Carrom

Carrom.
Nom masculin.

Jeu consistant à faire entrer des pions dans les trous situés aux quatre coins d’un plateau en bois entouré d’un cadre également en bois. (Les règles peuvent se trouver facilement sur internet, par exemple ici.)

Carrom_4

Il s’agit d’un jeu très populaire en Asie du Sud et il est presque certain que c’est à partir de cette partie du monde qu’il est arrivé à Maurice. Toutefois, l’origine ultime du jeu semble obscure, tout comme l’est celle du nom, lequel pourrait avoir fait un étonnant voyage aller-retour entre l’Asie et l’Europe. Il y a quelques années de cela, lors d’une conversation par e-mail, j’avais écrit ceci :

Au début de cette page, pour expliquer l’origine du carambolage, on reprenait semble-t-il des ouvrages qui affirmaient que ce mot — carambole — servant à décrire la boule rouge du billard dit lui aussi « carambole » provenait d’une analogie avec le « fruit orangé ou purpurin et sphérique » du carambolier. Celui qui connaît effectivement le fruit en question ne peut que rigoler en lisant cela, car il s’agit là de ce que les anglophones appellent le star fruit, appellation qui est tout à fait explicite : le fruit, qui comporte des ailettes charnues ressemblant un peu aux fléchettes du jeu de dart, n’est absolument pas sphérique ! (Passons sur la couleur, qui est de surcroît plutôt jaune à jaune/vert.) Le mot carambole utilisé pour le fruit proviendrait du marathi karambal (via le portugais carambola). Et c’est là que je trouve que ça pourrait devenir drôlement amusant.

Car les Anglais ont adopté le terme carambole pour décrire et la boule rouge et le coup consistant à faire un carambolage, coup qui par la suite est devenu « carom » par glissement phonétique, altération qui a elle-même été altérée en « cannon » en Grande-Bretagne (mais apparemment pas en Amérique du Nord). Le Shorter Oxford English Dictionary précise ceci : « carom, carrom. 1779. Abbreviated form of carambole ; now corrupt to cannon. »

Passe encore que les Anglais aient reproduit une fantaisie française assez peu rigoureuse, mais ce qui m’a fait tiquer c’est qu’en Inde il existe un jeu auquel presque tous les enfants mauriciens ont joué, un jeu qu’on appelle parfois « Indian billiards » ou « billard indien » et qui, en Inde, au Pakistan et ailleurs s’appelle le… carrom. Comme l’Inde a été colonie britannique pendant un certain nombre d’années, on se retrouve à se demander si la carambole n’a pas pour ainsi dire bouclé la boucle, de l’Inde au Portugal, à l’Espagne, à la France, à l’Angleterre, avant de revenir, transformée, dans son pays d’origine. Ça serait trop extraordinaire pour être vrai. D’autant plus que le jeu est ancien, existant probablement déjà bien avant la conquête de l’Inde par les Britanniques. [En juillet 2009 je me demande à quel point ceci est vrai.] Et ce qui me paraît bizarre, c’est que ni les Hindi speakers ni un Pakistanais interrogé (qui, lui aussi, y a joué petit lors de son enfance au Pakistan) ne connaissent un autre mot — un mot vraiment vernaculaire — pour appeler ce jeu. Simple coïncidence amusante ? Ça serait quand même étonnant. Comment savoir ?

Le pion rouge, qui n’appartient à aucun des adversaires, est appelé la reine. A l’instar d’une partie de ping-pong une partie de carrom produit un bruit caractéristique. Shhhhtak !

« Vous savez où est le carrom ? Qui c’est qui l’a ramassé la dernière fois ? »

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On thefreedictionary.com the error about the « red fruit » is repeated:

« Carom billiards, sometimes called carambole billiards or simply carambole and, in some cases, used as a synonym for the game of straight rail from which many carom games derive, is the overarching title of a family of billiards games generally played on cloth-covered, 5 x 10 foot pocketless tables, which often feature heated slate. At its simplest form, the object of most carom games is to score points or « counts » by caroming off both the opponent’s cue ball and the object ball on a single shot. The invention as well as the exact date of origin of carom billiards is somewhat obscure but is thought to be traceable to 18th century France.

The title word « carom », which simply means any strike and rebound, came into use in the 1860s and is a shortening of carambola, which was earlier used to describe the red object ball. Carambola, in turn, was derived from an orange-colored, tropical Asian fruit, called a carambola in English, which was a corruption of the original name of the fruit, karambal in the Marathi language of India. »

http://encyclopedia.thefreedictionary.com/carambole

 

15 réponses à “Carrom

  1. I played this game as a child. The board had printed on the reverse side a backgammon board with a chessboard embedded in the center.

  2. I’ve never seen a carrom board that was for something else than playing carrom. And it’s hard for me to imagine that a chessboard could be embedded in a backgammon board without messing it up.

    But how were you calling the game when you were a kid? (In New York?) Was it called « carrom » or something else?

  3. It was part of a set called something like « 100 Board Games in 1 », and came with chessmen, checker pieces, miniature pool balls and cues, carrom disks, marbles, a doubling cube, an instruction book giving the rules and rudiments of all the games, and various other objects. The board was made of wood and larger than standard (74 cm), perhaps 125 or even 150 cm.

    My visual memory is poor, but it seems plausible to embed a chessboard in the center (all-white) area of a backgammon board of this size. What I don’ t understand was how the backgammon bar was run across the middle of the chessboard without, as you say, messing it up. Perhaps the bar was simply outlined in black rather than being solid black, and coincided with a single rank or file of the chessboard.

    My friends and I (in New Jersey, but close enough) had to learn to play carrom from the instruction book, as none of us had ever heard of it before, so we knew it by that name. I remember that crokinole, which we also had not heard of, was another game that could be played on the carrom side.

  4. carrominfo

    Bonjour,

    Je m’occupe d’un blog destiné à l’actualité du carrom en France.
    Est ce que tu connais des adresses où ça joue au carrom à Maurice, ça pourrait compléter mon thème « ou jouer ».
    Merci d’avance
    Emilie
    http://www.carrominfo.wordpress.com

  5. A Maurice ça joue au carrom un peu partout, chez les uns et chez les autres. Chez moi par exemple.

  6. carrominfo

    Super !
    Je vais donc mettre un lien vers ton blog si des gens voulaient tapoter du palet !

  7. John, a 1.50 metre wide carrom board is indeed very large. Did you manage to reach the other side with the striker without having to frantically brush the surface ahead of it?

    I’ve never come across the crokinole game. I see on the Wikipedia page your are linking to that it comes from the Quebecois name for a cookie: « croquinole ». I have heard about the word croquignole (insignificant thing, trifle), even about the adjective croquignolesque (meaning “ridiculous”, “farcical”, and coming from Croquignol, a comic-strip* character), but never « croquinole ». That must be a Quebecism, and as such it would be a word to be shown on the dedicated page I have in the side bar. However, by looking at the first meaning given by the TLF I see that in standard French a croquignole is indeed a small biscuit.
     
     
    * Les Pieds Nickelés

  8. Je vais donc mettre un lien vers ton blog si des gens voulaient tapoter du palet !

    Vous allez peut-être un peu vite en besogne. Je n’ai pas dit que ma maison était ouverte à tous les joueurs de carrom de la Terre (et de Mars). Je me suis contenté de dire que chez moi on jouait au carrom. Entre amis, en famille. Mais cette tabagie qu’on appelle « blog » pourrait par contre être assimilée à une auberge espagnole. L’entrée est libre et gratuite, sans limite de places disponibles.

  9. zerbinette

    Sig, lorsque ma mère disait de quelque chose que c’était croquignolet, cela voulait dire plutôt mignon mais avec une nuance d’amusement. (Quelquefois, elle parlait même de moi, lorsque j’était petite bien entendu😉 )

  10. carrominfo

    Ok, je supprime l’article

  11. > Émilie @ carrominfo
    Vous pouvez laisser la page sur votre site si vous le voulez. Cela ne me dérange pas. Mais il ne faudrait pas que vos lecteurs croient que tout un chacun peut venir taper une partie de carrom sous ma varangue. Je risquerais de ne pas avoir assez de thé pour tout le monde.

    > Zerbinette
    Ce « croquignolet » me fait furieusement penser à notre « cocasse », lequel ne comporte pas l’idée de ridicule contenue dans le mot en français standard. Quant à savoir pourquoi on dit « me fait furieusement penser » alors qu’il n’y a guère de fureur dans l’air, cela est assez mystérieux.

  12. In English also, to « think furiously » is simply to think hard, intensely, without any implication of fureur.

  13. « cocasse »: pour moi, c’est drôle, ça fait rire, mais ce n’est pas forcément ridicule. Peut-être le mot a-t-il changé de sens dans les dernières décennies?

  14. « croquinole »: je crois que ce mot représente « croquignole », prononcé à l’anglaise, où le « gn » devient simplement « n ». En anglais c’est un jeu, mais je ne sais pas comment on y joue.

  15. “think furiously”

    Fowler grumps about this « Gallicism ».

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