Lait condensé

Lait condensé.
Locution nominale masculine.

Lait concentré.

Nestle_condensed_milk_696Certains font des toffees avec de la crème de lait. Moi j’utilise du lait condensé.”

Malai Peda
Ingrédients
2 tasses de lait en poudre
1 boite de lait condensé
100g de beurre sans sel

(L’Express, 31 octobre 2013.)

Saviez-vous que le lait condensé peut contenir de l’huile de palme ? C’est ce que révèle une lecture minutieuse des labels du lait condensé et du lait évaporé. En effet, l’huile de palme est utilisée pour remplacer la graisse animale.”
(Le Défi, 4 avril 2012.)

Avec la farine et le lait condensé, préparer une pâte. Bien pétrir tout en ajoutant le mantègue.
(Site Orange.mu)

La locution “lait condensé”, utilisée quasi exclusivement en lieu et place de “lait concentré”, est due à l’influence de l’anglais, langue dans laquelle ce produit calorique et collant est appelé “condensed milk”. Est-ce déplorable ? Sans doute, mais si en parlant cuisine vous voulez que votre interlocuteur prête bien attention à ce que vous lui dites, évitez d’employer l’expression exotique “lait concentré”, car vous risqueriez alors de le déconcentrer.

Condensed_milk--Lait_concentre_sucre_Nestle

Salaam

Salaam, salam.
Interjection.

Au revoir, bye, ciao, salut. Expression utilisée en prenant congé d’une personne.

Faire salaam : faire coucou, faire un signe de la main, en général au moment du départ.

Salaam_(arabic_script)Ma femme m’attend, il faut que je parte. Salaam.”

Il demeure que nous devons nous poser la question du sens de cette évolution culturelle. La culture musulmane mauricienne se résume-t-elle sinon au fameux briani ou au «salam» qui est désormais notre manière nationale de se dire «au revoir» ?”
(Le Mauricien, 27 juillet 2012.)

To enkor jeune, toi et Pravin peuvent attendre au risque de disparaître complètement avec ton petit groupe de roders boutes. Salam mon piti. Mo chagrin twa.”
(Commentaire d’article, L’Express, 4 février 2010.)

Des villageois qui d’habitude font salaam aux bateaux de la plage, ont eu l’occasion d’embarquer.”
(L’Express, 4 septembre 2007.)

De là où il se trouve, je suis sûr que Thierry Montocchio, l’homme à la foi inébranlable, a dû apprécier à sa juste mesure cette juxtaposition de prières. Comme pour lui faire un dernier salam.”
(Week-End, 3 juillet 2011.)

Gens faisant salam ("waving goodbye") sur le toit de l’ancienne aérogare de Plaisance – Vintage Mauritius, sur Facebook.

André saluait régulièrement Lucienne lorsqu’il était dans le train. ‘Ene jour mo dans train, mo faire li salam et li aussi li faire pareil.’
(L’Express, 20 octobre 2005.)

Parsad et lui ont fait ensemble un bon bout de chemin. Aux abords de la gare ils se quittent. L’Indien et sa petite bande prendront une charrette qui les portera jusqu’à Rose Hill, où habite le propriétaire du véhicule. Il est cinq heures du matin. Le temps est douteux. Bastien se moque du copain qui va en charrette. Il ne se doute pas que Parsad a quelques centaines de roupies à la banque d’épargnes. Lui, il n’a jamais pu économiser cent sous.
Le train part. Il fait un salam ironique à l’autre
.”
(Léoville L’Homme, Le Centenaire du Mauritius Turf Club, 1913, page 154, “La journée de la Coupe d’Or, samedi 31 août 1912”, sur le site de la Bibliothèque numérique Mauritiana.)

Du toit on pouvait encore faire salam aux parents et amis qui partaient ou venaient!
(Commentaire sur Facebook, page Vintage Mauritius, à propos du vieil aéroport de Plaisance, 8 juin 2013 à 22:12.)

Salam Nazim
(L’Express, 22 novembre 2013.)

Le mot salaam est d’origine arabe. À l’instar d’un autre mot sémitique apparenté — le mot hébreu shalom —, sa signification principale est “paix”. Parmi les musulmans il est utilisé pour souhaiter la bienvenue à quelqu’un, en général un coreligionnaire : “as-salaam waleikoum”, que la paix soit sur toi.

Dans le contexte mauricien, salam est utilisé par l’ensemble de la population pour prendre congé, pour dire au revoir, que ce soit en créole ou en français. Dire “salam” c’est dire “au revoir”, “bye”, “véloum”, “sayonara”, “ciao”. Salam offre d’ailleurs une similitude avec ciao dans le sens que les Italiens l’utilisent pour dire à la fois “bonjour” et “au revoir” alors que les non-Italiens l’utilisent pour dire “au revoir” uniquement. De même, ce sont surtout les Mauriciens non-musulmans qui l’utilisent pour dire au revoir en partant. Selon Baker & Hookoomsing cela n’a pas toujours été le cas, comme on peut le voir sur l’extrait ci-dessous, salam ayant autrefois été utilisé pour dire bonjour aussi (sens aujourd’hui disparu). Les auteurs précisent que l’usage consistant à dire salam uniquement lorsqu’on s’en va correspond à un usage moderne en hindi et ils précisent que cette façon de faire, aujourd’hui normale à Maurice, pourrait être due à l’immigration indienne.

Philip Baker & Vinesh Hookoomsing — Diksyoner kreol morisien, page 282.

Philip Baker & Vinesh Hookoomsing — Diksyoner kreol morisien, page 282.

Par ailleurs il est possible de noter qu’en Afrique francophone “faire le salam” signifiait faire la prière rituelle musulmane. À Maurice on utilisera plutôt l’appellation “namaz” à cet effet.

Bon, eh bien salam !

Amorces

Amorce(s).
Nom féminin, le plus souvent pluriel.

Aciers en attente, armatures en attente, attentes. (Vocabulaire de la construction.)

Amorces_sur_dalle_19

Ces idiots ont coupé les amorces du beam. Il va falloir casser le béton pour retrouver le ferraillage situé plus à l’intérieur.”

C’est vraiment une beauté tous ces bâtiments avec leurs amorces qui dépassent au-dessus de la dalle !

On va utiliser les fers de l’auvent comme amorces pour la nouvelle dalle.”

Amorces pour une dalle.

Amorces pour une dalle.

Les amorces — ou attentes dans leur version française — sont les aciers qui dépassent du béton et qui permettent de couler un élément supplémentaire dans un deuxième temps tout en assurant une connexion entre les deux parties grâce à la continuité du ferraillage, même si le béton, lui, est discontinu. Le site des éditions Eyrolles propose un certain nombre de définitions en ligne, dont celle des armatures en attente :

armature en attente
armature – n.f.
[Div.] Ensemble d’éléments incorporé dans un matériau pour le renforcer ou pour augmenter sa résistance. V. ill. Armatures d’une poutre en béton armé, terre armée.
[B.A.P.] Barre, fil ou câble d’acier placé dans le béton qui devient alors armé ou précontraint. V. ill. Armatures d’une poutre en béton armé.
[...]
en attente -
[B.A.P.] Longueur d’armature hors du béton destinée à permettre la continuité avec d’autres armatures par recouvrement lors de la reprise de bétonnage. Syn. Armature de liaison. V. ill. Attentes (boite d’).

La continuité du ferraillage est assurée par une longueur commune d’armatures dites “en recouvrement” (recouvrement = lap en anglais). La barre d’acier A est scellée par adhérence dans le béton 1 (coulé en premier) et sort de ce dernier sur une longueur L. La barre B est placée le long de A sur une longueur environ égale à L, et se prolonge au-delà. On coule le béton 2 et, après durcissement de ce dernier, les deux barres sont scellées dans une même matrice, ce qui assure la continuité mécanique des barres d’acier, auxquelles il est possible d’appliquer un effort de traction de chaque côté sans que l’une ne glisse par rapport à l’autre.

Recouvrement_barres

En français standard le mot attente se rapporte au fait d’attendre, verbe lui-même lié au verbe tendre (ce qui par ailleurs n’est pas sans lien avec la contrainte existant au sein des barres tendues, des barres d’acier étant incorporées au béton principalement pour résister aux forces de traction). Même si dans le présent contexte les deux mots sont équivalents, il existe une différence sémantique entre les attentes et les amorces.

Comme aurait pu le dire une lapalissade, les attentes sont des aciers placés en attente, c’est-à-dire qu’ils sont là dans l’attente de la suite des événements. À l’instar de Vladimir et Estragon, ils attendent — pour combien de temps encore, on ne le sait pas toujours.

Les amorces, elles, sont le début de quelque chose, ce qui peut paraître moins passif. L’amorce, c’est ce qui sert à amorcer un processus, et qui rend possible son aboutissement. À la pêche, c’est la bouette, l’appât servant à attraper petits et gros poissons. Le mot amorce découle d’ailleurs de cette acception-là : l’amorce est issue d’un participe passé du verbe amordre, i.e. “mordre” ou “faire mordre”. L’amorce est aussi ce qui permet à un explosif d’exploser, d’où le fait de désamorcer une bombe.

Parmi les nombreux sens que peut revêtir le mot, l’amorce est aussi — ce qui nous intéresse d’avantage ici — une “partie de muraille laissée inachevée, mais de manière à pouvoir être continuée plus tard” (TLF). C’est de ce sens-là que dérive très probablement l’amorce en tant que partie d’une barre de fer laissée en attente pour le coulage d’une autre partie d’une structure en béton. C’est aussi, selon le Dicobat, le “poinçonnement effectué en avant-trou sur une pièce de bois ou de métal, ou sur un mur, avant le perçage du trou.” Tout cela est fort éloigné de l’appât utilisé pour pêcher, mais c’est aussi de cette manière que se construisent les langues. Ou les bâtiments en béton.

Black River (new) District Court, Bambous.

Black River (new) District Court, Bambous.

Va laver tes mains

“Souvent des fois”, en disant que je dois brosser mes dents, que je viens de couper mes ongles, qu’il faut que j’essuie ma bouche ou que je voudrais laver mes mains, je me fais la réflexion qu’un Français ne parlerait sans doute pas comme ça. Et je me dis que les Français parlant français disent plutôt qu’ils se brossent les dents, se coupent les ongles, s’essuient la bouche ou se lavent les mains.

Quelle n’a donc pas été ma joie de tomber à l’improviste sur des messages fleurant le mauricianisme, et ce dans une cuisine industrielle où il était demandé au personnel de laver ses mains et de couper ses ongles.

???????????????????????????????

Coupez vos ongles

Lavez vos mains

Mais est-ce bien sûr qu’il s’agit là de mauricianismes ? Ces petites affiches autocollantes ont-elles bien été rédigées par des Mauriciens ? Une enquête (contre X) doit être ouverte.

???????????????????????????????

Tout

Tout.
Adverbe.

1) Aussi, “en plus”, (et) même, y compris, qui plus est.

tout_inclus L’expression utilisée dans le sens dont il est question ici est avant tout orale. De ce fait il n’a pas été possible (jusqu’à l’heure) de trouver des attestations écrites dans des livres, dans la presse ou sur internet, bien qu’elles existent peut-être et qu’on puisse éventuellement les trouver en cherchant bien et longtemps. Quoi qu’il en soit, les exemples suivants ont été créés afin d’illustrer la façon dont le mot est utilisé dans ce contexte, tout en essayant de rester le plus proche possible de ce qui aurait pu s’entendre dans une conversation réelle. Il n’est probablement pas nécessaire de préciser que toute personne ayant un exemple concret à partager est encouragée à en parler sur ce billet et que, pour ma part, mes oreilles seront désormais à l’affût de tout tout entrant dans le présent cadre.

Toutou_a_la_rescoussePendant le long week-end ils sont partis au bord de la mer, à Flic-en-Flac. Ils ont emmené les tentes, les nattes, les fauteuils, le jeu de carom, la belle-mère, les cousins, les chiens tout.”

Les voleurs sont passés chez eux et ils ont volé des quantités de choses. Ils ont pris le linge sale tout !

Fouf ! dans la maison tout il y a des moustiques !

Les enfants étaient déchaînés. Ils ont cassé une vitre tout.”

Hier au soir il y avait un pugilat dans le quartier. Deux voisins qui se bagarraient pour une histoire d’arbre sur leur balisage je crois. Il y avait foule près de leur maison, pour voir ce qui se passait. La police tout est venue.”

Dans les exemples ci-dessus le mot tout pourrait être remplacé plus ou moins facilement par les expressions en 1) : “ils ont emmené la belle-mère, les cousins, et même les chiens”, “ils ont emmené bien des choses, y compris les chiens” ; “les voleurs ont même pris le linge sale”, ou “ils ont pris le linge sale aussi”, “ils ont pris le linge sale ‘en plus’”, “qui plus est ils ont pris le linge sale” ; “même dans la maison il y a des moustiques” ; “ils ont même cassé une vitre” ; “même la police est venue”, “la police aussi est venue”.

Dans une nuance légèrement différente, tout peut servir à marquer la complétude dans l’expression “ça même tout”, laquelle signifie que tout est là, qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit. En ce sens elle est un équivalent des expressions “c’est tout”, “rien de plus”, “rien d’autre”, “that’s all” ou “that’s it” :

— Une bouteille d’eau, quatre pommes, un paquet de biscuits manioc. Tu voudrais autre chose pour mettre dans ton sac ?
— Non, ça même tout.

— Dans le tiroir tu n’as trouvé que deux paires de chaussettes, trois straps et un mouchoir ?
— Oui, ça même tout.

Il était tout à fait possible de passer à côté de ce mauricianisme-là et c’est un véritable “friend” qui m’a mis la puce à l’oreille, ce dont je lui sais infiniment gré. Notre petit échange a même valeur d’illustration pour ce qui nous intéresse ici :

Une discussion sur Facebook...

Une discussion sur Facebook…

On trouve aussi des occasions où le mot tout est employé dans une autre acception liée au temps, afin d’exprimer une chose qui, de façon en général inattendue, s’est déjà réalisée :

2) Déjà.

Tu arrives trop tard. Il est parti tout.”

— Je n’ai entendu aucun bruit. Est-ce que ton appareil photo marche ?
— Oui, ça a pris tout.

— Tu prépares un coup l’ourite pour le vindaye ?
— Le vindaye est cuit tout !

Samedi elle est allée à la fête, mais c’était fini tout.”

Dans les exemples ci-dessus on aurait pu dire, pour parler un “meilleur” français, “il est déjà parti”, “la photo a déjà été prise”, “le vindaye est déjà cuit” ou que “c’était déjà fini”.

Il est possible que cette façon de parler en français de Maurice dérive du créole, où des tournures identiques sont normales. “Zonn amenn lisien tou” ; “zonn pran linz sal tou” ; “dan lakaz tou ena moustik” ; “lapolis tou inn vini”. Ou encore “samem tou” pour “c’est tout”. De même, en ce qui concerne ce qui est déjà accompli : “linn alé tou”, “manzé-la inn koui tou”, “lafet ti fini tou”.

Baker & Hookoomsing, p. 326.

Baker & Hookoomsing, p. 326.

Toutefois, on ne saurait dire avec une certitude absolue si le français local a emprunté au créole des tournures qui n’ont jamais existé en français ou si ces formes-là existaient dans un français ancien et/ou régional et qu’elles ont été conservées tant en créole qu’en français mauricien. Quoi qu’il en soit, il est possible de noter que nos créolistes locaux ignorent superbement les acceptions de tou (ou tu) mentionnées ci-dessus, qu’ils s’appellent Baker & Hookoomsing ou bien Carpooran.

Carpooran, p. 1043.

Carpooran, p. 1043.

En effet, de façon somme toute surprenante, dans leur dictionnaire ces messieurs ne mentionnent que les sens de tou / tu correspondant au tout français ou aux all & everything anglais. Peut-être aurait-il fallu quelqu’un de plus outspoken que moi, par exemple quelqu’un du calibre d’un ancien archevêque anglican de Cape Town, pour leur indiquer le droit chemin du Tout, le tout complet et universel plutôt qu’un tout tronqué et partiel. Car après tout, ce n’est pas tout d’écrire des dictionnaires et de penser que, voilà, tout est dit : qu’on le veuille ou pas, ces livres-là sont avant tout des réceptacles de ce qui existe — non pas ce qui existe de tout temps (rien en ce monde n’existant depuis toujours), mais ce qui s’observe depuis un certain temps au moins.

13e dimension

Spacieuses places de parking.

Espaces_spacieux_437

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(13 espaces)
42, rue Joseph Rivière
(Parallèle avec Rue Desforges)
Contactez: Saroja 498 5214
ou s’adresser à l’interieur

Pillage

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