Longouse

Longouse, longouze.
Nom féminin.

Hedychium flavescens ou Hedychium coronarium. Plantes vivaces de la famille des Zingibéracées (famille à laquelle appartient le gingembre) et originaires d’Inde. Poussant dans les régions humides et pouvant atteindre une hauteur d’environ deux mètres, elles produisent des fleurs particulièrement odorantes. Le mot longouse est d’origine malgache.

«Sens ça», me dit Jean-Claude Sevathian en me tendant une belle fleur couleur crème appelée longouse ou Hydichum flavescence [sic] pour les intimes. Et, alors qu’il me voit savourant son odeur délicieuse, il lâche d’un ton sec, «C’est une peste.»
(L’Express, 25 mars 2008.)

Nombre de plantes exotiques sont aussi présentes, dont la bergamote, ainsi que des plantes envahissantes telles que le privet, la goyave de Chine et la liane cerf. Cette dernière étant « une véritable nuisance et la pire menace pour les plantes endémiques sur Le Pouce », selon les Forestiers. On remarque également de belles plantes ornementales, telle la longouze, bien qu’envahissantes aussi.”
(Week-End/Scope, 6 juillet 2007.)

Longouse à fleurs jaunes.

Au bas du mamelon, juste au point où il se révolte de la ligne verticale du sol et dresse sa courbure vers le ciel, une petite pointe d’or, finement aiguisée, droite et plate comme une lame, vient de s’allonger horizontalement à travers les têtes de longouses.”
(Léoville L’Homme, 1912, cité dans Mille mots du français mauricien, Pravina Nallatamby.)

La longouze à fleurs blanches et celle à fleurs jaunes sont souvent trouvées en association dans de nombreuses régions humides de l’île. Elle fut signalée par Bojer en 1837. Des intermédiaires existent probablement entre elles, mais les deux espèces qui fleurissent en été sont bien distinctes.”
(Joseph Guého & Guy Rouillard, Les Plantes et leur histoire à l’île Maurice, page 505.)

 

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Plusieurs auteurs s’accordent à dire que le mot longouse vient de Madagascar. On le trouve d’abord chez Étienne de Flacourt, gouverneur à Fort Dauphin de 1648 à 1655 et qui, en 1658, fit publier une Histoire de la Grande Isle Madagascar dans laquelle il parle du ou de la longouze en tant que fruit nommé grande cardamome.

“Le longouze est le fruit que l’on nomme en médecine Cardamomum majus. Le fruit est rouge comme écarlate, a une chair blanche et aigre qui est très agréable et la graine, qui est noire, est nommée par nous grande cardamome. Il y en a vers Ghalemboule et Sainte Marie, une si grande quantité que l’on pourrait en faire la charge d’un navire en un an de temps, en le traitant par gamellées ainsi que le riz.”

On retrouve l’appellation longouse ou grand cardamome de Madagascar en 1824 dans le tome dixième du Journal de pharmacie et des sciences accessoires (1815-1841, aujourd’hui les Annales Pharmaceutiques Françaises), dans la description suivante : “Le breuvage est ordinairement un liquide aromatique (le suc des feuilles de longouse ou grand cardamome de Madagascar), dans lequel on met la semence râpée du tanguin.”

En 1885, James Richardson, un missionnaire envoyé à Madagascar par la London Missionary Society, fit publier à Antananarivo — ainsi écrit sur la page de garde de son livre, au lieu du Tananarive qui allait avoir ultérieurement cours — un dictionnaire malgache-anglais qui fit longtemps référence et dans lequel il est dit que le mot longoza, ou longozy, est utilisé dans la Grande Île pour parler de la plante connue sous le nom scientifique d’Amomum angustifolium. Dans cette entrée, il est par ailleurs précisé que cette plante, une variété de cardamome, est connue à l’île Maurice sous le nom de longouze.

Plus près de nous, en 1987, dans leur Dictionnaire du créole mauricien, MM. Baker et Hookoomsing, citant Flacourt et Richardson, parlent eux aussi d’une origine malgache sous la forme longoza, ou lingoza chez les Betsileo (ethnie du sud des Hautes terres centrales) :

Le Dictionnaire étymologique des créoles français de l’océan Indien (1993) reprend les mêmes informations, y ajoutant une référence au créoliste Robert Chaudenson, en rapport avec le fait qu’à la Réunion il existe le mot longoze (aussi écrit longose) :

À Madagascar, pays d’origine du mot, longoza ou longozy continuent d’être employés pour parler d’Aframomum angustifolium, comme on peut le voir ici ou , ou encore en lisant la note liée au mot longouze dans l’édition de 2007 de l’Histoire de la Grande Isle Madagascar d’Étienne de Flacourt publié chez Karthala :

(Il n’est pas inintéressant de noter que ci-dessus le mot malgache pour les Hedychium dont il est question ici est donné comme étant sakaviro.)

 

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Une question demeure toutefois : comment se fait-il qu’à Maurice une plante importée de l’Inde porte un nom malgache ?

Eh bien c’est la botanique qui, entre autres, peut être amenée à y répondre. Aframomum angustifolium est une plante faisant partie de la famille des Zingibéracées, tout comme les deux Hedychium dont il est question ici. Alors que ces derniers ont été introduits par l’homme à Maurice, le premier serait une espèce indigène (Rouillard et Guého, page 500), autrement dit une plante connue ici-bas longtemps avant les deux autres. Comme l’Aframomum était une espèce végétale commune aux deux îles de France et de Madagascar, il n’y a rien d’étonnant à ce que le nom malgache ait été adopté à Maurice, nom qui, comme dans d’autres cas, a fini par se déformer par rapport au mot originel. Quand par la suite ont été introduites des espèces ressemblant à celles pour lesquelles on avait déjà un nom vernaculaire, il n’y a rien d’étonnant — une fois encore — à ce que ledit nom ait été utilisé pour décrire les nouveaux arrivants.

Ce qui est plus étonnant par contre, c’est que ce sont les derniers arrivés seuls qui ont fini par être appelés longouze, celui qui à l’origine portait ce nom finissant par être appelé zédoaire du pays (Rouillard et Guého, Les Plantes et leur histoire à Maurice, page 500). Cela tient peut-être de la relative rareté de ladite zédoaire, que personnellement je ne me rappelle pas avoir jamais vue. Il m’a d’ailleurs semblé très étrange que Baker et Hookoomsing parlent des fruits de la longouze (cf. l’extrait ci-dessus), car jamais je n’ai vu de fruit sur les plantes connues de moi sous un tel nom. Il a fallu internet et ses moteurs de recherche pour me montrer que c’est Aframomum angustifolium — la plante qui, vraisemblablement, fut la première et la seule à porter le nom de longouze à Maurice — produisait bien des fruits. “Ses fleurs à corolle rose et labelle jaune sont portées sur un pédoncule partant du sol. Elle est originaire d’Afrique et de Madagascar et vraisemblablement indigène. A Madagascar son fruit est dit comestible. […] Céré l’appelle ‘Volongos ou grand cardamone de Madagascar’. […] ‘Les semences du grand cardamone de Madagascar, nous dit Bouton, sont aromatiques et agréables à mâcher. Elles donnent de la fraîcheur à la bouche et adoucissent l’haleine.’” (Rouillard & Guého, entrée pour Aframomum angustifolium, pp. 500 & 501).

Ceci fait que ce qui est aujourd’hui appelé longoza à Madagascar n’est pas la même chose que ce qui est aujourd’hui appelé longouze à Maurice. Les espèces biologiques divergent, les mots aussi.

 

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Bouton et feuilles de longouse à fleurs jaunes (Hedychium flavescens) :

 

Longouse à fleurs blanches (Hedychium coronarium) :

(On remarquera la bébête ciseaux sur la fleur.)

 

Rhizomes de longouses à fleurs jaunes (Hedychium flavescens) :

2 réponses à “Longouse

  1. lorraine D lagesse

    exposé trés intéressant et précis pour ceux qui aiment la botanique…Cette plante n a donc pas de vertues médicamenteuses..???

  2. Est-il nécessaire que les plantes aient une vertu médicinale pour l’Homo sapiens ? On peut aussi les apprécier pour ce qu’elles sont, et rien d’autre. Ceci dit, la zédoaire du pays, la longoza malgache donc, passe pour avoir des effets curatifs contre le choléra et le suc de ses tiges aiderait à soigner les ophtalmies des nouveau-nés (Clément Daruty, Plantes médicinales de l’île Maurice et des pays intertropicaux, 1886). Puisque ce qui est aujourd’hui appelé longouse à Maurice est une plante similaire, peut-être produit-elle les mêmes effets ?

    On remarquera au passage que Rouillard et Guého, tout éminents botanistes qu’ils soient, écrivent “cardamone” au lieu de “cardamome” (le mot venant du grec kardamomon), notamment en citant Louis Bouton (Plantes médicinales de Maurice, 1857) alors même que ce dernier écrit cardamome — un mot déroutant s’il en est, tant par sa dernière consonne que par son genre, voire son étymologie.

    Un peu comme la zédoaire d’ailleurs.

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