Archives quotidiennes : 15 août 2011

Pierres ponces martiennes

Sur la partie au vent de Maurice, principalement le long de la côte Est, il est possible de trouver des “roches” (i.e. des pierres) venues de très loin. Elles n’ont pas été apportées là par un Petit Poucet ayant fortement dévié du chemin de sa maison, ni par un géologue aux poches trouées, mais par la mer. Car il existe des pierres flottantes, les pierres ponces.

Il s’agit de morceaux de laves soumises à une décompression et à un refroidissement soudains. La décompression brutale, suite à une éruption violente, fait que les gaz dissous dans la lave passent à l’état gazeux. (Le même phénomène se produit dans une boisson gazeuse dont le contenu, sous pression, est rapidement décomprimé suite à l’ouverture du bouchon). Si la lave dans laquelle apparaissent les bulles de gaz subit un refroidissement rapide, ces dernières vont se retrouver prisonnières de la lave ainsi solidifiée. Le dégazage suivi d’un refroidissement soudain peut être tel que la masse volumique apparente de la lave solidifiée soit inférieure à 1 t/m³. Autrement dit, la pierre ainsi produite est moins dense que l’eau — d’où sa capacité à flotter.

Il est généralement accepté que les pierres ponces que l’on peut ramasser sur les côtes mauriciennes proviennent de l’éruption du Krakatoa, dans le détroit de la Sonde, en 1883. Il a en effet été rapporté que des quantités considérables de pierres ponces flottaient sur l’océan au moment de l’éruption cataclysmique qui aurait fait 40 000 morts et produit le bruit le plus fort jamais entendu à l’époque historique. Un bruit si fort qu’il fut entendu à Rodrigues, île située pourtant à 4 800 km du volcan. (Les Rodriguais ont alors cru qu’un navire avait tiré un coup de canon.)

Les pierres ponces flottaient en telle quantité sur la mer que des bateaux navigant dans les parages de l’Indonésie avaient paraît-il du mal à avancer si la brise n’était pas assez forte. Le numéro de septembre 1884 de la revue The Atlantic Monthly en parlait de la sorte : “A vessel which passed through Gaspar Strait as late as the 23d of November reported that at places in the Java Sea the floating pumice was so thick that headway was almost impossible with light breezes.”

C’est ainsi que, pris dans le courant sud-équatorial allant de l’est vers l’ouest, nombre de ces pierres ponces ont dérivé jusqu’à l’île Maurice, se retrouvant par la suite enfouies dans les dunes littorales. Plus de cent ans après l’éruption on les retrouve encore, par exemple lorsqu’on construit des hôtels au bord des plages de sable corallien. Traditionnellement les Mauriciens (ou plutôt les Mauriciennes) s’en servent pour se nettoyer la peau, ou pour la poncer* là où tendent à se former des cals, comme par exemple sur le pourtour de la plante des pieds de ceux et de celles qui ne mettent guère de chaussures fermées.

 

* Il est à noter que le verbe poncer (décaper, polir) vient du nom ponce, lui-même issu du latin classique pumex, pumicis, pierre ponce. Idem pour le substantif poncif, thème ou expression littéraire ou artistique dénués d’originalité (banalité, cliché, lieu commun).

 

 

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Mise à jour du samedi 27 août 2011.

Moisson d’un dimanche après-midi, sur une plage du Sud-Est (moins les deux plus grosses, offertes à une dame) :

Les pierres ponces se ramassaient presque à la pelle — peut-être à cause de la grosse houle qu’il y a eu au début du mois d’août, ce qui a brassé le sable.

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