La Perle

Internet, le filet électronique mondial, permet des pêches qui, si elles ne sont pas toujours miraculeuses, arrivent parfois à satisfaire l’esprit (plus que le ventre). Notre correspondante Lorraine nous envoie régulièrement des photos, ce dont nous lui sommes reconnaissant, et celle qu’elle a récemment trouvée parmi des documents d’un certain âge montre un trois-mâts portant semble-t-il le nom de « La Perle ».

Le 25 octobre 2009 à 13:46, un autre membre de la grande famille des Lagesse — Pascal Lagesse — avait déposé sur Martian Spoken Here une brochette de suggestions (voir ici). La soixante-et-unième suggestion était libellée de la sorte : “61) La perle – Type de poisson frigorifié.” Ce jour-là, votre serviteur avait répondu ceci : “61) Poisson la perle. Pour autant que je sache il s’agit là de poisson venant de Saint-Brandon, « La Perle » étant une marque ou une appellation quelconque. (Une des îles de Saint-Brandon s’appelle La Perle.)

En fait, je ne savais pas (ou avais-je oublié ?) que La Perle était aussi le bateau qui assurait la liaison entre Maurice et “les bancs” (i.e. les bancs de pêche situés au large de Maurice, loin au nord) ou les îles de Saint-Brandon.

Y a-t-il un lien entre le “poisson La Perle” et le bateau appelé La Perle ? C’est ce que suggèrerait ce commentaire posté le 23 juillet 2005 sur le forum en ligne ile-maurice.com : “Poisson la Perle ! c’est le nom du bateau mais qu’importe, il y en a bien qui disent kleenex pour des mouchoirs en papier.” Il en outre possible de remarquer que très souvent l’expression “poisson La Perle” est écrite avec des majuscules, comme s’il s’agissait d’un nom propre, lequel pourrait dans ce cas être celui du bateau apportant ledit poisson jusqu’aux consommateurs mauriciens. Quelques exemples :

Car, estime Hemraz Ghina, sur les 3 000 tonnes de poisson La Perle que l’industrie de la pêche sur les bancs produit chaque année, on pourrait doubler la production. Il est rejoint dans ses propos par le directeur d’IKS Fishing. Ce dernier va plus loin et propose que l’industrie ne se cantonne plus à pêcher des “poissons traditionnels comme le poisson La Perle.”
(Les opérateurs au creux de la vague, L’Express, 10 mai 2010.)

L’évolution des prix de certaines commodités de base entre décembre 2009 et août 2010
Poisson La Perle     ½ kg     Rs 55     Rs 65

(Le Défi, 30 octobre 2010.)

Des problèmes administratifs et opérationnels rendent la tâche plus difficile pour les pêcheurs. Le consommateur mauricien se voit privé de son espèce préférée, le poisson dit “La Perle.”
(Ces obstacles à la pêche du poisson La Perle, L’Express, 24 juillet 2009.)

Au kilo, le sacréchien écaillé et étripé est à Rs 124, la vieille rouge à Rs 230, le vacoas à Rs157 et le capitaine et le cateau à Rs 159. On trouve aussi des espèces à moins de Rs 100 le kg, simplement enveloppé dans du plastique alors que le poisson La Perle coûte Rs 90 le kg.”
(Le poisson traité a la cote, L’Express, 15 décembre 2005.)
 
 
En octobre 1989, à Albion, s’est tenu un séminaire sur l’industrie de la pêche dans le sud-ouest de l’océan Indien. Au cours de ce colloque un “scientific officer” du “Ministry of Agriculture, Fisheries and Natural Resources”, M. C. R. Samboo, a fait une rétrospective de la pêche au large à Maurice, grâce à quoi il est possible d’apprendre que La Perle, bateau autrefois nommé Thelma, aurait été en opération à Saint-Brandon en 1939 :

2. Historical Review
The Banks fishery appears to have started in the eighteenth century. The vessels engaged in the inter-island trade in the early period of this fishery caught fish mainly for self consumption and salting. Salted fish was exported to Mauritius on a commercial basis from St. Brandon as from 1927 by the Raphael Fishing Co., named after one of the many small islands of the St. Brandon group. Trawling on the banks was attempted by the company in 1931 with the « Fume » but this pioneering operation was unsuccessful and was not pursued (IOFC/DEV/79/45). The company, however, continued the exploitation of the fish resources by handline. The first vessel to have been used for the exploitation of fish stocks on the banks was « La Perle I » (ex « Thelma »). She was operated during the war (in 1939) around the St Brandon group of islands and later for the transfer of frozen fish stored at -5°C to Mauritius (Couacaud, 1967).”

On pourrait penser que le bateau lui-même a pu être nommé d’après une des îles de Saint-Brandon : “La Perle” est un des îlots les plus à l’ouest de l’archipel et se trouve dans une position relativement détachée du grand arc de corail près duquel on trouve la majorité des terres émergées. Son nom est apparu dans un article de 5-Plus Dimanche le 26 janvier 2003 à la suite de la disparition de deux pêcheurs ayant dérivé 12 jours au large : “06h00 du matin le dimanche 12 janvier. Gaëtan Boudeuse, 54 ans, et Jean-François Darga, 25 ans, quittent l’île Raphaël à Saint-Brandon pour une partie de pêche à bord d’une pirogue. Tout se passe bien pour les deux pêcheurs. La mer est calme. Ils vont même faire un tour dans les environs des îles La Perle et Avocaire. (…)”
 

Й

 
En fin de compte, le “poisson La Perle” a-t-il été appelé ainsi à cause de La Perle, le bateau ? Et La Perle (le bateau), a-t-elle été nommée ainsi à cause de La Perle, l’île de Saint-Brandon ? Pour répondre à ces questions il faudrait qu’une personne bien intentionnée et au courant de ces histoires-là passe par ici et veuille bien nous laisser sa version des choses…
 

Й

 

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9 réponses à “La Perle

  1. LOrraine Lagesse née Desmarais

    exposé trés interressant ce matin au sujet de le la !!perle…aux connaisseurs de nous éclairer a ce sujet…quant a moi je suis navrée mais je ne peux pas vous en dire plus…
    Bonne dégustation si vous mangez un bouillon poisson…pour vos fetes de Noel…

  2. Il me semble que ce ne soit pas le seul poisson qui aurait pris le nom du bateau qui en débarquait à l’île Maurice. Si ma mémoire est bonne, nous avons aussi le « Cateau » et le « Capitaine ». Sujet à creuser donc.

    Aparté: merci pour l’article Siganus, belle recherche et très bonne documentation.

  3. Siganus K. Sutor

    Pépé, la chose est possible, mais cela m’étonnerait que le poisson connu sous le nom de “cateau” tire son nom du nom d’un bateau. Car en français de France ce poisson est appelé “poisson perroquet”, alors que l’oiseau connu à Maurice sous le nom de cateau est une sorte de perroquet (ou plutôt une grosse perruche).

    Pour ce qui est du “capitaine”, là aussi je ne penserais pas qu’un nom de bateau soit très plausible car il s’agit là d’une espèce commune à Maurice même, ce qui fait que l’approvisionnement en capitaines ne dépend nullement de quelque importation. (Mais sait-on jamais.)

    Et puis nous avons le délicieux bomli, importé lui d’Inde, qui vient du mot indien bombil (marathi), le poisson en question étant par ailleurs appelé “Bombay duck” en anglais. Baker & Hookoomsing font état à ce sujet d’un bummelo anglo-indien (repris du Hobson-Jobson) et mentionnent aussi un bommelow, mot repris dans le Dictionnaire étymologique des créoles de l’Océan Indien et donné comme “portugais” par le Marāṭhi vyutpatti kośa (dictionnaire étymologique marathi).

    Il faudrait probablement mentionner aussi le “poisson sounouk” (snoek), qui est une autre variété de poisson séché/salé, le mot venant de l’afrikaans snoek selon Baker & Hookoomsing, lesquels citent à cette occasion un auteur nommé Kritzinger (Handige woodeboek Afrikaans, 1976), auteur pour qui il s’agirait de ‘sea pike, barracuda’.

  4. The Bombay duck is a close brother to a number of other things in English, most famously the Welsh rabbit, which is a dish of melted cheese on toast, now often called by the corrupt and meaningless name Welsh rarebit. The American satirist Ambrose Bierce defined rarebit in his Devil’s Dictionary thus:

    « A Welsh rabbit, in the speech of the humorless, who point out that it is not a rabbit. To whom it may be solemnly explained that the comestible known as toad-in-the-hole is really not a toad, and that ris de veau à la financière is not the smile of a calf prepared after the recipe of a she-banker. »

  5. Merci à John Cowan pour sa définition du ris de veau !

  6. Effectivement, ma connaissance du poisson laisse à désirer. N’empêche que j’ai recommencé à manger et à aimer le poisson depuis très peu de temps. D’ailleurs l’un des architectes de mon dégoût premier est cité dans cet article.

    Concernant le Welsh (on l’appelle Welsh tout court ici) je ne l’ai découvert qu’en arrivant dans le Nord. C’est super bon mais faut pas en manger si on est au régime. 🙂

  7. > Pépé

    Quel est donc le nom de cet architecte ? La Perle ? Sacréchien ? Cateau ?

    Quant aux lapins gallois, j’en ai déjà mangé ici (si tant est qu’il s’agisse bien de la même chose) mais je ne mettrais pas ma nageoire main à couper qu’ils n’avaient pas été fabriqués avec du “fromage Kraft”. 🙂
     
     
    > John

    To stay among ducks, one could also argue that a “canard laqué” (a.k.a. “Peking duck”) is not a lacquered duck either. But at least it’s a duck — et il n’a rien à voir avec le “canard WC”.

  8. En fait c’est l’une des personnes citées. C’est un ami à mon père travaillant au service des pêches à Albion. On recevait donc du poisson frais plusieurs fois par semaine. Parmi mes corvées, depuis l’âge de 7-8 ans, était la préparation du poisson frais. On imagine bien qu’à force de le faire j’ai commencé à avoir un profond dégoût pour ce produit de la mer. J’ai dû arrêter d’en manger vers l’âge de 12 ans et je n’ai recommencé que lorsque j’ai connu ma femme.

    Le Kraft est normalement conseillé pour le Welsh, c’est bien du cheddar qu’il faut.

  9. Oui, mais il y a cheddar et cheddar. Le cheddar normal est un fromage normal. Le “fromage Kraft” est un processed cheddar cheese (que l’on peut même trouver en boîte de conserve). Mais il gratine très bien. 😀

    Ah oui, l’écaillage et l’étripage de poisson n’est pas une activité particulièrement ragoûtante. Il vaut nettement mieux que ce soit quelqu’un d’autre qui le fasse ! (Et qui, tant qu’à faire, trie les “piquants”.)

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