Pistache

Pistache.
Nom féminin.

Cacahuète, arachide (Arachis hypogaea).

« On n’aurait pas des pistaches ou un autre gadjak à offrir à nos visiteurs ? »

« Les autorités ont effectué plusieurs descentes auprès des marchands d’aliments, et il ressort que sur 23 échantillons de pistaches salées grillées retenus, deux contenaient de la rhodamine, d’où la texture rosâtre des pistaches grillées. » (Du colorant pour vêtement utilisé dans certains aliments, Week-End du 28 septembre 2008.)

La vraie pistache (pistachio en anglais) n’est pas ce qu’on appelle pistache à Maurice (peanut en anglais). Il s’agit d’une petite noix, dont la partie comestible est verte* à l’intérieur, contenue dans une coque nettement plus dure que la gousse de l’arachide et qui pousse sur un arbre pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur.

La cacahuète, aussi connue sous le nom de “pistache de terre” (Trésor de la langue française, Wikipédia), est une légumineuse dont le fruit a la particularité de s’enfouir sous la terre après la fécondation de la fleur. Le même mot, pistache, est utilisé à la Réunion dans le même sens. Selon le TLF, qui parle d’usage régional, l’utilisation de ce nom pour l’arachide se rencontre en Afrique aussi (“Rousseau a fait fixer à 5 frs le boisseau d’arachides (…) dans les autres villages de la baie, à Rufisque par exemple, les pistaches se traitent à 2 frs le boisseau (J. Charpy, La Fondation de Dakar, 1958, p.73 ds Invent. Particul. Lex. Fr. Afr.** n. 1983)”). En effet, on retrouve le mot pistache, probablement dans ce sens, dans le journal de René Caillié, le premier Européen à atteindre la ville de Tombouctou. Entre 1824 et 1828 il parcourt l’Afrique de l’Ouest de la Mauritanie au Mali actuels, se faisant passer pour un musulman. (Roger Frison-Roche l’a raconté dans L’Esclave de Dieu.) Dans le tome II de son récit (Journal d’un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l’Afrique centrale), il écrit par exemple « j’achetai des pistaches bouillies pour mon déjeûner, et j’y joignis quelques galettes » (p. 159). Dans un livre intitulé Sur les traces de René Caillié, le Mali de 1828 revisité (publié en 2008) l’auteur, Pierre Viguier, précise ceci à propos du passage cité ci-dessus : « Par pistaches il faut entendre le voandzou ou pois bambara (Voandzeia subterrana) plus probablement que l’arachide, encore peu répandue dans l’intérieur à l’époque » (page 63). (Précédemment, à la page 38, l’auteur précise que par pistache il faut entendre l’arachide, ou le voandzou (pois bambara).)

En effet, si aujourd’hui la pistache (arachide) est facilement associée à la cuisine africaine, il convient de se souvenir que la plante est originaire d’Amérique. (Le mot cacahuète vient d’ailleurs du nahuatl tlacacahuatl, littéralement “cacao (cacahuatl) de terre”.) Ce sont les Portugais qui l’auraient introduite en Afrique aux alentours de 1800, ce qui expliquerait qu’en 1828 elle soit encore peu répandue sur ce continent, surtout loin de la côte.

Les pistaches sont relativement peu employées dans la cuisine mauricienne (on en trouve traditionnellement quelques-unes dans le “dry curry”), le plat le plus commun qui en comporte étant le “rougail pistache”, constitué de pistaches écrasées apprêtées avec des pommes d’amour (tomates) de façon à faire une pâte qui accompagne du riz ou un farata. Toutefois, le “beurre pistache” (beurre de cacahuète, ou pâte d’arachide) est une denrée relativement commune que l’on étale sur du pain. Mais c’est probablement telles qu’elles que les pistaches sont le plus consommées : pistaches salées, pistaches bouillies (voir le billet du 18 février 2010 consacré au mot coque) ou pistache grillées, avec ou sans rhodamine. Au point que ce mode de consommation est passé dans une expression : manz pistas get cinéma, ce qui veut dire que l’on assiste à un évènement quelconque comme un simple spectateur, se délectant de ce qu’on a sous les yeux. Par exemple deux personnes que vous n’appréciez pas particulièrement sont en train de se bagarrer. Vous en êtes témoin et, plutôt que de prendre parti et de vous interposer, vous vous contentez, en pensée, de manger des pistaches en regardant le cinéma. Dans l’imaginaire collectif leur valeur n’est pas très élevée puisqu’une personne à qui l’on demandera combien coûte une chose donnée pourra répondre “pistache !”, signifiant par là que cela ne coûte presque rien. Dans son Inventaire, Robillard précise ceci : « pas une pistache: somme insignifiante, objet de peu de valeur. » En ce sens c’est l’exact pendant de l’expression anglaise peanuts.

Au nord-ouest de Rodrigues on trouve une “rivière Pistache” se jetant dans une “baie Pistache” elle-même bordée d’une “pointe Pistache”. Et à Maurice on trouve un jeu consistant à tirer les orteils d’une personne — généralement un enfant — jusqu’à provoquer un petit craquement, et il arrive qu’on parle de pistache à ce sujet. (On dira par exemple “moi faire pistache avec toi” ou “allez, allons faire pistache”.) Quand l’orteil craque, on dit alors “pistache !”, peut-être à cause du craquement qu’on entend lorsqu’on ouvre une tlacacahuatl.
 
 
 
* d’où, naturellement, la couleur de la glace à la pistache
** probablement l’équivalent africain — continental — de l’Inventaire des particularités lexicales du français de Maurice (lien à droite de cette page)

 

 

_______

Mise à jour du 7 avril 2013

Ally_Bhugaloo--Marchand_pistache--Port-Louis_585

 
Ally Bhugaloo
Pour l’amour des pistaches

Son métier est toute sa vie. Marchand de pistaches, Ally Bhugaloo compte une bonne clientèle grâce à son approche. Son truc : la communication et le respect d’autrui. Rencontre.

[…]

21 réponses à “Pistache

  1. A southern US word for it is goober, or goober pea, attested since the 1830s. It is said to come from an African word, probably Bantu.

  2. Vos pistaches valent des clopinettes.

  3. Empty, do you know the reason for the expression “it costs peanuts”, or “it’s peanuts”?

    Zerbinette, des clopinettes sont des petites clopes, des bidis par exemple ?

    On peut aussi penser à l’expression “ça vaut son pesant de cacahuètes”, qui est une antiphrase. Ce que j’aimerais bien comprendre, quand même, dans tout ceci, c’est comment l’arachide — plus que la pomme de terre, les haricots ou les lentilles — est arrivée à incarner ainsi une chose de peu de valeur, que ce soit sous le nom de peanut, de cacahuète ou de pistache.

  4. Peanuts aren’t very expensive. Some restaurants that pride themselves on a rustic atmosphere will have baskets of free peanuts on the tables and you can throw the shells on the floor.

  5. do you know the reason for the expression

    Peanuts are proverbially inexpensive. Let me also mention the expressions

    « working for peanuts », which occurs in the Beatles’ song <Drive My Car, and

    « peanut gallery », meaning the cheap seats in a theater or the sort of crowd that sits there.

  6. But I don’t know the history of these expressions, or really why peanuts are proverbially inexpensive.

    I suppose « working for peanuts » carries some suggestion of being treated as an animal — I think of elephants and monkeys.

  7. Mes clopinettes ont moins de succès sur google que vos cacahuètes, mais elles sont référencés chez reverso comme traduction de peanuts !

    be worth peanuts vt. valoir des clopinettes Reverso General Dictionary

    it is worth peanuts adj. ça vaut des clopinettes Reverso General Dictionary

    it was worth peanuts adj. ça valait des clopinettes Reverso General Dictionary

    Mais je suis interloquée par vos bidis (que je n’ai pas trouvés dans la liste des mauricianismes !)

    Quant au choix des cacahuètes comme étant de peu de valeur, je n’ai aucune idée, sinon qu’elles ne sont pas seules sur les rangs :

    des clopinettes (int.) (argotique) : rien, rien du tout, des clopes! (PejArgPop), des clous! (argotique), des dattes! (argotique), des nèfles! (PejArgPop)

    Dictionnaire Sensagent.

  8. Zerbinette, bidi n’est pas un mauricianisme.
    http://en.wikipedia.org/wiki/Beedi
    Je n’en ai jamais vu ici, et il se pourrait bien qu’elles soient inconnues à Maurice.

    Empty, I don’t see why peanuts would be less expensive than potatoes or beans for instance. But I have never cultivated any one of them.

  9. A. J. P. Crown

    Anyone who has an interest in both peanuts & words ought to read MMcM’s exhaustively researched 2-post entry at Polyglot Vegetarian. His latest piece is on pineapple.

    « Peanut gallery » sounds to me like a location for dropping peanut shells onto the audience in the stalls below.

  10. I don’t see why peanuts would be less expensive than potatoes or beans for instance.
    But how can you eat them in a public place? They have to be cooked, put on a plate, and refrigerated afterwards. Peanuts can be served a paper bag or in a basket on the table, and stored at room temperature in the same container.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Peanut_gallery

  11. Sig, si les pistaches mauriciennes sont des cacahuètes, est-ce qu’il n’y a pas ambigüité avec les vraies pistaches (vertes, mais souvent colorées en rose vif)?

    Pourquoi les « peanuts » ne sont pas chers:

    Peanuts are often a major ingredient in mixed nuts because of their inexpensiveness compared to Brazil nuts, cashews, walnuts, and so on. (Wikipedia, « peanut »).

    C’est donc en comparison avec le prix des autres « noix ». Certains paquets de « noix » mélangées portent l’inscription: less than 50% peanuts, car les vendeurs ont intérêt à mettre le plus possible de cacahuètes avec les autres noix, beaucoup plus chères (et meilleures au goût aussi).

  12. si les pistaches mauriciennes sont des cacahuètes, est-ce qu’il n’y a pas ambigüité avec les vraies pistaches?

    Sans doute existe-t-il un risque de confusion… sauf que je n’ai jamais vu de vraies pistaches (pistachio) en vente à Maurice.

  13. des nèfles! (PejArgPop)
    bonjour!
    C’est une surprise de retrouver « des nèfles » comme « quasi-rien » et chose de nulle valeur: je me souviens d’avoir entendu, « autrefois » , une personne assez portée sur la familiarité et les argots et qui provoquait volontiers les gens qu’elle voulait pousser à bout par des non-devinettes en disant : « si tu me le dis, je te paie des nèfles ». Je n’avais alors jamais vu de nèfles et j’ai longtemps pensé que .. c’était très rare à cause de cette expression.
    Depuis, j’ai vu et même goûté des nèfles que l’on trouve sur les marchés!
    Mais je n’ai jamais réentendu cette expression qui devait être très régionale

  14. Depuis, j’ai vu et même goûté des nèfles que l’on trouve sur les marchés

    Si c’est en France que cela s’est passé, je serais curieux de savoir à quoi peuvent bien ressembler ces nèfles-là. “Nèfles” est le mot utilisé à la Réunion pour parler de ce que nous appelons “bibasse”, qui est le fruit jaune et acidulé de l’Eriobotrya japonica.

  15. Siganus, les nèfles sont des espèces de petites pommes sauvages qu’on trouve dans certaines forêts (l’arbre s’appelle le néflier). Par rapport aux pommes cultivées, elles ont une peau brunâtre, plus rugueuse, elles n’ont pas autant de chair, et leurs pépins sont plus gros. Mais les chevaux les aiment beaucoup.

  16. Siganus, vos « bibasses » sont bien les nèfles que nous pouvons trouver sur les marchés. C’est un fruit délicieux, mais difficile à trouver à la bonne maturité ! On en voit énormément en Italie, où les néfliers peuvent être plantés le long de certaines rues.

    Marie-Lucie, je ne vois pas de quelles « nèfles » vous parlez et je ne rapproche pas les nèfles des pommes.

    Après recherche, je vois qu’il ne faut pas confondre « néflier » et « néflier du Japon (bibacier) » !

    Quant à l’expression, je ne vois pas bien d’où elle peut venir. Les nèfles (du Japon) sont des fruits fragiles plutôt chers.

  17. Zerbinette, je parle des nèfles telles qu’on les décrit dans Wikipédia (j’avais oublié certains détails, mais les nèfles européennes ne sont pas du tout les « bibasses » japonaises que vous connaissez):

    La nèfle est le fruit du néflier commun. Elle n’est plus guère commercialisée de nos jours.
    On l’appelait aussi « cul de chien » ou « cul de singe » (dans le Morvan).
    (voir le reste, avec photos, dans les articles Wiki sur nèfle et néflier).

  18. Pour les anglophones: this fruit is the medlar.

  19. Well, blett me and call me a medlar!

  20. Pour des nèfles
    Le néflier commun, cité par Marie-Lucie, est pourtant un joli petit arbre, un peu oublié aujourd’hui. L’expression vient, je crois, du peu de cas qu’on fait de ses fruits astringents, immangeables à moins d’attendre qu’ils soient blets.

  21. Françoise, pour une raison inconnue votre commentaire a fini dans la boîte à spam, où il a fort heureusement pu être récupéré. Désolé.

    Si donc je comprends bien ce que Marie-Lucie et vous-même dites d’une part et ce que Zerbinette dit d’autre part il y aurait deux fruits différents qui seraient appelés nèfles en France ? Je suggérerais dans ce cas, pour éviter les confusions, que celles qui sont apparemment originaires du Japon (celles qui poussent donc en Italie aussi*) soient appelées bibasses. Ce dernier mot nous vient du chinois par le portugais de Macao : bibas, de pi pa, le nom du fruit en Chine, sauf en Chine du Sud où il est appelé lu-küh, prononcé lukwat à Canton, d’où le nom de loquat (ou loquot) qu’il peut porter en Inde (Hobson-Jobson) — voir aussi ici.
     
     
    * “In Italy it is called nespola giapponese (Japan medlar).” (Hobson-Jobson, cf. lien ci-dessus.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s