Archives quotidiennes : 3 août 2011

Jouer

Jouer.
Verbe transitif ou intransitif.

♦ Passer, mettre (en parlant d’un disque, d’une cassette, d’un morceau de musique, etc.) ; programmer, mettre à l’affiche, projeter, diffuser (en parlant d’un film, d’une émission de télévision, etc.)
♦ Fonctionner, marcher, être allumé (en parlant d’un lecteur de disques ou de bandes magnétiques, d’une radio, d’une télévision, etc.)

Ayo, joue cette chanson des Beatles encore une fois, pleeease !

Quel film la MBC joue ce soir ?

Elle joue ce disque-là non-stop, matin, midi et soir. De quoi te rendre gaga !

Harry Potter 7 ? Je crois que ça joue juste à Port-Louis, au cinéma Star du Caudan.”

— Tu as mis le DVD dans l’appareil ?
— Oui, mais ça ne joue pas…

Éteignez la télévision si vous ne regardez pas le programme. Ne la laissez pas jouer pour rien !

Je suis entré dans la maison. Une radio jouait quelque part dans une pièce. Je n’ai vu personne.”

L’utilisation du verbe jouer dans ces acceptions pourrait être due à deux influences : premièrement celle du verbe jouer dans le sens de “exécuter, interpréter un morceau de musique, une œuvre musicale” (TLF) et deuxièmement celle du verbe anglais to play dans le sens de “to cause (a compact disk or audiocassette, for example) to emit recorded sounds” ou de “to be performed, as in a theater or on television. (A good movie is playing tonight.)” (thefreedictionary.com). Ou à une combinaison de ces deux influences.

Mais il ne me semble pas impossible que parmi les sept exemples donnés plus haut certains puissent peu ou prou s’entendre en français dit standard. Pour en revenir à l’entrée que le TLF (Trésor de la langue française) consacre au verbe jouer, on trouve dans ce dictionnaire le sens et les exemples suivants :

« b) [Le sujet désigne un appareil] Reproduire ou retransmettre de la musique préalablement enregistrée. Posée sur une cantine, une petite radio joue un de ces airs mélancoliques dont l’oreille américaine semble ne jamais pouvoir se rassasier (Green, Journal, 1942, p. 257). C’était un bon dîner, un dîner excellent… La radio jouait une musique de table, faite sur mesure (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 62). »

On pourrait trouver que le 7e exemple — ‘une radio jouait quelque part dans une pièce’ — correspondrait à ce qui peut être lu ci-dessus ; sauf que dans l’usage qu’il est parfois possible d’entendre à Maurice le verbe est intransitif. Une radio peut jouer tout court, sans qu’il soit obligatoire de préciser ce qui est joué — qu’il s’agisse des Noces de Figaro, de Madame Eugène ou tout simplement des avis mortuaires. Il ne me semble pas possible de le dire de cette façon en français de France, là où on aurait sans doute dit plutôt ‘une radio était allumée quelque part dans une pièce’. On remarquera que si on veut donner un sens plus absolu à ce verbe, il conviendrait de lui adjoindre le verbe faire, comme on peut le voir dans cet exemple tiré encore une fois du TLF : « − Familier. Faire jouer. Si je fais jouer le phono, si la musique entre ici. »

Par contre, les Suisses seraient semble-t-il susceptibles d’avoir des appareils qui jouent de façon intransitive, du moins si l’on en croit Thefreedictionary.fr (s’appuyant sur le Larousse pratique) : « Jouer. Verbe intransitif. (…) 6. En Suisse, fonctionner [s’ajuster, convenir]. » Y aurait-il un Helvète dans la salle pour préciser de quelle manière les choses jouent — ou ne jouent pas — sur le territoire de la Confédération ?

Pour finir, il est sans doute utile de préciser que cet usage un tant soit peu particulier du mot jouer en français de Maurice a de fortes chances d’avoir été influencé par le créole mauricien. “Enn radio ti pé zoué”, “pa les télévizion zoué pour narien”, “masinn DVD-la pa zoué”, “sa fim-la pé zoué ABC”, “gramatin tanto li zoué sa dis-la”, “ki MBC pé zoué tanto ?” ou “ayo, zoué sa santé-la ankor enn foi !” sont des phrases tout à fait standard en créole.

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