Archives quotidiennes : 20 février 2010

Pistache

Pistache.
Nom féminin.

Cacahuète, arachide (Arachis hypogaea).

« On n’aurait pas des pistaches ou un autre gadjak à offrir à nos visiteurs ? »

« Les autorités ont effectué plusieurs descentes auprès des marchands d’aliments, et il ressort que sur 23 échantillons de pistaches salées grillées retenus, deux contenaient de la rhodamine, d’où la texture rosâtre des pistaches grillées. » (Du colorant pour vêtement utilisé dans certains aliments, Week-End du 28 septembre 2008.)

La vraie pistache (pistachio en anglais) n’est pas ce qu’on appelle pistache à Maurice (peanut en anglais). Il s’agit d’une petite noix, dont la partie comestible est verte* à l’intérieur, contenue dans une coque nettement plus dure que la gousse de l’arachide et qui pousse sur un arbre pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur.

La cacahuète, aussi connue sous le nom de “pistache de terre” (Trésor de la langue française, Wikipédia), est une légumineuse dont le fruit a la particularité de s’enfouir sous la terre après la fécondation de la fleur. Le même mot, pistache, est utilisé à la Réunion dans le même sens. Selon le TLF, qui parle d’usage régional, l’utilisation de ce nom pour l’arachide se rencontre en Afrique aussi (“Rousseau a fait fixer à 5 frs le boisseau d’arachides (…) dans les autres villages de la baie, à Rufisque par exemple, les pistaches se traitent à 2 frs le boisseau (J. Charpy, La Fondation de Dakar, 1958, p.73 ds Invent. Particul. Lex. Fr. Afr.** n. 1983)”). En effet, on retrouve le mot pistache, probablement dans ce sens, dans le journal de René Caillié, le premier Européen à atteindre la ville de Tombouctou. Entre 1824 et 1828 il parcourt l’Afrique de l’Ouest de la Mauritanie au Mali actuels, se faisant passer pour un musulman. (Roger Frison-Roche l’a raconté dans L’Esclave de Dieu.) Dans le tome II de son récit (Journal d’un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l’Afrique centrale), il écrit par exemple « j’achetai des pistaches bouillies pour mon déjeûner, et j’y joignis quelques galettes » (p. 159). Dans un livre intitulé Sur les traces de René Caillié, le Mali de 1828 revisité (publié en 2008) l’auteur, Pierre Viguier, précise ceci à propos du passage cité ci-dessus : « Par pistaches il faut entendre le voandzou ou pois bambara (Voandzeia subterrana) plus probablement que l’arachide, encore peu répandue dans l’intérieur à l’époque » (page 63). (Précédemment, à la page 38, l’auteur précise que par pistache il faut entendre l’arachide, ou le voandzou (pois bambara).)

En effet, si aujourd’hui la pistache (arachide) est facilement associée à la cuisine africaine, il convient de se souvenir que la plante est originaire d’Amérique. (Le mot cacahuète vient d’ailleurs du nahuatl tlacacahuatl, littéralement “cacao (cacahuatl) de terre”.) Ce sont les Portugais qui l’auraient introduite en Afrique aux alentours de 1800, ce qui expliquerait qu’en 1828 elle soit encore peu répandue sur ce continent, surtout loin de la côte.

Les pistaches sont relativement peu employées dans la cuisine mauricienne (on en trouve traditionnellement quelques-unes dans le “dry curry”), le plat le plus commun qui en comporte étant le “rougail pistache”, constitué de pistaches écrasées apprêtées avec des pommes d’amour (tomates) de façon à faire une pâte qui accompagne du riz ou un farata. Toutefois, le “beurre pistache” (beurre de cacahuète, ou pâte d’arachide) est une denrée relativement commune que l’on étale sur du pain. Mais c’est probablement telles qu’elles que les pistaches sont le plus consommées : pistaches salées, pistaches bouillies (voir le billet du 18 février 2010 consacré au mot coque) ou pistache grillées, avec ou sans rhodamine. Au point que ce mode de consommation est passé dans une expression : manz pistas get cinéma, ce qui veut dire que l’on assiste à un évènement quelconque comme un simple spectateur, se délectant de ce qu’on a sous les yeux. Par exemple deux personnes que vous n’appréciez pas particulièrement sont en train de se bagarrer. Vous en êtes témoin et, plutôt que de prendre parti et de vous interposer, vous vous contentez, en pensée, de manger des pistaches en regardant le cinéma. Dans l’imaginaire collectif leur valeur n’est pas très élevée puisqu’une personne à qui l’on demandera combien coûte une chose donnée pourra répondre “pistache !”, signifiant par là que cela ne coûte presque rien. Dans son Inventaire, Robillard précise ceci : « pas une pistache: somme insignifiante, objet de peu de valeur. » En ce sens c’est l’exact pendant de l’expression anglaise peanuts.

Au nord-ouest de Rodrigues on trouve une “rivière Pistache” se jetant dans une “baie Pistache” elle-même bordée d’une “pointe Pistache”. Et à Maurice on trouve un jeu consistant à tirer les orteils d’une personne — généralement un enfant — jusqu’à provoquer un petit craquement, et il arrive qu’on parle de pistache à ce sujet. (On dira par exemple “moi faire pistache avec toi” ou “allez, allons faire pistache”.) Quand l’orteil craque, on dit alors “pistache !”, peut-être à cause du craquement qu’on entend lorsqu’on ouvre une tlacacahuatl.
 
 
 
* d’où, naturellement, la couleur de la glace à la pistache
** probablement l’équivalent africain — continental — de l’Inventaire des particularités lexicales du français de Maurice (lien à droite de cette page)

 

 

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Mise à jour du 7 avril 2013

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Ally Bhugaloo
Pour l’amour des pistaches

Son métier est toute sa vie. Marchand de pistaches, Ally Bhugaloo compte une bonne clientèle grâce à son approche. Son truc : la communication et le respect d’autrui. Rencontre.

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