Archives quotidiennes : 15 août 2009

Masson

Masson.
Nom masculin.

Fruit d’un arbre épineux, parfois appelé jujube.

Il y a longtemps de cela, j’avais entendu dire qu’il existait une différence entre les massons et les jujubes. Ces derniers étaient censés être plus gros, plus allongés et plus ‘goûtés’ (goûteux en un certain français de France) — moins âcres et moins ‘farineux’ notamment.

Par la suite je me suis mis à penser que ce n’était qu’un tic de langage, une croyance infondée, bref une couillonnade. Les fruits d’un même arbre sont loin d’avoir tous le même aspect et la même saveur — les papayes ‘Solo’ sont meilleures que les papayes marronnes et les mangues ont bien des noms selon la variété —, quand bien même ils appartiennent à la même espèce végétale. Pour moi il n’y avait donc qu’une seule espèce de massons/jujubes mauriciens.

Mais à faire quelques recherches pour mon entrée massonique, je me suis dit qu’à Maurice il pouvait bien y avoir deux espèces différentes, appartenant toutes deux au genre Ziziphus. D’un côté Ziziphus jujuba (comme mentionné dans le Dictionnaire étymologique des créoles de l’océan Indien, voir plus bas), i.e. le vrai jujube, de l’autre Ziziphus mauritiana, notre jujube plus ‘sauvage’, celui qui porte notre nom bien qu’il soit d’origine indienne semble-t-il, à moins qu’il ne provienne d’Asie du Sud-Est.

Eh bien non. A regarder les photos qu’offre internet il semble que Ziziphus jujuba (aussi appelé ‘Chinese jujube’) ne soit pas tout à fait l’arbre qu’on trouve ici, même sous l’appellation de ‘jujube’. Il ne nous resterait dans ce cas que Ziziphus mauritiana (ou ‘Indian jujube’), notre espèce ‘locale’, le fruit qui pour certains a un goût d’enfance les ramenant à leur temps de voleur de massons.

Plant de masson.

Plant de masson.

Massons.

Massons.

Du fait même que dans l’île il existe une famille Masson (cf. l’écrivain Loys Masson ou le peintre Hervé Masson par exemple), il était tentant de penser que le nom du fruit venait de ces gens-là. Eh bien non, nouvelle erreur. A en croire le dictionnaire cité plus haut, le mot masson proviendrait du nom du fruit en portugais : maçã.

Dictionnaire étymologique des créoles de l'océan Indien.


Dictionnaire étymologique des créoles de l'océan Indien.

Ce qui est amusant dans cette histoire, c’est qu’en portugais maçã est… la pomme. La pomme, le fruit (pomum en latin), celui qu’on mange à toutes les sauces, y compris chez nous, sous forme de ‘pomme d’amour’ ou de ‘pomme jaco’.

Maca -- Dictionnaire portugais

« Je ne fais pourtant de tort à personne,
En laissant courir les voleurs de massons. »

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Pour l’anecdote, les ‘massons’ (le jujube), ces petits fruits acidulés dont sont friands petits et grands à Maurice, abondent dans la partie sud de l’île aux Cerfs.”
(Le Matinal, 7 avril 2010.)

 

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Mise à jour du 29 juillet 2012.

MM. Rouillard et Guého lèvent un coin de voile sur la dichotomie masson/jujube à Maurice. Dans leur ouvrage un tantinet brouillon ils parlent du massonnier — qu’ils nomment aussi jujubier de l’Inde — en ces termes :

« Arbre épineux, originaire de l’Inde et de la Birmanie, introduit dans de nombreux pays tropicaux et souvent naturalisé.
« Sa présence chez nous est signalée au milieu du XVIIIe siècle [par] Aublet qui le cite sous le nom de Ziziphus jujuba de Linné et illustré par les planches de Rumph et Rheede. Bojer, sous cette même appellation, sous [?] le dit naturalisé et distingue différentes variantes par la taille et la forme des fruits et leur saveur.
« En fait, l’échantillon type de Ziziphus mauritiana Lam. est une récolte faite par Sonnerat à l’île de France. Celui-ci séjourna à Maurice de 1768 à 1771 et fut attaché à Commerson, faisant ainsi ses débuts dans sa carrière de naturaliste. Cette espèce ne doit pas être confondue avec Ziziphus jujuba Mill., le Jujubier de Chine, plante de régions tempérées n’existant pas à Maurice. [C’est moi qui souligne.]
« Le massonier est naturalisé dans les parties sèches de l’île surtout sur le littoral. Il en existe de différentes formes, dont certaines à fruits plus agréables à consommer. Ces derniers, appelés jujubes, sont volumineux et de forme allongée. Ils sont propagés par greffage sur les massonniers rustiques. » [C’est encore moi qui souligne.]

De ce qui précède, il ressort qu’à Maurice il n’existe qu’une seule espèce, appelée Ziziphus mauritiana en dépit du fait qu’elle soit originaire d’Inde et de Birmanie. C’est la forme la moins âcre, pour laquelle les fruits sont plus gros et plus savoureux, qui reçoit le nom de jujube (appellation abusive si l’on considère que seul Ziziphus jujuba, le jujube de Chine, peut en toute rigueur être appelé de la sorte). C’est cette variété plus savoureuse qui est vendue dans les rues de Port-Louis et ailleurs, à un prix absolument prohibitif.

Lorsque MM. Baker et Hookoomsing parlent de Ziziphus jujuba en tant qu’espèce végétale présente à Maurice, et qu’ils sont repris texto par Annegret Bollée, cela est une erreur. Toutefois, il est possible que cette espèce ne soit pas complètement inconnue dans la région. En effet, à l’entrée de la Wikipédia consacrée à l’espèce Ziziphus jujuba (aussi appelée Ziziphus zizyphus) il est possible de lire ce qui suit :

« Les francophones de l’océan Indien nomment ce jujubier pomme malcadi, pomme surette, petit pomme gingeolier, ou dindoulier. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ziziphus_jujuba

Je ne saurais dire si, en toute rigueur, je suis un francophone, mais jamais je n’ai entendu aucune de ces appellations. Si elles sont avérées, sans doute sont-elles employées à la Réunion et non à Maurice.

 

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