Mareech, a demon-plagued island

« Up to this point, the migrants had avoided the subject of the Black Water – there was no point, after all, in dwelling on the dangers that lay ahead. But now, as they sweated in the steamy heat of the jungle, their fears and apprehensions bubbled over. The pulwar became a cauldron of rumours: it began to be whispered that their rations on the Black Water ship would consist of beef and pork; those who refused to eat would be whipped senseless and the meats would be thrust down their throats. On reaching Mareech*, they would be forced to convert to Christianity; they would be made to consume all kinds of forbidden foods, from the sea and the jungle; should they happen to die, their bodies would be ploughed into the soil, like manure, for there was no provision for cremation on that island. The most frightening of the rumours was centred upon the question of why the white men were so insistent on procuring the young and the juvenile, rather than those who were wise, knowing, and rich in experience: it was because they were after an oil that was to be found only in the human brain – the coveted mimiái-ka-tel, which was known to be most plentiful among people who had recently reached maturity. The method employed in extracting this substance was to hang the victims upside down, by their ankles, with small holes bored into their skulls: this allowed the oil to drip slowly into a pan.
« So much credence did this rumour accumulate that when at last Calcutta was sighted, there was a great outburst of sorrow in the hold: looking back now, it seemed as if the journey down the Ganga had given the migrants their last taste of life before the onset of a slow and painful death. »

(Amitav Ghosh, Sea of Poppies, 2008, pages 258 and 259.)
 

* Mareech = Maurice = Mauritius

 

 

They left the flying car, whereon
The wealth of gold and jewels shone,
And thus the giant king addressed
Márícha as his hand he pressed:
          “Márícha, look! before our eyes
          Round Ráma’s home the plantains rise.
          His hermitage is now in view:
          Quick to the work we came to do!”
Thus Rávaṇ spoke, Márícha* heard
Obedient to his master’s word,
Threw off his giant shape and near
The cottage strayed a beauteous deer.

(The Ramayana, Translation by Ralph T. H. Griffith, Principal of the Benares College, 1870-1874.)
 

* Maricha, or Marich/Mareech, son of the demoness Tadaka and uncle of the demon-king Ravan (or Ravana, or more frequently Rawan in Mauritius). He is the one who, transformed into a deer, helped Rawan abduct Sita.

 

 

Volume 2 (River of Smoke) >>>

22 réponses à “Mareech, a demon-plagued island

  1. J’ai été momentanément soulagé de lire Ghosh parler d’une « rumeur largement répandue« , jusqu’à ce que je relise la définition d’une rumeur qui n’est pas forcément une nouvelle infondée.
    Je n’arrive pas à déterminer si elle est confirmée ou infirmée au vu de la phrase « So much credence did this rumour accumulate …« .
    Quelle horreur si c’est vrai !
    Plus agréablement, l’évocation de Sita me fait penser à une des prières préférées de Gandhi qui, avec le « Vaishnava Janato« ,
    est le « Raghupati Raghava Raja Ram » dédiée à Sita et son époux Ram.
    On entend une magnifique interprétation de ces beaux textes dans le film consacré à Gandhi.

  2. THis is a wonderful book to read thou I found difficult to follow the slang written in this book…There is a 2nd book coming up soon..to follow Sea of poppies » »

  3. Linus Afrasiaticus (not related to the Bank)

    I should get und read that book.

  4. Gro Zippo: je sais que parmi les africains vendus en esclavage à destination des Amériques une croyance très tenace parmi eux était qu’ils seraient mangés une fois arrivés à destination: pour cette raison je ne serais pas surpris d’apprendre que l’auteur rapporte là une croyance réellement partagée par les travailleurs indiens à destination de l’île Maurice à l’époque.

  5. Merci Etienne pour cette info. Oui je suis d’accord que la croyance était ancrée chez les travailleurs, mais ce que je me posais comme question c’était si ces actes sont avérés (le mimiái-ka-tel).
    De la même manière, même si la croyance était forte, j’imagine que les esclaves n’étaient pas mangés. En revanche, dans l’album de Tintin « Coke en stock », ce n’était pas qu’une croyance quand Tintin informait les Africains qu’ils seraient vendus comme esclaves, alors que ceux-ci pensaient aller à la Mecque.
    Un collègue Togolais m’a raconté une histoire expliquant l’origine de l’esclavage des Noirs, descendants de Cham, qui a été utilisée comme justification de celui-ci par l’Église, celle de la malédiction de Cham.

  6. >Gro Zippo
    Selon ce que j’ai lu, la malédiction a été proférée contre Canaan, un des fils de Cham dont le territoire était en Palestine, si bien, selon les cathos, il y a quelques doutes dans les textes : http://www.newadvent.org/cathen/03569b.htm

  7. Oui c’est réellement Canaan qui reçoit la malédiction, mais on voit plutôt parler de la malédiction de Cham à travers son fils Canaan, pour une faute (apparemment) commise par Cham. On peut comprendre cela aussi comme une malédiction pour Cham car c’est son plus jeune fils qui est « puni »? Je ne me hasarderai pas à émettre des hypothèses.
    Effectivement Wiki précise qu’il y a eu plusieurs exégèses de ce texte, mais ce que je trouve regrettable, c’est que certaines interprétations aient permis de justifier (ou du moins de ne pas condamner) l’esclavagisme.

  8. >Gro Zippo
    Malheureusement on a trouvé des justifications par tout.
    Une des nouvelles scientifiques, vraiment une bombe, qui m’a donné beaucoup de plaisir malin (j’avoue) a été l’affirmation par les anthropologues de que l’homme est venu de l’Afrique. J’ai imaginé la figure de circonstance des racistes et à Hitler se retournant dans sa tombe.
    Un affaire mineur a été l’autre nouvelle, quelques années après, sur le mélange des l’ADN des hommes de Néandertal et les Sapiens.

  9. Siganus Sutor

    Il est tout à fait possible, et même probable, que des rumeurs de toutes sortes circulaient à propos du lieu lointain et inconnu où l’on devait se rendre. Tout comme la majorité des migrants d’aujourd’hui, les engagés du XIXe siècle étaient des gens dont la situation matérielle était suffisamment mauvaise dans leur pays d’origine pour qu’ils aient eu envie d’entreprendre un long et difficile (et inquiétant) voyage dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais à la différence de ce qu’on peut connaître aujourd’hui, les émigrants du XIXe allaient entièrement vers l’inconnu. Les problèmes auxquels ils devaient déjà faire face chez eux, leur faible niveau d’éducation et le mystère entourant aussi bien le lieu vers lequel ils étaient emmenés que le sort qui les attendait, tout cela ne pouvait que contribuer à créer un état d’esprit propice aux rumeurs les plus alarmistes.

    Le fait qu’en outre l’île vers laquelle on devait arriver après avoir traversé le terrible Kala Pani — l’Eau Noire — portait le nom d’un démon ne pouvait qu’exacerber les peurs.

  10. Oui, comme pour « l’ïle du Diable » où fut envoyé Dreyfus. « L’île de Satan » aurait été encore pire!

  11. Siganus Sutor

    En effet, être envoyé au bagne de l’île du Diable devait s’apparenter peu ou prou à un séjour en enfer. Toutefois, je pense que les bagnards de Guyane avaient une assez bonne idée de ce qui les attendait dans les différents lieux de détention, ne serait-ce que parce qu’ils se parlaient entre eux suite aux séjours que les uns et les autres avaient effectués ici ou là. Et puis cela restait dans un cadre français, en compagnie donc de gens dont ils partageaient la culture. Dans le cas des émigrants indiens le saut dans l’inconnu était bien plus grand. Sans compter que cela les coupait aussi d’une part essentielle de leur identité puisque le voyage les éloignait irrémédiablement du Gange.

     
    Alsace: I found difficult to follow the slang written in this book

    Indeed, the jargon is a bit of a pain in the neck. It is as if Amitav Ghosh had strived to put a maximum of 19th century words in his book, whether words used in the navy, words used by the lascars (native sailors) or words used by people in India. The fact that it is very well written tends to make the reader forget about it though — if he or she manages to float above it all.

  12. Siganus, je parlais seulement du nom de l’île, je ne comparais pas les expériences des bagnards (la plupart criminels) avec celles des malheureux Indiens (innocents) envoyés dans l’inconnu à « Mareech » qu’ils s’imaginaient comme un enfer, en grande partie à cause de son nom.
    Il me semble seulement que « Ile de Satan » aurait une connotation plus sinistre que « Ile du Diable », parce qu’il y a déjà beaucoup de références au Diable dans la langue française, y compris dans la toponymie (les nombreux « ponts du Diable », par exemple), tandis que le nom propre du Diable donnerait davantage l’impression que l’île en question est le repaire même de celui-ci.

  13. Siganus Sutor

    En effet, Marie-Lucie, il doit y avoir infiniment plus de toponymes comportant le mot “diable” que de toponymes comportant le mot “satan”. On a par exemple un roman portant le titre de “La Mare au diable”, ce qui suggérerait qu’il puisse exister une mare portant ce nom-là. Ici même, près de L’Escalier, dans le sud de l’île, nous avons un “Camp Diable”, village natal du célébrissime Teeren Appasamy. Je suis certain que le fameux toponymiste d’Orange saura nous trouver une trâlée de nom de lieux qui comprennent le mot “diable” (ou “devil”, ou “diablo”…). En revanche je pense qu’il aura plus de mal à trouver des toponymes dans lesquels on retrouve le mot “satan”. A se demander pourquoi. Le mal serait-il différent selon le nom qu’on lui donne ?

    Mais je serais un peu moins sûr de moi pour ce qui est des noms de lieu dans lesquels on retrouve le mot “démon”. Monsieur le toponymiste, un avis sur cette question diabolique ?

  14. Marie-Lucie, Siganus, à votre service !

    Comme Marie-Lucie le remarquait, le nom du Diable a été utilisé très souvent en toponymie. À chaque fois qu’un péril extrême se présentait, que des accidents successifs se produisaient, ou plus simplement qu’une rumeur entachait l’endroit d’une mauvaise réputation on invoquait le nom du Diable. Et les Devils anglo-saxons sont largement aussi nombreux !

    ► Satan a eu moins de chance. Je n’ai trouvé que cinq occurrences en France métropolitaine
    Coumbal de Satan (La Roche-de-Rame, Hautes-Alpes)
    La Combe de Satan (Vergt-de-Biron, Dordogne)
    La Satanerie (Flottemanville-Hague , Manche)
    Satanas (Sauveterre-de-Guyenne, Gironde)
    Vau Satan (Fleury-la-Vallée, Yonne)
    ► Démon n’est pas si rare que ça, du moins en France  :
    Le Démon : à Varennes (Vienne), Loye-sur-Arnon ( Cher) et Carcassonne (Aude)
    Champs Démon (Sougy, Loiret)
    Come Démon (Bussy-le-Grand, Côte-d’Or)
    La Démonerie ( Fontenay, Cher)
    La Démonnerie (Saint-Laurent-en-Gâtines, Indre-et-Loire)

  15. des malheureux Indiens (innocents) envoyés dans l’inconnu

    Etaient-ils vraiment envoyés contre leur gré ? J’avais compris que des contrats (à durée déterminée en tant que indentured labourers) leur étaient proposés pour aller travailler à Maurice. Est-ce juste une croyance de ma part ? Néanmoins je ne dis pas que c’était dans la joie et l’allégresse. En général ils étaient supposés retourner au pays une fois leur contrat terminé. Ce status avait été changé plus tard par un responsable politique mauricien (je ne me rappelle plus son nom), car il leur estimait le droit de rester dans un pays dans lequel ils avaient travaillé et qu’ils avaient permis de développer. Un ami indomauricien (eh oui il faut toujours parler ainsi à Maurice), après avoir vu la pauvreté dans une grande ville indienne, m’avait dit qu’il remerciait son ancêtre d’avoir choisi d’émigrer à Maurice.

  16. Gro Zippo, d’après ce que je peux comprendre en lisant l’extrait du livre, ceux qui (contraints par la misère) s’étaient engagés pour aller travailler à Maurice n’avaient peut-être pas tellement réfléchi au début à ce qui les attendait, mais (comme il arrive souvent) au cours du long voyage la peur de l’inconnu s’installait et se nourrissait des rumeurs les plus folles, surtout si les engagés ne connaissaient personne qui fût revenu de « Mareech ». C’est pourquoi ils étaient « malheureux ». Naturellement, la réalité était tout autre – pas le paradis, mais pas non plus l’enfer qu’ils craignaient.

  17. Marie-Lucie, j’espère que vous n’avez pas ressenti une contestation de ma part, désolé. C’est simplement que votre phrase m’a interpelé, à savoir s’ils étaient vraiment volontaires (est-on si volontaire quand on est contraint par la misère?) comme je l’ai toujours compris, ou s’ils étaient envoyés contre leur gré, comme l’ont été les esclaves venus d’Afrique. Du coup vous me faites réfléchir sur le sens du mot « choisir »; comme on dit parfois ici, l’ancêtre a dû « chosir » le « moins pire ».
    Hier soir une de nos chaînes Arte présentait l’histoire des révoltés du Meermin, des Malgâches pas du tout volontaires. Le reportage fait ressortir, entre autres, les conditions du transport et laisse imaginer la détresse de ces personnes arrachées à leur sol et privées définitivement de leur liberté.

  18. A. J. P. Crown

    Here are some devil places. Most of the English-language ones seem to be in the USA, though there are ones in Canada, Scotland & Australia. I would like to be able to draw some conclusions from this, but I’m not sure what they might be – perhaps something about God-fearing immigrants and explorers feeling a little desperate.

  19. Leveto, merci pour votre liste de toponymes démoniaques. Votre Démon(n)nerie fait songer à une usine produisant des petits démons à la chaîne — ce qui n’est pas tout à fait la même chose qu’une diablerie. Pour ce qui est de Satanas (Gironde), ce nom ne peut manquer de rappeler deux personnages de dessins animés : Satanas et Diabolo (dessins animés dont le titre original anglais n’avait rien d’aussi démoniaque).

    Quant au diabolo, c’est le nom donné à un jeu d’adresse mais aussi à un certain nombre d’objets, nom que l’on peut par exemple retrouver dans le train d’atterrissage d’un avion, ce qui démontre de façon évidente le manque de jugeote des constructeurs d’aéroplanes. (Je ne suis pas superstitieux, mais quand même…)
     

    AJP, the devil is everywhere. We just need to be cautious. But among all the names that are listed on this website, I haven’t seen the Devils Marbles, which can be found in the Australian outback. Interestingly enough, this name seems to mention the devils, in the plural. Evil is not always one, as some may think.

     
    Gro Zippo : En général ils étaient supposés retourner au pays une fois leur contrat terminé. Ce statut avait été changé plus tard par un responsable politique mauricien (je ne me rappelle plus son nom), car il leur estimait le droit de rester dans un pays dans lequel ils avaient travaillé et qu’ils avaient permis de développer.

    Il n’est pas impossible que des considérations d’ordre économique aient aussi influencé la décision d’autoriser les travailleurs engagés à rester à Maurice. Selon les termes du contrat, l’employeur devait payer le retour des travailleurs en Inde (c’est toujours le cas, aujourd’hui, pour tous les travailleurs indiens, bangladeshis, chinois ou malgaches travaillant en ce moment à Maurice dans le textile, le bâtiment ou Dieu sait quoi encore). Certains n’auraient pas été insensibles à l’argument selon lequel cela coûterait moins cher de proposer aux engagés qui le souhaitaient de rester ici, l’employeur économisant ainsi le prix du passage entre Maurice et l’Inde.

    Accessoirement, on peut souligner que le terme “indentured labour” vient de la façon dont le contrat (le document lui-même) était fait : comme tout contrat en bonne et due forme il était rédigé en double ; mais dans ce cas-ci, comme une des parties n’avait en général pas la possibilité de le lire, les deux parties du document étaient découpées selon une ligne brisée (un des bords était donc indented), les deux moitiés devant s’ajuster parfaitement l’une à l’autre lorsque réunies à nouveau, ce qui servait à prouver l’authenticité des documents. Bien avant Maurice, le système d’indentured labour était utilisé pour procurer de la main d’œuvre aux colonies américaines : « In colonial North America, farmers, planters, and shopkeepers found it very difficult to hire free workers, primarily because cash was short and it was so easy for those workers to set up their own farm. Consequently, the more common solution was to pay the passage of a young worker from England or Germany, who would work for several years to pay off the travel costs debt. During that indenture period they were not paid wages, but they were provided food, room, clothing, and training. Most white immigrants arrived in Colonial America as indentured servants, usually as young men and women from Britain or Germany, under the age of 21. » (Wikipedia.)

  20. >Siganus K. Sutor
    “The evil is everywhere” mais je crois que c’est Madrid la seule ville qui a un monument à l’ange déchu.

  21. Maricha, or Marich/Mareech, son of the demoness Tadaka and uncle of the demon-king Ravan (or Ravana, or more frequently Rawan in Mauritius). He is the one who, transformed into a deer, helped Rawan abduct Sita.

    Très intéressant « résumé » du Rāmāyana.

    La danse du « tak tak tak takatchia katchia … » (instant 14:41), probablement aperçue dans l’émission Hamara desh, hamara zindagi, y est expliquée.
    Les Martiens y retrouveront l’expression difé dan Lannka, incendie déclenché par Hanuman pour aller délivrer Sita.

  22. In English they are called Dick Dastardly and Muttley.

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