Archives quotidiennes : 18 juillet 2010

Moque

Moque.
Nom féminin.

Boîte de conserve.

Tu ne saurais pas où il y a une moque dans laquelle j’aurais pu mélanger un peu de colle ?

Il suffit d’ailleurs de se souvenir comment les enfants mauriciens d’il y a 30 ou 40 ans prenaient un réel plaisir à jouer à des jeux et des jouets qui ne coûtaient souvent pas grand-chose – marelle, “moque délivrée”*, “boule casse-côtes”, “sapsiwaye”, etc.” (Week-End, 23 septembre 2007.)

Son mari travaillait pour sa part comme gardien et gagnait Rs 120. “Lontan di riz ti kout 5 sous. Dimoun ti bwar dan goblé et dans des assiettes émaillées. Zordi, si ou donn enn invité bwar dan la moque, li dir ou pé traite li pli bas ki bas. L’assiette finn vinn porcelaine.”” (Week-End Scope, 18 février 2005.)

Les journées «pisso» (puceau) ne sont pas rares. Comprenez les journées vierges de tout client, les journées «batte la moque»**.” (L’Express, 24 septembre 2008.)
 
 
Si le mot moque est la plupart du temps utilisé pour parler de l’objet, c’est-à-dire du récipient, du contenant jetable usagé, il peut aussi servir à parler du contenu, auquel cas il devient une unité de mesure : une moque d’eau, une moque de sable, une moque de sucre, une moque de lentilles… “Peut-être que Ratna et Subash vont passer plus tard. Ajoute toujours deux moques de riz dans la casserole.”

Ils partageaient sous ma surveillance le manioc et les rares rations de grains, plus une moque de saindoux pour cinq personnes et par semaine.” (Loys Masson, Le Notaire des Noirs, page 89.)
 
 
Le mot peut se retrouver dans le vocabulaire des marins, en tant que pot, tasse, mais aussi avec l’acception de mesure. Dans La Longue route, Bernard Moitessier — qui a séjourné à Maurice dans les années 50 après un naufrage aux Chagos — met “quatre oignons à revenir avec un gros morceau de lard, une moque de riz, une tête d’ail”, avant de fermer la cocotte-minute. Plus près de nous : “Après le point de midi, nous virons de bord, le vent a l’air cette fois de s’accrocher au S/E. Hotu Painu prend le mors aux dents et file plein sud. J’avale une moque de riz-vinaigrette avec du thon à l’huile et retourne faire la sieste.” (Lionel Dodin, Hotu Painu (2008), p. 85.)

Cette présence maritime est liée à l’existence du mot en Normandie et dans l’ouest de la France (comme le disait Marie-Lucie dans ce commentaire du 29 septembre 2009). Le Trésor de la langue française informatisé propose les pistes suivantes pour ce qui est de l’étymologie : « Mot qui se rencontre de la Normandie à la Gascogne (aussi à Boulogne sur Mer) et qui correspond au bas allemand mokke «cruche, pot», moyen néerlandais moken «petite mesure de capacité», néerlandais mok «tasse en fer-blanc», frison de l’Est mukke «vase de terre cylindrique» (cf. aussi anglais mug «cruche, pot» depuis 1570 ds NED). Il est difficile de déterminer avec certitude laquelle de ces langues est à l’origine du mot en français ». Pour leur part, Dauzat et al. disent ceci : « 2. moque fin XVIIIe s. ; mot de l’Ouest, du bas allemand mokke, cruche. »

On retrouve le mot dans plusieurs îles liées au passé maritime de la France : à Maurice donc, à Rodrigues ou aux Seychelles, mais aussi à La Réunion. Et jusqu’en Nouvelle-Calédonie : « Moque – Boîte de conserve métallique vide, était utilisée jusque dans les années cinquante comme mesure. Avait d’autres usages, par exemple comme écope. Vieille moque : vieille boite métallique. Il s’est coupé le pied avec une vieille moque qui traînait. » (Le Français de Nouvelle-Calédonie : dictionnaire de Calédonien).
 
 
 
 
* Le jeu “moque délivrée” est aussi connu sous le nom de “couc la moque”. (Cf. la note sur couc.)
** L’expression “battre la moque” peut signifier “rentrer bredouille, ne rien faire de productif”. (Cf. Robillard.)

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