Archives mensuelles : décembre 2010

Pirogue près des brisants

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Partir, c’est mourir un peu

La Perle

Internet, le filet électronique mondial, permet des pêches qui, si elles ne sont pas toujours miraculeuses, arrivent parfois à satisfaire l’esprit (plus que le ventre). Notre correspondante Lorraine nous envoie régulièrement des photos, ce dont nous lui sommes reconnaissant, et celle qu’elle a récemment trouvée parmi des documents d’un certain âge montre un trois-mâts portant semble-t-il le nom de « La Perle ».

Le 25 octobre 2009 à 13:46, un autre membre de la grande famille des Lagesse — Pascal Lagesse — avait déposé sur Martian Spoken Here une brochette de suggestions (voir ici). La soixante-et-unième suggestion était libellée de la sorte : “61) La perle – Type de poisson frigorifié.” Ce jour-là, votre serviteur avait répondu ceci : “61) Poisson la perle. Pour autant que je sache il s’agit là de poisson venant de Saint-Brandon, « La Perle » étant une marque ou une appellation quelconque. (Une des îles de Saint-Brandon s’appelle La Perle.)

En fait, je ne savais pas (ou avais-je oublié ?) que La Perle était aussi le bateau qui assurait la liaison entre Maurice et “les bancs” (i.e. les bancs de pêche situés au large de Maurice, loin au nord) ou les îles de Saint-Brandon.

Y a-t-il un lien entre le “poisson La Perle” et le bateau appelé La Perle ? C’est ce que suggèrerait ce commentaire posté le 23 juillet 2005 sur le forum en ligne ile-maurice.com : “Poisson la Perle ! c’est le nom du bateau mais qu’importe, il y en a bien qui disent kleenex pour des mouchoirs en papier.” Il en outre possible de remarquer que très souvent l’expression “poisson La Perle” est écrite avec des majuscules, comme s’il s’agissait d’un nom propre, lequel pourrait dans ce cas être celui du bateau apportant ledit poisson jusqu’aux consommateurs mauriciens. Quelques exemples :

Car, estime Hemraz Ghina, sur les 3 000 tonnes de poisson La Perle que l’industrie de la pêche sur les bancs produit chaque année, on pourrait doubler la production. Il est rejoint dans ses propos par le directeur d’IKS Fishing. Ce dernier va plus loin et propose que l’industrie ne se cantonne plus à pêcher des “poissons traditionnels comme le poisson La Perle.”
(Les opérateurs au creux de la vague, L’Express, 10 mai 2010.)

L’évolution des prix de certaines commodités de base entre décembre 2009 et août 2010
Poisson La Perle     ½ kg     Rs 55     Rs 65

(Le Défi, 30 octobre 2010.)

Des problèmes administratifs et opérationnels rendent la tâche plus difficile pour les pêcheurs. Le consommateur mauricien se voit privé de son espèce préférée, le poisson dit “La Perle.”
(Ces obstacles à la pêche du poisson La Perle, L’Express, 24 juillet 2009.)

Au kilo, le sacréchien écaillé et étripé est à Rs 124, la vieille rouge à Rs 230, le vacoas à Rs157 et le capitaine et le cateau à Rs 159. On trouve aussi des espèces à moins de Rs 100 le kg, simplement enveloppé dans du plastique alors que le poisson La Perle coûte Rs 90 le kg.”
(Le poisson traité a la cote, L’Express, 15 décembre 2005.)
 
 
En octobre 1989, à Albion, s’est tenu un séminaire sur l’industrie de la pêche dans le sud-ouest de l’océan Indien. Au cours de ce colloque un “scientific officer” du “Ministry of Agriculture, Fisheries and Natural Resources”, M. C. R. Samboo, a fait une rétrospective de la pêche au large à Maurice, grâce à quoi il est possible d’apprendre que La Perle, bateau autrefois nommé Thelma, aurait été en opération à Saint-Brandon en 1939 :

2. Historical Review
The Banks fishery appears to have started in the eighteenth century. The vessels engaged in the inter-island trade in the early period of this fishery caught fish mainly for self consumption and salting. Salted fish was exported to Mauritius on a commercial basis from St. Brandon as from 1927 by the Raphael Fishing Co., named after one of the many small islands of the St. Brandon group. Trawling on the banks was attempted by the company in 1931 with the « Fume » but this pioneering operation was unsuccessful and was not pursued (IOFC/DEV/79/45). The company, however, continued the exploitation of the fish resources by handline. The first vessel to have been used for the exploitation of fish stocks on the banks was « La Perle I » (ex « Thelma »). She was operated during the war (in 1939) around the St Brandon group of islands and later for the transfer of frozen fish stored at -5°C to Mauritius (Couacaud, 1967).”

On pourrait penser que le bateau lui-même a pu être nommé d’après une des îles de Saint-Brandon : “La Perle” est un des îlots les plus à l’ouest de l’archipel et se trouve dans une position relativement détachée du grand arc de corail près duquel on trouve la majorité des terres émergées. Son nom est apparu dans un article de 5-Plus Dimanche le 26 janvier 2003 à la suite de la disparition de deux pêcheurs ayant dérivé 12 jours au large : “06h00 du matin le dimanche 12 janvier. Gaëtan Boudeuse, 54 ans, et Jean-François Darga, 25 ans, quittent l’île Raphaël à Saint-Brandon pour une partie de pêche à bord d’une pirogue. Tout se passe bien pour les deux pêcheurs. La mer est calme. Ils vont même faire un tour dans les environs des îles La Perle et Avocaire. (…)”
 

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En fin de compte, le “poisson La Perle” a-t-il été appelé ainsi à cause de La Perle, le bateau ? Et La Perle (le bateau), a-t-elle été nommée ainsi à cause de La Perle, l’île de Saint-Brandon ? Pour répondre à ces questions il faudrait qu’une personne bien intentionnée et au courant de ces histoires-là passe par ici et veuille bien nous laisser sa version des choses…
 

Й

 

Neighbours

MADYAMESWARNATH SHIV MANDIR
VACOAS DHARMIC SAMELAN SABHA

 
 

 
 
 

YAAD-GAAR-E-IMAAM-HASSANOHUSSEIN-SHAHID-E-KARBALA

 
 

Caméléon

Caméléon.
Nom masculin.

Lézard arlequin ou agame (lézard de la famille des Agamidés). Calotes versicolor. Appelé “caméléon” à Maurice et à la Réunion, il ne s’agit pas d’un caméléon, lesquels font partie de la famille des Caméléonidés.

Le “caméléon” mauricien est un lézard rapide, agile, fréquemment arboricole pour chasser ou se protéger des prédateurs terrestres, et il possède des pattes griffues et une longue queue qu’il traîne derrière lui, cette dernière n’étant pas préhensile comme celle du vrai caméléon (lequel n’existe pas à Maurice). Selon France Staub, le Calotes versicolor est « arrivé de Java à l’île de la Réunion par mégarde avec des boutures de cannes » et il fut « introduit de cette île à l’île Maurice par Donald d’Emmerez de Charmoy en 1900, à des fins de contrôle biologique. » A la Réunion, où existe un véritable caméléon introduit de longue date depuis Madagascar (le caméléon panthère, ou Furcifer pardalis, connu localement sous le nom d’“endormi”), l’agame est appelé “caméléon”, et c’est vraisemblablement de l’île sœur qu’est venue cette appellation erronée.

Une espèce invasive ou espèce envahissante est une espèce vivante exotique qui devient un agent de perturbation nuisible à la biodiversité autochtone des écosystèmes naturels ou semi-naturels parmi lesquels elle s’est établie. À Maurice la goyave de Chine, les corbeaux, le rat musqué, le chat domestique, les chiens (errants), la couleuvre, le lézard (House gecko), le caméléon et les fourmis rouges sont considérés, entre autres, comme des espèces invasives.” (Le Mauricien, 11 juillet 2009.)

Ce fut l’ère du cynisme et des affairistes qui débuta. Et aussi du Brown Sugar, peu après l’épisode de sang de caméléon que s’injectaient dans les veines ceux qui voulaient oublier leur misère.” (L’Express, 8 octobre 2010.)

Le lézard arlequin mauricien a généralement un corps d’une teinte marron-gris, la gorge et la tête pouvant parfois se teinter d’une légère coloration rougeâtre. Il semblerait en revanche que dans d’autres parties du monde ce lézard présente des teintes plus vives, comme par exemple aux Maldives ou en Inde. Dans Le Règne animal, encyclopédie éditée par Gallimard, on trouve ceci à l’entrée Lézard arlequin (page 403) : « Ce lézard à longue queue est une espèce très commune dans le sud de l’Asie. On le rencontre dans les terres cultivées, les jardins ou en pleine nature. Ses couleurs sont variées, mais, à l’époque de la reproduction, les mâles ont toujours une zone rouge autour de la bouche et de la gorge — d’où leur surnom de suceurs de sang. Les lézards arlequins sont d’agiles grimpeurs. Ils chassent les insectes et les autres animaux en se tenant à l’affût puis en se jetant sur leur proie. »

Il paraît qu’à une époque certains à Maurice utilisaient le sang du “caméléon” comme d’une drogue que l’on s’injectait pour se shooter (voir la citation de L’Express ci-dessus). Je n’ai jamais su si cela tenait de la rumeur ou du canular ou bien si, vraiment, il se trouvait des gens pour se prodiguer régulièrement ce genre de “traitement” — traitement dont les effets n’ont jamais été décrits à ma connaissance. (On a beau être camé, imaginer qu’on puisse faire une chose pareille a de quoi vous glacer le sang.) Il paraît que pour satisfaire la demande certains s’étaient lancés dans le business consistant à chasser le caméléon, qu’on attrape en général par la queue…

Une autre rumeur qui pourrait se révéler aussi n’être qu’un canular : il paraît que d’aucuns s’amusaient (ou s’amusent toujours ?) à faire fumer des caméléons, c’est-à-dire qu’ils enfoncent une cigarette allumée dans la gueule d’un caméléon qu’ils ont attrapé, lequel se retrouverait contraint d’aspirer la fumée. Le fait que quelques-uns parlent d’“explosion” après un certain temps m’amène à penser que tout ceci n’est qu’une fumisterie, n’en déplaise à Marie-Thérèse Humbert qui l’a évoqué dans un de ses livres.
 
 
 
 
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Merci à L. pour la première photo du billet, celle où l’on voit un caméléon accroché à un cocotier.

 

 

 
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Mise à jour du 26 octobre 2013

Photo d’un caméléon assez peu farouche :

Cameleon_893

Allez, l’avoué, avoue !

RAZIA RAJAH
AVOUE
 
A. RAJAH
AVOUE
 
ZOHRA NAZROO
AVOUE

 
 
 

M. CONHYEDOSS
AVOUE
 
R.PURRYAG
AVOUÉ
 
GHOSE SOLICITORS
(Last in the corridor)
(AVOUES)
MUNN DATTA GHOSE
ANJU. K. GHOSE
 
AFZAL AGOWAN
AVOUE
 
RAJEN RAMDEWOR
ARPENTEUR JURE

 
 

Њ

 
 
Un problème d’accent ?

Et quand l’avoué est une femme, devrait-on dire et écrire “une avouée” ?

Lorsqu’on est un charretier on jure beaucoup, au point que c’en est devenu proverbial, mais il semblerait que lorsqu’on est un arpenteur on ne donne pas sa part au chien non plus, au point même de le mettre sur son enseigne*.
 

La conjugaison du verbe avouer.

 
 
 
 
* Il s’agit là d’un persiflage un peu facile, je l’avoue.

Le barachois à Tamarin