Moque

Moque.
Nom féminin.

Boîte de conserve.

Tu ne saurais pas où il y a une moque dans laquelle j’aurais pu mélanger un peu de colle ?

Il suffit d’ailleurs de se souvenir comment les enfants mauriciens d’il y a 30 ou 40 ans prenaient un réel plaisir à jouer à des jeux et des jouets qui ne coûtaient souvent pas grand-chose – marelle, “moque délivrée”*, “boule casse-côtes”, “sapsiwaye”, etc.” (Week-End, 23 septembre 2007.)

Son mari travaillait pour sa part comme gardien et gagnait Rs 120. “Lontan di riz ti kout 5 sous. Dimoun ti bwar dan goblé et dans des assiettes émaillées. Zordi, si ou donn enn invité bwar dan la moque, li dir ou pé traite li pli bas ki bas. L’assiette finn vinn porcelaine.”” (Week-End Scope, 18 février 2005.)

Les journées «pisso» (puceau) ne sont pas rares. Comprenez les journées vierges de tout client, les journées «batte la moque»**.” (L’Express, 24 septembre 2008.)
 
 
Si le mot moque est la plupart du temps utilisé pour parler de l’objet, c’est-à-dire du récipient, du contenant jetable usagé, il peut aussi servir à parler du contenu, auquel cas il devient une unité de mesure : une moque d’eau, une moque de sable, une moque de sucre, une moque de lentilles… “Peut-être que Ratna et Subash vont passer plus tard. Ajoute toujours deux moques de riz dans la casserole.”

Ils partageaient sous ma surveillance le manioc et les rares rations de grains, plus une moque de saindoux pour cinq personnes et par semaine.” (Loys Masson, Le Notaire des Noirs, page 89.)
 
 
Le mot peut se retrouver dans le vocabulaire des marins, en tant que pot, tasse, mais aussi avec l’acception de mesure. Dans La Longue route, Bernard Moitessier — qui a séjourné à Maurice dans les années 50 après un naufrage aux Chagos — met “quatre oignons à revenir avec un gros morceau de lard, une moque de riz, une tête d’ail”, avant de fermer la cocotte-minute. Plus près de nous : “Après le point de midi, nous virons de bord, le vent a l’air cette fois de s’accrocher au S/E. Hotu Painu prend le mors aux dents et file plein sud. J’avale une moque de riz-vinaigrette avec du thon à l’huile et retourne faire la sieste.” (Lionel Dodin, Hotu Painu (2008), p. 85.)

Cette présence maritime est liée à l’existence du mot en Normandie et dans l’ouest de la France (comme le disait Marie-Lucie dans ce commentaire du 29 septembre 2009). Le Trésor de la langue française informatisé propose les pistes suivantes pour ce qui est de l’étymologie : « Mot qui se rencontre de la Normandie à la Gascogne (aussi à Boulogne sur Mer) et qui correspond au bas allemand mokke «cruche, pot», moyen néerlandais moken «petite mesure de capacité», néerlandais mok «tasse en fer-blanc», frison de l’Est mukke «vase de terre cylindrique» (cf. aussi anglais mug «cruche, pot» depuis 1570 ds NED). Il est difficile de déterminer avec certitude laquelle de ces langues est à l’origine du mot en français ». Pour leur part, Dauzat et al. disent ceci : « 2. moque fin XVIIIe s. ; mot de l’Ouest, du bas allemand mokke, cruche. »

On retrouve le mot dans plusieurs îles liées au passé maritime de la France : à Maurice donc, à Rodrigues ou aux Seychelles, mais aussi à La Réunion. Et jusqu’en Nouvelle-Calédonie : « Moque – Boîte de conserve métallique vide, était utilisée jusque dans les années cinquante comme mesure. Avait d’autres usages, par exemple comme écope. Vieille moque : vieille boite métallique. Il s’est coupé le pied avec une vieille moque qui traînait. » (Le Français de Nouvelle-Calédonie : dictionnaire de Calédonien).
 
 
 
 
* Le jeu “moque délivrée” est aussi connu sous le nom de “couc la moque”. (Cf. la note sur couc.)
** L’expression “battre la moque” peut signifier “rentrer bredouille, ne rien faire de productif”. (Cf. Robillard.)

Publicités

10 réponses à “Moque

  1. LOrraine Lagesse née Desmarais

    oui joli expression que «  »batte la moque ou éné la moque lentil » » qu il ne faudrait pas perdre..;avec notre nouveau vocabulaire aséptisé et informatisé…
    Je pense aussi a ces vannes en paille ou on mettait le riz ou grains pour etre trié..avant la cuisson..On voyait les femmes assise devant leur varangues en train de «  »vanner » » le riz..
    Je sais qu a Madagascar cela se fait encore..mais ici, cela fait longtemps que je n ai pas vu cette scéne de vanner..On va au Super marché et hop un sachet tout pret de riz ou grains et hop dans la rice cooker..Autrefois aussi je me souviens que les lentilles étaient lestées de petites roche noir et dur..sans doute pr faire le poids a la vente..Cela éclatait sous nos dents et faisait mal..
    On disait aussi « pou alle trie lentil cote la Reine » »=== aller en prison…
    Qui se souvient de ce qu était le « koniok » »???
    Puis je vous conseiller de lire ,l excellent livre de Rada Gungaloo «  »letan Lontan » » un récits en plusieurs volets de notre Ile…tout son folklore imagé en mots savoureux et en expression qui tendent a se perdre…livre édition «  » Le Printemps.. »

  2. Lorraine : jolie expression que « batte la moque »

    Mais encore faut-il se mettre d’accord sur ce qu’elle signifie vraiment. Les avis semblent diverger.

    Robillard (voir lien au bas de l’article) propose ceci : “Rentrer bredouille, essuyer un échec, ne pas obtenir ce qu’on veut. On va bien finir par s’occuper de moi, depuis le temps que je bats la moque.”

    Baker & Hookoomsing proposent deux définitions : “1. Échouer dans ses tentatives de sortir d’une situation difficile, surtout financière. 2. Ne pas avoir le succès escompté (en parlant d’un évènement qui aurait dû attirer la grande foule).”

    A ces sens-là, on aurait peut-être pu ajouter “ne rien faire” (on pourrait penser à des “batteurs de moque” comme à des paresseux ou des incapables, ou les deux à la fois), ou encore “essayer d’attirer l’attention et de rameuter le public” (tout comme on s’efforce de le faire en ‘sonnant la cloche’ ou en ‘battant le tambour / le rappel’).

    Quel est/sont donc le/s “bon/s” sens de l’expression battre la moque ?
     
     
    C’est noté pour le livre de Rada Gungaloo. J’y jetterai un œil à l’occasion. Merci.

    Quant au koniok, pa koné…

  3. En France, nous utilisons encore couramment les dénominations quatre quarts (si je ne me trompe pas , c’est la moque que vous présentez en photo), demie et quart pour préciser la contenance des boîtes de conserve; ces termes sont déjà anciens, j’apprends ici (voir le paragraphe «La boîte et la caisse») que : «Choqués par le fait que l’entier soit considéré comme un multiple du quart, les fabricants actuels ont remplacé l’appellation quatre quarts par 1/1.»

  4. Françoise, pour ma part, je n’ai pas (et même jamais ?) entendu utiliser couramment ces dénominations pour les boîtes de conserve. Pour moi, le « quatre-quarts » a toujours été un gâteau !

  5. Zerbi
    Si, courant pour les gens travaillant dans « l’alimentaire ».

  6. Ici, pendant longtemps, certains liquides étaient mesurés en “quarts”. Il s’agissait d’une espèce de moque étroite et haute, munie d’une anse, qui servait par exemple au marchand de lait pour mesurer le lait qu’il vendait ou au boutiquier pour mesurer l’huile ou d’autres produits liquides.

  7. Et le quart nous mène à l’arrobe, encore employée chez nous :
    http://www.cnrtl.fr/definition/arrobe
    Aussi nous utilisions le « cuartillo » pour mesurer le lait, le vin, etc.

  8. Cet arrobe pouvait-il être contenu dans une dame-jeanne (mot que j’ai entendu ma mère utiliser) ?

  9. >Siganus K.
    Dans une dame-jeanne* ?
    Bien sûr pourvu qu’elle ait, approx., 16 L pour mesurer le vin ou 12,5 L pour l’huile, au moins dans ma région où le récipient est aussi appelé « cántaro ». Celui est fait en laiton. L’arrobe usitée comme mesure de poids a 11,5 kg ; ces mesures sont reliées par la densité.
    *Ce mot nous a donné notre « damajuana ».

  10. Siganus K.

    Jesús : Et le quart nous mène à l’arrobe, encore employée chez nous

    Lu récemment* :

    « Je m’éloignai avec le Morisque, par le cloître de la cathédrale, et le priai de me traduire en langue castillane toutes ces paperasses qui traitaient de don Quichotte sans en rien ôter ni ajouter, lui offrant de le payer à sa volonté. Il se contenta de deux arrobes de raisins secs et de deux mines de blé, et me promit de les traduire bien fidèlement et à bref délai. » (L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, chapitre IX – Traduction de César Oudin (1614) revue par Jean Cassou.)

    L’arrobe donc. Quant à la (ou au) mine, ce doit être une invention de roman de chevalerie…
     
     
     
    * Eh oui, il est des choses comme ça qu’on aurait dû avoir fait depuis longtemps et qui sont restées en suspens. Au jeu de Humiliation j’aurais sans nul doute quelques bonnes cartes dans la manche.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s