Archives quotidiennes : 19 novembre 2011

Franco-Mauricien

Franco-mauricien.
Nom et adjectif.

Blanc mauricien, ou Mauricien blanc, ce qui est — presque — bonnet blanc et blanc bonnet.

Bernard Idelson (de l’université de La Réunion), chercheur en histoire de la presse indo-océanique, note qu’à partir de 1930 les journaux s’imbriquent de plus en plus «dans le champ politico-ethnique – représenté par les quatre groupes identifiés dans la Constitution mauricienne : les hindous, les musulmans, les sino-mauriciens et la population générale (qui désigne les franco-mauriciens et l’ensemble de la population créole).»
(L’Express, 15 novembre 2010.)

Pour l’élection de janvier 1886, deux composants ethniques s’affrontèrent. D’un coté il y avait les oligarques qui regroupaient tous les éléments conservateurs mais c’est sous l’étiquette Réformistes qu’ils se présentèrent aux élections de janvier 1886 dont les grands chefs de file sir Célicourt Antelme et sir Henry Leclézio avaient une influence considérable dans les affaires du pays. Ils représentaient la ligne dure du pouvoir conservateur franco-mauricien à Maurice. Et de l’autre coté, il y avait les démocrates qui plus tard se regroupèrent sous la bannière du Parti Libéral et qui prônaient une vraie réforme de l’administration du pays. Le Parti Libéral regroupait l’élite créole mais également les blancs dits «pauvres».”
(Site du parti MMSD, dont le Leader, Éric Guimbeau, est franco-mauricien, au sens mauricien de l’expression.)

En réponse à l’article de M. Yvan Martial rendant compte de ma conférence du Dodo Club sur « l’identité franco-mauricienne », paru dans Expresso n° 556 du 24 juin 2007, je tiens à apporter ci-dessous quelques précisions.
(1) Je n’ai, dans ma conférence, absolument pas parlé d’une identité franco-mauricienne qui « varierait sans cesse » ou « gagnerait en élasticité ». Bien au contraire, ma position fut d’argumenter que cette identité franco-mauricienne s’est construite dans le temps, en s’adaptant aux circonstances de l’histoire grâce à la mobilisation de certains marqueurs identitaires. J’ai illustré ce propos en montrant la récurrence, à travers l’histoire, de deux marqueurs identitaires privilégiés du groupe franco-mauricien : la culture française et l’argument de l’antériorité sur le sol de l’île
.”
(L’Express, 1er juillet 2007.)

Cet accent particulier est également la résultante de l’éloignement des ces Franco-Mauriciens avec l’ancienne mère patrie, ce qui explique l’abondance de mots et d’expressions propres aux dix-huitième et dix-neivième siècles dans leur vocabulaire. En deux mots, un parler français traînant et chantant où l’articulation des mots trahit le frottement anglo-saxon et l’autarcie de cette communauté mêlée d’un petit air hautain de grand-bourgeois, vestige d’une époque servile révolue.”
(Benjamin Moutou, Les Chrétiens de l’île Maurice (1996), page 386.)

For example, the Bhojpuri vernacular spoken by many of the Indo-Mauritians has been so strongly influenced by other languages that it is unintelligible to Bhojpuri-speakers in Bihar, and the Franco-Mauritians – like all other Mauritians – eat spicy curries and lots of rice.”
(Thomas Hylland Eriksen, lecture presented at the University of Oxford, December 1999.)

La langue de Molière continue d’être une des langues officielles de l’Assemblée nationale et n’est plus, comme jadis, la chasse gardée des Franco-Mauriciens et des personnes de couleur comme cela a été longtemps le cas.”
(Sydney Selvon, Le Dimanche, 3 Juillet 2011.)

Ki sa bébête qui so nom Mauricien ? Zamais mo vine trouve sa bébête-là ! Indo-mauricien, mo konné. Franco-mauricien, Créole mauricien, Sino-mauricien, Misilman mauricien, mo konné. Mais zamais mo fine zoine sa bébête qui so nom Mauricien !
(L’Express, 14 juillet 2006.)

Mo penser ki pou resoudre situation creole, bann franco-mauricien (blanc) ki detenir la grande majorité des terre sur l’ile, bizin repartage zot la terre avec creole puisque c bann francais ki ti capture zot depi lafrique pou amene zot fer esclavage dan maurice, pou après laisse zot a la belle etoile pou arive ziska maintenant kot zot pa remi de cette malheureuse episode de l’histoire.”
(L’Express, commentaire d’article, 14 août 2010.)

‘Fernand Leclézio était un précurseur. En s’associant avec la famille Gujadhur (famille indienne, alors qu’être ‘blanc’, franco-mauricien dans les colonies était synonyme de tous les privileges) pour créer FUEL, il avait déjà la vision de Maurice de l’an 2000.’ – Jacques de Maroussem
(Site maisoneureka.com.)

Jean-Claude de L'Estrac & POV, L'île Maurice racontée à mes petits-enfants (2009), page 14.

Avec les Créoles, les Franco-Mauriciens — ou Blancs — composent ce que la Constitution définit sous le terme de “population générale” (General Population). Dans un certain contexte, “franco-mauricien” est une façon plus politiquement correcte, plus consensuelle, de dire “blanc”. L’expression est construite de la même façon que les expressions “Sino-Mauricien” ou “Indo-Mauricien”, lesquelles renvoient aux Mauriciens d’origine chinoise ou indienne. Mais le terme “franco-mauricien” peut être ambigu à plus d’un titre.

D’abord, tous les Franco-Mauriciens ne sont pas exclusivement d’origine française. Cela se voit notamment au niveau des patronymes, qui peuvent avoir des connotations germaniques (Koenig, Ritter), britanniques (Bathfield, Tennant, Rogers) ou autres, sans que l’appartenance des gens portant de tels noms au groupe franco-mauricien soit remise en cause, pour peu qu’ils soient reconnus comme tels de par leur filiation, leur histoire personnelle, leur façon de s’exprimer (en français mauricianisé) et leur mode de vie.

Ensuite, il existe un relativement grand nombre de personnes qui ont la double nationalité française et mauricienne sans avoir le phénotype — et surtout la reconnaissance sociale — les rangeant dans la communauté franco-mauricienne. Il est par ailleurs possible de noter à ce sujet que la plupart des Franco-Mauriciens ne sont pas franco-mauriciens, dans le sens qu’ils ne possèdent pas la double nationalité française et mauricienne.

Cela peut donner lieu à certains quiproquos lorsque l’expression “franco-mauricien” est utilisée. Si on parle de “franco-mauricien” à propos d’une personne dont le nom permet de comprendre qu’il n’est pas question là d’un Mauricien blanc, le risque d’erreur est quasi inexistant. Par exemple : “Miss France 2011 : la Franco-Mauricienne Sabine Hossenbaccus classée quatrième dauphine” (site Kotzot, 5 décembre 2010). Compte tenu de son nom de famille — et sauf s’il s’agit d’un nom d’épouse —, il est très peu probable que la personne en question soit perçue comme appartenant à la communauté blanche de Maurice.

Parfois c’est plus ambigu :

Pour le Premier ministre, l’Attorney General, en prenant fait et cause publiquement en faveur du Franco-Mauricien Jean-Marie Richard dans l’affaire des allégations d’actes de brutalité policière à Grand-Baie, a commis un péché de « lèse-Premier ministre ».”
(Week-End, 4 octobre 2009.)

L’individu mentionné ici possède un prénom et un patronyme à consonance française. Il pourrait donc s’agir d’un Franco-Mauricien au sens restreint. Il appert que, dans ce cas-ci, il s’agit de quelqu’un que la société mauricienne classerait parmi les créoles, militant créole qui plus est puisque, actif dans la mouvance de la FCM (Fédération Créole Mauricien), il est un des défenseurs autoproclamés de la communauté.

Parfois l’utilisation de l’expression est plus ambigüe encore :

Jean-Marie Gustave Le Clézio attendait, avec nous, depuis fort longtemps cette consécration planétaire. Elle est tombée, jeudi dernier, le prix Nobel de littérature a été attribué au franco-mauricien.”
(Week-End, 12 octobre 2008.)

Il s’agit ici d’un écrivain dont le patronyme est bien connu à Maurice, la famille en question ayant fait souche dans l’île depuis le XVIIIe siècle. Et le père et la mère de Le Clézio sont des Leclézio mauriciens, mais lui-même est né et a grandi en France — ce qui saute aux oreilles quand on l’entend parler —, ayant avant tout un lien de cœur avec Maurice. Par ailleurs, il possède la nationalité mauricienne aussi, qu’il a obtenue quelques temps avant de recevoir le prix Nobel. Tout ceci fait que lorsqu’un journal parle à son sujet de “franco-mauricien”, on pourrait se demander s’il est question de sa double nationalité ou de son appartenance à l’une des communautés de l’île.

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Mise à jour du vendredi 29 mars 2013

Voice_of_White--Le_Mauricien--19_mars_2013_(p.19)

 
Tribune parue dans Le Mauricien du 29 mars 2013, illustrée par un cartoon de l’excellent Deven T. sur lequel on voit ce qui semble être un Franco-Mauricien évoquant un (hypothétique) “Voice of White” créé, selon toute évidence, en réaction aux activités de l’organisation “Voice of Hindu”.

Voice_of_White--Le_Mauricien--19-03-2013--Cartoon--Deven_T

 

 

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Mise à jour du samedi 20 décembre 2014

A Maurice, on a des sentiments plutôt nuancés vis-à-vis de la France. Parce que nous avons nos franco-mauriciens. Chez nous, nous nous disons qu’ils vivent dans des vases clos. Cela crée de la méfiance.”
(Nazim Esoof, L’Express, 20 mars 2012.)

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