Archives quotidiennes : 8 août 2009

Poban

Poban.
Nom masculin.

Pot pouvant être fermé de façon hermétique et utilisé pour conserver des denrées alimentaires.

Autrefois, à l’époque où il n’y avait pas de frigidaire, la conservation des aliments posait problème, surtout dans un climat chaud. Pour pallier cet inconvénient, beaucoup de denrées périssables étaient confites ou salées. Ma mère disait que sa mère utilisait des pobans, c’est-à-dire de gros flacons en terre cuite pourvus de bouchons, pour conserver des aliments, par exemple des limons qui étaient recouverts de sel. Aujourd’hui, un poban est avant tout un bocal en verre, comme ceux visibles sur les photos suivantes :

Poban à couvercle vissé (gauche) et poban à couvercle en verre, anneau de caoutchouc et clip métallique (droite).

Poban à couvercle vissé (gauche) et poban à couvercle en verre, anneau de caoutchouc et clip métallique (droite).

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Le mot poban paraît quasi inconnu en Europe francophone, à l’exception de l’usage particulier qui semble en être fait pour le conditionnement des pruneaux (les pruneaux tout chauds étaient conditionnés dans différents emballages : boites fer, flacons en verre appelés aussi “pobans). Par contre on le rencontre sur le pourtour de la mer des Antilles et, semble-t-il, jusqu’en Louisiane.

A Marie-Galante il existe un proverbe selon lequel « Ti poban ka souflé byen » : Une petite fiole siffle bien. (Dictionnaire du créole de Marie-Galante, Maurice Barbotin.) Dans cette île guadeloupéenne « poban » signifie flacon, fiole — http://books.google.mu/books?id=o-aDbjaqSr4C&q=poban —, mais jusqu’à l’heure je n’ai pas réussi à savoir si le mot existait en Guadeloupe même ou à la Martinique. Cela semble probable, vu qu’il est utilisé en Haïti aussi, où on trouve un lieu-dit Poban dans le département de la Grand’ Anse. En outre, dans la traduction de la Bible en créole haïtien on retrouve le mot poban : « Samyèl pran ti poban lwil la, li vide l’ sou tèt David, la devan tout frè li yo. » (Samuel 16:13.) Les Haïtiens cultivent par ailleurs une banane farineuse (banane à cuire) nommée « banane poban ».

En Louisiane existait un journal qui fut créé francophone (en 1827) sous le nom de L’Abeille de la Nouvelle-Orléans, qui devint bilingue et s’appela aussi The New Orleans Bee, avant de redevenir uniquement francophone en 1872, jusqu’à sa disparition en 1925. Dans le numéro du 11 juin 1832, parmi les annonces diverses, il est question de la vente de la cargaison d’un navire provenant de Marseille. Parmi la cargaison en question on trouve « dix caisses de Prunes en poban”. Il reste cependant à savoir si ces « prunes en poban » ne correspondent pas au conditionnement des pruneaux mentionné plus haut.

A vendre : 10 caisses de Prunes en poban.


A vendre : 10 caisses de Prunes en poban. (Cliquable.)

Incidemment, ceux qui étaient chargés de cette vente — C. Oger & Co. — possèdent un « et compagnie » parfaitement mauricien. On en dira davantage lorsqu’il sera question du mot « compagnie ».

Pobans à l'ancienne, en terre cuite, qui servaient à conserver des limons confits ou d'autres denrées.

Pobans à l'ancienne, en terre cuite, qui servaient à conserver des limons confits ou d'autres denrées.

Pobans servant à contenir des olives, des mangues, des fruits de Cythère...

Pobans contenant des olives, des bilimbis, des mangues, des fruits de Cythère...

Devant la vertigineuse et très gênante absence de dictionnaire du langage mauricien, certains sont dans la plaine, si ce n’est dans la peine, lorsqu’il s’agit de supputer l’orthographe de certains mots. Dans cette mine de mauricianismes qu’est le livre quasi trentenaire d’Yvan Lagesse, ancien patron de la principale banque du pays, on trouve la graphie « pauban » :

« Get li, li kouma enn prino dan so poban ! »
Comment vivre à l'île Maurice en 25 leçons, page 179. (Image cliquable.)

 

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Mise à jour du 22 avril 2018

Une correspondante, Danielle Labatut, nous fait parvenir le très intéressant extrait d’un manuscrit écrit entre 1760 et 1780 par François Bouquey Lagrave, capitaine de navire originaire de Saint-Émilion près de Bordeaux. Il y avait transcrit des conseils utiles à son métier de marin, dont la façon de conserver des aliments dans des pobans.

Extrait d'un manuscrit conservé aux archives départementales de la Gironde.

Extrait d'un manuscrit conservé aux archives départementales de la Gironde.

Il est dès lors possible d’imaginer qu’il pourrait s’agir là d’un mot utilisé dans un parler régional de l’ouest de la France, mot que les navigateurs français se seraient approprié en utilisant l’objet en question lors de leurs voyages en mer, ce qui expliquerait sa diffusion d’un océan à l’autre. Cela semble plus probable qu’un mot indigène emprunté aux Antilles (ou ailleurs) et transposé en langage maritime, mais qui sait ? Quoi qu’il en soit, le très complet Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW) — dictionnaire étymologique et historique du français et dialectes d’oïl, du franco-provençal, de l’occitan et du gascon — ne compte aucune entrée pour le mot “poban”.

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