Archives quotidiennes : 6 septembre 2012

Renforcir

Il arrive aux Martiens d’utiliser le verbe “renforcir” à la place du verbe “renforcer”. Cette petite entorse à la langue (française) est selon toute probabilité due à l’influence du créole, langue dans laquelle on parle sans problème de “renforcir” ceci ou cela. On entendra par exemple que “bizin renforci sa striktir-la” lorsque ladite structure est jugée trop instable ou pas assez solide. Ou que “zonn renforci zot lékip” lorsque l’équipe en question a vu ses effectifs augmentés. Ou, éventuellement, que “la brise inn renforci” pour dire que le vent s’est renforcé.

Mais cela paraît nettement moins akadémik lorsque, sous la plume d’un organisme très officiel — les “services météorologiques de Maurice” —, on lit que “l’assez fort anticyclone renforcira graduellement le vent sur notre région” (bulletin de 4h10 du jeudi 6 septembre 2012). Et pour sacrifier à cette inconstance qui semble être un de nos traits caractéristiques, un peu plus bas, dans le même bulletin, le même météorologue parle d’un “vent du sud-est 10 km/h se renforçant pendant la journée”. Hey, matelot, si l’anticyclone “renforcit” le vent — tout comme “l’arrivée d’un assez fort anticyclone renforcira graduellement le vent durant la nuit” si l’on en croit ce qui est dit dans le bulletin pour Rodrigues —, alors ne faudrait-il pas écrire que le vent de sud-est se renforcit ?

Il n’est toutefois pas inutile de noter qu’en français le verbe “forcir” existe bel et bien. Il est tout à fait possible de dire que le vent forcit, pour dire qu’il souffle plus fort, ou que depuis ses 20 ans Siganus a forci, pour dire qu’il a pris du poids. Mais “renforcir” n’est en général pas employé dans ce sens, ni dans celui de “renforcer”.

Cependant, il arrive apparemment qu’il le soit, bien que rarement selon toute probabilité. Cet excellent dictionnaire en ligne qu’est le TLFi (ou “Trésor de la langue française”), à l’entrée renforcer, a une remarque de bas de page pour un verbe renforcir dans laquelle on voit que ce verbe, dans un emploi transitif, peut signifier “rendre plus solide, plus résistant” (consolider, fortifier) ou, dans un emploi tant intransitif que régional (Québec, Ouest et Centre de la France), au participe passé, peut signifier “devenu plus corpulent, plus vigoureux”. Il me faut bien admettre toutefois que jamais je n’ai rencontré un tel usage dans un contexte qui n’était pas mauricien.

Publicités