Brouter les pissenlits

 

http://fr.wiktionary.org/wiki/brouter_les_pissenlits_par_la_racine

Bon sang de bon sang ! n’allait-on pas aussi, un de ces quatre matins, lui servir un bouillon d’onze heures et l’envoyer brouter les pissenlits par la racine entre les quatre murs de l’enclos des morts ! — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)

 

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Mise à jour du samedi 29 septembre à 21h.

Extrait des “250 essential French idioms” du Harrap’s Shorter Dictionary English-French / French-English (8th edition, 2006) :

manger les pissenlits par la racine
to be pushing up the daisies

16 réponses à “Brouter les pissenlits

  1. C’est la première fois que je vois brouter des pissenlits par la racine, chez nous on les mange par la racine (mais j’aime encore mieux les manger en salade….)

  2. Lorraine lagesse

    Quand on est mort ne dit on pas «  » manger des racines de pissenlits?? » » »
    Qu on les broute ou les mange. Le résultat final est le meme. Helas…

  3. Siganus Sutor

    Zerbinette, je suis prêt à parier que pour un certain nombre de personnes sur cette Terre (ou même dessous) si les pissenlits doivent être mangés, c’est avant tout par le bétail. Il me semble qu’on m’en a fait goûter une fois en salade en France. (Les feuilles de pissenlits se dégustent-elles parfois avec des noix, ou quelque chose comme ça ?) Je ne peux pas dire que ça m’ait laissé une impression impérissable. Est-ce que ça ressemble un peu, pour ce qui est de la texture (ou de la coriacité) et du goût, à cette salade qu’on appelle “roquette” ? (Salade que l’on trouve à Maurice.)

    Quant à les brouter, ces fameux pissenlits, si l’auteur de La Guerre des boutons le mentionne (cf. le lien dans le billet), c’est que ça doit être possible.

     

    En effet, Lorraine, mais la question qu’on peut poser est de savoir pourquoi l’expression mentionne spécifiquement les pissenlits et pas une autre plante.

  4. Siganus, me donner comme référence une histoire où le héros s’exclame : « si j’aurais su, j’aurais po v’nu !  » *….;-) Simplement, j’ai toujours entendu l’expression avec le verbe manger pour indiquer qu’on est six pieds sous terre, quoique je doute que les racines de pissenlits aillent jusque là ! Pour l’expression, je vous renvoie à ce site

    Quant à la salade, c’est un vrai délice :

    « L’intérêt de cette salade, c’est qu’elle vous attrape par les papilles gustatives caliciformes, celles qui sont exclusivement réservées aux aliments amers et qui se trouvent disposées en « V » à la base de la langue, tout au fond de la bouche. Celles-là mêmes qui sont en train de s’atrophier à force de ne pas servir parce que, dans notre culture du sucré, on a tout, tout, tout oublié des aliments amers, contrairement à nos ancêtres qui savaient, eux, quel bien ça vous apportait au sortir de l’hiver, même si ça vous faisait parfois rentrer les joues « par en dedans ».

    Mais elle ne peut se faire qu’au printemps avec de jeunes pousses tendres (cela rappelle effectivement un peu la roquette) et impérativement avec des lardons que l’on fait revenir et sur lesquels on verse le vinaigre dans la poêle, Le gras fondu des lardons et le vinaigre chaud font l’assaisonnement et cela adoucit encore les pissenlits. Cela se mangeait beaucoup dans le Limousin dans ma jeunesse mais à présent je n’ai plus personne pour aller en ramasser !

    * expression qui a fait florès mais qui n’est en fait que dans le film…

  5. Ah! La salade de pissenlits! Une tradition provençale ( et familiale), sans doute moins vivante aujourd’hui que les treize desserts ou la pompe à huile — parce que moins transmise de génération en génération et aussi parce que les pissenlits, ça se ramasse, ça ne s’achète pas — mais tout de même! Laissez-moi vous raconter, vous savez comme j’aime ça.
    Partir au petit matin ( le pissenlit est une plante qui se lève tôt et, si l’on veut avoir une chance d’en voir un troupeau, il vaut mieux arriver avant que celui-ci ne se disperse), prendre les chemins de traverse avec dans sa main droite un panier à salade et sa main gauche dans celle de son papé, écouter très attentivement les histoires racontées par ce dernier ( qui valaient mille fois celles de l’oncle Paul de Spirou) tout en gardant un œil tout aussi attentif sur les alentours ( ne surtout pas oublier le but de la promenade ) puis, une fois le pissenlit repéré sur le bord du chemin, le saisir délicatement par les oreilles ( les pissenlits en ont généralement plus de deux: s’il n’en a que deux, mèfi !, c’est sans doute un lapin et ce n’est pas si bon en vinaigrette), tirer tout doucement vers le haut et attendre patiemment que l’Opinel grand-paternel vienne en couper la racine en sous-sol, l’extraire doucettement de sa terre natale dont on en fera tomber les derniers résidus en tapotant du bout des doigts l’extrémité radiculaire.
    À ce stade, le pissenlit est probablement déjà mort et peut rejoindre sans plus de cérémonie ses frères de souffrance dans le panier à salade.
    De retour à la maison ( j’ai une version longue, qui inclut le voyage retour, mais je ne veux pas vous lasser), mamé s’empare du panier à salade ( à ce stade de l’histoire, je m’aperçois que je n’ai pas décrit cet ustensile : pour les plus jeunes, qui n’en connaissent que la version gendarmesque, un panier à salade était au départ un sac où on mettait la salade, c’était comme un panier de basket fermé en bas et fabriqué avec du grillage à lapin. Un lapin, c’est l’animal à deux oreilles qu’il ne faut pas confondre avec le pissenlit. C’est bon ? Vous y êtes, là?). Le panier à salade est alors plongé puis agité dans l’eau froide par mamé pendant une minute ou deux, puis c’est de ma responsabilité d’aller le secouer vigoureusement dans l’allée du jardin afin d’en extraire la plus grande quantité possible d’eau. Je peux vous dire que je ne prenais pas cette responsabilité à la légère, et vas-y que je te secoue mon panier, et vas-y que je te secoue mes pissenlits !
    Vient ensuite (j’ai une version longue qui inclut l’effeuillage des pissenlits mais je ne veux pas vous lasser et je vous garantis pourtant que Full Monty à côté c’est de la gnognote !) vient ensuite, donc,la confection de la salade elle-même : c’est là que j’ai le regret de voir nos chemins se séparer, Zerbinette! Notre salade — je veux dire la salade de pissenlits provençale, orangeoise, levetoïque — se contente d’une vinaigrette ( une toute simple, surtout sans moutarde ni aucune autre fantaisie!) mais est impérativement accompagnée de croûtons de pains frottés d’ail. Ah! Bien sûr! Si vous jetez sans y penser tous vos rogatons de pain, il vous sera difficile d’accompagner comme il se doit ma salade de pissenlits. Tant pis pour vous.

    Oui, bien sûr, Zerbinette, j’ai goûté aux pissenlits avec des lardons ( que je préfère malgré tout et très classiquement, avec la frisée) et n’ai pas trouvé ça mauvais, mais vous aurez compris qu’on ne se débarrasse pas si facilement que cela d’une tradition familiale.
    Dernière remarque : je me demande si cette histoire de partir au petit matin chasser le pissenlit n’était pas un stratagème pour me faire lever tôt.

  6. Fichtre! J’ai écrit tout ça! Pardon d’encombrer ainsi votre blog, Siganus!

  7. Siganus Sutor

    Zerbinette, vous me donnez envie de manger des pissenlits !

  8. Chez nous on dit « criar malvas » (cultiver des mauves). Ces plantes sont fréquentes dans les cimetières et je viens de lire qu’elles ont besoin de composés nitreux donc nos morts sont une sorte d’engrais. Vraiment, les fleurs sortiront de notre tête tandis que la propagation éternelle présumée restera dans les chromosomes, comme chante Javier Krahe (selon quelques uns, un alter ego de Brassens ; il a traduit et chanté « L’orage » et « Marinette ») dans cette chanson* qui peut être considérée comme un hymne athée :

    http://gargantua.synology.me/razon/canciones/cromo.htm

    * Leveto, j’espère qu’elle sera un cadeau pour vous.

  9. prefiero caminar con una duda
    que con un mal axioma

    Bien dit, en effet.
    Merci, Jesús.

  10. Siganus Sutor

    Leveto, chez nous aussi il y avait un panier à salade comme celui que vous faites voir. Cela m’amusait beaucoup, enfant, de le faire tourner à grands tours de bras. Il me semble qu’en quelques occasions ledit panier s’était ouvert, répandant son contenu dans la poussière.

    Jesús, si ici vous vous mettez à parler de “cultiver les mauves”, vous risquez d’être illico soupçonné de vous intéresser à un parti politique particulier, bref d’être un “militant”. Maintenant, si vous affirmez que les mauves prospèrent dans les cimetières…

    Zerbinette, pendant longtemps le mot pissenlit m’a fait sourire, car j’y entendais l’idée de faire pipi au lit. Ignare que j’étais : c’est exactement ce “petit problème”-là qui est à l’origine du nom commun de la plante, laquelle serait diurétique. Il semble qu’on la trouve ici-bas de longue date. Elle est mentionnée dans Les Plantes et leur histoire à l’île Maurice, à la page 326, sous le nom de Taraxacum sp. Les auteurs ne précisent pas si elle pousse au printemps, mais ils disent qu’elle était cultivée au XIXe siècle et qu’elle est aujourd’hui une mauvaise herbe occasionnelle des pelouses et jardins. Bernardin de Saint-Pierre l’a mentionnée dans son Voyage à l’Île de France (1773) : “La dent-de-lion ou pissenlit et l’absinthe, croissent volontiers dans les décombres et sur les terres remuées” (lettre XIII). Ceci fait que rien ne devrait empêcher le poisson-lapin de croquer quelques feuilles de pissenlit. Pourtant, dans une île où manger des feuilles est une habitude fort répandue, je ne sache pas que qui que ce soit consomme des feuilles de pissenlit.

  11. Leveto, jamais je ne jette mes rogatons de pain ! Les plus gros sont gardés pour les chevaux, les plus petits sont recoupés pour les canards mais même si je les aime frottés à l’ail (surtout fourrés dans le croupion du poulet à rôtir), n’empêche que des pissenlits sans lardons (et surtout sans le vinaigre chaud) ce n’est pas une vraie salade !

    Siganus, on trouve des pissenlits toute l’année, mais au printemps les jeunes pousses sont particulièrement tendres, c’est pourquoi on les mange à ce moment-là, ensuite on les laisse brouter aux animaux*. Puisque c’est le printemps chez vous, c’est le moment d’essayer, vous m’en direz des nouvelles.

    J’ai connu et pratiqué aussi le fameux panier à salade mais c’était avec ma mémé…

    * lorsque je suis de garde de cochons d’Inde, je vais leur en cueillir tout spécialement car ils adorent ça !

  12. Ah! Zerbinette ! Je suis de ceux qui considèrent que la salade est avant tout un plat composé d’herbes accompagnées d’une vinaigrette : tout le reste n’est que variation sur ce thème. Après un regard dans les dictionnaires,disons que je privilégie le sens A du CNRTL Ma salade de pissenlits mangés crus avec une vinaigrette est une vraie salade, une salade primitive, une salade d’avant l’invention des salades gastronomiques🙂. Mais il m’arrive bien entendu de goûter les autres salades : je connais des salades au chèvre chaud ou aux gésiers de canard qui vous font oublier que va arriver le plat principal et j’ai connu aussi des niçoises ou des paysannes à se damner,

    Pour en revenir plus sérieusement au sens de l’expression « manger les pissenlits par la racine » : elle montre bien, Siganus , que le fait de manger des pissenlits était habituel pour nos ancêtres, que c’était un de leurs menus plaisirs qui font tout le charme de notre passage sur terre. Morts et enterrés, il ne nous reste plus à portée de dents, pour en profiter encore, que la racine .

  13. D’après ce que je viens de lire sur les vertus médicinales des pissenlits (on peut même en faire du café !!!), je ne m’étonne plus que nos ancêtres (enfin sauf ceux de Siganus !) en aient consommé, mais je vois aussi une autre raison, cela leur permettait d’avoir de la salade fraîche à un moment, le sortir de l’hiver, où il n’y avait guère de légumes frais disponibles.

    Mais le pissenlit se mérite, avant de vous lancer, Siganus, attention à ne pas vous tromper :

    Pour faire une salade, il faut le récolter en rosette, une rosette qui peut poser des problèmes d’identification à l’amateur novice. Elle peut être difficile à distinguer d’autres rosettes aux découpes presque semblables. Il faut alors examiner le cœur de la plantule. Il est feutré de longs poils plus ou moins enchevêtrés. Cela dit, lorsqu’elles sont en rosette, il est impossible de distinguer entre les différentes espèces de Taraxacum. Il est également pratiquement impossible de les différentier des rosettes de Chondrilla juncea L. (chondrille à tige de jonc) alors que les plantes adultes ont des aspects très différents. Heureusement pour l’amateur de salades, il n’y a pas d’espèce de pissenlit toxique […] Le citadin fait parfois d’étranges et inattendues confusions. Si vous avez perdu le contact avec la nature au point d’hésiter pour identifier un pissenlit en fleur ou si vous le confondez avec une autre astéracée à fleurs jaunes, n’allez aux pissenlits qu’avec une personne expérimentée (un papé ou une mémé de préférence). Par la suite vous pourrez vous y risquer seul(e)s mais en prenant soin de faire vérifier votre cueillette. Ainsi se formera votre œil qui deviendra infaillible. Mais il faut du temps.

    Lire la suite ici

  14. Zerbinette, comme le pissenlit a été importé à Maurice, on peut penser que seule la bonne variété l’a été et que de ce fait l’œil acéré et averti du papé ou de la mamé n’est pas une obligation préalable. Mais peut-être n’est-ce pas le cas non plus. Et puis, après au moins trois siècles et demi de reproduction sur le sol martien, allez savoir si l’évolution ne l’a pas changé, ce pissenlit-là. Non, je crois qu’il faudra faire des tests sur des cobayes. (De préférence des Européens en visite, c’est-à-dire ceux qui ont déjà été habitués à l’ingestion de feuilles de pissenlit.)

  15. à cette salade qu’on appelle “roquette” ? (Salade que l’on trouve à Maurice.)

    Ah, now I see why it’s called rocket in England, a name that’s always seemed quite peculiar to me. In the USA and Norway and Italy it’s called arugula or rugula.

    By the way, the illustration of the racine(s) of the pissenlits is all wrong. Each one has one carrotlike white root, not lots of spagetti. I think it’s a delightful expression, though.

  16. Lovely photo of the boeuf!

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