Empailleurs (11)

Mise en œuvre de la paille le long d’un “grain-d’orge”, c’est-à-dire d’une noue (valley en anglais). L’origine de l’expression paraît incertaine. Peut-être est-ce parce que tous les éléments de la charpente font un angle de 45° de part et d’autre de la noue, ce qui ferait songer à la disposition des grains sur un épi (cf. le stationnement dit “en épi”). Ce qui est drôle, c’est qu’à Maurice les gens de la profession utilisent l’expression “grain-d’orge” pour parler de cette partie de la toiture sans que, me semble-t-il, personne n’ait jamais vu un véritable grain d’orge ou un épi.

Le fond du grain-d’orge est revêtu d’une feuille de tôle pliée, destinée à assurer l’étanchéité, laquelle tôle doit être posée sur des planches de soutien. Du fait que l’eau se concentre dans la noue, c’est l’endroit où la paille tend à pourrir le plus vite et les “gouttières” (fuites) tendent à apparaître d’abord à cet endroit.

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13 réponses à “Empailleurs (11)

  1. Votre grain d’orge provient sûrement de l’outil du même nom, espèce de burin utilisé par les tailleurs de pierre, les menuisiers, en forme du grain de même nom et permettant de réaliser des ajustement d’angles sur des moulures.
    C’est aussi un terme d’archéologie, d’orfèvrerie ; le grain d’orge c’est entre autres le petit renflement sur le haut du guidon des fusils, une forme d’orgelet, etc.
    En un seul mot le graindorge est une ancienne étoffe de laine ; avec une cap. un excellent ouvrage spirituel, d’un humour mordant, de H. Taine.

    Bien entendu nous armons les mêmes toits, mais en liant les feuilles de cannes sur de la caña brava et sans pointes.

  2. Je n’arrive pas à me représenter la perspective de cette photo.

  3. Arcadius, le Grand Larousse donne ceci :

    grain-d’orge n. m. (pl. grains-d’orge)
    1. Sorte de burin à pointe biseautée.
    2. Sorte de lime taillée sur les bords.
    3. Moulure de profil triangulaire ou demi-circulaire ; fer servant à faire cette moulure.
    4. Note de plain-chant en forme de losange.

    Nul part on ne voit quoi que ce soit qui puisse renvoyer à la noue d’une toiture, et j’avoue ne pas bien voir quel rapport on pourrait trouver entre ces quatre définitions et l’angle rentrant d’un toit. Il devait y avoir autre chose qui, à Maurice, a poussé des gens à appeler “grain-d’orge” cette partie d’une toiture.

    Bien entendu nous armons les mêmes toits, mais en liant les feuilles de cannes sur de la caña brava et sans pointes.

    Qu’entendez-vous par “armer” ? Qu’est-ce que la caña brava ? De quelles pointes s’agit-il ? (De clous ? Où voyez-vous des clous ?)
     
     
    Marie-Lucie, la photo est prise d’en haut. Vous avez deux versants de toiture, deux plans inclinés, qui se rejoignent. (J’ai mis ici une autre photo du même grain-d’orge, sans la paille.)

  4. Siganus, merci de ces photos supplémentaires, je vois maintenant de quoi il s’agit! Je n’avais pas pensé qu’on mettrait du chaume sur un toit plus compliqué que celui d’une chaumière (simplement un toit à deux versants). Je ne connaissais pas non plus le mot « noue ».

  5. Simple : vous clouez ( avec des pointes ou clous ) les liteaux sur les chevrons , quand nous, nous attachons les cañas sur les mangles, cqfd.
    Le résultat de votre travail est plus régulier.

  6. > Arcadius

    Quand les baguettes sont en bambous (pour des constructions plus rustiques), elles sont attachées puisqu’il n’est pas possible de clouer une tige de bambou sans la fendre. Mais même les liteaux en bois massif tendent à se fendre au clouage, comme on peut le voir sur la note “empailleurs (9)”.
     
     
    > Marie-Lucie

    “Noue” est un mot utilisé dans un domaine relativement spécialisé. Qui plus est, il s’agit d’un mot spécifique, au contraire de son équivalent anglais valley, qui a lui le mérite d’être explicite pour un public beaucoup plus large. Mais pour ma part je viens de découvrir que le mot noue vient du mot latin signifiant “bateau” (navica, navis), à l’instar de nef. Fluctuat nec mergitur, c’est bien ce qu’on demande à un grain-d’orge : ne pas couler.

  7. Je trouve que, dans votre photographie d’une grain d’orge, celle-ci ressemble fort bien à un épi d’orge de dimensions assez grandes – mais pas à un grain d’orge.

  8. Bougon, c’est bien ce que je mentionnais dans le billet : « Peut-être est-ce parce que tous les éléments de la charpente font un angle de 45° de part et d’autre de la noue, ce qui ferait songer à la disposition des grains sur un épi (cf. le stationnement dit “en épi”). » Mais par la suite, à regarder la définition numéro 1 (commentaire du 13 février 2010 à 08:16), je me suis dit qu’il existait probablement un ciseau (chisel) dont la lame devait avoir une forme en vé pour faire des rainures dans le bois, et que c’est cette forme en vé que l’on retrouve dans la noue qui aurait suggéré le nom de grain-d’orge pour cette dernière. Tout ceci n’est bien entendu qu’une hypothèse.

  9. Ah ben, je prenais votre mots comme une description de la photo ci-dessus – la même qui désorientait marie-lucie. Alors je reconnais que c’est la même charpenterie qu’on voit dans l’autre photo d’un grain d’orge.

    N’est-ce pas qu’il y a une sorte de rainure (? groove) dans le grain d’orge ? Ou est-ce le grain d’avoine ?

  10. Grumbly, je ne sais pas si le grain d’orge comporte une rainure. Je n’en ai jamais vu.

  11. Siganus, regardez « orge » dans Wikipédia en français, il y a une photo de grains d’orge (mais pas encore débarrassés de leur enveloppe de son). Je crois bien qu’il y a une rainure sur les grains d’orge comme ceux de blé, bien que les grains d’orge soient plus arrondis.

  12. Peut-être l’avez-vous déjà lue, mais voici une définition du « grain d’orge » en parqueterie qui pourrait nous mettre sur la voie :
    http://www.crit.archi.fr/Web%20Folder/bois/Bois/9.Glossaire/G.HTML

    Quant au grain d’orge, en voici une photo qui montre bien la rainure centrale:

  13. Leveto, à l’adresse que vous donnez sur le site http://www.crit.archi.fr/ on trouve la définition suivante :

    « 1. Petite rainure en V formée, lors de l’assemblage de deux lames de lambris, par la rencontre des chanfreins réalisés au droit de leur joint, pour en accuser le raccord et atténuer d’éventuels retraits. »

    On retrouve la forme du vé, ce qui pourrait renvoyer à la noue.

    A lire ceci après les définitions du Larousse (voir plus haut), ainsi que celles du Dicobat, je me dis que l’expression “grain-d’orge” est particulièrement polysémique.

    Le Dictionnaire général du bâtiment (Dicobat), publié aux éditions Arcature, a ceci pour troisième définition de grain-d’orge :

    « 3/ Menuiserie. Rainure ou petite cannelure de profil triangulaire ou en demi-cercle, poussée entre deux moulure saillantes. Ciseau servant à réaliser ces cannelures (voir illustration). »

    En effet, sur l’illustration en question on peut voir un “grain d’orge de menuisier” montrant un ciseau à bois à la lame taillée en pointe plutôt que plate (i.e. carrée). Juste à côté, on voit un marteau et un ciseau “grain d’orge” pour tailleur de pierre, dont la partie active, à la différence de l’outil du menuisier, présente de nombreuses aspérités.

    Le grain d’orge semble avoir eu une nombreuse progéniture lexicale, ce que n’a pas aussi bien réussi nombre d’autres céréales.

     

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