Léroi so bann piti

Il y a de cela 176 ans aujourd’hui, des gens qui la veille s’étaient endormis esclaves se sont réveillés libres — du moins en théorie. Ainsi en avait décidé l’Angleterre : le 1er février 1835, l’esclavage était aboli dans la colonie de Maurice et dans ses dépendances. Deux semaines plus tôt, le gouverneur anglais, Sir William Nicolay, avait fait rédiger une proclamation en créole destinée aux esclaves. Le texte reproduit plus bas est tiré des Esquisses historiques du chroniqueur Albert Pitot (c. 1885-1918), 4e partie (1833-1835), reprises en partie dans les cahiers de la Revue Retrospective de l’île Maurice (Vol. 6 No. 3 pour le texte ci-dessous).

 

§

 

« POUR NOIRS ESCLAVES DANS MAURICE

« Dépuis nous lé Roi été nommé moi pour gouvernère dans pays ci, moi té content manière qui zautre, presque tous été travaille, été vivre,
« Moi té content, sirtout, quand moi té voir qui vous été amisé tranquille zour bonne année qui fini passé ; sans tapaze, sans la guerre, sans trop boire ; parcequé moi pense qui touzours ça va allé comme ça et qui vous va mérité dibien qui le Roi voulé faire avec zautres.
« (…) Dans tous pays, eine noir bon sizet, qui bien travaille la zournée pour son maître, sans volor, sans souler, sans la guerre, sans couri marron ; qui, à soir, tourné dans son la caze pour trouvés tranquilles son femme, son zenfants, son camarades, celle-là li mérité pou lé Roi guette li comment dire son pitits !.. Celle-là li mérité pour appelé lé Roi son papa !
« (…) Lé Roi ensemble tous anglais, fini acheté vous avec vous maîtres, pour vous libres, ça qui noirs z’habitants dans six bonne-années, ça qui noirs domestiques, zouvriers, etc., dans quatre bonne-années, et dans cé temps là, si zautres bien travaille, zautres tous va libres. (…)
« Premier zour ça mois qui vini là, qui appelle Février, zautres tous va perdi son nom esclaves et zautres va appelé zapprentis, comment ça qui zautres appellé noirs quatorze ans ; mais comment moi té dézà dire vous, noirs zhabitants va libre tout à fait dans six bonne-années et noirs domestiques, zouvriers etc., dans quatre bonne années. As’tèr moi voulé dire vous la loi qui pour vous maîtres et pour zautres. (…)

« Pour tous noirs qui travaille dans l’habitation, dans sucreries, ou dans zatteliers, la loi été marqué zautres pour travaillé 45 l’hères dans la semaine, pour zautres maîtres, dans ça létemps là, zautres va capable gagné eine zour entier ou eine zour et demi, comme ça, dans la semaine, pour travailler pour zautres mêmes. (…)

« Quand la loi va sorti, vous va connais manière qui va pini vous et vous va voir qui quand tous zautres camarades qui été bon sizets, va libres, tous ça qui été soulé, content la guerre, tous ça qui été paresse, fronté, zouères, etc., va oblizé travaille encore pour son maître.
« (…) na pas couté mauvais labouce qui va voulé déranze vous dans vous l’ouvraze, apprendre la relizion pour vous vini chrétiens et faire vous maîtres contents, pour moi content et pour qui moi faire tout ça qui moi capable pour voir zautres dans zautres bonheur.

« Port Louis, Ile Maurice, 17 Janvier 1835.

« (s) William NICOLAY. »

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6 réponses à “Léroi so bann piti

  1. Premier document en Creole?
    Interesting…

  2. Non, mo pa koir prémié teks an kreol. (Enfin, kapav…) Selma li kouma dir enn kreol anglé. Mo pa koir gouvernèr anglé kinn ekrir sa limem, mé dapré lord bann dimounn kinn ékrir sa ena enn linflians anglé. Oké, li pa enn kreol zordi, mé li sonn bizar kantmem.

    Ounn rémarké banané ki bann-la inn ékrir “bonne année” ? E.g. “vous été amisé tranquille zour bonne année qui fini passé” ousa “mais comment moi té dézà dire vous, noirs zhabitants va libre tout à fait dans six bonne-années et noirs domestiques, zouvriers etc., dans quatre bonne années”.

  3. Sa Kreol la plis tinté ar Francé ki nou Kreol aster. Kapav Kreol ti coumsa avant. Li couma dir Bob Marley so bann premié albom kot to trouve enn mélanz la mizik classik ek fanfar selma zoué avec enn rithme reggae. Sa meme périod la ki nou plis konné kouma Ska. Li Reggae san ki li Reggae.

    Sa Kreol la parey. Li Kreol sans ki li Kreol ou bien nou Kreol zordi li enn Kreol san ki li Kreol.

  4. Pépé, mo koir seki bizin rapel, seki ena gran sans ki kreol kinn ékrir la (ek enn grafi fransizé) li diféran ek kreol ki dimounn ti pé kozé sa lépok-la. Get zordi mem, souvan ou tour dimounn ékrir kreol dan enn manyer fransé, mé otomatikman bann dimounn ki lir teks-la pronons li dan so “bon” fason. (Souvan mo pran lexamp linskripsion “roti chaud” ki nou tourvé partou kot vann roti.)

  5. marie-lucie

    Si je comprends bien, la libération des esclaves ne prenait pas effet immédiatement mais seulement après quatre ou même six ans, période pendant laquelle les maîtres devaient continuer à employer leurs « apprentis » (pourvu qu’ils soient dociles), qui de leur côté s’accoutumeraient à prendre des responsabilités pour leurs femmes et enfants. Est-ce bien ça?

  6. Oui, c’est bien ça. On emploie le mot “paternaliste” pour des attitudes moralisantes qui cherchent à imposer une tutelle. Eh bien dans ce cas-ci on va jusqu’à appeler le roi d’Angleterre “papa” et les (anciens) esclaves ses enfants — s’ils sont sages. D’une certaine manière cela rejoint un “Papa Doc” haïtien.

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