Causer

Causer
Verbe intransitif.

En français de Maurice, le mot causer est en général utilisé en tant qu’équivalent exact du verbe parler, tant pour ce qui est du sens que du registre. En français “standard”, le verbe causer est surtout employé, dans un registre familier ou populaire, ou avec une connotation plus ou moins négative, pour évoquer une conversation sans importance, ou une conversation au cours de laquelle on parle de façon plutôt défavorable d’une personne ou d’une chose (dans certains parlers du nord de la France causer = gronder, blâmer). En français standard contemporain causer serait ainsi un synonyme de s’entretenir familièrement, bavarder, papoter — autrement dit cause-causer en dialecte mauricien —, ainsi que de jaser, jacasser, cancaner, voire médire. “Se faire causer”, c’est aussi “se faire engueuler” (discussion très vive).

« Je (ne) le connais pas. Je (ne) lui ai jamais causé ! »
« Quand tu auras fini de causer avec madame, tu pourras peut-être t’occuper de nous ? »
« La dictature c’est “ferme ta gueule” et la démocratie c’est “cause toujours”. » (Coluche.)
« Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. » (Paroles du perroquet Laverdure dans Zazie dans le métro, roman de Raymond Queneau.)
« Fais gaffe, des fois il y en a qui causent… »
Dans ces exemples franco-français, causer n’est pas un équivalent neutre de parler. Ici l’expression appartient à un registre familier ou relève d’une volonté de faire de l’ironie. Son usage suggère que le locuteur s’exprime d’une façon familière ou populaire, ou qu’il se moque ou confère au mot une connotation péjorative.

À Maurice, causer est employé de façon sensiblement plus neutre. On ne passera pas nécessairement pour une personne manquant d’éducation ou pour quelqu’un cherchant à faire de l’esprit ou des sous-entendus si on dit que la veille on a « causé de la conjoncture économique avec un directeur de banque ». Ce causer-là n’est pas nécessairement perçu comme ressortissant au “small talk” ou aux cancans, pas plus qu’il ne constituerait une façon insidieuse de sous-entendre qu’on est à tu et à toi avec la personne en question. Les Mauriciens peuvent causer de façon parfaitement neutre de choses tout à fait sérieuses et dans une perspective positive. Le leader de l’opposition peut par exemple « causer d’alliance électorale » avec le leader du parti au pouvoir sans que cela suggère que leur conversation a manqué de sérieux ou de solennité. Pour parler spécifiquement d’une conversation informelle, on utilisera plutôt le verbe cause-causer, expression dont un équivalent serait blaguer (converser, parler de façon légère).

Caricature de Deven T parue dans Le Mauricien du 27 juin 2014.

Caricature de Deven T
parue dans Le Mauricien du 27 juin 2014.

En créole, parler est d’un usage restreint, causer (ou kozé) étant le verbe normalement utilisé quand il s’agit de mentionner une conversation. De la manière la plus neutre qui soit, « je lui ai parlé » est « monn koz ar li ». Toutefois, bien que de façon peu fréquente, parlé peut être utilisé en créole avec une connotation similaire à celle du verbe causer en français standard : quand une personne « inn parlé », cela peut signifier qu’elle a parlé d’une autre personne avec malignité ou indiscrétion, qu’elle a répété des propos qu’elle aurait peut-être dû taire, peut-être même qu’elle a rapporté (cafter en argot français).

Kozé en créole est en général un verbe, mais il peut aussi être un nom : enn bon kozé (des paroles pleines de bon sens), enn kozé barok (une façon bizarre de s’exprimer, comme celle des dallons seychellois par exemple), enn kozé foutan (des propos sarcastiques, impertinents ou insolents), etc. Le mot, neutre comme on l’a vu plus haut, peut faire partie de locutions diverses, connotées positivement ou négativement : koz nimport = parler à tort et à travers, dire n’importe quoi ; linn gaign enn kozé kouyon = il s’est fait rabrouer ; koz kontrer = parler de manière insidieuse pour blesser quelqu’un ; koz manti = mentir ; koz gra = parler de façon vulgaire ; enn bon kozé = des paroles sensées, intelligentes ; mari kozé sa ! = voilà qui est très bien dit !

Depuis un certain nombre d’années kozé est aussi utilisé en créole pour accueillir une personne, surtout chez les jeunes. Kozé mo noir ! peut servir à saluer une personne que l’on connaît bien et qu’on vient de rencontrer, peu importe d’ailleurs la teinte que peut avoir son épiderme. En ce sens il s’agit d’un équivalent de « comment ça va ? », « quoi de neuf ? », ou du très mauricien « quelles nouvelles ?! », ce qui peut aussi se traduire en « ki manière » ou « ki news », voire en « kaisé ba ». Une version un peu plus moderne, un peu plus jeune, de la formule de bienvenue est kozé frère ! ou kozé bhai ! (bhai = frère). Au fil du temps, le mot kozé a été employé seul, comme interjection, pour saluer une connaissance : Kozé ! Cette formule se décline en différentes versions dont la longueur du -é final peut servir à indiquer à la fois le degré d’intimité avec la personne rencontrée, le temps écoulé depuis la dernière rencontre et le plaisir qu’on éprouve en la revoyant. Si on n’a pas vu un bon copain depuis longtemps et qu’on est très heureux de le revoir, cela peut aboutir dans les faits, avec une voix qui monte à la fin, à un kozééééé !!

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12 réponses à “Causer

  1. LOuise Lagessse

    cause causé……une manière de dire ici a Maurice une conversation qui n a pas trop d importance… juste qqs mots…On voit la encore le double emploi du verbe causer….qui ainsi dit minimise l impact du mot et donne un sens très léger a cet acte…. comme marche marcher..Hier j ai entendu un mot trop drole..En attendant d etre reçu par un « cadre » » la personne m a dit » » asseyez vous et patientez vous !!!! » »

  2. Siganus Sutor

    “Se patienter” à la forme pronominale ? Pourquoi pas : l’action, si l’on peut dire, ou plutôt l’inaction, se passe sur soi-même.

    Mais dites-moi, LOuise, vous arrive-t-il d’accueillir quelqu’un, ou de le saluer, par un “kozé !” plus ou moins jovial ?

  3. LOuise Lagessse

    Mais bien sure que OUI..Je suis toujours jovial…et je salue toujours en disant « alors qui kosé :: » » ???Vous en doutiez ???

  4. Siganus Sutor

    Louise, que vous répond-on en général quand vous lancez votre « ki kozé » ?

    Bravo pour votre jovialité — de la bonne influence de Jupiter.

  5. LOuise Lagessse

    Cela dépend de mon interlocuteur..Si ils sont de bons poil ils répondent kozé mo noir..Si non ils disent « qui ou probleme?? mais en général le « ki kozé » » dégele les situations…Que proposez vous Siganus ??Une école de manière avec un prof a l appui???

  6. Eh, qui pé dire?

  7. Siganus Sutor

    Kozé Linus !

    Korek do. Fréser pé donn bal la. Kot Ékosé fer nwar aswar, ouswa gaign lizour 24/24 ?

  8. LOuise Lagessse

    Sorry VOUS OTES mais ce créole la est illisible..OU est le bon vieux créole d antan avec ce bel orthographe…un mélange de vieux Français etc etc … pr eg..ZILOIS qui vient des ILES ..Ilois…mais quand cela s écrit ZILWA..on se demande si c est du zoulou..Pas que je n aime pas les Zoulous mais pourquoi autant déformer la grammaire ancestrale de notre si beau créole….

  9. Siganus Sutor

    Mais non, LOuise, ce créole-là n’est pas illisible. Il vous est simplement peu familier, c’est tout. Si on a l’habitude de l’écrire dans une graphie proche de celle du français, sans doute les k-, les z- et les w- peuvent-ils dérouter au début, mais avec un peu de pratique cela devient vite invisible.

    Puisque la façon d’écrire le créole n’était pas fixée, il était logique d’éviter les irrégularités du français. Pourquoi “français”, d’ailleurs, avec ce ‘cé-cédille’ aussi naturel que s’il venait de la planète Mars ? Pour amener quelqu’un à lire ce mot-là plus facilement, surtout ceux qui apprennent l’écriture de la langue, n’aurait-il pas été meilleur d’écrire “fransé” ?

    Le hic dans le cas du français, langue écrite depuis des siècles, c’est qu’il existe des habitudes bien ancrées. Quand il est question de langue, une chose dans laquelle chacun se sent expert lorsqu’il agit de la sienne, les habitudes sont souvent tenaces et il est difficile de changer les façons de faire, quand bien même ce changement va dans le sens d’une simplification et d’une plus grande clarté. Les différentes réformes de l’orthographe du français n’ont pas rencontré un bien grand succès.

    Mais le créole, lui, avait encore la possibilité de ne pas faire siennes les irrégularités rencontrées dans d’autres langues. Et une langue qui se veut simple à utiliser a tout intérêt à s’écrire d’une façon simple et régulière — comme le finnois ou l’indonésien, et pas comme l’anglais ou le français. Cela est vrai pour ceux dont ce n’est pas la langue maternelle, mais c’est surtout vrai pour les enfants qui apprennent à écrire leur langue. Le système éducatif finlandais fonctionne remarquablement bien, y compris au niveau de l’université, et cela est entre autres dû à la régularité de la langue, alors que les petits Britanniques peinent lorsqu’il s’agit d’apprendre à utiliser la leur à l’écrit.

    Tout ceci pour dire qu’il est parfaitement logique d’écrire “kozé” plutôt que “causer”, le c- pouvant se prononcer aussi bien [k] que [s], “au” pouvant être “o” ou “a-ou”, et “er” pouvant être “é”, “ère” ou “euh” (comme dans “loser”). En écrivant “kozé”, on lève l’ambiguïté pouvant exister dans l’esprit d’une personne apprenant à écrire le créole.

     

    _______

    Quelques cas relevés sur internet qui pourraient, au conditionnel, relever d’un usage plutôt mauricien du verbe causer :

    Le mécanicien de l’express de Mahébourg était un vieil Anglais, homme fermé qui ne causait jamais, souriait encore moins.”
    (Extrait d’une chronique de Selmour Ahnee, décembre 1938.)

    However, referring to counsel’s submission, the magistrates said in their judgment:-
    « We have considered their submission on the point and we find that Budlwan is plainly distinguishable from the facts of this case: the more so when we find sufficient corroboration in the testimony of witness Nombro when he described the state in which he saw the girl that evening: she ‘devidait… pleurait, causait en même temps… she looked très boulversée. »

    (Extrait d’un jugement du Privy Council, novembre 1991.)

  10. LOuise Lagessse

    comme vous voulez cher Siganus..après ce brillant exposé que puis je ajouter??si non que le créole n a pas de racine ni de grammaire et comme c est une langue mélangée..avec des apports de divers culture , pour MOI il est logique…(c est quoi la logique ici???) que Causé s écrive avec un C et Zilwa avec un ilois…
    Quand on lit « ZILOIS » on comprend vite quon vient des ILES mais quand c est ZILWA…..wa wa wa . ..qui aboit???semble t il….
    Enfin MOI de la vieille garde je garde mon créole d origine , ou on peut lire ce qu on écrit nos anciens comme par eg « le bobre africain » ou comme MR Baissac…dans ses sirandanes… kanpeche..qui veut dire «  » quand on péche » » chercher a trouver la signification des sirandanes…
    Salam….( encore un apport culturel) comment l écrire autrement d après vous????sans déformer son appartenance a l islam…

  11. Sigane (permettez le vocatif), moi tout correct merci. Eh ou-la, mo qui conné qui fraisser ete – p’ena meme la grêle dans Maurice.
    Selment, mo na pas dans l’Écosse en ce moment, mais dans la France, vel Gallia, plis précisément dans la ville de Paris pou tout l’été. Laisse-moi jette en cuiller sale dans ça dialogue la avec Mz Louise Lagesse. Comment ou conné, si n’est’q moi, langage creole mauricien li n’a pas bisoin en graphie ec grammaire imposé par diktat – li bisoin evolier sisqu’a ce qui li atteign en niveau developpemen organiq – et nous bisoin contigner enrichir li avec ban nouveau mots ec expressions depuis ban les’aut la-langues et affine so propre morfolosie. Comment ou aussi conné, sa projet de normalisation par diktat li associer avec ban l’ideolosies politiques qui mo na pas partasé. (Ainsi, sauf pou ban « s » qui trouve avant ou après en consone, tout « s » prononce comment « s » en alman – et pour le reste – enfin, idealemen – no hard and fast rule). Mo pensé qui langage créole mauricien la bisoin garde en lien avec le français. Li aussi bisoin garde en certain liberte idiosincratiq, en flexibilite – comment ça comenter li meme exemplifié.

    Quand mo pens a en Imanisme Creole, mo na pas pens a certins vie elefants mouvements socialistes dans nous pays avec sot proset de social engineering(qui ena tousours en connotation negative pour moi)- mo pens a ce qui ban Imaniste florentins par exemple ti faire a la Renaisance pour le dialecte Toscan – qui’n constitie la base langage italien moderne.

  12. LOuise Lagessse

    ALOrs Mssrs qui peut me donner une explication pour ce mot »galouper » » qu on se sert ici en créole pour dire « courir » car jamais je n ai entendu en créole dire » » allez vini vite courir , mais allez vine vite galouper » »Pourquoi donc le créole n utilise pas ce mot COURIR mais plutôt celui de Galouper…
    ce n est pas la meme racine non???je ne sais pas , mais moi je perds mon bon vieux créole ..et comment écrit ont..galouper dans le nouveau créol cher a MR ….DV….??? si ce n est de garder la meme source qui donne GALOPER….
    Dégazé….vini pas trainer galouper do…et ce mot « dégazé??? d ou vient il de se dépecher???;;;ou de se désengager…sais pas…Sorry sorri….toute mon explication n est pas <au top<…cordialement L

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