »

  17. Has HRH the Prince of Wales ever had to deal himself with potato peelings, dish washing, clogged toilets or a leaking kettle?

  18. Exactly.

  19. Exactly? Charles peeled potatoes himself and brought the peelings to the bin? He washes the dishes sometimes? He’s already put his nose into the toilets when they were clogged? He fixed (or at least tried to fix) a leaking kettle? Marie-Lucie, how on Earth do you know all that!?

  20. A. J. P. Crown

    I saw his son on telly, Prince William, scrub a toilet. It was in Chile.

  21. Siganus, by « exactly » I meant that not knowing what a tea bag is goes along with not knowing other mundane details of preparing food or running a household.

    But members of the Royal family might wander into the kitchens sometimes and catch a glimpse of how ordinary mortals live: however, tea bags would not be found there, I am sure, only the best loose teas.

  22. The bedouins used loose teas–you could buy it by the bag and it was cheaper than tea bags. It was a real mess to clean out of the teapot and out of the sink. You would first start the water boiling along with the sugar and dried sage if you were using it(for merimeeyah tea). When the water was boiling you would throw the loose tea in the pot– we measured it with those small tea glasses. One glass of loose tea and one glass of sugar. As soon as the tea went in the boiling water, the flame was turned off and the cover put on the teapot.

    I have some imported loose Nepali tea that’s to die for.

  23. Marie-Lucie, I was just pulling your leg.😉

    But I wonder what « loose tea » might be. I don’t think I’ve ever heard of it before.

    AJP, maybe they had everything set up before the camera started filming. The toilet might even have been perfectly clean before. I believe this is called « communication » nowadays, no?

  24. I was just pulling your leg.

    Mais naturellement, Siganus.

    « Loose tea » I believe is the expression for tea that is packaged in a box, not in individual teabags. The bags allow the lower grades of tea (leaf fragments and even powder) to be used.

    Prince Harry chose to go to Chile as part of a group of young Britishers. He and his older brother have always wanted to be treated like every one else in their group, sharing the chores if that was what was required.

  25. I saw his son on telly, Prince William, scrub a toilet. It was in Chile.

    So smelly for Willie on the telly in Chile.

  26. A. J. P. Crown

    I think the queen makes tea and cooks too, but I can’t provide a citation. I know that she can fix cars, she learnt it in the army, that’s more than I can do. I don’t think making tea and occasionally fixing cars is enough accomplishment to allow you to be a head of state, but it’s more than many of them can do. I bet Sarkozy can’t fix cars and I doubt Fidel Castro can make a cup of tea. With the queen in charge, you know it would be a good cup of tea. I’m fine with The Prince of Whales never having seen a teabag; I wish I’d never seen one either.

  27. A. J. P. Crown

    In case you were wondering, I like royalty, but I think they ought to be treated as pets.

  28. In case you were wondering, I like royalty

    With a surname like yours I don’t see how it can be otherwise.

  29. Ajouté dans le billet : photo d’une Grecque 100% improvisée.

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