Vénus en transit (1)

Hier au soir nous regardions le ciel au-dessus des filaos. Et nous nous demandions si des deux astres situés près de la Lune l’un était une planète. La réponse était “oui” : à côté de l’Épi de la Vierge (α Virgo) on pouvait voir Saturne, la planète possédant les plus grands anneaux de notre système solaire. Puisque par définition les planètes sont des astres errants, autrement dit des points qui se meuvent sur la voûte céleste, il n’est pas possible de les représenter sur une carte du ciel. C’est pourquoi des tables d’éphémérides sont nécessaires pour connaître la position de ces infatigables voyageurs — des éphémérides ou, à l’heure de l’informatique, un petit programme.

En juin 2005, sur le premier blog que j’aie fréquenté de façon régulière, un contributeur bien intentionné avait passé l’adresse à partir de laquelle il était possible de télécharger Stellarium, un programme gratuit donnant la position de plusieurs milliers d’objets visibles dans le ciel. Grâce à Stellarium, donc, il a été possible de constater que ce qu’on voyait hier au soir au-dessus de nos têtes était ceci :

[cliquer sur l’image pour la voir en plus grand]

La beauté de ce programme réside entre autres dans le fait qu’on peut se bloquer sur l’objet de son choix — la planète Saturne par exemple —, et d’un simple scroll de souris s’en rapprocher presqu’autant qu’on veut. C’est ainsi que l’on commence à voir apparaître les anneaux et les lunes de cette planète tels qu’on les verrait si on disposait d’un gros télescope pointant dans cette direction.

Raffinement supplémentaire, il est possible d’accélérer le cours du temps. Ceci permet de voir le mouvement de la voûte céleste telle qu’il a lieu de façon imperceptible IRL, mais aussi, lorsqu’on regarde de près une planète, le mouvement de ses satellites, quand elle en a.

Il est aussi possible de “retirer” l’atmosphère terrestre, ce qui permet de rendre le ciel noir en plein jour, comme sur la Lune, et donc de voir les étoiles ou les planètes sans l’interférence de toute cette bleuité délirante et parasite. Pour pouvoir suivre un astre pendant plus d’une douzaine d’heures, y compris donc pendant la période où il est couché, le logiciel permet aussi d’enlever le sol, et de se retrouver ainsi dans la situation où la Terre serait devenue transparente, l’observateur flottant dans l’espace.

Hier au soir nous nous amusions à nous approcher des planètes les unes après les autres, y compris de notre planète-mère (ou notre planète-père si on préfère), la planète rouge, Mars, coiffé de sa kippa blanche. De façon étrange, alors que Vénus se trouvait relativement proche de la petite Mercure, c’est cette dernière qui était la plus brillante. Pourtant, je me souvenais d’une période assez récente au cours de laquelle Vénus brillait relativement fort au-dessus de la Montagne des Signaux, avant de n’être plus guère visible ces jours-ci, ce qui manquait un peu lors de quelques marches crépusculaires vers le sommet de la montagne.

Peut-être Vénus était-elle moins brillante que Mercure parce que la deuxième planète du système solaire était en train de passer derrière le Soleil, avant de réapparaître de l’autre côté comme “étoile du matin” ? Cela paraissait étrange que son éclat puisse diminuer si rapidement, mais pourquoi pas ? Qu’à cela ne tienne, Stellarium allait nous montrer de quoi il retournait. Nous avons donc zoomé sur Vénus pour suivre, jour après jour, en accéléré, son mouvement par rapport au Soleil.

À une vitesse élevée, le croisement des deux astres se déroule trop rapidement pour qu’on ait le temps de bien voir ce qui se passe. Mais n’avions-nous pas vu cette Vénus-là passer devant le Soleil ? Bon, rewind, et fast forward à nouveau — en prenant soin de ralentir le mouvement au moment opportun.

“Tahiiiii ! Mais oui vous autres ! elle passe bien devant !! Mari sérieux !!!”

Eh oui, c’est ainsi, par le plus grand des hasards, que l’on peut se rendre compte que dans quelques jours aura lieu un phénomène rarissime sur la Terre : le passage de Vénus devant le disque solaire — ce qu’on appelle un transit. Ceci a lieu moins de deux fois par siècle, les transits se passant en paire, à 8 ans d’intervalle, période elle-même séparée par des périodes de plus de 100 ans sans aucun transit. (Ingérer des doses massives de Brooklax n’y changerait rien.)

Pourra-t-on le voir de Maurice ? Encore une fois, Stellarium nous a fourni la réponse : oui, le 6 juin 2012 le Soleil se lèvera (vers 6h40) avec, sur la figure, un petit grain de beauté. Ce petit point noir commencera à quitter le disque solaire aux alentours de 8h30. Ce qu’on devrait voir vers 7 heures :

Vers 7h30 :

Vers 8h00 :

Vers 8h30 :

Pas très impressionnant ? Sans doute. Je dois dire que le transit de juin 2004, observé de chez mon beau-père (qui était encore vivant), n’a pas laissé une impression impérissable, même s’il était cool de voir ce petit point noir qui se déplaçait devant le soleil en se disant qu’il s’agissait là de cette Vénus brillant si fort dans le ciel nocturne. Mais on peut garder à l’esprit qu’il sera impossible de revoir une telle chose avant décembre 2117. Le 11 décembre 2117 au matin, nous, Maurichiens, alors que nous serons bloqués dans l’embouteillage à la hauteur du Réduit, pestant contre une MBC occupée à ne parler que des faits et gestes des dirigeants du jour, nous devrions voir ce qui suit à 7:29:45, weather permitting :

Mais qui seront-ils, ces dirigeants-là ? Qui, en 2117, aura la haute main sur le pouvoir exécutif ? Un membre de la famille Ramgoolam ou un membre de la famille Jugnauth ?

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13 réponses à “Vénus en transit (1)

  1. Catherine

    Fascinant ! Me voilà dans cet appartement parisien la tête soudainement plongée dans les étoiles, incapable de reprendre le fil de mon travail, avec de ces questions qui me taraudent… car, en effet, qui seront-ils ? Je vais boire un verre d’eau et fumer une cigarette tout en y réfléchissant.

  2. zerbinette

    Venus

    Je sais bien que vous n’étiez pas né, Sig, mais en 1959, ce fut un succès planétaire, repris en France par les Compagnons de la chanson.

  3. GT is rendering un contributeur bien intentionné as a well-intentioned contributor, but this is wrong in context, because well-intentioned in English always implies that although the intentions were good, the results were not!

  4. Siganus Sutor

    Catherine, pas trop, quand même, la cigarette, si vous voulez voir qui seront les dirigeants martiens en 2117. (À moins que d’ici là nous ne soyons de toutes les façons envahis par les Vénusiens.) Le Premier ministre, sera-t-il un V…, enfin, vous voyez, quoi, un membre de cette nation moyenne mais première en importance. Quoi qu’il en soit, il n’y aura peut-être plus personne ici-bas à ce moment-là, l’Homo martis ayant finalement rejoint le dodo dans le Grand Dodo Éternel…

    Zerbinette, je ne suis pas certain que ce succès planétaire est arrivé jusqu’à notre petit monde. En revanche je me souviens assez bien de Boney M et de leur Night Flight to Venus :

    Mais je dois avouer me rappeler assez mal les paroles prononcées par Neil Armstrong.

    John, my Harrap’s gives only “well-/ill-intentioned” for “bien/mal intentionné”, without anything else. And I am not aware that in French “bien intentionné” implies that the final result is an undesired one. But thefreedictionary.com, quoting the Collins Dictionary, says that well-intentioned is “having or indicating benevolent intentions, usually with unfortunate results”, something that the AHD definition appearing above this one does not seem to imply though.

  5. AHD ont tort et Collins ont droit, as the Chanson de Roland would say. This is the sort of thing that bilingual dictionaries often fail to mention. I’ve been trying to think of a way to express bien intentionné in English, but well-meaning/meant, having good intentions, etc. all seem to have the same flavor of failure about them. I’m really at a loss here. On the other hand, it is 0306, so perhaps I should just go to bed.

    Or as the song has it, « I’m just a soul whose intentions are good / Oh Lord! Please don’t let me be misunderstood. »

  6. Gro Zippo

    Bon ben, maintenant j’ai les boules; j’étais arrivé à oublier cette date depuis quelques mois après avoir prévenu les parents et amis martiens de la chance qu’ils auraient demain. En effet, ici, le phénomène ne sera visible que 2 minutes après le lever du Soleil. Avec les collines avoisinantes, autant dire que je resterai couché, pas de transit, même avec du Brooklax. Heureusement que je l’avais pas loupé en 2004.
    Nous ferez-vous en profiter avec un petit film ? 🙂

  7. Siganus Sutor

    La caméra risque de brûler !

    Bon, le soleil se lève dans moins de 10 minutes, et le ciel est clair…

  8. Siganus Sutor

    Zippo, il est possible d’avoir un petit aperçu du sentiment de frustration qu’a dû connaître Guillaume Le Gentil lorsque les nuages l’ont empêché de voir le soleil. Ce matin le temps était finalement assez mitigé, y compris à Port-Louis, comme on peut le voir sur cette photo prise aux alentours de huit heures, le soleil jouant couc-alalila avec les uns et les autres.

    Heureusement qu’en route vers le boulot il y a eu quelques trouées entre les nuages, ce qui a permis de voir le soleil, regardé à travers trois épaisseurs de négatif photographique après s’être arrêté au bord du chemin (mais pas toujours, bibi ayant aussi été de ceux qui ont observé le transit tout en conduisant de la main gauche). Il était tout petit, le petit point noir, vraiment petit sans dispositif grossissant. Mais on le voyait quand même distinctement, entre les nuages, les bus et les camions. Jusqu’à l’heure j’aurai vu deux transits de Vénus. C’est sans trop d’impatience que j’attendrai 105 ans pour voir le suivant.

  9. Gro Zippo

    J’ai eu un premier message désespéré de ma soeur ce matin à propos des nuages. Mais un peu plus tard, elle a qualifié le spectacle de fantastique. Ici j’ai bien fait de rester couché car c’était tout couvert.
    Votre photo m’a rappelé le douloureux souvenir du ciel qui s’était couvert juste au moment de la dernière éclipse totale :-(.

    La technique que j’avais utilisée il y a 8 ans de cela consistait à orienter des jumelles vers le Soleil et d’en dévier l’image de l’occulaire vers un mur; ça permettait de régler la netteté et d’avoir une image agrandie.
    J’en garde un bon souvenir.

    Je voulais vous proposer 2 sites que j’utilise quand je n’ai pas Stellarium sous la main, et que je n’ai pas besoin de la précision de cet outil; vous les connaissez peut-être, mais au cas où …
    Ce sont les sites d’Heavens Above et d’Astroviewer.
    Si les 2 sites permettent le choix de la date et du lieu, Heavens Above permet d’agrandir l’image ou de la sauvegarder (afin de l’imprimer par exemple), alors qu’Astroviewer propose des modifications plus dynamiques des instants d’observation. Heavens Above fournit aussi les heures de passage des satellites ou de l’ISS, mais indiquent aussi les satellites qui « font coucou »; c’est marrant de voir ces petits points de lumière qui apparaissent momentanément dans le ciel (il y en aura un beau demain matin sur Mars).

  10. Siganus Sutor

    Zippo, en envoyant l’image du soleil sur du papier à l’aide vos jumelles, vous auriez pu y mettre le feu ! 451°F disait-on — au passé, notre chroniqueur n’étant plus.

    Intéressants, ces sites-là. Merci pour l’information. À propos de ces « Iridium flares », j’ai un peu de mal à comprendre ce qui les différencie des autres satellites que régulièrement on voit traverser le ciel. Les magnitudes mentionnées me laissent perplexe. -8, vraiment ? Plus brillant que Vénus à son éclat maximum ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir rien vu de tel. Et puis, pourquoi ceux-là ? Le site a des actions dans la compagnie en question et/ou vice versa ? Quant à AstroViewer, j’ai du mal à le faire fonctionner correctement. (Il bloque même le browser.) Mais cela vient peut-être du fait que la connexion fournie par Mauritius Telecom est d’une qualité absolument déplorable.

  11. Gro Zippo

    Apparemment, les Iridium satellites ont des miroirs orientés de telle sorte qu’ils réfléchissent la lumière solaire vers une région donnée. En général, le satellite apparaît comme un petit point qui bouge et grossit jusqu’à ressembler à Vénus ou à Jupiter (dans son apparence il y a quelques mois) puis décroît. Tant qu’on ne l’a pas vu, on ne s’y attend pas. Quand on est sur la ligne de réflexion maximale, et surtout si le trajet est court, on voit comme un flash prolongé (avec les flares à -7 ou -8); c’est « impressionnant », on pourrait croire que c’est un petit avion qui tourne et qui a un « phare » orienté vers soi. Faut juste « bien » viser car ce n’est pas évident, la tête levée, d’estimer correctement l’altitude.

    Pour Astroviewer, il se peut que ce soit Java qui bloque; de mon côté j’ai dû en faire une mise-à-jour. Le plus simple est d’aller sur leur site et de télécharger la dernière version proposée. Lors de l’installation, vous voudrez probablemebt désactiver l’installation de la barre d’outils d’Ask (toutes ces barres surchargent le browser).
    Après l’installation, l’activation du plugin Java pour son utilisation par le browser sera peut-être nécessaire; suivez dans ce cas ces
    indications.

  12. Alas, on Transit Day it was cloudy in New York City, so we saw nothing.

  13. Siganus Sutor

    Well, maybe next time the weather will be good…

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