Archives quotidiennes : 29 juillet 2014

Même

Même.
Adverbe.

Toujours, encore.

Still sleeping...

Still sleeping?

Ce matin j’entendais quelqu’un qui, revenant transpirant d’un jogging matinal, s’enquerrait de ses enfants, lesquels paraissaient (ou paressaient) toujours au lit : “Ça dort même ?

Ah ! Une alarme s’est soudainement mise à sonner : même employé de la sorte, souvent à la fin d’une phrase, pour signifier “toujours” ou “encore”, cela ne constituait-il pas un mauricianisme ? Un Français bien standard sous tous rapports n’aurait-il pas plutôt dit “ça dort toujours” ou “ça dort encore” ? Aurait-il jamais usé de l’adverbe même de cette façon-là ?

À Maurice et à l’oral on pourra entendre des gens tenir ce genre de propos :

J’ai beau lui dire d’arrêter de taper sur la table, il continue même !

Alors, d’après toi cette utilisation du mot “même” constitue un mauricianisme ?
Hmmm, je réfléchis même là…

C’est bien ces souliers-là. Ça dure même.”

Elle a mis un tricot, mais elle a froid même.”

J’en ai marre. Je lui ai expliqué dix fois, il ne comprend pas même !

Ce chien-là, il est resté petit même.”

Tu me dis si je dois m’arrêter.
Roule même.

“Il continue même” veut dire qu’il continue toujours de taper, bien qu’on lui ait demandé d’arrêter, et l’utilisation de l’expression sous-entend là une dose d’exaspération. “Je réfléchis même là…” signifie qu’en ce moment, à cet instant, là, je suis encore en train de réfléchir. “Ça dure même” montre que les chaussures (des Clarks) durent longtemps, encore et encore. “Elle a froid même” : elle a toujours froid, en dépit du vêtement supplémentaire. “Il ne comprend pas même” : il ne comprend toujours pas, malgré les nombreuses explications. “Il est resté petit même”, il est toujours resté petit — encore que “petit même”, ici, puisse aussi vouloir dire qu’il est resté vraiment petit, tout petit, le mot “même” pouvant aussi avoir cette nuance. “Roule même” : roule encore, continue de rouler.

Il est possible que cette tournure ait été influencée par le créole, langue dans laquelle il arrive au mot mem d’être utilisé de la sorte (même si dans l’extrait du dictionnaire de MM. Baker & Hookoomsing figurant plus bas la chose ne paraisse pas mentionnée noir sur blanc). Les phrases “inn esplik li 10 kout, li pa konpran mem” ou “zot apé dormi mem” sont des formes tout à fait standard. Mais il n’est pas impossible que le créole ait lui-même adopté un usage français, soit une façon de parler régionale (i.e. non-standard), soit une tournure aujourd’hui tombée en désuétude dans la partie centrale de la francophonie. Une enquête plus approfondie serait nécessaire pour en savoir davantage, et j’espère qu’après quelques mois de recherches ou d’appels à contribution infructueux, on ne finisse pas par s’entendre dire avec un brin d’impatience : “Alors ? on attend même la réponse…

Amies blogueuses, copains blagueurs, votre contribution éventuelle est la bienvenue, ici-même.

Baker & Hookoomsing, Dictionnaire du créole mauricien, page 224.

Baker & Hookoomsing, Dictionnaire du créole mauricien, page 224.

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