Archives quotidiennes : 2 mars 2011

Courpa

Courpa.
Nom masculin.

Escargot. (En général l’espèce Achatina fulica, d’origine est-africaine, dont certains individus peuvent avoir une taille relativement élevée.)

Regarde tous ces courpas qui montent en haut des murs. Il va sûrement pleuvoir.”

Les Espèces Allogènes Envahissantes (EAE), ce sont donc des espèces qui ne sont pas indigènes à Maurice, Rodrigues ou toute autre île de la République de Maurice, mais qui ont été introduites chez nous de l’extérieur, soit par accident ou délibérément. Ces EAE nous arrivent sous toutes sortes de formes et peuvent aussi bien être des plantes ou des animaux, que des bactéries ou des virus. Le ‘courpa’ qui dévore nos plantes, le corbeau qui envahit nos villes, les nombreuses espèces de mouches des fruits, les rats, les mauvaises herbes de nos jardins, champs et forêts et presque toutes les maladies qui affectent notre santé, sont des exemples d’espèces étrangères envahissantes.” (Week-End, 7 mars 2004.)

Notre regard déchiffre un courpa, lui nous indique une peste, espèce comestible toutefois. Après tout, ce sont des escargots, ces Giant african landsnails introduits bien maladroitement à Maurice vers 1845.” (L’Express, 11 décembre 2004.)

Atmaram Balchand qui va régulièrement dans sa cressonnière est inquiet : ‘Courpa la pond so dizef lor ros. Dizef la rose kouma chewingum. Après cresson, safoila c’est bredes songes et violettes, nou finn fatigué lutté pour qui lotorité pran compte. Narien pas fin fer ziska zordi’, s’indigne-t-il.” (L’Express, 19 juillet 2007.)

Vishnu Lutchmeenaraidoo a lui aussi évoqué le même thème du ‘nou bann’ et que ceux qui se disent ‘calipa sont plutôt des courpa qui sont en train de mettre le pays sur un volcan communal après l’avoir déjà mis sur un volcan social’.” (Week-End, 18 novembre 2007.)

C’est un vrai ‘courpa’ deguisé en ‘courpa’ pour utiliser une expression chère au très regretté Sir Gaetan Duval. Xavier, c’est un fiasco!” (L’Express, commentaire d’article, 12 mars 2010.)

Il n’y avait point de danger dans cette partie de l’île, les jeunes filles circulaient librement, sans risques d’agression. Mon passe-temps était de ramasser des coquillages qui ressemblaient à des petits courpas d’une couleur proche de la nacre.” (Week-End/Scope, 5 août 2005.)

– Comment tu veux que je dise: quand tu mets de la viande dans le mixer qu’est-ce que tu as? de la viande hachée, donc quand tu fais la même chose avec des courpas, c’est pareil, c’est haché… après qu’est-ce que tu as fait?
– J’ai mis la… crème…
– … quelle crème? Tu deux dire le courpa haché.
– Tu vois comment tu es? Ça même je ne voulais pas te raconter
.”
(Week-End, 23 janvier 2011.)

 

Courpa lisant l'horoscope.

 

Pour certains, le mot courpas — écrit avec un -s final — signifie littéralement “qui ne court pas”, du verbe courir, le gastéropode en question étant censé être celui qui ne peut prendre ses jambes à son cou (cf. Pravina Nallatamby, qui l’écrit “court-pas”, allant jusqu’à mettre un trait d’union entre court et pas). Dans son Inventaire (1993), l’universitaire Didier de Robillard réfute cette hypothèse : “L’étymologie ‘court’ + ‘pas’ ne semble pas avérée.” (Page 85 de l’ouvrage, lequel peut être téléchargé en pdf – 7.1 MB.) Pour Baker & Hookoomsing (1987), le mot aurait une origine bantoue, ces auteurs citant le mot ekhoropa, du makua (langue d’Afrique de l’Est apparentée au swahili), mot figurant dans le dictionnaire portugais-macua d’Alexandre Valente de Matos (1974, Lisbonne) avec la définition suivante : “Caracol. Ha muitas variedades, sendo de realçar o caracol gigante.” La traduction du portugais n’est pas donnée, mais il appert que caracol signifie bien escargot. Va donc pour une origine bantoue. Le naturaliste France Staub, pour sa part, l’appelle “le Couroupas” dans son livre Faune de l’île Maurice et flore associée (1993), variante qui figure aussi dans le dictionnaire de Baker et Hookoomsing, sous la graphie kurupa. Cette variante se rapprochant davantage du mot makua, il est possible qu’elle constitue une forme ayant moins divergé du mot originel que le plus fréquent et plus moderne courpa (kurpa), ce qui contribuerait à renforcer l’hypothèse d’une origine est-africaine.

Si l’espèce d’escargot la plus commune est le gros Achatina fulica, il n’est pas le seul à Maurice. D’autres espèces sont susceptibles de croiser son sillage visqueux, certaines d’entre elles ayant figuré sur une série de timbres émise en 1996, laquelle comprenait entre autres l’espèce Harmogenanina implicata et l’espèce Pachystyla bicolor, toutes deux endémiques à Maurice. Il nous semble que la série en question comprenait aussi un timbre montrant un “escargot-tueur” dont nous n’avons pas encore trouvé le nom scientifique mais dont une photo de la coquille se trouve ci-après. Cet escargot possède une coquille allongée de couleur claire, il est de taille largement plus faible que les gros et omniprésents courpas africains dévastant cultures et jardins et, selon un témoignage de première main, il serait capables de tuer ces derniers en leur grimpant dessus avant de les poignarder avec un dard.

Il est possible de noter qu’aucun Martien, à notre connaissance, ne mange de courpa, bien que l’Achatina fulica soit semble-t-il consommé en Afrique continentale.

 

 

(Ce billet est dédié à Courpa, commentatrice sortant parfois de sa coquille.)

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