Archives mensuelles : novembre 2009

Coco

Coco.
Nom masculin.

Noix de coco.

(Le mauricianisme réside dans le fait que pour parler du fruit du cocotier le mot “coco” tout court est employé plutôt que l’expression “noix de coco”, laquelle appartient plutôt au registre du français standard non-mauricien.)

Tu crois que tu peux casser les cocos qui sont là-haut là-bas ?”

L’équipement est doté d’un perforateur qui perce le coco. Son eau est versée dans un réservoir à glace (sans pour autant être en contact avec le glaçon), il suffit ensuite d’ouvrir le robinet pour que l’eau en ressorte glacée.”
(L’Express, 16 décembre 2007.)

Josiane Reka, elle, est ici pour traiter des douleurs aux reins : elle s’était blessée en triant les cocos.”
(La Vie catholique, 5 avril 2007.)

Et dans le bus quand nous sommes partis, arrivé au lieu appelé Saint Thomas, Madame Talatte a demandé au chauffeur de s’arrêter. Et nous sommes tous descendus. Elle nous a fait cueillir des brèdes la langue vache, unique à Diégo qu’elle mangeait quand elle habitait sur l’île. Nous avons pu retrouver ces brèdes, il y en avait toujours. Les militaires ont accepté de nous laisser descendre du bus. Nous avons pu en avoir plein. Les brèdes, mais aussi des cocos secs pour faire du ciraz. Un plat chagossien que l’on fait avec du lait de coco et des ourites, ou bien du poulet.”
(L’Express, 21 avril 2006.)

Donner suffisamment d’eau à votre cocotier. Point de gros ‘cocos’ bien remplis si les plants sont affectés par la sécheresse.”
(Site de l’AREU, 2007.)

Un marchand de cocos explique qu’il a dû couvrir une partie du toit avec des cartons car cela chauffait ses cocos : ‘mo ban cocos ti pe felé ek mo ti pe perdi klian tou parceki persone pa rod vin debout la’ dit- il. Même son de cloche chez le marchand de journaux qui se trouve juste à côté : ‘nou pa capav travay’, dit- il.”
(L’Express, 25 décembre 2012.)

Comme à l’accoutumée, elle ouvre la porte afin d’aérer un peu. Mais elle découvre un fait troublant. Devant sa porte, elle constate un désordre inhabituel, « il y avait des citrons, des cocos, deux bougies rouge et blanche, des ossements, de la cendre, une poudre rouge, une poupée qui était brisée, du fil ainsi que des aiguilles », a-t-elle relaté aux policiers. Les cocos et les citrons ont été coupés à moitié et il y avait des aiguilles sur les citrons entourés avec du fil. Tout laisse croire qu’un rite avait été pratiqué devant sa demeure.”
(Le Défi, 6 octobre 2012.)

Les cocos fesses de Praslin sous haute protection.”
(L’Express, 10 janvier 2008.)

« Émue, elle raconte que son travail à Diego consistait à enlever l’écorce des cocos. »
(Week-End du dimanche 2 avril 2006.)
 

Il semblerait que dans l’esprit d’un certain nombre de personnes on trouve sur les cocotiers des cocos déjà débourrés, c’est-à-dire ne comportant que la noix seule. Une publicité pour le chocolat Bounty montrait même une noix déjà épluchée tombant d’un cocotier pour se casser en deux en frappant le sol. Autant croire que les poires tombent toutes pelées du poirier, ou que les pruneaux poussent dans des pobans…

A Maurice les cocos se rencontrent sous deux formes principales : les cocos Pemba, orange, poussant sur des cocotiers de taille modérée, et les cocos Ceylan, plus gros, verts, dont le plant peut atteindre une taille relativement élevée.

Cocos Ceylan (dont un ouvert) et, à droite, coco Pemba.

Aux Seychelles pousse le “coco fesse”, qui est énorme quand il est encore entouré de sa bourre. Un coup de coco sur le coco peut faire pas mal de dégâts. Un coup de coco fesse au même endroit, ça doit être la mort assurée.

Cocos Pemba.

« Le coco » est une métaphore courante pour dire « la tête », tout comme on dit « le citron » ailleurs. Un jeu qu’en général les bébés adorent s’appelle « casse coco ». Ça ne parle pas encore, mais ça sait déjà jouer : on se met devant l’enfant assis et on approche sa tête de la sienne en disant « casse cocooo… » Quand les deux têtes s’entrechoquent, on crie « boire dilo ! » (boire de l’eau). Ils apprennent vite et on est parfois obligé de freiner les ardeurs de quelques-uns qui donnent des coups de tête dépassant ce qui est raisonnable pour leur crâne encore fragile. Et pour parler de ce qu’en Europe on appelle « la boule à zéro », « un crâne tondu », on dira « coco rasé ».
 
Quand le coco est bien plein et qu’il est devenu marron, on parle d’un coco sec. Ce ne sont que les cocos secs qui peuvent germer pour donner un nouveau plant. C’est aussi avec les cocos secs qu’on fait des « brosses coco » — constituées de la partie supérieure du coco — avec lesquelles on astique un chali ciré en les frottant sur le sol à l’aide du pied.

Si le coco n’est pas encore trop « plein », autrement dit s’il n’est pas encore sec (arrivé à maturité), l’amande que contient la noix n’est pas encore très épaisse ni très dure. Dans ce cas on parlera plutôt de « crème ». Mais quand le coco est bien plein, l’amande est dure et peut être râpée pour faire des gâteaux coco (coco cuit avec du sucre) ou servir pour faire un chatini coco.

 

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Mise à jour du 25 novembre.

Région, pointe et village de Quatre Cocos.


(Cliquer sur l’image pour voir la carte en plus grand.)

 

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Mise à jour du 30 décembre 2014.

Ti cocos.

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Tente

Tente / tante.
Nom féminin.

Panier, sac, cabas, traditionnellement fait de feuilles de vacoas tressées, aujourd’hui le plus souvent fait de lanières synthétiques tressées.

L’objet existe sous plusieurs formes. On a la « tente (de) bazar », assez grande, qui peut servir à transporter des légumes ou d’autres denrées :

On a la « tente d’école », petit panier à couvercle tressé coulissant sur l’anse unique et qui sert aux écoliers à transporter leur pain et leur gourde de jus :

Tente d'école et gourde.

Ce sont là les deux types principaux de tente, mais tout panier tressé ayant une certaine profondeur peut être décrit par le mot « tente », à l’exclusion des paniers plats : une tente sert au transport, pas au rangement.

« L’âme d’Albion semble se situer à Camp Créole. Là, les gens sont plus accueillants, les sourires sincères. Côté mer, l’on s’y barricade derrière des murs trop hauts comme pour ne pas voir cet autre Albion. Derrière les barbecues et devant la piscine l’on parle marché boursier et non pas ‘tente bazar’. » (5-Plus Dimanche, 5 janvier 2003.)

« Au devant des vitrines, des petits pots de piment et d’achards de Rodrigues sont installés sur une table. Des cartables et des tentes en vacoas pendent au plafond. » (Week-End du 10 mai 2009.)

« On le voyait rentrer du travail chargé de sa “tente” gonflée de victuailles de toutes sortes. » (Carl de Souza, La Maison qui marchait vers le large, page 33.)

Il serait tentant de voir le mot « tente » comme un élargissement du sens attaché à la tente en tissu qui permet de s’abriter, mais selon Robillard, qui cite Chaudenson, le mot viendrait du malgache tanty, corbeille. Et en cela il pourrait indifféremment être écrit « tente » ou « tante ».

A Rodrigues, île réputée pour sa vannerie — art faisant partie du quotidien d’un nombre relativement important de gens —, on trouve toujours des tentes en feuilles de vacoas (pandanus), telle celle visible ci-dessus. Au début des années 90 je me souviens avoir vu des feuilles de vacoas en train de sécher par terre à Vieux Grand Port. Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui à Maurice on trouve encore beaucoup de personnes utilisant les très résistantes feuilles de cette plante-là.

 

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Mise à jour du 28 décembre 2014.

Tante de jeanmalacs photographiée hier.

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Il me semble qu’on entend parler de “tante” en tant qu’unité de mesure. Une mesure bien peu rigoureuse, certes, les tantes pouvant être de taille variable, mais on dira par exemple que “le dimanche où on est allé à Plaine Champagne on a ramassé trois tantes de goyaves de Chine”.

Antivol

Antivol.
Nom masculin.

Barreaux, protection métallique contre le cambriolage mise en place devant les ouvertures et ancrée dans le gros-œuvre ou faisant corps avec le châssis des menuiseries.

« A Beau-Bassin: Des tracksuits destinés à la police et à la NCG volés !
Bien étrange vol que celui survenu aux locaux de Citizen Sports à Beau-Bassin. En effet, une quinzaine de survêtements de sport, destinés à la force policière de même qu’aux éléments de la National Coast Guard (NCG) ont été emportés, ainsi que des chaussures destinées à ces unités policières. Le vol a été commis en forçant un antivol entre vendredi et lundi derniers. La valeur des articles volés a été chiffrée autour de Rs 35 000
. » (Week-End du dimanche 28 août 2005.) Voler le dispositif antivol par excellence, à savoir la police, par effraction qui plus est, il fallait ne pas avoir peur de l’oxymore.

Un googlage du mot « antivol » renvoie surtout des antivols pour vélos ou motos, ou des dispositifs utilisés dans les magasins pour éviter le vol à l’étalage. Parfois il s’agit de systèmes d’alarme plus ou moins sophistiqués. Le « barreaudage” (ensemble des antivols) n’apparaît guère sur Google. Ces barreaux-là n’apparaissent pas non plus dans la définition du TLF : Antivol — B.− Emploi subst. [Par ell. du premier élément du syntagme] Dispositif protégeant certains objets et particulièrement les véhicules, contre le vol. Antivol pour bicyclette, pour véhicule (Poignon 1967) : Je vais prendre la machine et faire un tour sans toi. Donne-moi la clé de l’antivol. − Tu es folle; tu ne peux pas la conduire.- S. de Beauvoir, Les Mandarins, 1954, p. 351.

Pinces de crabe

La partie supérieure de la fleur est creuse et conserve l’eau de pluie, qui tend à y croupir et qui attire mouches et moustiques. Pour cette raison certaines personnes préfère s’en débarrasser (de la plante).

[Je n’ai pas réussi à trouver le nom scientifique de cette plante-là.]

Bardeaux

Bâtiment de Port-Louis dont les petites toitures flanquant le corps principal sont couvertes de bardeaux dits « en écailles de poisson » :

Le mot bardeau aurait des “origines obscures”. Le Dicobat lui donne les synonymes suivants : ancelle, échandole, essanne, essente, tavaillon, mots que je n’ai jamais entendus.

Vieille boutique port-louisienne.

Les bardeaux se posent sur un « boarding » (voligeage) constitué de planches clouées sur les chevrons et, pour éviter les infiltrations d’eau, ils se chevauchent en général sur les deux tiers de leur longueur et sur la moitié de leur largeur.

Toit en bardeaux en cours de réparation.

Le bardage est le revêtement des murs extérieurs réalisé avec des bardeaux. Toutefois, de nos jours on parlera aussi bien de bardage pour un revêtement réalisé en tôles d’acier ou à l’aide d’autres éléments de couverture que l’on vient fixer mécaniquement sur l’ossature porteuse. On en a une illustration ici : https://mauricianismes.wordpress.com/2009/05/17/dalot/
Les murs en bardeaux sont plus plus fréquents à la Réunion qu’à Maurice. Un exemple fameux est la maison natale de Raymond Barre à Saint-Denis.

Les bardeaux résistent mieux à la pourriture en climat sec, comme à Port-Louis (photo ci-dessous), alors que dans les hauteurs de l’île, où il fait beaucoup plus humide, ils ont tendance à se dégrader assez rapidement, ce qui rend les anciennes maisons en bois d’un entretien coûteux. Petit à petit le béton remplace tout ce bois…


 
 

 
 

Roche cari

Roche cari.
Nom féminin.

Pierre plate, taillée et polie, sur laquelle on crase* des épices ou du coco à l’aide du baba, la partie cylindrique et mobile réduisant en purée ce qui doit devenir une pâte aussi onctueuse que possible.

« Maman avait empoigné le baba de la roche cari et, avec un balancement de tout le corps, s’employait énergiquement à nous faire un bon massala. »

« De ces plats, qu’elle évoque le temps d’un ouvrage – Manzé Longtemps -, Malika Kallichurn revalorise des recettes qui requièrent parfois un long temps de préparation. A l’instar des différents massala où le grinder est délaissé à la faveur de la roche cari. Mais au final, c’est en bouche que l’on savoure les résultats de l’effort !” (Week-End du dimanche 16 novembre 2008.)

Dans la note sur les tombalistes il était question d’un article parlant de ces tailleurs de pierre spécialisés dans la fabrication de tombes, métier qui prend lui-même le chemin de la tombe selon le témoignage de ceux qui exercent encore cette activité. « Et pourtant, la vie des tailleurs de pierre ne se limite pas à faire des pierres tombales. Que ce soit le baba roche cari ou so maman, les mortiers, les roches laver ou « miraye campman », il suffit, comme pour les pierres tombales, de passer une commande pour être servi. »
 
 
 
* craser = écraser, encore que moudre aurait été plus approprié ici
 
 
 
 
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Mise à jour du 5 octobre 2010

Voir l’entrée consacrée à la roche cari sur le photoblog de Carrotmadman6, ici.

 

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Tapeur

Tapeur.
Nom masculin.

Homme de main, nervi ; gros-bras, brute, caïd.

« Navin Ramgoolam attire l’attention sur le fait qu’un “tapeur notoire est dans l’entourage de Bérenger”.” (“Allo Navin ? c’est Paul…”, L’Express du 6 juin 2005.)

« L’élève refuse et tente de résister, mais en vain. L’autre est plus fort et sa réputation de tapeur suffit pour impressionner davantage son camarade de classe. » (Violences sexuelles dans les établissements scolaires, Week-end/Scope du vendredi 7 octobre 2005.)

Le Larousse, pour sa part, a une définition du tapeur qui est totalement autre : « FAM. Personne qui emprunte souvent de l’argent » — http://fr.thefreedictionary.com/tapeur —. Chacun tape à sa façon, ce qui est dans l’ordre des choses puisqu’il s’agit là d’un mot assez polysémique, y compris à Maurice.