Circuler

Circuler
Verbe transitif.

En parlant d’un document : envoyer à un certain nombre de destinataires, remettre à plusieurs personnes, faire passer, diffuser.

Circulez_lentement_3D’accord, Alwy, ça n’a pas été pris en compte, mais j’avais quand même circulé ce mail-là à tout le monde il y a deux mois !

La MBC avait refusé de donner une copie d’une “lettre considérée “hautement diffamatoire” (qu’aurait exhibée Rehana Ameer) en avançant que si elle le faisait elle ne ferait que circuler la lettre incriminée.”
(Le Matinal, 17 novembre 2010.)

Rajesh Bhagwan a circulé à cette occasion une publication retraçant les réalisations de son ministère pour cette année.”
(L’Express, 29 décembre 2001.)

Xavier-Luc Duval a dû, ainsi, venir à la rescousse de son collègue et a conseillé au ministre de dire qu’il allait circuler les réponses.”
(Le Matinal, 26 octobre 2011.)

A l’époque, le 10 décembre 2009, le Dr. James Burty David avait circulé un ‘draft Local Government Bill’ au niveau du gouvernement. C’est presque la même chose que le ministre est en train de présenter aujourd’hui; presque la même chose à quelques différences près.”
(Débats parlementaires à l’Assemblée nationale (Hansard, pdf), page 107, scéance du 7 décembre 2011.)

Collins (6th edition), p. 311.

Collins (6th edition), p. 311.

Légalisation de l’avortement : Cehl Meeah circulera une pétition auprès de ses électeurs
(L’Express, 26 mai 2012.)

MedPoint : Bérenger circule un nouveau rapport compromettant pour le gouvernement
(L’Express, 15 février 2011.)

Selon le communiqué de la MBC, le conseil d’administration ‘a pris connaissance du rapport du comité disciplinaire qui venait de se réunir pour entendre Mme Rehana Bibi Ameer […] au sujet de deux charges portées contre elle : (a) la première concernait la circulation d’une lettre anonyme hautement diffamatoire contre certains employés de la MBC et (b) la deuxième avait trait à une déclaration diffamatoire faite par Mme Rehana Ameer contre le directeur général de la MBC dans la presse.’
(Week-End, 5 décembre 2010.)

Monsieur Giraud évoque la circulation d’une lettre anonyme impliquant certaines personnes dans des cas "allégués d’abus sexuels".”
(Week-End, 2 janvier 2012.)

"Circuler" – Week-End du dimanche 6 juillet 2014, page 8.

"Circuler" – Week-End du dimanche 6 juillet 2014, page 8.

L’expression, utilisée de cette façon transitive et directe, existe en anglais :
v.t.
5. to cause to pass from place to place, person to person, etc.; disseminate; distribute: to circulate a report.
Random House Kernerman Webster’s College Dictionary, © 2010 K Dictionaries Ltd. Copyright 2005, 1997, 1991 by Random House, Inc.
(Thefreedictionary.com)

Il est légitimement supputable, tout comme il faut être deux pour boire du thé, que nous avons là affaire à un emprunt direct à cet idiome germanique. Comment ! un anglicisme de plus ?! — Circulez, il n’y a rien à voir…

Causer

Causer
Verbe intransitif.

En français de Maurice, le mot causer est en général utilisé en tant qu’équivalent exact du verbe parler, tant pour ce qui est du sens que du registre. En français “standard”, le verbe causer est surtout employé, dans un registre familier ou populaire, ou avec une connotation plus ou moins négative, pour évoquer une conversation sans importance, ou une conversation au cours de laquelle on parle de façon plutôt défavorable d’une personne ou d’une chose (dans certains parlers du nord de la France causer = gronder, blâmer). En français standard contemporain causer serait ainsi un synonyme de s’entretenir familièrement, bavarder, papoter — autrement dit cause-causer en dialecte mauricien —, ainsi que de jaser, jacasser, cancaner, voire médire. “Se faire causer”, c’est aussi “se faire engueuler” (discussion très vive).

« Je (ne) le connais pas. Je (ne) lui ai jamais causé ! »
« Quand tu auras fini de causer avec madame, tu pourras peut-être t’occuper de nous ? »
« La dictature c’est “ferme ta gueule” et la démocratie c’est “cause toujours”. » (Coluche.)
« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. » (Paroles du perroquet Laverdure dans Zazie dans le métro, roman de Raymond Queneau.)
« Fais gaffe, des fois il y en a qui causent… »
Dans ces exemples franco-français, causer n’est pas un équivalent neutre de parler. Ici l’expression appartient à un registre familier ou relève d’une volonté de faire de l’ironie. Son usage suggère que le locuteur s’exprime d’une façon familière ou populaire, ou qu’il se moque ou confère au mot une connotation péjorative.

À Maurice, causer est employé de façon sensiblement plus neutre. On ne passera pas nécessairement pour une personne manquant d’éducation ou pour quelqu’un cherchant à faire de l’esprit ou des sous-entendus si on dit que la veille on a « causé de la conjoncture économique avec un directeur de banque ». Ce causer-là n’est pas nécessairement perçu comme ressortissant au “small talk” ou aux cancans, pas plus qu’il ne constituerait une façon insidieuse de sous-entendre qu’on est à tu et à toi avec la personne en question. Les Mauriciens peuvent causer de façon parfaitement neutre de choses tout à fait sérieuses et dans une perspective positive. Le leader de l’opposition peut par exemple « causer d’alliance électorale » avec le leader du parti au pouvoir sans que cela suggère que leur conversation a manqué de sérieux ou de solennité. Pour parler spécifiquement d’une conversation informelle, on utilisera plutôt le verbe cause-causer, expression dont un équivalent serait blaguer (converser, parler de façon légère).

Caricature de Deven T parue dans Le Mauricien du 27 juin 2014.

Caricature de Deven T
parue dans Le Mauricien du 27 juin 2014.

En créole, parler est d’un usage restreint, causer (ou kozé) étant le verbe normalement utilisé quand il s’agit de mentionner une conversation. De la manière la plus neutre qui soit, « je lui ai parlé » est « monn koz ar li ». Toutefois, bien que de façon peu fréquente, parlé peut être utilisé en créole avec une connotation similaire à celle du verbe causer en français standard : quand une personne « inn parlé », cela peut signifier qu’elle a parlé d’une autre personne avec malignité ou indiscrétion, qu’elle a répété des propos qu’elle aurait peut-être dû taire, peut-être même qu’elle a rapporté (cafter en argot français).

Kozé en créole est en général un verbe, mais il peut aussi être un nom : enn bon kozé (des paroles pleines de bon sens), enn kozé barok (une façon bizarre de s’exprimer, comme celle des dallons seychellois par exemple), enn kozé foutan (des propos sarcastiques, impertinents ou insolents), etc. Le mot, neutre comme on l’a vu plus haut, peut faire partie de locutions diverses, connotées positivement ou négativement : koz nimport = parler à tort et à travers, dire n’importe quoi ; linn gaign enn kozé kouyon = il s’est fait rabrouer ; koz kontrer = parler de manière insidieuse pour blesser quelqu’un ; koz manti = mentir ; koz gra = parler de façon vulgaire ; enn bon kozé = des paroles sensées, intelligentes ; mari kozé sa ! = voilà qui est très bien dit !

Depuis un certain nombre d’années kozé est aussi utilisé en créole pour accueillir une personne, surtout chez les jeunes. Kozé mo noir ! peut servir à saluer une personne que l’on connaît bien et qu’on vient de rencontrer, peu importe d’ailleurs la teinte que peut avoir son épiderme. En ce sens il s’agit d’un équivalent de « comment ça va ? », « quoi de neuf ? », ou du très mauricien « quelles nouvelles ?! », ce qui peut aussi se traduire en « ki manière » ou « ki news », voire en « kaisé ba ». Une version un peu plus moderne, un peu plus jeune, de la formule de bienvenue est kozé frère ! ou kozé bhai ! (bhai = frère). Au fil du temps, le mot kozé a été employé seul, comme interjection, pour saluer une connaissance : Kozé ! Cette formule se décline en différentes versions dont la longueur du -é final peut servir à indiquer à la fois le degré d’intimité avec la personne rencontrée, le temps écoulé depuis la dernière rencontre et le plaisir qu’on éprouve en la revoyant. Si on n’a pas vu un bon copain depuis longtemps et qu’on est très heureux de le revoir, cela peut aboutir dans les faits, avec une voix qui monte à la fin, à un kozééééé !!

Alarme

Alarme.
Nom féminin.

Réveil, réveil-matin.

Alarme_(reveil-matin)_46La semaine dernière je suis arrivé mari en retard au meeting que j’avais de bonne heure avec le ministre. La veille au soir j’avais oublié de mettre mon alarme et je me suis réveillé avec trois-quarts d’heure de retard. Je ne te raconte pas à quelle vitesse je me suis baigné et habillé ! J’ai galopé dans les rues de Port-Louis et je suis arrivé à son bureau échevelé et transpirant. Heureusement qu’il a le sens de l’humour et a ironisé sur ‘lipié maille dans draps’…

Votre alarme ne doit pas être à portée de main. Posez-la à distance, cela vous forcera à sortir de votre lit pour l’éteindre.”
(L’Express, 26 octobre 2008.)

Ne sautez pas du lit après avoir éteint la sonnerie stridente de votre alarme. Accordez-vous du temps pour démarrer votre journée en douceur.”
(Week-End, 7 octobre 2013.)

Une fois encore, on doit à l’influence de l’anglais cet usage d’un mot différant de celui utilisé en français standard. En anglais, “réveil-matin (ou “réveil”) se dit “alarm clock”, et c’est à cause de cette expression-là que des Mauriciens parlent d’“alarme” lorsqu’il s’agit de ce petit appareil qui, en sonnant, vous fait maudire son existence quand vous dormez encore du sommeil du juste.

L’alarme en question peut aussi être la sonnerie elle-même, et en ce sens cette acception pourrait se rapprocher davantage, encore que de façon bien imparfaite, de ce qu’on trouve en bon français. Le Petit Robert (2006) parle de “dispositif de surveillance d’un local, d’un véhicule”, le TLF pour sa part ne mentionnant que le “signal pour appeler aux armes, pour annoncer l’approche de l’ennemi, et par extension pour avertir de tout danger matériel ou moral, réel ou supposé”. En français, l’alarme — un signal, un appel — est toujours liée à un danger, à une menace (à l’arme !), connotation qu’elle n’a pas systématiquement en anglais. “To set the alarm”, dans le cas qui nous concerne, c’est simplement “mettre le réveil” (Reverso.net) — bien que le réveil ainsi causé, qui sera de ce fait brutal, puisse être vu comme dangereux.

Traduction selon le site Reverso.net

Traduction selon le site Reverso.net

Les services éducatifs irlandais (qu’est-ce que les services éducatifs irlandais ont à voir avec le schmilblick, ou avec Mars, ou encore avec la choucroute ou le vindaye, me demanderez-vous — eh bien c’est comme ça, j’ai envie de parler des services éducatifs irlandais), Mettre_le_reveil--Newb.ie les services éducatifs irlandais, donc, ont publié une brochure destinée à sensibiliser les parents quant à l’importance de donner une bonne éducation à leurs enfants, brochure dans laquelle ils conseillent de “set the alarm clock in good time so that you can get your child to school on time”. Les services éducatifs irlandais, qui sont des services étonnants, ont publié cette brochure en 17 langues autres que l’anglais, de l’albanais au yoruba, et même en gaélique. Dans la version française, il est question de “mettre le réveil suffisamment tôt afin que votre enfant arrive à l’école en temps voulu”. Gageons que s’il y avait eu une version mauricienne, pondue par quelques-uns de nos vaillants fonctionnaires à nous, on aurait lu quelque chose comme “n’oubliez pas de mettre l’alarme suffisamment de bonne heure pour que votre enfant ne fasse pas un retard”.

Comme on l’a vu plus haut, nous avons ici un cas flagrant (patent) d’anglicisme. C’est sans doute mal. Le mal, si mal il y a, est toutefois bénin et — pour employer une expression chérie des journalistes martiens — il n’y aurait pas vraiment de quoi tirer la sonnette d’alarme.

 

 

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(Merci à C., qui est d’origine française, d’avoir évoqué les questions d’incompréhension mutuelle avec son mari, un Mauricien, à propos de leurs problèmes d’alarme.)

Lait condensé

Lait condensé.
Locution nominale masculine.

Lait concentré.

Nestle_condensed_milk_696Certains font des toffees avec de la crème de lait. Moi j’utilise du lait condensé.”

Malai Peda
Ingrédients
2 tasses de lait en poudre
1 boite de lait condensé
100g de beurre sans sel

(L’Express, 31 octobre 2013.)

Saviez-vous que le lait condensé peut contenir de l’huile de palme ? C’est ce que révèle une lecture minutieuse des labels du lait condensé et du lait évaporé. En effet, l’huile de palme est utilisée pour remplacer la graisse animale.”
(Le Défi, 4 avril 2012.)

Avec la farine et le lait condensé, préparer une pâte. Bien pétrir tout en ajoutant le mantègue.
(Site Orange.mu)

La locution “lait condensé”, utilisée quasi exclusivement en lieu et place de “lait concentré”, est due à l’influence de l’anglais, langue dans laquelle ce produit calorique et collant est appelé “condensed milk”. Est-ce déplorable ? Sans doute, mais si en parlant cuisine vous voulez que votre interlocuteur prête bien attention à ce que vous lui dites, évitez d’employer l’expression exotique “lait concentré”, car vous risqueriez alors de le déconcentrer.

Condensed_milk--Lait_concentre_sucre_Nestle

 

 

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Mise à jour du 18 mai 2014.

À la lumière des commentaires ci-dessous, il semblerait que l’expression “lait évaporé” puisse être elle aussi considérée comme un mauricianisme, du fait de la différence dans la fréquence d’utilisation entre le français tel qu’il est parlé à Maurice et le français dit “standard” qu’on entend en France. (Tout en gardant à l’esprit que dans la bouche des Mauriciens il est sans doute plus souvent question de “lait condensé” que de “lait évaporé”.) Si la compréhension, par un Français parlant un français standard, de l’expression “lait condensé” ne devrait en principe pas causer de difficultés, il est fort possible qu’il n’en aille pas de même pour ce qui est de l’expression “lait évaporé”, traduction littérale de l’anglais “evaporated milk”.

Carnation_(lait_evapore)_339

Les Québécois — qui ont presque toujours un mot à dire lorsqu’il s’agit d’emprunter ou de rejeter des expressions issues de l’anglais — déconseillent l’usage de l’expression “lait évaporé”, tout comme ils critiquent l’usage de “lait condensé”. Le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française (OQLF, instance gouvernementale) déconseille ainsi l’utilisation de ces deux locutions en français. Mais ce qui est plus étonnant, si l’on se réfère à la fiche consacrée à l’expression “evaporated milk”, c’est qu’il semble aussi critiquer l’usage de cette expression-là en anglais, lui préférant “concentrated milk” :

Lait_evapore--Evaporated_milk--OQLF_(1987)

Allons, messieurs de l’OQLF, point trop n’en faut. Contentez-vous de garder vos québécoises brebis égarées dans des anglicismes de bas-étage et laissez les autres bêler comme bon leur semble.

 
Carnation_evaporated_milk_(lait_evapore)--Nestle

Salaam

Salaam, salam.
Interjection.

Au revoir, bye, ciao, salut. Expression utilisée en prenant congé d’une personne.

Faire salaam : faire coucou, faire un signe de la main, en général au moment du départ.

Salaam_(arabic_script)Ma femme m’attend, il faut que je parte. Salaam.”

Il demeure que nous devons nous poser la question du sens de cette évolution culturelle. La culture musulmane mauricienne se résume-t-elle sinon au fameux briani ou au «salam» qui est désormais notre manière nationale de se dire «au revoir» ?”
(Le Mauricien, 27 juillet 2012.)

To enkor jeune, toi et Pravin peuvent attendre au risque de disparaître complètement avec ton petit groupe de roders boutes. Salam mon piti. Mo chagrin twa.”
(Commentaire d’article, L’Express, 4 février 2010.)

Des villageois qui d’habitude font salaam aux bateaux de la plage, ont eu l’occasion d’embarquer.”
(L’Express, 4 septembre 2007.)

De là où il se trouve, je suis sûr que Thierry Montocchio, l’homme à la foi inébranlable, a dû apprécier à sa juste mesure cette juxtaposition de prières. Comme pour lui faire un dernier salam.”
(Week-End, 3 juillet 2011.)

Gens faisant salam ("waving goodbye") sur le toit de l’ancienne aérogare de Plaisance – Vintage Mauritius, sur Facebook.

André saluait régulièrement Lucienne lorsqu’il était dans le train. ‘Ene jour mo dans train, mo faire li salam et li aussi li faire pareil.’
(L’Express, 20 octobre 2005.)

Parsad et lui ont fait ensemble un bon bout de chemin. Aux abords de la gare ils se quittent. L’Indien et sa petite bande prendront une charrette qui les portera jusqu’à Rose Hill, où habite le propriétaire du véhicule. Il est cinq heures du matin. Le temps est douteux. Bastien se moque du copain qui va en charrette. Il ne se doute pas que Parsad a quelques centaines de roupies à la banque d’épargnes. Lui, il n’a jamais pu économiser cent sous.
Le train part. Il fait un salam ironique à l’autre
.”
(Léoville L’Homme, Le Centenaire du Mauritius Turf Club, 1913, page 154, “La journée de la Coupe d’Or, samedi 31 août 1912”, sur le site de la Bibliothèque numérique Mauritiana.)

Du toit on pouvait encore faire salam aux parents et amis qui partaient ou venaient!
(Commentaire sur Facebook, page Vintage Mauritius, à propos du vieil aéroport de Plaisance, 8 juin 2013 à 22:12.)

Salam Nazim
(L’Express, 22 novembre 2013.)

Le mot salaam est d’origine arabe. À l’instar d’un autre mot sémitique apparenté — le mot hébreu shalom —, sa signification principale est “paix”. Parmi les musulmans il est utilisé pour souhaiter la bienvenue à quelqu’un, en général un coreligionnaire : “as-salaam waleikoum”, que la paix soit sur toi.

Dans le contexte mauricien, salam est utilisé par l’ensemble de la population pour prendre congé, pour dire au revoir, que ce soit en créole ou en français. Dire “salam” c’est dire “au revoir”, “bye”, “véloum”, “sayonara”, “ciao”. Salam offre d’ailleurs une similitude avec ciao dans le sens que les Italiens l’utilisent pour dire à la fois “bonjour” et “au revoir” alors que les non-Italiens l’utilisent pour dire “au revoir” uniquement. De même, ce sont surtout les Mauriciens non-musulmans qui l’utilisent pour dire au revoir en partant. Selon Baker & Hookoomsing cela n’a pas toujours été le cas, comme on peut le voir sur l’extrait ci-dessous, salam ayant autrefois été utilisé pour dire bonjour aussi (sens aujourd’hui disparu). Les auteurs précisent que l’usage consistant à dire salam uniquement lorsqu’on s’en va correspond à un usage moderne en hindi et ils précisent que cette façon de faire, aujourd’hui normale à Maurice, pourrait être due à l’immigration indienne.

Philip Baker & Vinesh Hookoomsing — Diksyoner kreol morisien, page 282.

Philip Baker & Vinesh Hookoomsing — Diksyoner kreol morisien, page 282.

Par ailleurs il est possible de noter qu’en Afrique francophone “faire le salam” signifiait faire la prière rituelle musulmane. À Maurice on utilisera plutôt l’appellation “namaz” à cet effet.

Bon, eh bien salam !

Amorces

Amorce(s).
Nom féminin, le plus souvent pluriel.

Aciers en attente, armatures en attente, attentes. (Vocabulaire de la construction.)

Amorces_sur_dalle_19

Ces idiots ont coupé les amorces du beam. Il va falloir casser le béton pour retrouver le ferraillage situé plus à l’intérieur.”

C’est vraiment une beauté tous ces bâtiments avec leurs amorces qui dépassent au-dessus de la dalle !

On va utiliser les fers de l’auvent comme amorces pour la nouvelle dalle.”

Amorces pour une dalle.

Amorces pour une dalle.

Les amorces — ou attentes dans leur version française — sont les aciers qui dépassent du béton et qui permettent de couler un élément supplémentaire dans un deuxième temps tout en assurant une connexion entre les deux parties grâce à la continuité du ferraillage, même si le béton, lui, est discontinu. Le site des éditions Eyrolles propose un certain nombre de définitions en ligne, dont celle des armatures en attente :

armature en attente
armature – n.f.
[Div.] Ensemble d’éléments incorporé dans un matériau pour le renforcer ou pour augmenter sa résistance. V. ill. Armatures d’une poutre en béton armé, terre armée.
[B.A.P.] Barre, fil ou câble d’acier placé dans le béton qui devient alors armé ou précontraint. V. ill. Armatures d’une poutre en béton armé.
[...]
en attente -
[B.A.P.] Longueur d’armature hors du béton destinée à permettre la continuité avec d’autres armatures par recouvrement lors de la reprise de bétonnage. Syn. Armature de liaison. V. ill. Attentes (boite d’).

La continuité du ferraillage est assurée par une longueur commune d’armatures dites “en recouvrement” (recouvrement = lap en anglais). La barre d’acier A est scellée par adhérence dans le béton 1 (coulé en premier) et sort de ce dernier sur une longueur L. La barre B est placée le long de A sur une longueur environ égale à L, et se prolonge au-delà. On coule le béton 2 et, après durcissement de ce dernier, les deux barres sont scellées dans une même matrice, ce qui assure la continuité mécanique des barres d’acier, auxquelles il est possible d’appliquer un effort de traction de chaque côté sans que l’une ne glisse par rapport à l’autre.

Recouvrement_barres

En français standard le mot attente se rapporte au fait d’attendre, verbe lui-même lié au verbe tendre (ce qui par ailleurs n’est pas sans lien avec la contrainte existant au sein des barres tendues, des barres d’acier étant incorporées au béton principalement pour résister aux forces de traction). Même si dans le présent contexte les deux mots sont équivalents, il existe une différence sémantique entre les attentes et les amorces.

Comme aurait pu le dire une lapalissade, les attentes sont des aciers placés en attente, c’est-à-dire qu’ils sont là dans l’attente de la suite des événements. À l’instar de Vladimir et Estragon, ils attendent — pour combien de temps encore, on ne le sait pas toujours.

Les amorces, elles, sont le début de quelque chose, ce qui peut paraître moins passif. L’amorce, c’est ce qui sert à amorcer un processus, et qui rend possible son aboutissement. À la pêche, c’est la bouette, l’appât servant à attraper petits et gros poissons. Le mot amorce découle d’ailleurs de cette acception-là : l’amorce est issue d’un participe passé du verbe amordre, i.e. “mordre” ou “faire mordre”. L’amorce est aussi ce qui permet à un explosif d’exploser, d’où le fait de désamorcer une bombe.

Parmi les nombreux sens que peut revêtir le mot, l’amorce est aussi — ce qui nous intéresse d’avantage ici — une “partie de muraille laissée inachevée, mais de manière à pouvoir être continuée plus tard” (TLF). C’est de ce sens-là que dérive très probablement l’amorce en tant que partie d’une barre de fer laissée en attente pour le coulage d’une autre partie d’une structure en béton. C’est aussi, selon le Dicobat, le “poinçonnement effectué en avant-trou sur une pièce de bois ou de métal, ou sur un mur, avant le perçage du trou.” Tout cela est fort éloigné de l’appât utilisé pour pêcher, mais c’est aussi de cette manière que se construisent les langues. Ou les bâtiments en béton.

Black River (new) District Court, Bambous.

Black River (new) District Court, Bambous.

Va laver tes mains

“Souvent des fois”, en disant que je dois brosser mes dents, que je viens de couper mes ongles, qu’il faut que j’essuie ma bouche ou que je voudrais laver mes mains, je me fais la réflexion qu’un Français ne parlerait sans doute pas comme ça. Et je me dis que les Français parlant français disent plutôt qu’ils se brossent les dents, se coupent les ongles, s’essuient la bouche ou se lavent les mains.

Quelle n’a donc pas été ma joie de tomber à l’improviste sur des messages fleurant le mauricianisme, et ce dans une cuisine industrielle où il était demandé au personnel de laver ses mains et de couper ses ongles.

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Coupez vos ongles

Lavez vos mains

Mais est-ce bien sûr qu’il s’agit là de mauricianismes ? Ces petites affiches autocollantes ont-elles bien été rédigées par des Mauriciens ? Une enquête (contre X) doit être ouverte.

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