Archives quotidiennes : 2 juin 2012

Vénus en transit (1)

Hier au soir nous regardions le ciel au-dessus des filaos. Et nous nous demandions si des deux astres situés près de la Lune l’un était une planète. La réponse était “oui” : à côté de l’Épi de la Vierge (α Virgo) on pouvait voir Saturne, la planète possédant les plus grands anneaux de notre système solaire. Puisque par définition les planètes sont des astres errants, autrement dit des points qui se meuvent sur la voûte céleste, il n’est pas possible de les représenter sur une carte du ciel. C’est pourquoi des tables d’éphémérides sont nécessaires pour connaître la position de ces infatigables voyageurs — des éphémérides ou, à l’heure de l’informatique, un petit programme.

En juin 2005, sur le premier blog que j’aie fréquenté de façon régulière, un contributeur bien intentionné avait passé l’adresse à partir de laquelle il était possible de télécharger Stellarium, un programme gratuit donnant la position de plusieurs milliers d’objets visibles dans le ciel. Grâce à Stellarium, donc, il a été possible de constater que ce qu’on voyait hier au soir au-dessus de nos têtes était ceci :

[cliquer sur l’image pour la voir en plus grand]

La beauté de ce programme réside entre autres dans le fait qu’on peut se bloquer sur l’objet de son choix — la planète Saturne par exemple —, et d’un simple scroll de souris s’en rapprocher presqu’autant qu’on veut. C’est ainsi que l’on commence à voir apparaître les anneaux et les lunes de cette planète tels qu’on les verrait si on disposait d’un gros télescope pointant dans cette direction.

Raffinement supplémentaire, il est possible d’accélérer le cours du temps. Ceci permet de voir le mouvement de la voûte céleste telle qu’il a lieu de façon imperceptible IRL, mais aussi, lorsqu’on regarde de près une planète, le mouvement de ses satellites, quand elle en a.

Il est aussi possible de “retirer” l’atmosphère terrestre, ce qui permet de rendre le ciel noir en plein jour, comme sur la Lune, et donc de voir les étoiles ou les planètes sans l’interférence de toute cette bleuité délirante et parasite. Pour pouvoir suivre un astre pendant plus d’une douzaine d’heures, y compris donc pendant la période où il est couché, le logiciel permet aussi d’enlever le sol, et de se retrouver ainsi dans la situation où la Terre serait devenue transparente, l’observateur flottant dans l’espace.

Hier au soir nous nous amusions à nous approcher des planètes les unes après les autres, y compris de notre planète-mère (ou notre planète-père si on préfère), la planète rouge, Mars, coiffé de sa kippa blanche. De façon étrange, alors que Vénus se trouvait relativement proche de la petite Mercure, c’est cette dernière qui était la plus brillante. Pourtant, je me souvenais d’une période assez récente au cours de laquelle Vénus brillait relativement fort au-dessus de la Montagne des Signaux, avant de n’être plus guère visible ces jours-ci, ce qui manquait un peu lors de quelques marches crépusculaires vers le sommet de la montagne.

Peut-être Vénus était-elle moins brillante que Mercure parce que la deuxième planète du système solaire était en train de passer derrière le Soleil, avant de réapparaître de l’autre côté comme “étoile du matin” ? Cela paraissait étrange que son éclat puisse diminuer si rapidement, mais pourquoi pas ? Qu’à cela ne tienne, Stellarium allait nous montrer de quoi il retournait. Nous avons donc zoomé sur Vénus pour suivre, jour après jour, en accéléré, son mouvement par rapport au Soleil.

À une vitesse élevée, le croisement des deux astres se déroule trop rapidement pour qu’on ait le temps de bien voir ce qui se passe. Mais n’avions-nous pas vu cette Vénus-là passer devant le Soleil ? Bon, rewind, et fast forward à nouveau — en prenant soin de ralentir le mouvement au moment opportun.

“Tahiiiii ! Mais oui vous autres ! elle passe bien devant !! Mari sérieux !!!”

Eh oui, c’est ainsi, par le plus grand des hasards, que l’on peut se rendre compte que dans quelques jours aura lieu un phénomène rarissime sur la Terre : le passage de Vénus devant le disque solaire — ce qu’on appelle un transit. Ceci a lieu moins de deux fois par siècle, les transits se passant en paire, à 8 ans d’intervalle, période elle-même séparée par des périodes de plus de 100 ans sans aucun transit. (Ingérer des doses massives de Brooklax n’y changerait rien.)

Pourra-t-on le voir de Maurice ? Encore une fois, Stellarium nous a fourni la réponse : oui, le 6 juin 2012 le Soleil se lèvera (vers 6h40) avec, sur la figure, un petit grain de beauté. Ce petit point noir commencera à quitter le disque solaire aux alentours de 8h30. Ce qu’on devrait voir vers 7 heures :

Vers 7h30 :

Vers 8h00 :

Vers 8h30 :

Pas très impressionnant ? Sans doute. Je dois dire que le transit de juin 2004, observé de chez mon beau-père (qui était encore vivant), n’a pas laissé une impression impérissable, même s’il était cool de voir ce petit point noir qui se déplaçait devant le soleil en se disant qu’il s’agissait là de cette Vénus brillant si fort dans le ciel nocturne. Mais on peut garder à l’esprit qu’il sera impossible de revoir une telle chose avant décembre 2117. Le 11 décembre 2117 au matin, nous, Maurichiens, alors que nous serons bloqués dans l’embouteillage à la hauteur du Réduit, pestant contre une MBC occupée à ne parler que des faits et gestes des dirigeants du jour, nous devrions voir ce qui suit à 7:29:45, weather permitting :

Mais qui seront-ils, ces dirigeants-là ? Qui, en 2117, aura la haute main sur le pouvoir exécutif ? Un membre de la famille Ramgoolam ou un membre de la famille Jugnauth ?

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