Donne-nous la pluie

Dis. il est Dieu unique
Parfait & sans defaut
Donne nous la pluie

 
 
 

Dis. il est Dieu unique
Parfait & sans defaut
Donne nou la pluie

 
 
 

Dis. il est Dieu
unique. Parfait
et sans defaut

Pardon no peché
Donne nou la Pluie

 
 
 

 
 
 
Sans doute les péchés ont-il été pardonnés car ces prières ont été exaucées : il pleut abondamment depuis hier au soir, et ce n’est pas fini. Mais comme d’habitude, la pluie cause des problèmes d’“accumulation d’eau”, ainsi que le disent les services météorologiques martiens et autres autorités plus ou moins gouvernementales (mais tout aussi martiennes). Cette fois-ci, dans leur bulletin de 11h30, nos pseudo-scientifiques de la station de Vacoas ont oublié les mots “aux endroits habituels” pour que la formule soit bien consacrée : “Il y aura des accum[m]ulations d’eau ainsi que des poches de brouillard. Donc la prudence est strictement recommandée aux abords des rivières et cours d’eau déjà en crue ainsi que sur nos routes.” Car les automobilistes doivent bien entendu savoir où sur les routes se trouvent ces “endroits habituels” auxquels on a “des accumulations d’eau”. Vous habitez Baie du Cap et vous décidez d’aller vous promener à Riche-en-Eau ? Ben, bonhomme, vous devez savoir où l’eau s’accumule à Riche-en-Eau ! C’est bien là le minimum qu’on attend de vous, et cela ne sert à rien de critiquer le drainage mal conçu (ou inexistant) ou les drains bouchés à cause du manque de civisme des gens qui jettent tout et n’importe quoi partout et n’importe où. Manque de civisme qui va semble-t-il jusqu’à déverser les eaux pluviales dans les réseaux d’égouts, qui se mettent à déborder passé un certain débit. Mais sans doute va-t-on bientôt entendre un autre mauricianisme faire florès dans les bouches (d’égout) et dans les articles (de presse), à savoir le mot “débordement”.

 
 

 
 

Au fait, L’Express nous apprend que ces dernières 23 heures (ne demandez pas pourquoi 23) il est tombé 96,8 millimètres de pluie à Riche-en-Eau. De quoi y causer quelques accumulations d’eau aux endroits habituels.

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24 réponses à “Donne-nous la pluie

  1. il pleut abondamment depuis hier au soir.

    Ainsi on écrit encore « hier AU soir » sur Mars ? (largement détrôné par « hier soir ») mais écrivez-vous également « hier AU matin » ? et « demain au matin » ?

  2. Zerbinette, je pense qu’on dit davantage “hier au soir” qu’on ne l’écrit. En créole on dit “hier asoir” (yer asoir), ce qui est très voisin et correspond peut-être à une expression vieillie. Toutefois, sur un blog nommé LSP j’ai rencontré une personne avec qui j’ai correspondu, et elle aussi disait “hier au soir”, toute française qu’elle soit.

    Mais je n’ai jamais entendu ni “hier au matin” ni “demain au matin”. Vous le dites, vous ?

  3. hier (au) soir

    J’allais moi aussi commenter ces deux usages. Dans ma famille (parents parisiens) on disait seulement hier soir, comme demain soir, mais autour de nous (Normandie) on entendait beaucoup hier au soir, ce qu’il m’arrive de dire moi-même (mais jamais demain au soir).

    Je n’ai jamais entendu hier au matin, mais au Québec on dit (ou tout au moins on écrit) à matins comme aussi à soir dont nous avons déjà discuté. (Peut-être ces expressions veulent-elles dire « le matin/soir, tous les matins/soirs » (en général)).

    Siganus, savez-vous de quelle région était la dame qui disait hier au soir? Il se peut que ces expressions soient de l’Ouest de la France, comme beaucoup de québécismes, mauricianismes et créolismes.

    Note de prononciation du mot hier (du latin heri): hier (soir, matin): [i-yèr], mais hier au soir : [yèr] (comme aussi dans avant-hier [avantyèr]). La prononciation [yèr] est certainement la plus ancienne.

  4. >Marie-lucie
    Comme vous savez, nous disons “ayer”, du latin “ad heri”.

  5. savez-vous de quelle région était la dame qui disait hier au soir?

    Elle vit dans la région lyonnaise tout en étant à l’origine de la Loire (Montbrison).
     
     
    Jesús, ayer serait l’équivalent de “à hier” ? Du genre “à hier les réservoirs étaient pleins à 50%” ?

  6. « Hier au matin » mes parents ont essayé de m’appeler mais le temps pluvieux semblait avoir des conséquences néfastes sur le réseau téléphonique. C’est si grave que ça? On dirait que certains chamans ont trop dansé ou d’autres trop prié.

    Pour en revenir à l’utilisation des mots, un des derniers articles de l’Express m’a bien fait rire par l’utilisation d’expressions « anciennes », « légères » ou « martiennes » dans un article traitant de meurtre. Pour les citer:

    elle a été cuisinée jusqu’à fort tard
    elle a fini par cracher le morceau
    étant très au courant de son adultère
    Interrogée jusqu’à fort tard dimanche

    Vive Mars.

  7. Siganus, et en outre cette dame n’était-elle pas professeure de lettres ?

  8. >Siganus K. Sutor
    « Ayer » = hier. Nous disons : « Ayer los pantanos estaban [llenos] al 50% » mais je ne sais pas si cela a la même signification.
    Votre « à hier » est-ce comme « jusqu’à hier » ?

  9. Pépé, qu’est ce qui te gêne au juste dans ces expressions ? Oui, il est vrai que les journalistes mauriciens ont parfois du mal à appréhender le registre de certaines locutions françaises. “Cracher le morceau” ou “cuisiner” ne font pas vraiment partie du langage courant à Maurice, et il semblerait qu’ils aient entendu ou lu ces tournures dans un contexte franco-français et aient dès lors jugé bon les utiliser dans leurs articles, même lorsqu’une certaine gravité aurait été plus adaptée. Le hic, c’est qu’ils importent parfois ces expressions toutes faites sans les avoir eux-mêmes utilisées dans la vraie vie, dans une conversation “normale”, ce qui peut donner un décalage plutôt cocasse (cocasse au sens français), voire même être assez féroce pour le journaliste en question. Ceci dit, “très au courant de son adultère” est-il si martien que cela ? (Je me rends mal compte. Faudrait-il dire plutôt “bien au courant de son adultère” ou tout simplement “au courant de son adultère” ?) Quant à “interrogée jusqu’à fort tard dimanche”, où est-ce que le bât blesse ? (Là mon seuil d’incompétence est dépassé…)

    Non, Zerbinette, elle n’est pas professeure de lettres. Pourquoi, les professeures de lettres disent “hier au soir” (quand elles parlent à leur mari le lendemain matin) ? 🙂

    Jesús, oui, cela signifierait “jusqu’à hier”, ou “à la date d’hier”, “up to yesterday” (“as of yesterday” dirait John Cowan).

  10. @Siganus, le registre est effectivement (selon moi), mal adapté au journalisme et à la gravité de la situation. Il n’y a pas de faute en soi, il ne faut pas voir une critique. Les expressions existent vraiment mais les utilisations dépendent du contexte.
    « Cracher le morceau », par exemple, serait plus utilisé dans un texte léger (critique de cinéma, chronique ou amical). « Etre au courant » est suffisant, « très » me semble être un superlatif martien dans le sens « bann la ti bien koné ki li ti éna enn zom ». Enfin « fort tard » est une expression juste mais pas très courante, du moins un peu dépassée… sauf ici dans le Nord de la France (encore un fois basée sur mon expérience). Il est beaucoup plus utilisée : « Il a fort gelé en décembre ».

    En venant à ça, il y a des expressions dans le Nord de la France que je n’avais jamais entendu auparavant. Par exemple: « Je l’ai vu un paire de fois » veut dire « je l’ai vu de temps en temps ». Autre: « ca fait cinq cents et des ». Essaies de deviner ce que ça veut dire, c’est super simple.

  11. >Siganus K. Sutor
    Ben, alors c’est: à hier = jusqu’à hier = « hasta ayer ».

  12. À in these constructions is as of in English; that is, taking the point of view of the time that is specified. « As of three days ago, Mubarak had not yet resigned » means that the speaker has not heard anything to the contrary since (i.e. has been living in a cave).

    And as for « ponding [as water accumulation is called] in the usual places », this is also said in New York, capital of the planet Earth, and there is no alternative to have local knowledge. For example, at the south-east corner of Second Avenue and Second Street in Manhattan, the flooding will be too deep for anyone with mere ankle boots, and that one must either wear thigh-high boots or higher, accept getting wet feet, or avoid the place altogether (as I do). I feel sure that this fact has never been written down before, so I put it on record here.

  13. ‘Dis’ la kieté sa?

    Yeah soir.

  14. Celui qui tague à tout-va dans Port Louis doit marcher avec une bombe dans la poche et sur l’épaule une échelle…

  15. « Hier au soir » a toujours été nettement plus courant que « hier au matin ».
    http://ngrams.googlelabs.com/graph?content=hier+au+matin%2Chier+au+soir&year_start=1800&year_end=2000&corpus=7&smoothing=3
    Mais celui-ci décline quand même inexorablement.
    « Hier matin » est lui aussi plus faiblement représenté que « hier soir », mais pas avec autant de différence que dans l’autre expression. Il faut croire qu’on a plus de chose à raconter sur ce qui s’est passé hier (au) soir que sur ce qui s’est passé hier (au) matin.

  16. Ca me donne une subite envie de chanter ca:

    hier au soir bayabou tyeinvité moi, hier au soir bayabou tyeinvité moi pou noualle camp cavale camp cawal!

  17. Pépé : « Je l’ai vu un paire de fois » veut dire « je l’ai vu de temps en temps »

    Voilà qui peut faire songer à l’expression anglaise relativement fréquente “a couple of…” (a couple of times, a couple of days, a couple of friends, etc.), qui signifie “deux”.

    « ca fait cinq cents et des » ► Ça fait un peu plus que la moitié ? (La totalité étant fixée à mille.)
     
     
    John, isn’t there a municipal service of some sort that is likely to solve that kind of drainage problem in New York city? It seems hard to believe that in a place like this one these things are not worked out within the blink of an eye. (It’s not like sending an expedition to Mars.) And I’d tend to say that New Yorkers should not be the type of persons to throw all their rubbish in the drains.
     
     
    Ashvin : ‘Dis’ la kieté sa?

    Ashvin, kapav enn bon kestion sa. Moi mo ti lir li kouma verb “dir” (“say” an anglé), kouma dir enn lord. Mé kapav li zis sif 10 (prononsé “diss”). Bé lerla nou tia bien kontan koné ki ti ena pou 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 ek 9…
     
     
    Torpedo, l’échelle n’était pas vraiment nécessaire : tout cela se trouvait plus ou moins à hauteur d’homme (ou de femme dame). Quant à la bombe, ce n’est pas le moyen le plus commode pour écrire, ce qui explique peut-être pourquoi, à trop se concentrer sur le traçage des lettres lui-même, on varie quelque peu d’une inscription à l’autre…
     
     
    Olimalia, c’est intéressant ce genre de courbe. Mais est-ce bien précis ? cela reflète-t-il bien la réalité ? Je suppose que cela provient d’une analyse des livres scannés par Google (consultable sur Google Books) uniquement et pas des autres ?

    Il est évident qu’on a davantage de choses à raconter sur ce qui s’est passé hier au soir : avez-vous regardé beaucoup de matchs de foot un grand matin ?
     
     
    Haha, Courpa, peut-être vous aussi avez-vous bien dansé en entendant cette chanson-là ! (Un peu avant le milieu des années 80 me semble-t-il.) Le rire de Bhai Aboo avait un succès fou.

    Mais vous avez raison, dans la chanson on disait “hier au soir”, pas “hier asoir”. Tout comme dans Madame Eugène me semble-t-il : “Hier au soir vers les minuit, lèr mo passe kot cimitière…”

  18. New Yorkers (and tourists) are indeed the kind of people who are quite likely to throw their trash into the sewer grate, though not all of it. The trouble is that there are not enough public trash cans to accommodate all the casual waste, and the ones that do exist are not emptied often enough (note the inscription). So when you are on the street and have, for example, finished eating an ice cream in a plastic wrapper or drinking a cup of coffee, your choices are these: to carry the wrapper or cup in your hands (yuk), to stuff it in your pockets (double yuk), to toss it away on the street (socially stigmatized), or to quietly drop it down the drain and hope no one is looking. In addition, many drains are plugged during the autumn by deciduous leaves from the 592,130 trees planted in the sidewalks of our more than 10,000 km of streets.

    As for working these things out within the blink of an eye, there are perhaps 100,000 street intersections in the city, each with four drains, and probably at any given time 1000-10,000 of these are clogged. Keeping up with them is yet another enormous problem, as if we didn’t have enough enormous problems already. « There are a million stories in the naked city », as the old TV show used to say — which means (by the pigeonhole principle) that I share my story with at least seven other people!

  19. Siganus Sutor

    592,130 trees? I never thought that New York was a forest. (But I really liked the way Chaim Potok talked of the sycamore trees in the streets of Brooklyn.)

  20. @Siganus: la « paire de fois » veut réellement dire « quelques » au lieu de la vraie paire. Pour ce qui est « cinq cents et des », c’est une contraction de « et des poussières ». Cela implique que la traine du nombre après les 500 est négligeable. Etonnant non?

  21. New York is a forest, but an awful lot of buildings have grown in between the trees.

    une paire de fois = « a couple of times »
    En anglais (au moins US et Canada), « a couple of » veut dire « un petit nombre » au lieu de 2 précisément. Par exemple, on peut dire qu’on a rencontré quelqu’un « a couple of times » si on n’a pas de raison de se rappeler exactement le nombre de fois. C’est comme deux ou trois fois en français de France: on sait que c’est plus d’une fois, mais on ne sait pas exactement, et le chiffre exact n’a pas d’importance. Je crois que une paire de fois doit être une traduction littérale de l’expression anglaise.

  22. Ah oui, Marie-Lucie, “a couple of hours” ne veut pas exactement dire “deux” ? Moi je le voyais comme ça, et j’aurais pu attendre longtemps quelqu’un qui m’aurait donné rendez-vous en un lieu donné “a couple of hours after the end of the match”.

    Pépé : Pour ce qui est « cinq cents et des », c’est une contraction de « et des poussières ». ► Je veux bien que “et des” soit une ellipse de “et des poussières”, mais pourquoi précisément cinq cents et pas deux cents, cent ou cinq mille ? “C’est comme ça” ? (Rita Mitsouko)

    John, by looking at the photo of your NYC trash can, on which one can read “no household trash, no business trash, $100 fine”, I am tempted to understand that neither household rubbish nor business refuse should be dumped there, but that it is fine to use this bin to dump one hundred dollar notes.

  23. Ce […] et des, que Pépé a entendu dans le Nord de la France, ça me paraît très belge. A noter qu’on peut ajouter ces « poussières » à n’importe quoi dès qu’on dépasse un chiffre rond. L’expression remplace ainsi aux alentours de.

    Exemples entendus :

    Je suis sûr de l’avoir vu dans ce livre, c’était vers la page 130 et des.

    C’est un vieux truc, ça date peut-être des années 80, 80 et des…

    Quel âge peut-il avoir ? Dix-sept et des ?

    En revanche, une paire de fois pour « quelquefois » (ou, par litote, « souvent ») je ne pense pas que ce soit propre au Nord de la France ; je l’ai déjà entendu un peu partout en France, et je ne crois pas que ce soit une traduction littérale de l’anglais – pour moi, ce serait plutôt une expression très ancienne qu’il doit être possible de retrouver dans différentes régions de France… et qui se serait étendue à l’anglais !

  24. @Siganus, je crois que Aquinze a raison là dessus. La proximité belge peut avoir joué dans l’utilisation de cette expression. Et comme il l’a si bien montré, « et des » peut être appliqué dans différents cas. Pour « la paire de fois » j’en perds un peu mon latin à vrai dire. 😀

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