Montré kréol dan lékol

Deven T., Week-End, 29 mai 2011 (cliquable) :

— Bonzour ban zanfan !
— Bonzour Missié.
— Bonjour Monsieur !
— E ou la ? Ou koz fransé dan mo klas ?? Kot ou krwar ou été ??? Dan ou lakaz ??

 

Ķ

 

Le PM : “La langue créole rassemble tout le monde” – Ashwin Kanhye, Le Matinal, 13 septembre 2011.
“On donne à la langue créole sa dignité… En effet, les élèves des écoles primaires auront le droit d’apprendre le créole mauricien en 2012.
(…)
La langue créole est le premier instrument qui rassemble tout le monde. Il est important de conscientiser nos enfants afin qu’ils reconnaissent que cette langue rassemble toutes les communautés. Un pays fait des progrès grâce à des efforts. “La deuxième édition du dictionnaire est le fruit de notre persévérance.” C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Navin Ramgoolam, lundi, au lancement de la deuxième édition du Diksioner Morisien à l’auditorium Octave Wiehe, à Réduit.
Navin Ramgoolam a fait l’historique de notre langue maternelle et a souligné que la langue créole est née avec une histoire. “Elle est née avec l’histoire de l’esclavage dans les colonies et fait partie d’un processus. Cette langue a commencé à émerger dans la première moitié du 17e siècle [sic] face à des atrocités de l’esclavage. Elle était devenue comme une preuve de résistance contre les exploitations. Elle a commencé à prendre sa source par un instinct de survie parmi les esclaves qui avaient été déportés principalement d’Afrique. Sa racine existe un peu partout en Afrique. Récemment, la langue créole était comme un dialecte qui empêchait les enfants d’apprendre le français. Il y avait cette perception”, a-t-il souligné.”

Le kreol à l’école – Dhanjay Jhurry, L’Express, 7 septembre 2010.
“D’emblée, j’aimerais dire que je suis contre l’introduction du créole à l’école comme véhicule d’enseignement mais je n’ai pas le moindre problème quant à son introduction comme une langue optionnelle au même titre que les autres langues ancestrales qui sont enseignées.”

Créole à l’école : les jeunes s’adressent aux sceptiques – Un groupe d’élèves du Bocage International School (LBIS), L’Express, 3 mars 2004.
“Rejeter le créole comme pas assez convenable pour être enseigné [à l’] école c’est faire de la discrimination à l’égard de toute une population qui parle le créole. Par contre enseigner le créole à l’école peut aider à combattre ce sentiment de honte que certains enfants et même adultes ressentent parce qu’ils ne parlent que le créole ; langue encore considérée par certains comme grossière ou vulgaire.”

Le kreol morisien sur les bancs de l’école dès janvier 2012 – Bhavna Fulena, Le Matinal, 31 mars 2010.
“Entre-temps, le ministère prend des dispositions pour recruter suffisamment d’enseignants qui suivront des cours spécialisés en kreol morisien. C’est le Mauritius Institute of Education qui se chargera de la formation des enseignants.”

KREOL À L’ÉCOLE : Une centaine de jeunes au secours du ministère – Le Mauricien, 18 juillet 2011
“Pendant ces cinq derniers mois le ministère de l’Éducation a essayé en vain de convaincre les enseignants (General Purpose) en poste depuis plusieurs années d’être les premiers profs du kreol morisien en attendant le recrutement des enseignants à plein temps pour cette matière par la Public Service Commission comme c’est le cas pour les langues orientales.”

Non au créole à l’école – mauritius-newspaper.com, 31 janvier 2010.
“C’est le cri d’une quinzaine d’associations socioculturelles réunies au Hindu Maha Sabha, vendredi. Le Hindu Common Front juge que le créole doit rester comme il est aujourd’hui. C’est à dire comme une langue de support et non comme matière.”

Kreol à l’école : «Un manque d’information avant l’introduction», estiment des pédagogues – L’Express, 23 mai 2011.
“«Quand on réalise que la demande est de 42% dans les écoles catholiques contre 10% dans les écoles du gouvernement. C’est un grand défi à relever. Nous ne devons pas décevoir les parents. Il faut que l’enseignement du Kreol Morisien dans ses débuts soit de qualité», affirme Jimmy Harmon.”

Apprendre pour enseigner… – Jocelyn Rose, L’Express, 1er juin 2006.
“J’ai voulu suivre des cours pour acquérir une bonne technique d’enseignement mais comme ces cours étaient dispensés en langue créole, je n’étais pas trop enthousiasmée. Je ne voyais pas l’intérêt d’enseigner le créole à des Mauriciens.”

L’école s’ouvre au kreol – Nazim Esoof, L’Express, 24 mai 2011.
“Nous ne sommes pas encore dans un système où le kreol est un «medium» d’enseignement mais toujours dans une initiative qui relève du symbolisme plutôt que dans une décision qui aurait véritablement profité aux enfants mauriciens.”

Blog: Le créole à l’école serait anticonstitutionnel – Rafic Soormally, Le Matinal, 30 avril 2010.
“La langue créole des esclaves, étant une langue servile et rétrograde, ne pourra (devra) ni être reconnue dans notre constitution et ni être introduite dans nos écoles, que ce soit comme option ou médium d’enseignement. Le Premier Ministre a bien pu faire une promesse électorale, mais cette promesse doit nécessairement être basée sur des faits prouvés et non sur une propagande politique et sectaire.”

Éducation – L’introduction du créole fait débat – Annick Daniella Rivet, Le Défi, 6 janvier 2011.
“Quelle est l’utilité d’enseigner le créole ?
Lindsay Morvan : L’Unesco dit qu’un enfant doit apprendre dans sa langue maternelle, parce qu’il lui sera plus facile d’étudier. Chez nous, il y a des préjugés qui perdurent.”

21 réponses à “Montré kréol dan lékol

  1. EH ou La…KI ou croire???MO éna éne dictionaire la langue kréol maintenant..;alors pas bizoin dispité..Nous tous pour lacorité….nous pour cause éné kréole""chatié"""
    Qu on fasse un dict de créole OK mais cela ne va t il pas appauvrir le français déja si mal utilisé ici.???
    Le pays s enfonce pas doucement mais a vitesse grd V..vers.. la médiocrité dans tous les domaines…

  2. Je n’ai pas fait de recherches pour vérifier mais l’enseignement du créole dans nos départements d’outre-mer se fait déjà depuis longtemps et je crois que Sarkozy a au moins tenu cette promesse-là: l’enseignement du créole est possible aussi — sur la base du volontariat — dans l’Hexagone.
    Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi on pourrait enseigner l’alsacien, le breton, le provençal, le corse et pas le créole. Loin d’être un pas vers la médiocrité, il me semble que c’est plutôt une richesse.

  3. Je n’ai pas beaucoup de temps pour écrire aujourd’hui, mais il y a des situations et des réactions du même genre dans les autres pays qui ont une histoire similaire. Voir ci-dessous une discussion (en anglais) sur le créole de la Jamaïque:

    http://www.languagehat.com/archives/004341.php

  4. J’avoue que la lecture des "objections" me déprime. S’il y a une vaste gamme de structures langagières au monde, on semble partout soulever les mêmes "objections", entretenant partout le même mélange d’ignorance crasse et de préjugés les plus primaires, dès qu’il est question de faire usage dans un nouveau domaine d’une langue stigmatisée. Le créole mauricien, les différents arabes dialectaux, le quechua, le cris et le bas-saxon sont toutes des langues très différentes les unes des autres: mais leurs détracteurs paraissent tous puiser leurs "arguments" contre un usage plus large de ces langues de la même source.

  5. Il existe bien des gens qui ne voient pas l’utilité d’enseigner le créole à l’école. Pour eux, il s’agit d’une langue que l’on utilise dans la vie de tous les jours, une langue que l’on peut chérir — sa langue natale —, mais il ne s’agit pas d’une langue académique. Ils ne voient pas ce qu’apporteraient des cours de créole. Tout un chacun est censé connaître le créole, personne n’a de problème pour communiquer dans cette langue, alors pourquoi devrait-on en faire une matière à l’école ?

    Ce raisonnement s’appuie en partie sur le sentiment que le créole n’est d’aucune utilité en dehors du contexte mauricien (ou du contexte mauriciano-seychellois). S’il faut que l’école enseigne quelque chose à vos enfants, autant que ce soit l’anglais ou le français, langues qui leur seront beaucoup plus utiles dans la vie. Le créole, on le parle de toutes les façons à la maison (cf. le cartoon ci-dessus) ou dans la rue ou au travail, sans problème d’aucune sorte. Pire même : que votre enfant passe du temps à suivre des cours de créole plutôt que des cours d’anglais jouera en sa défaveur ; cela risque de l’enfermer davantage dans sa condition d’îlien, de natif d’un petit pays marginal où l’on s’exprime dans un langage n’existant nulle part ailleurs.

    Selon ce point de vue, le créole n’a pas besoin d’être écrit. Ou s’il est écrit, c’est toujours dans un cadre informel, voire dans le cadre d’une sorte de plaisanterie, et pour ce faire il n’est pas nécessaire d’avoir un système d’écriture codifié de façon rigide. La communication écrite est normalement censée se faire en anglais ou en français.

    Mais c’est sans doute oublier que, de plus en plus, le créole est une langue écrite. Que ce soit sur les blogs par exemple, ou sur internet au sens large, mais aussi dans la presse, dans l’affichage public (comme on a pu le voir dans un certain nombre de billets ici même), voire dans des communiqués officiels. On observe ainsi que l’ortho-graphe utilisée n’en est pas une, du fait de l’absence d’ortho-doxie dans la façon d’écrire — y compris par les autorités censées promouvoir une graphie standardisée.

    Le problème vient en partie du fait que, le créole ayant peu été écrit jusqu’à présent, il n’existe pas de consensus général et généralement accepté sur la façon de l’écrire. Si l’on songe à la manière dont ont été perçues certaines petites retouches ou propositions de réformes de l’orthographe du français, on mesure l’ampleur de la tâche lorsqu’il s’agit de mettre tout le monde d’accord pour ce qui est de l’intégralité du système d’écriture d’une langue.

    Je suis obligé de reconnaître que moi-même il m’arrive d’être réticent lorsqu’il s’agit de suivre intégralement les “recommandations officielles”. (Pourquoi ces “officiels”-là décideraient-ils de la façon dont je dois écrire à mes correspondants ?) Par exemple pour ce qui est de l’utilité des lettres accentuées, lettres accentuées que d’ailleurs Deven T utilise dans ses caricatures, comme on peut le voir dans le billet, ou Shenaz Patel dans sa traduction de Tintin en créole. Ou bien je remarque que, selon l’interlocuteur, je suis plus (ou moins) une graphie empruntée au français ou à l’anglais. Par exemple : “monn poz li sa question-la” plutôt que “monn poz li sa kestion-la” ou “check enn kou so bataz !” plutôt que “chek enn kou so bataz !” Ou encore, pas plus tard qu’hier au boulot, ce très mauvais créole-là : “Mo sipozé kapav lire sa qualité zafer-la ?” Auquel la réponse de mon correspondant a été “X… inne dire moi avoye zotte monne avoye zotte”.

    Dans la vie de tous les jours les gens ne se prennent guère la tête en se demandant s’il vaut mieux écrire de cette façon-ci plutôt que de cette façon-là. D’où sans doute ce scepticisme assez répandu quant au bien-fondé des “leçons de créole”. Mais il n’est pas impossible que les choses changent graduellement…

  6. >Siganus K. Sutor
    Si on change « créole » par « fala » votre com peut être approprié pour la langue de mes parents. Maintenant je ne sais pas mais il y a quelques années les enfants pouvaient l’apprendre à écrire à l’école. Certes l’auteur du seul texte à ce sujet est mon père.

  7. It occurred to me to compare Mauritius with a similar small country in Europe, and I hit on Estonia. It has just over a million people, about the same as Mars, and has only been decolonized since 1989 (though there was a previous period of independence from 1921 to 1940). There are still perhaps 10% of the population who cannot speak Estonian (down from perhaps 30% at independence). The Estonian language has no close relatives except Finnish, with which it is not mutually intelligible, so it is "useless" to learn it in the same sense that it is "useless" to learn Creole as an academic subject. And yet it would be inconceivable in Estonia that children (and, where necessary, adults) not be taught the Estonian language and literature through the medium of the language itself. How different, how very different from the Martian attitude you explain above!

    One reason for this difference, perhaps, is that Mauritian nationalism (as I understand it) is fundamentally geographical, being defined by the extent of the islands, whereas Estonian nationalism as it arose in the 19th century is fundamentally linguistic-ethnic in origin. Another point is that Estonian could not be defined away by even the most rabid Russian nationalist as merely "bad Russian": it has always been seen as a distinct language, with a distinct writing system (in the Latin rather than the Cyrillic alphabet) which the Russians made no attempt to change.

  8. Je suis globalement d’accord avec le fait de laisser l’orthographe libre, mais il faut que celle-ci reste cohérente dans un texte donné. Je me souviens avoir eu un peu de mal avant de pouvoir lire Le Militant de manière "fluide" à la fin des années 70. Si mes souvenirs sont bons, les diphtongues "en", "on", "in" et "oun" s’écrivaient â, ô, ê et û repectivement: "dimû kôtâ mâz dipê gramatê" (le "monde" aime manger du pain le matin); c’était peut-être un tilda à la place de l’accent circonflexe. Là où ça se compliquait un peu, c’est qu’il y avait aussi "inn" (ine) à écrire; ça s’écrivait "î" comme dans "mofî" (malheur). Mais avec l’habitude, on avait tendance à vouloir entendre "in" ce qui donne "mofin" (j’ai faim). Mais "mo fin" s’écrivait de manière cohérente "mo fê". Il y avait eu aussi des journaux télévisés en créole mais avec parfois des traductions trop littérales: "rézo férovierr inn intéromp an Frans".
    La question que je me pose parfois est celle d’une orthographe qui veut faire ressortir une étymologie ou un sens précis. Je donne un exemple; si je dis "li bien vié asterr mé li rézonn ankor bien", de quoi s’agit-il ? Est-ce que je parle d’une personne très âgée qui raisonne encore bien, ou d’une vieille cloche qui résonne encore bien ? Je sais que le contexte va jouer; ainsi faut-il conserver la seule graphie "rézonné" pour les 2 mots "raisonner" et "résonner", sachant que le contexte va lever l’ambiguïté?
    Je relisais l’article sur la roche à cari et j’ai mis 2 secondes pour comprendre qu’il était question de Jeannot dans la phrase "Zano, enn zourné mo tour toi pé moulé mem.", ayant pris le zano pour des boucles d’oreille (le Z majuscule pouvant être utilisé pour un nom propre mais aussi pour le premier mot de la phrase ne m’avait pas aidé).

  9. Siganus Sutor

    John, there is probably a difference of perception between Mauritian Creole and Estonian. I suspect Estonians have fought for their language, which they might see as an inherent part of their identity. I don’t think Martians ever had to fight for Creole. And, moreover, most of them could — or would — relate themselves to another language spoken by their ancestors, or presumably spoken by their ancestors (the question of the origins is sometimes fantasized to some extent). The only ones who might not entirely fit into that scheme are those who are known as Creoles — i.e. those who are known by the same name as the language —, as they are mostly the descendants of slaves brought from different places with different — and now untraceable — languages. (But it is true, however, that when they are far from their homeland Martians can become very attached to their Creole. I have experienced it myself.)

    Furthermore, as mentioned above by one Rafic Soormally (cf. the 10th quote in the post), it is a language that was created by slaves. Even if most people using it today won’t consciously think about it, that servile origin is likely to be unconsciously attached to the language, which adds to the fact that it is not seen as a prestigious one.

  10. Tout d’abord je désire signaler qu’il est loin d’être certain que les langues créoles ont été créées par des esclaves: pour les créoles à base anglaise de la zone atlantique on a soutenu (avec raison selon moi) que leur origine remonterait à un pidgin anglais parlé en Afrique occidentale dont la création précéderait l’exportation d’esclaves vers les Amériques. Je suis moi-même porté à croire que c’est également vrai des créoles à base française, dont le martien.

    Ensuite il faut se garder à l’esprit que si les langues créoles sont stigmatisées parce qu’on les associe à l’ignorance et l’esclavage, elles sont en très bonne compagnie: l’estonien est longtemps demeuré une langue de paysans, pendant que l’allemand dominait les villes. La différence-clef entre l’estonien et le martien, selon moi, est la suivante: la différence linguistique entre l’estonien et les langues dominantes (allemand, puis russe, et de plus en plus aujourd’hui anglais) est telle que nul ne pourrait prendre l’estonien pour un allemand "déformé": les élites estoniennes ont cultivé l’estonien en tant que langue officielle, en tant que langue écrite, parce qu’elles ne pouvaient prendre l’allemand ou le russe pour "leur langue".

    (CONTRA John Cowan, je ne crois pas pas que l’insularité y joue pour grand-chose: l’islandais est une langue insulaire, dont le statut ressemble pourtant bien davantage à celui de l’estonien qu’à celui du martien. Et je ne crois pas non plus que la diversité ethnique sur Mars soit un facteur déterminant: il existe des sociétés créolophones fort uniformes sur le plan ethnique, sans que le prestige de la langue créole locale paraisse plus élevé que sur Mars).

    Par contre les élites martiennes et celles des autres sociétés où se parlent des langues créoles à base française ne voyaient et ne voient pas pourquoi il faudrait cultiver ce qui leur semble être du "français déformé": il en va hélas de même dans les autres sociétés où la langue officielle écrite est celle qui a donné naissance à la langue créole locale: la ressemblance est trop forte. C’est pour la même raison qu’aucune élite en Allemagne (par exemple) n’a cultivé le bas-saxon ou le bavarois ou quelque "dialecte" en opposition à l’allemand normatif: on percevait et on perçoit toujours ces "dialectes" comme étant du "mauvais allemand", et non des langues autonomes.

    Ce n’est aucunement un hasard si une langue comme le papiamentu, créole ibère parlé dans une contrée qui a le néerlandais comme langue officielle, jouit d’un prestige et d’une reconnaissance officielle qui font défaut à la plupart des langues créoles: comme l’estonien, le papiamentu ne peut tout simplement pas, aux yeux des ses propres locuteurs, passer pour du "néerlandais déformé".

  11. Since you brought up Icelandic, here’s a quotation from Tolkien’s lecture "English and Welsh":

    Here’s a bit from J.R.R. Tolkien’s essay "English and Welsh":

    Málin eru höfuðeinkenni þjóðanna – ‘Languages are the chief distinguishing marks of peoples. No people in fact comes into being until it speaks a language of its own; let the languages perish and the peoples perish too, or become different peoples.But that never happens except as the result of oppression and distress.’

    These are the words of a little-known Icelander of the early nineteenth century, Sjéra Tomas Sæmundsson. He had, of course, primarily in mind the part played by the cultivated Icelandic language, in spite of poverty, lack of power, and insignificant numbers, in keeping the Icelanders in being in desperate times. But the words might as well apply to the Welsh of Wales, who have also loved and cultivated their language for its own sake (not as an aspirant for the ruinous honour of becoming the lingua franca of the world), and who by it and with it maintain their identity. [End of Tolkien quotation.]

    Icelandic is another language that could not be seen as a corrupt version of the colonial power’s language, Danish.

  12. Les langues créoles ont été créées par des esclaves

    Le mot "créer" (sous toutes ses formes) ici est interprété dans un sens très large: aucune langue naturelle (parlée par un groupe) n’est une création ou invention pure, elle repose sur des bases déjà existantes. Je crois qu’il est convenu (ou accepté) que les "créoles’, langues à part entière (c’est-à-dire servant à toutes les fonctions de communication entre membres d’un même groupe, dans toutes les circonstances de leur vie), sont des langues à origine mixte, basées sur des "pidgins", c’est-à-dire des "mini-langues" à fonction limitée et à structure très simple, provenant des tentatives de communication entre groupes très différents qu point de vue linguistique et dont les contacts sont eux-mêmes limités et fonctionnels, soit que ces contacts soient éphémères (par exemple des pêcheurs russes et norvégiens se rencontrant seulement pendant la saison de pêche, ou des Amérindiens de différentes ethnies traitant avec des négociants européens), soit qu’il y ait une très grande différence dans leur niveau social (par exemple dans les plantations où la masse des travailleurs était importée, librement ou non, sous les ordres de membres du groupe dominant dont la majorité n’avait pas de contacts avec eux).

    Dans les deux cas, les membres des différents groupes essaient de communiquer les uns avec les autres en simplifiant leur façon de parler et en appremant des mots de l’autre langue, surtout des noms et quelques verbes. Dans le premier cas cependant, les groupes sont à peu près à égalité. Dans le deuxième cas, un petit nombre de patrons ou plutôt de surveillants doit communiquer avec un grand nombre de subalternes, qui ne parlent pas forcément tous la même langue. Dans ce cas, les surveilants simplifient bien leur langue, mais les subalternes, ne formant pas un groupe linguistique homogène, n’ont d’autre recours que d’apprendre tant bien que mal la langue dominante, qui leur est présentée sous une forme simplifiée. Ils l’apprennent donc sous une forme déjà simplifiée, et en retiennent des mots de vocabulaire plutôt que la grammaire (ce qui est caractéristique de l’apprentissage d’une langue par les adultes). Si ces situations restent temporaires et n’affectent que des hommes adultes appartenant au même groupe linguistique (p.ex. des Tamouls en Afrique du Sud au XIXe siècle), le pidgin peut rester simple et incomplet car il ne se communique qu’à des nouveaux groupes qui viennent renouveler la main-d’oeuvre, dont les contacts avec les surveilants restent très limités en dehors du travail. Si au contraire le groupe dominé comprend hommes, femmes et par conséquent enfants, et que la plupart des familles de ce groupe sont mixtes au point de vue linguistique, le pidgin est la seule langue possible dans ces familles, et de par ses nouvelles fonctions comme langue de tous les jours et de toutes les occasions, les gens qui la partlent doivent improviser pour l’adapter à faire face à des besoins de communication beaucoup plus divers. C’est cette langue en pleine évolution qui est apprise par les enfants, dont les parents ne la parlent pas toutes de la même façon. Ce sont les enfants (toujours inventifs au point de vue linguistique) qui en jouant avec ceux des autres familles finissent par s’accorder (spontanément) sur certaines façons de parler dans leur propre groupe, et au fil des générations cette langue, maintenant un "créole", acquiert des normes pour toute la population qui la parle, normes développées intuitivement sans référence à la langue dont provient le gros du vocabulaire.

    Cette évolution est très bien documentée dans le cas de la Nouvelle-
    Guinée, pays où les populations sont très isolées les unes des autres en raison de la nature du terrain et où il existe une diversité linguistique extraordinaire, et où en qulques générations un pidgin à base anglaise, autrefois utilisé dans l’administration anglaise ou australienne, s’est répandu dans les villes et a évolué rapidement pour devenir la langue officielle du pays. Si on y reconnaît facilement certains mots anglais (de la même façon qu’on reconnaît des mots français dans le créole mauricien), on ne peut pas dire que ce soit de l’anglais. Mais ce n,est pas "de l’anglais déformé", il est plutôt transformé, en une langue nouvelle.

  13. Icelandic is another language that could not be seen as a corrupt version of the colonial power’s language, Danish.

    Indeed, just the opposite, since Icelandic is a lot closer to the old Germanic language (let’s say as spoken in Roman times) than is Danish.

    In countries where the capital is the major cultural centre, like Paris or London, people in these cities tend to think that they speak the truest, most beautiful version of their language, while other citizens, especially those in remote rural areas, speak a degraded version of the language of the capital. But actually the opposite is true: numerous studies have shown that linguistic change is much more rapid in the capital, because of the constant influx of new people of varied origins into the capital, so that linguistic differences tend to be ironed out, while remote areas where nobody goes to settle but which lose people migrating to larger centres tend to maintain older speech patterns.

  14. Marie-Lucie: excellents commentaires. Trois remarques:
    -Primo, les pidgins n’ont en général rien de "mixte": le vocabulaire et même la grammaire de la plupart des pidgins proviennent d’une seule langue. Bien entendu, par la suite mots et structures issus d’autres langues peuvent enrichir un pidgin ou un créole: mais la plupart de ces éléments étrangers ne remontent pas à la phase la plus ancienne d’un pidgin. Le cas du Tok Pisin, la langue nationale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, est fort typique: le pidgin qui a donné naissance au Tok Pisin a également donné naissance à d’autres langues créoles (le bislama à Vanuatu, le pijin des îles Salomon notamment): or, la comparaison entre ces langues montre bien qu’elles n’ont pratiquement aucun élément non-anglais en commun, ce qui indique bien que la présence d’éléments non-anglais dans chacune des trois langues ne remonte pas jusqu’à l’époque du pidgin ancestral.
    -Secundo, nombre de chercheurs ne croient plus que les enfants auraient joué un rôle central dans la transformation d’un pidgin en créole: encore une fois c’est le Tok Pisin qui sert d’exemple: ce pidgin était devenu une langue stable et complète bien avant de devenir la langue maternelle d’un groupe d’enfants. Il semble que ce qui provoque la transformation d’un pidgin en créole, ce serait l’utilisation du pidgin en tant que langue de communication quotidienne (entre adultes) plutôt que son apprentissage par des enfants (bien entendu dans bien des cas l’utilisation du pidgin comme langue de tous les jours par des adultes et son acquisition comme langue maternelle par des enfants vont de pair, ce qui complique la question).
    -Tertio, les plantations pourraient sembler un endroit idéal pour qui voudrait assister à la naissance de pidgins et leur transformation en créoles: mais le hic, c’est que tout indique que les pidgins/créoles les plus étudiés (dont le martien) existaient *avant* que les blancs n’y fussent minoritaires: étant donné que ces blancs étaient majoritairement des travailleurs dont la condition sociale différait peu de celle des esclaves, plusieurs chercheurs (dont moi) en concluons qu’un pidgin n’aurait pas pu naître dans ce milieu, et donc que le pidgin en question devait provenir de l’extérieur des plantations anciennes.
    Je termine en ce moment un livre avec un collègue où nous expliquerons tous les trois points de façon plus détaillée: plus largement, le but du livre est de démontrer que les créoles doivent, pour des raisons purement linguistique, remonter à des pidgins.

  15. Merci Etienne. J’espère bien lire votre livre quant il sortira, mais je croyais qu’il était déjà acquis que les créoles remontaient à des pidgins. J’ai lu surtout des sources en anglais, et votre livre comblera peut-être une lacune à propos des créoles à base lexicale française.

    En ce qui concerne le rôle des enfants dans le développement d’un créole dans une population aux origines linguistiques variées, il me semblait que ce rôle avait été démontré justement en ce qui concerne le Tok Pisin.

    Quant aux pidgins qui n’ont pas évolué en créoles, il y en a sans doute eu beaucoup dans l’histoire de l’humanit.. Jj’en connais deux exemples: l’un, dont j’ai seulement entendu parler, était le "russenorsk" parlé par les pêcheurs russes et norvégiens là où ils se rencontraient, et qui a disparu parce que le rideau de fer a mis fin à ces contacts sur les lieux de pêche autrefois communs aux deux groupes. Les circonstances de l’amploi de ce pidgin, limité à des hommes pendant la saison de pëche, ne se prêtaient pas à une évolution en créole. L’autre cas, que je connais beaucoup mieux, c’est celui du "Chinook Jargon" qui a été beaucoup parlé sur la côte nord-ouest du Pacifique, pendant plusieurs décennies.

    Cette région est connue pour sa diversité linguistique. Le "jargon" (mot à connotation négative aussi bien en anglais qu’en français) a commencé par être une version simplifiée de la langue chinook (autrefois parlée autour de l’estuaire du fleuve Columbia), version utilisée dans le commerce le long du fleuve, avec du vocabulaire provenant aussi d’autres langues autochtones. A la suite de l’arrivée de bateaux européens et américains (venant de l’Est) à la recherche de fourrures, il a été augmenté de nombreux mots français (la traite des fourrures employait de nombreux francophones) et anglais.

    Ce pidgin aurait pu devenir un créole: il était devenu la langue commune de deux grandes réserves en Orégon (où le gouvernement américain avait rassemblé des populations appartenant à cinq groupes linguistiques différents), et même la langue maternelle d’un certain nombre d’enfants nés de mariages mixtes au point vue linguistique. Mais l’afflux d’immigrants anglophones dans la région (aussi bien côté USA que côté Canada) après la première guerre mondiale entraîna la dominance de l’anglais et l’abandon de ce pidgin, autrefois indispensable dans les échanges entre blancs (d’abord nettement minoritaires) et indiens (parlant de nombreuses langues) dans la région. Comme d’autres pidgins, il avait la réputation d’être très facile à apprendre mais pas très précis, mais selon un collègue qui en a appris une version autrefois parlée dans la réserve de "Grand Ronde" en Orégon, il se prête à beaucoup de subtilité.

  16. Marie-Lucie–
    En effet, jusqu’à il y a quelques décennies tous les chercheurs acceptaient que les créoles sont par définition issus de pidgins. Cependant, au sein de la créolistique des dernières décennies il y a un puissant courant qui s’oppose à cette théorie: c’est contre ce courant que moi et un collègue réagissons en écrivant ce livre. Je vous ferai savoir lorsqu’il il sortira.

    Et en effet, la vaste majorité des pidgins ne deviennent jamais des créoles et disparaissent sans laisser de traces. Souvent ce n’est pas parce que les contacts sont rompus mais parce qu’ils deviennent étroits au point où la langue d’une des parties en présence s’impose et remplace le pidgin. C’est ce qui est arrivé au plus ancien pidgin européen connu, la LINGUA FRANCA, pidgin à base italienne largement utilisé dans la Méditerranée et dont le dernier bastion, au dix-neuvième siècle, était la ville d’Algers: suite à la conquête française les arabophones et berbérophones faisant affaire avec des européens apprirent le français, et la LINGUA FRANCA sombra dans l’oubli.

    Je mentionne cette langue parce que certains de ses aspects semblent se retrouver dans la plupart des créoles romans, dont le martien: en effet la LINGUA FRANCA faisait usage de l’infinitif comme principale forme forme verbale, et on croit que les premiers marins de langue maternelle romane qui, avec des africains, ont créé des pidgins connaissaient la LINGUA FRANCA et certaines de ses conventions, dont celle de se servir de l’infinitif comme forme passe-partout.

  17. Siganus Sutor

    Par contre les élites martiennes et celles des autres sociétés où se parlent des langues créoles à base française ne voyaient et ne voient pas pourquoi il faudrait cultiver ce qui leur semble être du “français déformé”: il en va hélas de même dans les autres sociétés où la langue officielle écrite est celle qui a donné naissance à la langue créole locale: la ressemblance est trop forte.

    Étienne, vous avez probablement raison à ce sujet. (Lequel s’ajoute selon moi au fait qu’à Maurice d’autres langues sont vues comme étant plus utiles, ou plus proches des origines des divers locuteurs, que le créole mauricien.)

    Je crois avoir lu dans un livre écrit par un auteur mauricien qu’ici-bas la coexistence du français et du créole avait évité à ce dernier de “trop s’abâtardir” (c’était je crois le mot employé), au point de “devenir inintelligible”. J’ai essayé de retrouver le passage en question en cherchant dans un certain nombre de livres, sans succès. Mais cela m’a permis de trouver quand même les perles que voici, dues à la plume d’un certain Benjamin Moutou, dans un livre intitulé Les Chrétiens de l’île Maurice (1996) :

    “Le créole, ce français du petit peuple analphabète, qui, rappelons-le, était même à cette époque [1847] composé de 95% de mots français parlés tantôt à la manière africaine, mais surtout dans le style propre au 19ème siècle.”
    (Page 378.)

    “Nous citons ici les expressions suivantes qui démontrent le dérapage constant du créole par rapport au français.
    Tiens bon – Tiombo
    Tuer – Touier
    Calfatage – Galfater
    On dirait – Ou a dirait (wadiré)
    Il n’y en a pas – Napa
    Entendre – Tander
    […]”
    (Page 394.)

    “Le phénomène d’éloignement du patois créole du français tel à la Martinique et à Haïti a fait que ce même patois pourtant issu du français est devenu méconnaissable à la grande famille francophone !
    Le destin du créole serait donc comparable à cet enfant, qui se croyant devenu trop grand et trop fort décida de tuer sa mère nourricière mais une fois cette dernière disparue, privé d’aliment, il meurt à son tour.”
    (Page 400.)

    En effet, le créole est encore vu par certains comme du français dégradé. (C’est ce qui ressort aussi de certaines conversations que j’ai pu avoir, avec des gens de ma génération, à propos de certaines expressions créoles : on remontait en général, avec plus ou moins de rires, à l’expression française vue comme étant à l’origine de ce dont il était question en créole.)

     

    pour les créoles à base anglaise de la zone atlantique on a soutenu (avec raison selon moi) que leur origine remonterait à un pidgin anglais parlé en Afrique occidentale dont la création précéderait l’exportation d’esclaves vers les Amériques. Je suis moi-même porté à croire que c’est également vrai des créoles à base française, dont le martien.

    Tout élèves ingénieurs que nous étions, on avait décidé de nous donner des cours de sociologie. Chacun avait à rendre un travail sur un sujet de son choix et j’avais choisi de faire le mien sur le créole (martien). Pour m’aider, le prof m’avait passé les coordonnées d’un de ses amis, un linguiste brésilien, le professeur Emilio Giusti, que je suis allé voir chez lui à Saint-Étienne (tiens…). Il m’a invité à partager le déjeuner qu’il avait préparé — un plat contenant des black beans — et avait l’air enchanté, après le repas, de m’entendre déblatérer en créole avec une jeune Mauricienne de sa connaissance.

    Cet enseignant-chercheur avait pour hypothèse qu’il avait existé une lingua franca sur le pourtour de l’Afrique, sur la route des Indes, et que — le Brésilien en lui en était convaincu — ce pidgin commun était à base principalement portugaise. Selon lui, la plupart des créoles descendaient de ou avaient été fortement influencés par cette lingua lusitania.

    Il est un fait que nombre de mots créoles couramment utilisés aujourd’hui encore sont d’origine portugaise, ou indo-portugaise, voire sino-portugaise — par exemple margoze, patole, argamasse, brèdes, gasse, camaron, bibasse, mofine, chouchou, bourbouille, etc. —, alors même que nous n’avons jamais parlé portugais ou un créole dérivé du portugais.

  18. Siganus: cette hypothèse était fort populaire dans les années soixante, et on croyait sérieusement que ce pidgin portugais était l’ancêtre de toutes les langues créoles d’origine européenne. Aujourd’hui on en reconnaît l’exitence et on s’interroge sur son influence, sans que personne aujourd’hui ne croie que ce pidgin portugais serait l’ancêtre direct du martien ou d’autres créoles français ou non-ibères. Et dans le cas du créole martien distinguer les mots "portugais" des mots "indo-portugais" et des mots "sino-portugais" pourrait s’avérer difficile: des mots désignant de nouvelles choses et objets peuvent s’emprunter très vite.

  19. Siganus Sutor

    distinguer les mots “portugais” des mots “indo-portugais” et des mots “sino-portugais” pourrait s’avérer difficile: des mots désignant de nouvelles choses et objets peuvent s’emprunter très vite

    Étienne, dans certains cas la filiation chinoise, par exemple, est on ne peut plus claire : le fruit (Eriobotrya japonica) connu sous le nom de bibasse à Maurice et à la Réunion, que ce soit en créole ou en français, est ainsi appelé parce qu’en portugais de Macao il est nommé bibas, nom lui-même hérité du “chinois” pipa. Ce qui est toutefois étonnant dans le cas de ce fruit, c’est qu’en Cantonnais — langue chinoise parlée près de Macao — la bibasse se nomme luh kwat, ou lou gwat, ce qui a donné son nom anglais : loquat.

    Savez-vous quel est le consensus actuel en ce qui concerne l’influence que ce pidgin portugais aurait eu sur les créoles dérivés de langues européennes ?

  20. Siganus–
    Le consensus, c’est que le pidgin en question aurait fourni certains mots et peut-être certaines structures à différents créoles non-ibères parlés dans les Amériques. On n’en sait pas plus, hélas.

  21. Siganus Sutor

    Pour en savoir plus peut-être faudrait-il inventer une machine à remonter le temps afin d’aller écouter des conversations se déroulant sur le pourtour de la côte africaine au XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. On en profiterait aussi pour aller pioner un peu ce qui se disait en “linéaire A” et en élamite.

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